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Zouhaier Sammoud: « Repositionner le tourisme vers un modèle responsable, inclusif et autonome »

Face aux secousses d’un tourisme mondial en plein bouleversement, la résilience de la Tunisie est mise à rude épreuve. Consultant et formateur certifié AHLEI, Zouhaier Sammoud dresse un diagnostic lucide de la saison estivale à venir et livre des recommandations concrètes, en proposant  de réinventer le secteur depuis la base : consolider les agences locales en tour-opérateurs nationaux, intégrer les établissements fermés dans des démarches collectives et aligner la réglementation et les incitations sur des objectifs de souveraineté, transparence et inclusion sociale.

Interview: 

Comment la Tunisie pourrait-elle se repositionner ? 

Pour enchaîner sur le point précédemment évoqué, nous devrions mieux rivaliser avec les géants internationaux. Pour ce faire, l’écosystème et plus précisément les agences tunisiennes devraient impérativement sortir de l’émiettement, notamment sur le marché local et de proximité. 

En se regroupant, ces entités atteindraient la masse critique nécessaire pour opérer comme de véritables tour-opérateurs nationaux. Cela leur permettrait d’acheter du volume et de garantir des taux de remplissage sur le marché local et de proximité.

La dynamique public-privé devrait aussi pivoter en tant que moteur opérationnel. En effet, l’orientation nationale est portée par le leitmotiv « une Tunisie souveraine et sociale ». À cet égard, la mise en œuvre de cet ADN précieux, et qui nous est cher, se doit d’être en parfait alignement avec les orientations.

La survie de l’écosystème repose sur deux leviers majeurs du tourisme local et de proximité : la mutualisation des forces privées et l’appui stratégique de l’État.

Lire aussi – Zouhaier Sammoud : « La Tunisie brille par son attractivité intrinsèque »

Nous négligeons un gisement de valeur exceptionnel : le modèle des sociétés communautaires. Là où nous voyons une contrainte, les pays développés ont vu une opportunité de structurer leur attractivité territoriale. En s’appuyant sur l’intelligence collective et l’ancrage local, ces structures transforment le territoire en une destination vivante et habitée.

Alors que nous bénéficions d’un élan historique et d’une impulsion présidentielle favorable, nous semblons paradoxalement nous épuiser à dévier de la trajectoire de l’excellence.

En effet, l’exemple international est probant : les coopératives sociales et bien d’autres appellations ont permis de sauver et de réinventer des business models en déclin. En passant d’une gestion individuelle essoufflée à une gestion collective solidaire, ces modèles redonnent une viabilité économique à des actifs que l’on croyait perdus. 

Plutôt que d’attendre des investissements massifs qui ne viennent plus, l’adoption de ce modèle ingénieux permet une renaissance par la base. C’est en réalignant notre économie touristique sur ces structures sociales et solidaires que nous résoudrons notre crise de l’offre, notamment les business models peu bancables et les hôtels fermés. Ainsi,  retrouverons une compétitivité durable en gérant un territoire, une destination, un patrimoine, une culture et un savoir-faire. Créant de la sorte une offre que la concurrence ne peut pas copier.

Le passage par les « sociétés communautaires » n’est pas une régression, mais une modernisation sociale du tourisme. C’est l’outil ultime pour transformer nos fragilités territoriales en une offre touristique résiliente et inaliénable. Ce gisement de valeur permettrait également de résoudre la question des hôtels fermés en les réintégrant dans une dynamique de gestion communautaire. 

Si vous aviez une baguette magique, quel serait votre rêve et que feriez-vous ?

La Tunisie dispose d’un immense potentiel pour repositionner son secteur touristique vers un modèle plus socialement responsable, inclusif et autonome. L’actualité politique encourage une politique sociale. Pour sa part, l’OMT souligne la nécessité de la résilience et de l’innovation dans le tourisme. 

Pour ce faire, nul ne peut prétendre avoir la solution ni un bâton magique… Cependant, mon rêve pragmatique est fondé sur des principes directeurs déclinés des bonnes pratiques internationales et des recommandations onusiennes, et qui sont, de surcroît, alignés sur les orientations nationales. Ils pourraient être articulés autour des cinq points suivants :

– Recenser et réhabiliter les hôtels sous-exploités ou fermés en priorisant une transformation des infrastructures pour convenir à la clientèle locale (aménagements, services), en intégrant, dans la conception, des offres adaptées permettant de valoriser le patrimoine tunisien et de répondre aux attentes écologiques croissantes.

– Former et structurer les agences locales en TO spécialisés sur le marché local et de proximité, incluant des mécanismes de préfinancement contractualisés avec les hôtels.

– Développer des partenariats public-privé pour la promotion du tourisme social, appuyés par les instruments financiers adaptés (chèque-vacances, aides ciblées…).

– Soutenir la formation professionnelle et le droit à la formation tout au long de la vie pour garantir la qualité et l’expérience client, et assurer une portée sociale.

– Mettre en place un cadre réglementaire et incitatif renforcé, fondé sur le principe des compétences liées, permettant de consolider la souveraineté, d’assurer la transparence et de booster l’économie. 

En effet, pour remodeler le cadre réglementaire, il est primordial d’opérer une réforme de mindset. Ce changement se traduirait par une approche par compétences liées, analysée sous un prisme de lecture à trois facettes :

– Souveraineté : l’État ne se contente plus de réglementer; il impose sa stratégie. Le droit intègrera des clauses de promotion de l’emploi et de sobriété environnementale (eau-énergie-déchets). Cela pourrait être déployé en conditionnant les avantages fiscaux à des quotas de formation/emploi contre la précarité. Mais aussi à des obligations légales et des incitations aux normes de recyclage des eaux grises pour l’arrosage, d’énergie verte, de gestion des biodéchets…

– Économie : l’État ne se contente plus de réglementer; il sécurise l’économie. Le droit intègrera des clauses pour protéger un actif national (notamment le foncier hôtelier) qui génère des recettes fiscales. Ainsi, il serait opportun que l’État garantisse une stabilité fiscale en échange d’un programme d’investissement dans la rénovation. Cela permettrait aussi de passer de la simple « charité locale » à un mécanisme de ruissellement structurel en créant des pôles de croissance qui réinjectent dans les circuits courts.

– Transparence : l’État ne se contente plus de réglementer; il impose les règles du jeu. Le droit intègrera des clauses par compétences liées : la loi définit précisément les conditions, les critères, la méthodologie d’évaluation ($A+B+…= X$). Cela garantira la réduction de toute marge de manœuvre (connivences, corruption…) lors des jugements de valeur en l’absence de textes clairs, ainsi que l’accélération des procédures. Tout en évitant les interprétations lors des commissions techniques.

Le temps est venu d’agir pour un tourisme tunisien qui soit à la fois moteur d’inclusion sociale et levier durable de croissance économique. L’unique moteur n’est pas dans la refonte du cadre légal, il s’agit d’abord d’un changement de paradigme et de mindset, notamment en transformant le maximum de pouvoirs discrétionnaires en compétences liées. 

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Le TMM stable à 6,99%, en mai 2026 (BCT)

Le Taux moyen mensuel du marché monétaire (TMM) s’est maintenu à 6,99 % en mai 2026, pour le quatrième mois consécutif, selon les données statistiques publiées samedi par la Banque centrale de Tunisie.

En glissement annuel, ce taux a poursuivi sa tendance baissière observée au cours des dernières années. Il est passé de 8 % à fin mai 2023 à 7,97 % en mai 2024, puis à 7,5 % à fin mai 2025, avant de s’établir à 6,99 % actuellement, soit son niveau le plus bas depuis juin 2022.

L’évolution du TMM demeure étroitement liée à celle du taux directeur de la BCT, maintenu inchangé à 7 % depuis plusieurs mois.

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Edgar Morin, le dernier grand passeur de la Méditerranée

La disparition de Edgar Morin, survenue ce samedi à l’âge de 104 ans, marque la fin d’un siècle intellectuel.

Résistant, sociologue, philosophe, théoricien de la complexité, il fut l’un des rares penseurs à avoir traversé plus de huit décennies de débats politiques et culturels sans jamais céder aux dogmatismes.

Son œuvre, fondée sur le dialogue entre les disciplines, les cultures et les peuples, a profondément influencé plusieurs générations d’intellectuels du Sud, notamment en Afrique du Nord.

La relation de Morin avec la Tunisie ne fut ni superficielle ni simplement académique. Dès les années 1960, il fréquente le milieu intellectuelle cosmopolite de Tunis, invité notamment par Jean Duvignaud, alors enseignant à Tunis. Il y noue des amitiés durables avec des intellectuels tunisiens et découvre une Tunisie ouverte, méditerranéenne, à la croisée des héritages arabes, africains et européens. Il évoquera plus tard avec émotion ses séjours à Sidi Bou Saïd et dans le Sud tunisien comme des moments fondateurs de sa réflexion sur la pluralité culturelle.

 

Des figures de la sociologie tunisienne comme Abdelwahab Bouhdiba, Abdelkader Zghal… ont évolué dans un espace intellectuel où les questions de modernité, d’identité et de dialogue des cultures rejoignaient souvent les préoccupations moriniennes.

Son influence sur la vie intellectuelle tunisienne fut considérable, bien que souvent discrète. Les travaux de Morin sur la « pensée complexe » ont inspiré plusieurs générations de sociologues, philosophes, pédagogues et chercheurs tunisiens confrontés aux limites des approches idéologiques rigides. Des figures majeures de la sociologie tunisienne comme Abdelwahab Bouhdiba, Abdelkader Zghal ou Khelil Zammiti ont évolué dans un espace intellectuel où les questions de modernité, d’identité et de dialogue des cultures rejoignaient souvent les préoccupations moriniennes. Lors de la remise du Prix Ibn Khaldoun à Tunis en 2015, Morin fut d’ailleurs honoré aux côtés de plusieurs grandes figures tunisiennes des sciences sociales, reconnaissance symbolique de cette proximité intellectuelle.

Après la révolution tunisienne de 2011, il observa avec attention l’expérience démocratique du pays. Contrairement à de nombreux commentateurs occidentaux, il refusait les lectures simplistes du « printemps arabe ». Il préférait parler de « métamorphose », c’est-à-dire d’un processus mêlant continuité et changement, héritage et invention. Pour lui, la Tunisie incarnait la possibilité rare d’articuler droits humains, démocratie, émancipation des femmes et fidélité à une identité culturelle propre.

 

Opposant précoce à la guerre d’Algérie, défenseur des mouvements de décolonisation, critique des impérialismes comme des autoritarismes, il considérait l’Afrique non comme une périphérie du monde mais comme l’un des lieux où se jouait l’avenir de l’humanité.

 

Face à la montée des radicalismes religieux et identitaires, Morin défendit constamment l’éducation, la culture et l’esprit critique comme remparts contre le fanatisme. Lors d’une conférence à Tunis en 2016, il appelait à enseigner la compréhension de l’autre, l’acceptation de l’incertitude et la complexité du réel, thèmes devenus centraux dans les débats éducatifs tunisiens contemporains.

Son engagement progressiste dépassait largement la Tunisie. Opposant précoce à la guerre d’Algérie, défenseur des mouvements de décolonisation, critique des impérialismes comme des autoritarismes, il considérait l’Afrique non comme une périphérie du monde mais comme l’un des lieux où se jouait l’avenir de l’humanité.

Jusqu’à ses dernières années, il demeura attentif au devenir de la démocratie tunisienne. En 2023 encore, il s’associait à des intellectuels et défenseurs des droits humains pour alerter sur les risques de régression des libertés dans le pays. Cette fidélité témoigne d’un attachement ancien à la Tunisie et à ses aspirations démocratiques.

 

Dans un monde fragmenté par les certitudes et les passions identitaires, sa leçon conserve une actualité remarquable : comprendre avant de juger, relier plutôt que séparer, dialoguer plutôt que s’exclure. C’est sans doute là que réside la part la plus durable de son héritage.

 

Avec Edgar Morin disparaît un intellectuel universel, mais aussi un ami de la Tunisie. Son héritage demeure vivant dans les universités, les centres de recherche, les débats pédagogiques et chez tous ceux qui refusent les explications simplistes pour penser la complexité des sociétés méditerranéennes et africaines. Dans un monde fragmenté par les certitudes et les passions identitaires, sa leçon conserve une actualité remarquable : comprendre avant de juger, relier plutôt que séparer, dialoguer plutôt que s’exclure. C’est sans doute là que réside la part la plus durable de son héritage.

Kamel Grar

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Industrie africaine : le Maroc détrône l’Afrique du Sud ; la Tunisie à la 4e place

Selon le dernier rapport de la BAD, le Maroc devient la première puissance industrielle d’Afrique, suivi de l’Afrique du Sud et de l’Égypte. La Tunisie confirme sa 4e place.

 

Le Maroc sur le toit de l’Afrique ? La performance mérite d’être soulignée. Selon l’Indice d’industrialisation en Afrique 2025 publié par la Banque africaine de développement (BAD) et présenté le 25 mai en marge des Assemblées annuelles de l’institution à Brazzaville, le royaume chérifien confirme sa montée en puissance économique au point de supplanter progressivement l’Afrique du Sud en tant que principale puissance  industrielle du continent.

Pendant plus d’une décennie, l’Afrique du Sud a trôné sur le classement l’industrie africaine, suivie à quelques longueurs du Maroc, de l’Égypte et de la Tunisie. Pretoria, précise le document, demeure une « puissance industrielle majeure », mais sa compétitivité recule depuis plusieurs années, plombée par une crise énergétique chronique, une désindustrialisation rampante de sa base manufacturière et une perte d’attractivité pour les investisseurs étrangers ».

Lire aussi: BAD : les gouverneurs appellent à la réforme financière africaine

Trio gagnant

Quel est le secret de cette montée en puissance patiemment élaborée ? D’abord, le royaume chérifien doit son ascension à quinze ans de politique industrielle continue et fondée sur les investissements publics massifs et également soutenue par une diplomatie économique offensive en Afrique, qui a permis au Maroc de diversifier progressivement son appareil productif.

En effet, longtemps associé aux phosphates et, plus récemment, à l’automobile, le royaume s’impose désormais dans des secteurs à forte valeur ajoutée comme l’aéronautique.

L’industrie automobile, longtemps marginale, est devenue le premier secteur exportateur du pays. Près d’un million de véhicules ont été produits en 2025, contre 535 000 en 2023 et 465 000 en 2022, selon les données sectorielles agrégées par les analystes. Les exportations automobiles vers l’Union européenne ont atteint 15,1 milliards d’euros dès 2023, plaçant le pays devant la Chine et le Japon en termes de valeur expédiée vers le marché unique.

L’aéronautique, deuxième pilier de la stratégie, a généré 2,54 milliards de dollars de recettes à l’export en 2024. Plus de 150 entreprises opèrent dans les écosystèmes de Casablanca, Tanger et Nouaceur, dont Boeing, Safran et Airbus.

Ensuite, le Maroc possède un réseau d’infrastructures que peu de pays africains peuvent égaler : ligne à grande vitesse Al Boraq entre Tanger et Casablanca, expansion en cours du port de Tanger Med et du futur Nador West Med, projets de port atlantique de Dakhla, agrandissement de l’aéroport Mohammed V de Casablanca, etc.

« Lorsqu’un pays investit massivement dans les ports, les réseaux de transport, les télécommunications ou la connectivité, il attire mécaniquement des investisseurs internationaux mais aussi des opérateurs nationaux capables de changer la structure de l’économie », analyse Abdelmalek Alaoui, président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique.

Enfin, la capacité croissante à attirer les investissements étrangers grâce à un cadre d’investissement plus attractif : la nouvelle Charte de l’investissement, entrée en vigueur en 2023, a renforcé les incitations fiscales et financières, simplifié certaines procédures administratives et amélioré l’accompagnement des investisseurs.

Inégalités

Cela étant, cette réussite industrielle incontestable ne masque pas certaines fragilités. Ainsi, souligne la BAD,  les retombées de cette croissance restent inégalement réparties entre les territoires et les catégories sociales. Les régions proches des grands pôles industriels et portuaires bénéficient davantage de la mondialisation que les zones plus éloignées.

« Il y a un Maroc qui gagne, un Maroc proche des ports et des grands circuits mondiaux, mais il y a aussi un Maroc des marges », souligne Abdelmalek Alaoui. Selon lui, l’industrialisation rapide a contribué à accentuer les écarts sociaux entre les catégories les plus favorisées et les populations les plus vulnérables.

Autre fragilité mise en lumière par la BAD : l’insuffisante création d’emplois au regard des besoins d’une population active en forte croissance. Malgré un tissu entrepreneurial dynamique et une industrialisation soutenue, l’économie marocaine peine encore à offrir des débouchés à la hauteur des attentes, en particulier pour les jeunes diplômés, dont le chômage demeure élevé.

Finalement, le défi posé au Maroc apparaît donc double : poursuivre sa montée en gamme industrielle tout en veillant à une meilleure redistribution des bénéfices de la croissance. Car si le royaume s’est imposé comme l’une des locomotives économiques du continent africain, la question sociale reste, elle, plus que jamais au cœur de l’équation.

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Sidi Ould Tah : « La BAD sera la banque de solutions de l’Afrique » 

« La Banque africaine de développement (BAD) restera le partenaire de premier plan de ses pays membres et sera la banque de solutions de l’Afrique ». C’e sont là les propos du président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, prononcés lors de la cérémonie de clôture des Assemblées annuelles de la Banque, organisées du 25 au 29 mai 2026 à Brazzaville (République du Congo).

« Notre ambition à la BAD est de devenir une banque très audacieuse, plus innovante, plus agile et plus proche des populations, une banque qui place l’emploi des jeunes et l’autonomisation de la femme au centre de son action et de devenir de véritable levier de transformation structurelle de l’Afrique et l’outil le plus privilégié de son intégration économique », a-t-il appuyé. « Nous allons intensifier notre coopération pour cibler des priorités absolues telles que l’autonomisation de la femme, l’emploi des jeunes, le soutien des Petites et moyennes entreprises (PME) et l’accès universel aux services essentiels ».

D’après le président de l’institution financière panafricaine, le développement ne se conçoit pas dans les bureaux et dans les salles de réunions mais au cœur des communités avec celle et ceux qui agissent tous les jours sur le terrain avec l’accompagnement de la société civile et la Diaspora.

L’Angola décaisse 6,5 millions d’euros en faveur du FAD

Il a annoncé par ailleurs la décision de la République de l’Angola relative à la contribution à hauteur de 6,5 millions d’euros à la dix-septième reconstitution du Fonds africain de développement (FAD-17). Cette contribution a-t-il dit porte désormais à 25 le nombre des Etats africains engagés dans le financement du FAD-17 pour un montant global dépassant 190 millions de dollars.

De son côté, le président du Conseil des gouverneurs représentant les pays membres du Groupe de la BAD, Ludovic Ngatse, a mis l’accent sur la nécessité du changement de la trajectoire de développement, faisant savoir que le conseil a approuvé et encouragé la mise en place des quatre points cardinaux pour renforcer la capacité de l’influence et d’impact de l’Afrique.

Il a souligné que les assemblées ne doivent pas être considérées comme un simple rendez-vous institutionnel de plus gravé dans le calendrier mais plutôt comme un moment de vérité et de responsabilité face aux urgences qu’ils s’agissent de déficit de financement, de défis climatiques, de la transformation structurelle de l’économie ou de l’urgence de la création d’emplois décents pour les jeunes et les femmes.

« L’Afrique prouve chaque jour qu’elle ne manque ni de potentiel ni d’ambitions mais plutôt la culture de l’exécution et de l’impact », a-t-il avancé. Les orientations de Brazzaville devraient être immédiatement traduites en capital accessible, en infrastructures transformatrices et en progrès tangibles pour les populations africaines, a-t-il appuyé.

3 000 personnes et 81 pays…

A rappeler que les Assemblées annuelles sont l’événement statutaire le plus important de la BAD. Cette année, plus de 3 000 personnes prennent part à cet événement à Brazzaville, à savoir les dirigeants et les responsables politiques et économiques des 81 pays membres de l’institution, des responsables d’institutions financières et de développement, des groupes de réflexion, de la société civile, du secteur privé, des universitaires et des leaders d’opinion.

Placée sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », les assemblées annuelles 2026 sont les premières pour Sidi Ould Tah, qui a pris ses fonctions en tant que neuvième président du Groupe de la Banque africaine de développement en septembre 2025.

La vision stratégique d’Ould Tah porte sur quatre points cardinaux. Il s’agit de l’amélioration de l’accès au capital (mobiliser les ressources financières de l’Afrique) et la réforme et la consolidation des systèmes financiers, des institutions et des talents du continent pour affirmer l’action mondiale de l’Afrique.

Les troisième et quatrième points portent sur l’exploitation de la transformation démographique pour le développement économique et la construction des infrastructures résilientes au climat et une forte valeur ajoutée aux ressources naturelles.

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Eclairage – Quand la stabilité ne suffit plus à raconter la vie des gens

Les indicateurs financiers se calment, mais les vies, elles, restent sous tension. En Tunisie, la baisse de l’inflation et les discours de stabilité donnent l’impression d’un retour à l’ordre, sans que le quotidien des ménages ne s’allège réellement. Entre prix toujours élevés, pouvoir d’achat fragilisé et perspectives incertaines, se creuse un décalage silencieux : celui d’une économie qui se stabilise dans les indicateurs, mais pas encore dans la réalité vécue.

Dans un bureau d’administration, dans un taxi en fin de journée, dans une file d’attente au marché, ou autour d’un café où l’on refait le monde par habitude plus que par espoir, le même constat revient, sous des formes différentes : “les prix ne montent plus comme avant, mais rien ne devient vraiment plus facile”.

Cette phrase, simple, presque banale, dit beaucoup plus que des rapports économiques entiers. Elle résume une situation où la désinflation ne se traduit pas immédiatement par un mieux-être. Les prix ralentissent, mais le niveau atteint reste élevé. Les revenus, eux, n’ont pas suivi. Et surtout, la confiance ne s’est pas reconstruite.

C’est ici que la mécanique économique rencontre la réalité humaine. Les modèles parlent d’équilibre. Les gens parlent de souffle.

Le grand tournant des banques centrales : la fin d’une illusion de maîtrise totale

Depuis plusieurs décennies, l’économie mondiale a vécu avec une idée dominante : la stabilité peut être produite par la politique monétaire. Les banques centrales étaient devenues les chefs d’orchestre silencieux de la croissance, capables d’ajuster les cycles économiques à travers les taux d’intérêt et la gestion de la liquidité. Mais cette vision s’est progressivement fissurée, comme le rappellent les débats récents autour des limites de ces instruments. Même les institutions les plus puissantes reconnaissent aujourd’hui, parfois avec prudence, que la mécanique s’est complexifiée.

Lire aussi : ZOOM — Ces Banques centrales qui ne répondent plus au néo-keynésianisme : Leçons pour la Tunisie

 

Les économistes résument cette rupture avec une formule forte : les banques centrales ne sont plus omnipotentes. Elles ont gagné la bataille contre l’inflation dans de nombreuses économies, mais elles peinent à faire renaître une croissance solide et inclusive. Ce constat a quelque chose de profondément déroutant. Car il revient à admettre que l’on peut maîtriser un symptôme sans guérir la maladie.

En Tunisie, cette tension est palpable. La politique monétaire joue son rôle de stabilisation, mais elle ne peut pas, à elle seule, recréer de l’emploi, relancer l’investissement ou redonner confiance aux acteurs économiques.

Une économie qui refroidit quand elle cherche à se stabiliser

Il existe une sensation très concrète dans l’économie tunisienne actuelle : celle d’un refroidissement progressif de l’activité. Les entreprises ne disparaissent pas, mais elles avancent plus lentement. Les projets ne sont pas abandonnés, mais repoussés. Les recrutements existent encore, mais deviennent prudents, sélectifs, limités. Les ménages continuent de consommer, mais avec une vigilance permanente, comme si chaque dépense était une décision stratégique.

Cette prudence généralisée n’est pas forcément visible dans les statistiques globales, mais elle structure profondément la dynamique économique. Et c’est ici que le paradoxe devient frappant : la stabilité des prix, recherchée et obtenue au prix d’efforts importants, coexiste avec une forme d’instabilité ressentie dans la vie quotidienne. Une stabilité qui ne réchauffe pas l’économie finit par ressembler à une stabilité froide, presque administrative, détachée du vécu social.

Minsky, Prebisch, Keynes : des débats anciens pour une réalité très actuelle

Les débats théoriques évoqués prennent une résonance particulière dans le contexte tunisien. Keynes rappelait que l’économie peut parfaitement atteindre un équilibre durable… mais un équilibre de sous-emploi. Autrement dit, une société peut être stable tout en restant bloquée en dessous de son potentiel.

Hyman Minsky, de son côté, insistait sur une idée encore plus dérangeante : les périodes de stabilité elles-mêmes peuvent générer des fragilités futures, notamment à travers l’accumulation de dettes et de déséquilibres invisibles.

Quant à Raúl Prebisch, il mettait en lumière une autre dimension essentielle pour les économies comme la Tunisie : les structures productives et les dépendances extérieures comptent autant, sinon plus, que les équilibres monétaires.

Ces trois lectures convergent vers une même idée : une économie ne se résume jamais à sa stabilité apparente. Dans le cas tunisien, cela signifie que la question n’est pas seulement de savoir si l’inflation baisse, mais si l’économie est capable de produire de la valeur, de l’emploi et de l’espoir.

 

Lire également : Tunisie – Le lent naufrage industriel

Le quotidien économique : là où la théorie rencontre la fatigue

Dans une petite entreprise de Sfax, un patron hésite à embaucher. Pas parce qu’il n’a pas de travail, mais parce qu’il ne sait pas comment évoluera son coût de financement, ni quelle sera la demande dans six mois. À Tunis, un jeune diplômé envoie des candidatures sans réponse. À Kairouan, une famille ajuste ses dépenses en fonction des prix du marché, sans certitude sur le mois suivant. Ces scènes ne font pas la une des rapports économiques, mais elles constituent pourtant le véritable baromètre de l’économie.

La macroéconomie parle de stabilisation. La microéconomie humaine parle d’adaptation permanente. Et cette adaptation, lorsqu’elle devient durable, finit par transformer la psychologie collective. On ne parle plus de projets, mais de survie. On ne parle plus d’investissement, mais de prudence. On ne parle plus d’avenir, mais de gestion du présent.

Le piège discret de l’équilibre appauvri

C’est ici qu’apparaît le concept le plus inquiétant : celui d’un équilibre appauvri. Un pays peut parfaitement stabiliser ses indicateurs macroéconomiques tout en voyant sa dynamique interne s’éroder progressivement. L’inflation est maîtrisée, mais la croissance reste faible. Le budget est contrôlé, mais l’investissement recule. La monnaie est stabilisée, mais le tissu productif s’affaiblit.

Dans ce type de configuration, le danger n’est pas brutal. Il est lent, diffus, presque imperceptible. On s’habitue à une croissance faible. On normalise un chômage élevé. On accepte une migration des talents comme une évidence. Et peu à peu, ce qui était une crise devient un état normal. C’est peut-être là le point le plus sensible pour la Tunisie aujourd’hui : la capacité à ne pas confondre stabilisation et transformation.

Quand la stabilité devient une fin en soi

Une économie en bonne santé n’est pas une économie parfaitement stable. C’est une économie dynamique, capable d’absorber des chocs, de créer de nouvelles activités, de redistribuer des opportunités. Le problème survient lorsque la stabilité devient l’objectif ultime, au détriment de tout le reste.

Dans cette logique, la politique économique peut finir par se réduire à une gestion de contraintes : contenir l’inflation, stabiliser le change, limiter les déséquilibres budgétaires. Tout cela est nécessaire, mais insuffisant. Car une société ne vit pas uniquement de stabilité. Elle vit de projection, d’ambition, de mobilité sociale. Sans cela, même une économie stabilisée peut devenir psychologiquement fragile.

Une économie qui doit redevenir une promesse

La question centrale, aujourd’hui, n’est donc pas uniquement technique. Elle est profondément humaine. Comment faire en sorte que l’économie tunisienne ne soit pas seulement un système stabilisé, mais un système porteur de perspectives ? Comment recréer une dynamique où un jeune diplômé ne pense pas immédiatement à partir ? Où une entreprise ne renonce pas à grandir ? Où une famille ne vit pas chaque mois dans une logique d’ajustement permanent ?

C’est là que les politiques économiques doivent retrouver une dimension plus large que la seule gestion des équilibres. Elles doivent redevenir des politiques de transformation.

In fine, derrière les équilibres, la vie

Les débats économiques, des critiques de la crise des banques centrales aux remises en cause des modèles orthodoxes, convergent vers une même question centrale : que devient la politique économique lorsque ses instruments de stabilisation ne parviennent plus à générer de véritable développement ?

La Tunisie se trouve précisément à ce point de bascule. Les indicateurs peuvent se stabiliser. Mais si les vies, elles, restent sous pression, alors l’économie n’a pas encore trouvé son équilibre réel. Car au fond, une économie ne se juge pas seulement à sa capacité à maîtriser ses prix, mais à sa capacité à permettre à une société de respirer, de se projeter et de croire encore que l’avenir peut être un peu plus large que le présent.

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Plus de 25 milliards de dinars d’avoirs nets en devises ou 105 jours d’importation

Le cumul des recettes touristiques et des revenus du travail ont atteint, au 20 mai 2026, 5,8 milliards de dinars, d’après les chiffres de la Banque centrale de Tunisie (BCT).

Dans les détails, l’institut démission indique que les recettes touristiques ont progressé de 4 %, pour dépasser les 2,4 milliards de dinars, en comparaison avec la même période de 2025. Pour leur part, les revenus du travail ont évolué de 4,9 %, à 3,4 milliards de dinars, contre 3,2 milliards de dinars, une année auparavant.

Du coup, les avoirs nets en devises ont enregistré une forte hausse, passant de 22,5 milliards de dinars (l’équivalent de 98 jours d’importation) au 26 mai 2025, à 25,4 milliards de dinars (soit 105 jours d’importation), actuellement.

Concernant les billets et monnaies en circulation, ils préservent leur tendance haussière, puisqu’ils ont dépassé les 29,4 milliards de dinars, le 25 mai 2026, contre 23,8 milliards de dinars, à la même date de l’année dernière, ce qui représente une augmentation de 23,3%.

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Rami Elgolli : « Le MACF est une menace pour les retardataires et une opportunité pour les visionnaires »

Rami Elgolli, consultant international en comptabilité carbone et énergie verte (Auditor 50001), met en garde les entreprises tunisiennes. C’était lors de la 27e édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, le 21 mai 2026 à Tunis. Intervenant dans le panel « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone », il a souligné que le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF) constitue à la fois une contrainte réglementaire incontournable et un levier de compétitivité pour les exportateurs tunisiens.

L’Union européenne absorbant près de 70 % des exportations tunisiennes, le consultant a aussi rappelé les engagements de la Tunisie dans l’Accord de Paris : une réduction de 45 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dont 28 % inconditionnels et 17 % conditionnels.

Le MACF, conçu par l’Union européenne pour atteindre la neutralité carbone en 2050 et limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5 °C, vise principalement à prévenir la fuite carbone, c’est-à-dire la délocalisation des productions vers des pays aux normes environnementales moins strictes.

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Actuellement, le mécanisme s’applique à six secteurs : l’acier, l’aluminium, les engrais, le ciment, l’énergie et l’hydrogène. Il s’étendra prochainement à tous les produits transformés à base d’acier et d’aluminium, ainsi qu’aux secteurs de la chimie, de la pétrochimie, de l’agroalimentaire, de la céramique et de la mobilité.

Contrairement à l’empreinte carbone complète d’un produit, le MACF ne requiert que trois catégories de données : les émissions directes (Scope 1), les émissions indirectes liées à la consommation électrique (Scope 2), et les quantités exportées (annuelles).

Le dispositif fonctionne sur un système de quotas carbone différenciés. Les entreprises qui dépassent leur quota paient une taxe sur l’excédent. Ces quotas gratuits seront progressivement réduits jusqu’à leur suppression totale en 2034, date à partir de laquelle toute émission de CO₂ sera taxée.

Pour les entreprises à forte empreinte carbone, le MACF représente une menace. Pour celles qui anticipent la décarbonation, il offre une opportunité : réduction des taxes, accès à de nouveaux marchés européens, éligibilité à des financements avantageux (crédits ESG) et baisse des coûts énergétiques.

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Rami Elgolli, formé dans le cadre du programme Batim orchestré par le CZ et financé par le FXZ, accompagne déjà une soixantaine d’entreprises tunisiennes de la filière mobilité (câblage automobile, aéronautique et mécanique). Il les prépare également au futur passeport carbone produit, qui exigera une traçabilité complète : bilan carbone, composition et origine des matières premières, origine de l’énergie (fossile ou renouvelable) et cycle de vie du produit.

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Leith Tlemçani: « La formation est la première infrastructure de la transition agricole »

Le deuxième panel de la 27e édition du forum de L’Économiste Maghrébin s’est penché sur l’avenir de l’agribusiness tunisien en articulant agriculture, sécurité alimentaire et climat. Sous le thème « Sécurité alimentaire, chaîne de valeur agricole et adaptation climatique : quelle trajectoire pour l’agribusiness tunisien ? », les intervenants ont débattu de la capacité du secteur agricole à se réinventer pour faire face aux contraintes environnementales, hydriques et économiques.

Leith Tlemçani, le CEO de la société Herbiotech est intervenu lors de ce panel et a tenu une idée simple mais stratégique : on ne sauvera pas l’agriculture  sans revoir en profondeur la formation des jeunes et l’organisation des compétences. Face à la raréfaction de la main-d’œuvre, à la pression climatique et à l’évolution rapide des techniques, il considère que l’agriculture doit entrer pleinement dans l’ère de la mécanisation intelligente et de l’innovation.

Il part du constat de terrain : les exploitations sont de plus en plus confrontées à des difficultés de recrutement, alors même que les tâches agricoles deviennent plus techniques.

Selon lui, la conséquence est claire : il faut former des profils capables d’utiliser les machines, de comprendre les outils numériques et d’intégrer l’IA dans les processus agricoles. Pour lui, l’avenir ne réside pas dans un retour au passé, mais dans une agriculture plus technologique, mieux organisée et mieux accompagnée.

Il insiste aussi sur le rôle des universités et des centres de formation. Les cursus doivent mieux refléter les besoins du terrain : agriculture de précision, maintenance des équipements, analyse des données, gestion intelligente des ressources et adaptation aux contraintes climatiques. Il ne s’agit pas seulement de transmettre des connaissances théoriques, mais de préparer des professionnels immédiatement opérationnels.
Un autre point fort de son propos concerne le transfert technologique. Les solutions importées ne sont utiles que si elles sont adaptées aux réalités locales. Cela suppose des passerelles plus solides entre chercheurs, formateurs, agriculteurs et entreprises du secteur. La technologie ne devient réellement efficace que lorsqu’elle est traduite en usages concrets, simples et économiquement viables.

Autrement dit, Leith Tlemçani défend une vision ambitieuse du secteur, qui serait, selon lui, capable d’attirer des jeunes, de créer des métiers nouveaux et de se moderniser sans perdre son ancrage territorial.

En somme, il conclut: « la solution n’est pas seulement d’investir dans les équipements, mais de bâtir un écosystème où la formation devient la première infrastructure de la transition agricole ».

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Hajer Chekir : « La mobilité électrique est à la croisée de l’enjeu climatique, économique et de la modernisation du réseau »

Le véhicule électrique ne se limite plus à une mobilité décarbonée : il devient progressivement un maillon du système énergétique. C’est le constat présenté par Hajer Chekir, directrice commerciale de BYD Tunisie, le 21 mai 2026 à Tunis, lors de la 27e édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, dans le cadre du panel intitulé « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone ».

Pour la responsable de BYD, premier constructeur mondial de véhicules électriques devant Tesla, la mobilité électrique dépasse largement le simple remplacement de la voiture thermique. Elle représente une nouvelle approche de l’énergie. Un véhicule électrique permet de réduire les émissions de CO₂ de 2 à 3 tonnes par an par rapport à un modèle thermique équivalent, tout en diminuant les subventions publiques et la dépendance aux énergies fossiles, dans un contexte marqué par la hausse des prix du pétrole.

Hajer Chekir rappelle surtout qu’un véhicule électrique est avant tout une batterie mobile. Avec le développement massif des énergies renouvelables intermittentes, comme le solaire et l’éolien, la Tunisie aura besoin de capacités de stockage importantes. Les véhicules électriques peuvent ainsi stocker l’électricité lorsqu’elle est abondante puis la restituer au réseau afin d’équilibrer la demande lors des périodes de pointe. Cette technologie n’a plus rien de théorique : des projets pilotes sont déjà en cours en Australie et les expérimentations se multiplient à travers le monde.

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Selon elle, la mobilité électrique répond à trois défis majeurs. Le premier est climatique, avec la décarbonation des transports. Le deuxième est économique, grâce à la réduction de la dépendance aux hydrocarbures importés. Le troisième concerne la modernisation du réseau électrique tunisien. Le véhicule électrique ne servira plus uniquement à se déplacer, il deviendra aussi un outil actif au service du système énergétique.

La fiabilité des véhicules électriques n’est plus ç démontrer

Interrogée sur les difficultés liées à la réglementation et à la tarification, la directrice commerciale a estimé que la technologie ne constituait plus un frein. Les véhicules électriques ont désormais démontré leur fiabilité, leurs performances et leur rentabilité à l’usage. Les principaux défis concernent désormais la sensibilisation et l’accompagnement des consommateurs. Les clients doivent disposer d’informations claires sur les garanties des batteries, BYD propose des garanties dépassant 2 millions de kilomètres, sur l’autonomie et sur le coût total d’utilisation. Il s’agit de démontrer qu’il s’agit d’une solution fiable, simple, ეკონომique, écologique et de plus en plus accessible.

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Le deuxième défi porte sur l’infrastructure de recharge. Les utilisateurs doivent pouvoir recharger leur véhicule à domicile, ce qui représente 80 % des usages, mais aussi sur les lieux de travail, les grands axes routiers, les centres commerciaux et dans les cafés. Avec la recharge rapide, certains véhicules peuvent désormais récupérer leur autonomie en cinq minutes, soit plus rapidement qu’un plein d’essence classique. La technologie ne constitue donc plus un obstacle.

Le troisième défi, sur lequel Hajer Chekir a salué les avancées de l’État tunisien, concerne le cadre réglementaire. Des incitations fiscales importantes ont déjà été instaurées : exonération des droits de douane et des droits de consommation, TVA réduite à 7 %, identique à celle des véhicules hybrides rechargeables, ainsi qu’exonération de la carte grise.

Ces mesures commencent à produire des résultats concrets. La Tunisie comptait 200 véhicules 100 % électriques en 2024, puis 500 en 2025. Le parc dépasse désormais 750 véhicules électriques. Les parts de marché des véhicules électrifiés ont franchi les 15 % durant les quatre premiers mois de 2026, contre seulement 5 % sur l’ensemble de l’année précédente.

En conclusion, Hajer Chekir appellera à une mobilisation collective pour réussir la transition énergétique. État, banques, constructeurs et entreprises énergétiques doivent agir conjointement afin d’accompagner l’essor de la mobilité électrique. Selon elle, celle-ci entre désormais dans une phase d’adoption de masse : ce n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité déjà engagée, porteuse d’un modèle à la fois écologique et économiquement soutenable pour la Tunisie.

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Afef Jaafar: « La transition énergétique n’est plus un choix, c’est un impératif de résilience nationale »

La Tunisie n’a plus le temps d’attendre. C’est en substance le message de Afef Jaafar, conseillère auprès du secrétaire d’État à la Transition énergétique au ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie. Elle s’exprimait, le 21 mai 2026 à Tunis, lors de la 27e édition du Forum de L’Économiste maghrébin dans le cadre du panel « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone ». Elle a dressé un état des lieux exhaustif et alarmant de la situation énergétique nationale.

Face à une forte dépendance aux hydrocarbures, à un déficit énergétique persistant, à des subventions devenues difficilement soutenables et à un environnement géopolitique instable, elle a présenté la stratégie nationale engagée par le ministère de l’Industrie tout en appelant à accélérer les réformes et les investissements afin de renforcer la souveraineté et la résilience énergétiques du pays.

La responsable a, dans ce cadre, souligné l’ampleur des défis auxquels la Tunisie est confrontée. Le mix électrique national dépend du gaz naturel à hauteur de 93 %, dont plus de la moitié est importée, tandis qu’un peu plus de 20 % seulement est produite localement. Les subventions énergétiques ont dépassé 7 000 milliards de dinars en 2025, soit environ 12 % du budget de l’État.

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À cette pression budgétaire s’ajoute un contexte international défavorable. Alors que les hypothèses retenues par les institutions financières internationales reposaient sur un baril à 63 dollars, les prix du pétrole repartent à la hausse. Or, chaque dollar supplémentaire par baril représente près de 160 millions de dollars additionnels en subventions et charges de compensation.

Afef Jaafar a également rappelé les exigences environnementales et climatiques croissantes auxquelles la Tunisie doit répondre sur la scène internationale, un point également évoqué par le modérateur du panel, Serge Degallaix.

Face à cette situation, elle a insisté sur l’urgence de la transition énergétique et climatique : « Il est impératif aujourd’hui, ce n’est plus vraiment un choix, de passer vers la transition énergétique et climatique ». Dans cette perspective, le ministère a élaboré une stratégie reposant sur trois piliers principaux.

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Le premier concerne la maîtrise de la demande énergétique afin d’éviter que la consommation n’augmente mécaniquement au même rythme que la croissance économique. L’objectif est d’améliorer significativement l’intensité énergétique. Le deuxième pilier porte sur le déploiement massif des énergies renouvelables, avec une cible de 35 % dans le mix électrique à l’horizon 2030 et de 50 % à l’horizon 2050. Le troisième vise à accompagner ces efforts par l’électrification des usages afin d’avancer vers la décarbonation et la neutralité carbone.

Quid du cadre réglementaire ?

Afef Jaafar a ensuite présenté le cadre juridique et réglementaire en vigueur. Elle a rappelé qu’une loi adoptée en 2015 encadre la production d’électricité renouvelable à travers trois régimes : l’autoproduction, les appels d’offres et les concessions.

Concernant l’autoproduction, plusieurs programmes d’efficacité énergétique ont déjà permis de stabiliser la demande. En basse tension, la puissance installée atteint 455 MW, principalement grâce au programme destiné aux ménages du secteur résidentiel. En moyenne tension, les capacités avoisinent 110 MW, portant le total de l’autoproduction à plus de 550 MW.

S’agissant des appels à projets, plusieurs initiatives ont permis d’installer environ 52 MW à ce jour. Ces projets restent toutefois de taille modeste, avec des capacités inférieures à 10 MW pour le photovoltaïque et à 30 MW pour l’éolien.

Le régime de concession concerne, quant à lui, les grands projets dépassant ces seuils. Sur ce segment, la Tunisie dispose actuellement de 200 MW installés. Un premier projet de 100 MW à Métlaoui est entré en service en décembre 2025. Deux autres projets de 50 MW chacun ont suivi en janvier puis en mars 2026, portant les capacités totales à 200 MW dans le cadre des concessions.

Par ailleurs, 200 MW supplémentaires dans le photovoltaïque ont déjà été attribués et attendent encore l’approbation du Parlement. Un projet éolien d’environ 77 MW se trouve dans la même situation.

La conseillère a souligné les efforts engagés par l’État, tant dans la maîtrise de la consommation énergétique que dans le développement des renouvelables, tout en estimant que le rythme actuel reste insuffisant. « Il va falloir que ça s’accélère », a-t-elle averti, au regard des contraintes structurelles du pays et des chocs liés au contexte géopolitique régional et international.

L’enjeu, a-t-elle insisté, est de renforcer durablement la résilience de la Tunisie et de réduire sa vulnérabilité énergétique. En conclusion, Afef Jaafar a rappelé que la transition énergétique constitue désormais un impératif stratégique pour la souveraineté nationale et nécessite une mobilisation conjointe de l’État, du secteur privé, des banques et des partenaires internationaux.

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Olfa Chammari: Financer la transition exige une ingénierie de confiance

En abordant les thèmes de la Transition énergétique, mais aussi la  manière d’accélérer le passage vers une économie bas-carbone , la question qui se pose est la suivante : quels sont les enjeux liés à la sécurité énergétique, à la diversification du mix énergétique et à la réduction de l’empreinte carbone. C’est le ton du  troisième panel de la 27e édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, qui a mis l’accent sur les défis énergétiques et aux perspectives de transition écologique en Tunisie.  Le thème de ce panel : « L’impératif stratégique des énergies renouvelables en Tunisie : volatilité des prix des hydrocarbures et transition bas-carbone », ce débat a examiné les enjeux liés à la sécurité énergétique, à la diversification du mix énergétique et à la réduction de l’empreinte carbone.

Olfa Chammari, directrice de la planification stratégique et du contrôle de gestion, a abordé la transition climatique sous l’angle du financement. Son message est clair : les besoins sont trop importants pour qu’une seule source de financement puisse suffire. La transformation énergétique, l’adaptation au changement climatique et la modernisation des infrastructures agricoles exigent des montages complexes, combinant crédit, garantie, assurance, subvention et accompagnement technique.

Elle insiste sur un point central : la transition ne sera possible que si les investisseurs, les banques et les bénéficiaires ont confiance dans les dispositifs proposés. Il ne suffit pas de créer des enveloppes financières ; il faut aussi construire une ingénierie capable de sécuriser les projets, de réduire les risques et de rendre les financements accessibles à ceux qui en ont le plus besoin.

Olfa Chammari voit dans la Caisse des dépôts et consignations (CDC) un acteur potentiel d’impulsion et de structuration. Pour elle, ce type d’institution peut jouer un rôle d’agrégateur, en aidant à mobiliser des ressources publiques et privées autour de projets à fort impact. L’enjeu n’est pas seulement de financer, mais de catalyser un écosystème.

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Elle a mis l’accent sur l’accompagnement technique. Beaucoup de projets échouent non par manque d’intention, mais parce qu’ils sont insuffisamment préparés ou mal structurés. La finance climatique doit donc aller de pair avec du conseil, de l’expertise et un suivi dans la durée. C’est cette combinaison qui permet de transformer une ambition environnementale en projet viable.

En somme, Olfa Chammari défend une vision très pragmatique de la transition : pour qu’elle fonctionne, il faut des outils financiers adaptés, des institutions solides et une architecture de confiance capable de relier les besoins du terrain.

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Matthieu Brun : « La transition agricole ne peut réussir que si elle crée de la confiance entre les acteurs »

En abordant les thèmes de l’agriculture, de la sécurité alimentaire et du climat, la question qui se pose est la suivante : quelle trajectoire pour l’agribusiness tunisien ? C’est le ton du deuxième panel de la 27e édition du forum de L’Économiste Maghrébin, qui a mis l’accent sur les enjeux stratégiques liés à la sécurité alimentaire et à l’adaptation climatique. Sous le thème « Sécurité alimentaire, chaîne de valeur agricole et adaptation climatique : quelle trajectoire pour l’agribusiness tunisien ? », les discussions ont porté sur la capacité du secteur agricole tunisien à se transformer face aux défis environnementaux, hydriques et économiques.

Le  Directeur scientifique de la Fondation Farm Matthieu Brun, défend une idée simple mais décisive : face au changement climatique, aucun agriculteur ne peut s’adapter seul. Dans son intervention, il insiste sur la nécessité de sortir d’une logique strictement individuelle pour penser des réponses collectives, territoriales et solidaires. À ses yeux, l’enjeu n’est pas seulement de préserver les rendements, mais de construire des systèmes agricoles capables d’absorber les chocs climatiques de façon durable.

Ainsi lors de son intervention, il met en avant le rôle des coopératives, des groupements d’agriculteurs et des dispositifs partagés. Dans un contexte de sécheresse, de tension sur l’eau et de hausse des coûts, mutualiser les équipements, partager les informations et organiser les filières devient un levier essentiel de résilience. L’adaptation climatique ne se joue donc pas uniquement dans les champs, mais aussi dans la manière dont les producteurs s’organisent entre eux.

Matthieu Brun insiste également sur la nécessité d’une approche territoriale. Les effets du climat ne sont pas homogènes : ils varient selon les zones, les cultures, les sols et les pratiques. Il faut donc des réponses ancrées dans les réalités locales, capables de tenir compte des spécificités de chaque bassin de production.  Cela signifie que cela  permet de mieux cibler les investissements, les formations et les politiques publiques.

Il rappelle enfin que la transition agricole ne peut réussir que si elle crée de la confiance entre les acteurs. Les agriculteurs ont besoin de solutions concrètes, mais aussi de visibilité et d’accompagnement. C’est en structurant des collectifs solides, capables de partager les risques et les innovations, que le secteur pourra faire face à l’instabilité climatique.

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Tunisie – Ce que coûte l’économie informelle aux caisses de l’Etat

Entre 35 et 40 % du PIB tunisien, soit 60 à 70 milliards de dinars, échappent chaque année au radar fiscal. Le manque à gagner pour l’État est estimé à 25 milliards de dinars annuels. Derrière ce chiffre vertigineux, un système entretenu par une complicité, mais surtout la pression fiscale et l’absence d’intégration régionale.

Pour en savoir davantage, L’Economiste maghrébin a sondé un certain nombre d’économistes qui livrent un diagnostic sans complaisance du phénomène et des pistes de sortie concrètes.

Pour planter le décor, l’un de nos vis-vis  rappelle que l’économie informelle existe partout dans le monde, mais « son ampleur tunisienne tient moins à une fatalité culturelle qu’à un contexte économique hérité de longue date sur fond de choix politique assumé ». Et de poursuivre : « Sous Bourguiba comme sous Ben Ali, explique-t-il, le commerce parallèle (notamment transfrontalier avec la Libye et l’Algérie) était délibérément contenu et relativement épargné pour éviter toute explosion sociale ». Les opérateurs informels représentaient souvent un maillon dans la chaîne d’information, remontant des renseignements vers l’administration en échange d’une tranquillité tacitement garantie. « Un clientélisme diffus qui achetait la paix sociale à bon compte ».

 

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Un autre invité poursuit dans le même sens en soulignant que cette logique perdure. Pour illustrer ses dires, il cite le marché de Moncef Bey. Chaque dimanche, des files de voitures s’étirent sur quatre à cinq kilomètres. Sous forme de boutade, il déclare : « L’économie informelle tunisienne, qui a pignon sur rue, n’a, en réalité, rien de souterrain ».

De grands opérateurs, pas de petits débrouillards

Les invités de L’Economiste maghrébin poussent leur analyse et soulignent : « Il convient de ne pas se méprendre sur la nature des acteurs qui tiennent les leviers de commande. Derrière les petits revendeurs à la sauvette se dissimulent de grands opérateurs dotés d’une assise financière solide, de réseaux de distribution étendus et d’une parfaite connaissance des failles législatives. Ce sont eux les véritables bénéficiaires du système », affirment-ils.

« Certains acteurs du secteur formel recourent eux-mêmes au marché parallèle pour écouler une partie de leur production, tant la frontière entre les deux sphères est poreuse. Le secteur informel n’est pas le seul en cause. De nombreuses, qui figurent dans les tablettes de l’administration, ne déclarent pas la totalité de leurs revenus, pratiquent la double comptabilité ou règlent leurs transactions en espèces. L’évasion fiscale déborde largement du seul secteur clandestin ».

Les quatre moteurs qui alimentent le système

Une fiscalité confiscatoire. L’impôt sur les sociétés avoisine 25 à 30 %, auquel s’ajoutent des charges sociales proches de 40 % : verser cent dinars nets à un salarié en coûte entre cent vingt et cent quarante à l’employeur, détaillent nos économistes. Mais ce qui semble gêner nos interlocuteurs, ‘est la nouvelle loi sur l’embauche, parce que recruter devient une équation périlleuse en Tunisie. Mais ce n’est pas tant la pression fiscale qui dérange le plus. L’ennui est que «… ce que l’État prélève, il ne le restitue pas en services publics de qualité : routes dégradées, hôpitaux défaillants, école publique en déshérence. Le sentiment d’un impôt sans contrepartie nourrit puissamment chez certains le refus de se conformer », dénoncent nos invités.

 

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Ensuite, une législation du travail inadaptée. L’obligation de recruter en contrat à durée indéterminée (CDI), y compris pour des activités saisonnières – qui sont du reste nombreuses -, condamne de nombreux petits entrepreneurs à basculer dans l’informel. Les politiques salariales uniformes aggravent le problème : une augmentation généralisée de 6 % appliquée sans discernement peut sonner le glas des plus petites structures, incapables de l’absorber, et les précipiter dans la clandestinité, expliquent les sondés de L’Economiste maghrébin.

Une fiscalité indirecte punitive. Les droits de douane sur les véhicules automobiles atteignent 300 à 400 % : un tel niveau engendre mécaniquement des trafics organisés. Il en va de même pour la TVA et les taxes frappant des produits de consommation courante – café, thé, lait entre autres – qui alimentent des flux transfrontaliers que nulle force de sécurité ne peut endiguer durablement.

Le différentiel de prix avec les voisins. Tant que le carburant algérien ou libyen reste deux fois moins cher qu’en Tunisie, le trafic à la frontière demeurera structurellement rentable. Chaque hausse du prix à la pompe décidée à Tunis élargit l’écart et stimule davantage la contrebande. « Le marché se venge toujours des distorsions tarifaires excessives, et il en va de même pour tous les produits soumis à une fiscalité sans commune mesure avec celle des pays voisins », résume l’un de nos interlocuteurs.

Le piège invisible de l’informalité

En pédagogues, les économistes sondés par L’Economiste maghrébin expliquent que l’opérateur informel lui-même paie un prix élevé pour sa clandestinité. Car, « exclu du circuit bancaire, il ne peut contracter aucun crédit ni présenter la moindre garantie. Il est par ailleurs exposé au racket d’une chaîne d’intermédiaires (agents municipaux, forces de l’ordre, responsables locaux) dont les exigences ne cessent de croître, au gré des changements d’interlocuteurs et des surenchères hiérarchiques. Or s’acquitter de l’impôt lui reviendrait souvent bien moins cher. Une fois en règle, il disposerait d’un accès au financement bancaire qui lui permettrait de développer son activité dans des conditions sans commune mesure avec sa situation actuelle ».

Cela étant, les analystes interrogés par L’Economiste maghrébin soulignent par ailleurs que l’économie informelle pose un problème d’équité jugé inacceptable. Selon eux, le cadre moyen qui s’acquitte scrupuleusement de ses impôts voit son enfant privé d’une bourse d’études au motif que ses revenus déclarés dépassent le plafond requis. Dans le même temps, le grand opérateur de l’informel, officiellement sans revenus mais réellement fortuné, bénéficie des mêmes aides sociales, emprunte les autoroutes financées par les contribuables et scolarise ses enfants dans des établissements publics sans jamais avoir contribué au système. Ce sont les pauvres qui financent les riches. Une telle iniquité mine le consentement à l’impôt de ceux qui s’y soumettent encore, regrettent-ils.

Sortir de l’impasse : progressivité, amnistie, confiance

Cependant, les économistes enquêtés récusent toute approche répressive : la contrainte est vouée à l’échec. La voie de sortie passe d’abord par des arrangements fiscaux, effaçant le passif sans condition, pour restaurer la confiance entre opérateurs et administration. Sans ce préalable, aucune régularisation volontaire ne pourra réussir, affirment-ils. La question ne peut être résolue que lorsque le secteur formel serait perçu plus attractif que l’informel.

Ils préconisent ensuite une intégration graduelle sur dix ans, par paliers progressifs : 5 % la première année, puis une montée en charge régulière jusqu’aux taux de droit commun, à l’image du plongeur qui remonte par paliers pour éviter les accidents de décompression. Ce dispositif permettrait de récupérer environ deux milliards de dinars supplémentaires par an… L’élargissement de l’assiette fiscale qui en résulterait permettrait simultanément de réduire la pression sur les contribuables déjà en règle. En abaissant les charges sociales, l’État perdrait en taux ce qu’il récupérerait en volume, grâce à la création d’emplois supplémentaires et à l’élargissement de la base taxable. Les entreprises, soulagées, pourraient augmenter les salaires nets de leurs employés et stimuler la consommation.

L’intégration maghrébine, levier inexploité

Plus de soixante ans après les indépendances, le Maghreb n’a réussi à instaurer ni zone de libre-échange, ni union douanière, et encore moins un marché commun ni convertibilité mutuelle des monnaies – pourtant réalisable entre pays au développement comparable. Un Tunisien se rendant au Maroc est contraint de convertir ses dinars en euros, puis ses euros en dirhams : une absurdité économique entre voisins. En clair, tant que les écarts de fiscalité et de prix entre pays frontaliers resteront aussi importants, les flux informels transfrontaliers continueront d’alimenter un marché parallèle qu’aucune politique répressive ne pourra durablement tarir. L’intégration par le bas, celle que pratiquent spontanément les populations des régions frontalières, a depuis longtemps devancé l’intégration par le haut que les États n’ont jamais su construire, faute de volonté politique.

 

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Les économistes interrogés s’inquiètent par ailleurs du fait que l’économie informelle a, pendant un temps, rendu un service paradoxal aux consommateurs tunisiens : en inondant le marché de produits bon marché en provenance de Chine, elle a contribué à stabiliser les prix dans certains secteurs. Mais cette modération a eu son revers : le pays a été submergé de produits de mauvaise qualité, au détriment des consommateurs comme des industriels locaux. Un bénéfice de court terme, donc, qui a masqué un appauvrissement de fond.

Pour finir, ils affirment, du haut de leur science, que l’économie informelle n’est pas une fatalité : elle est le symptôme d’un État qui taxe trop, administre mal et redistribue peu. Par conséquent, les leviers existent et qui se nomment « meilleure régulation fiscale, progressivité, allègement des charges, intégration régionale, notamment en matière d’harmonisation des taxes et droits de douance. Il faut une volonté politique pour les actionner, avant que le manque à gagner ne devienne une hémorragie irréversible ».

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Zouhaier Sammoud : « La Tunisie brille par son attractivité intrinsèque »

Dans un tourisme mondial en pleine mutation, la résilience de la Tunisie est mise à l’épreuve. Zouhaier Sammoud, consultant et formateur certifié AHLEI, livre son regard sur la saison estivale à venir, sa perception des stratégies de communication et ses recommandations pratiques. Au‑delà des chiffres, cet entretien décrypte les fragilités structurelles.

 

Cette saison estivale cache-t-elle des fragilités par rapport à d’autres destinations concurrentes ?

La Tunisie brille par son attractivité intrinsèque, mais trébuche sur son exécution face à des concurrents qui, eux, ont industrialisé leur résilience.

Comme nous l’évoquions, l’absence de cellule de crise permanente nous rend fragiles face aux chocs exogènes, notamment sur le volet géopolitique régional. Si un incident survient, le Maroc, la Turquie ou la Grèce activent une communication de crise en quelques heures. En Tunisie, le silence est souvent interprété par les marchés émetteurs comme une zone d’ombre, laissant la place aux annulations préventives. Ce phénomène ne fait qu’aggraver une fragilité stratégique et structurelle.

En effet, alors que des destinations concurrentes ont transformé leurs hubs aériens en « machines de guerre » ultraperformantes, la Tunisie souffre de biais d’accessibilité persistants, notamment en termes de desserte aérienne, maritime et terrestre. L’absence d’une stratégie « Open Sky » totalement libérée, aussi bien le MUTAA ou Open Sky africain que l’accord UE-Tunisie (paraphé techniquement en décembre 2017, non ratifié à ce jour), limite notre réactivité face à l’agilité « low-cost » chez nos voisins. Nous nous sommes condamnés à une « guerre des restes » : nous récupérons ce que les autres destinations, arrivées à saturation, ne peuvent plus absorber.

La véritable fragilité de cette saison ne réside pas uniquement dans l’accessibilité, mais dans l’érosion de notre capacité de réponse à la demande. La fermeture prolongée de près de 30 % des unités hôtelières ne représente pas seulement un manque à gagner, elle traduit une sortie de route pour une part significative de notre parc d’hébergement touristique. Pendant que la Tunisie gère une économie de la survie, l’Égypte et le Maroc sont passés à une économie de conquête.

Le Maroc a su attirer des investissements étrangers majeurs pour diversifier son offre (Taghazout, par exemple), misant sur la montée en gamme et la durabilité pour augmenter sa capacité d’hébergement.

L’Égypte, malgré les vents géopolitiques contraires, continue de bâtir des villes entières (New Alamein, extension de la mer Rouge) avec une force de frappe financière qui écrase la concurrence balnéaire classique.

Le contraste est saisissant : là où nous comptabilisons des pertes, nos voisins valident des plans d’expansion massifs.

Est-ce fondamental d’améliorer notre stratégie marketing et de communication ?

Investir en marketing et en communication est une solution de facilité. Il est plus simple de signer un chèque pour une agence de publicité que de réformer une culture ou de changer des habitudes destructrices. Nous constatons malencontreusement des facettes cachées : dépenser des millions en publicité tout en réduisant la qualité du produit, faire du greenwashing massif alors que le modèle économique même repose sur l’épuisement des ressources, prôner des valeurs de vertu publiquement tout en ayant une éthique discutable…

Dans certains médias, nous nous obstinons à sacrifier la crédibilité pour attirer de l’audience. Alors que la Tunisie dépense des fortunes en marketing pour attirer les visiteurs et les partenaires, on les fait fuir en cédant au sensationnalisme, au « clic » facile ou à la polémique stérile. C’est l’automutilation de la confiance.

Faire une campagne onéreuse sans arrêter de s’automutiler, c’est comme mettre un pansement de luxe sur une plaie que l’on continue de gratter. C’est non seulement inutile, mais cela accélère la perte de crédibilité.

En effet, dans nos médias, pas tous, nous nous affligeons de l’autoflagellation qui dessert notre image auprès des pays émetteurs. À cet égard, j’aimerais apporter des éclaircissements autour de la polémique éternelle : pourquoi les prix des hôtels sont plus chers pour les Tunisiens que pour les autres ?

Je tiens solennellement à préciser qu’il ne s’agit nullement de ségrégation par nationalités. Le socle de notre métier, tel qu’il est inculqué dès la formation initiale, repose sur une neutralité sacrée. Je peux affirmer que tout acteur économique exclut tout jugement de valeur ; sa mission consiste à offrir une hospitalité universelle où seul compte l’accueil de l’autre, sans distinction aucune, et évidemment à assurer une pérennité financière.

Concrètement, la structure des prix en hôtellerie n’est pas aléatoire, elle répond à une ingénierie commerciale stricte où le tarif est inversement proportionnel à l’engagement et au risque pris par le partenaire. Nous distinguons, en gros, trois niveaux de pricing :

le tarif B2C (direct) – le prix de détail : c’est le niveau le plus élevé de la pyramide. Ici, l’hôtel vend directement au client final. Ce tarif « public » sert de référence et ne doit jamais sous-coter les partenaires, sous peine de briser l’écosystème de distribution.

Le contrat B2B (agences de voyages) – la vente à terme : le prix est ici plus abordable pour permettre à l’agence de réaliser sa marge. Il s’agit d’un contrat « à terme » ou sur demande. L’agence ne paie que ce qu’elle consomme réellement. La déontologie impose que le prix final proposé par l’agence reste compétitif par rapport au prix direct de l’hôtel, garantissant ainsi la viabilité du revendeur.

Le contrat grossiste (tour-opérateurs) – l’engagement et le financement : c’est le tarif le plus bas, justifié par une prise de risque maximale de la part du TO. À l’instar des marchés de matières premières, le TO achète « sur pied » et en volume. Il s’engage sur un inventaire de chambres (allotement) sur une longue période et garantit un taux de remplissage. Contrairement à l’agence, le TO injecte de la trésorerie. Ce préfinancement est vital pour l’hôtelier, justifiant ainsi une décote majeure. Ce prix « plancher » est indispensable pour que le TO puisse redistribuer le produit à son propre réseau d’agences tout en préservant les marges de chaque intermédiaire. De toute façon, aucun pays au monde ne peut se dissocier de la dépendance aux TO. Par contre, nous pouvons diminuer leur pression.

Vous trouverez la suite dans le numéro de l’Economiste Maghrébin n 945 du 20 mai au 3 juin. 

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Journée de l’Afrique à Tunis : l’eau comme levier de paix, de solidarité et de prospérité

À l’occasion de la Journée de l’Afrique, célébrée le 25 mai à Tunis, les ambassadeurs africains accrédités dans le pays, en coordination avec le ministère des Affaires étrangères, de la migration et des Tunisiens à l’étranger, ont placé le thème 2026,  l’accès durable à l’eau et aux systèmes d’assainissement pour concrétiser les objectifs de l’Agenda 2063  au cœur des débats et des discours. Cette journée, fortement symbolique, a servi de cadre pour réaffirmer la place de l’Afrique sur la scène régionale et internationale, tout en rappelant l’ampleur des défis liés au climat, aux crises économiques et aux tensions sécuritaires.

Mohamed Ali Nafti, ministre des Affaires étrangères, de la migration et des Tunisiens à l’étranger, a souligné que, soixante‑trois ans après la création de la première organisation continentale africaine, l’Afrique pouvait légitimement revendiquer des avancées substantielles. Il a salué le rôle central de l’Union africaine comme cadre de concertation politique, de promotion de la paix, de sécurité et de développement, tout en rappelant que les progrès restent encore à consolider face aux conflits persistants et aux fragilités institutionnelles observées dans certaines régions du continent.

Abordant le thème 2026, le ministre a insisté sur l’importance vitale de la coopération.  » Le thème retenu pour cette année, assurer la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs afin d’atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ne doit pas être lu comme un simple slogan, mais comme un véritable agenda de survie et de prospérité », a‑t‑il déclaré. Face aux sécheresses récurrentes, aux tensions sur les bassins hydrographiques et aux effets croissants du changement climatique, l’eau devient, selon lui, un enjeu stratégique de paix, de dignité humaine et de résilience des sociétés. Garantir l’accès à l’eau potable et à l’assainissement adéquat est ainsi présenté comme une condition préalable pour la santé publique, la sécurité alimentaire, l’industrialisation et la stabilité socio‑économique à long terme.

En rappelant l’engagement historique de la Tunisie à l’égard du continent, Mohamed Ali Nafti a rappelé que « la Tunisie, fière de son ancrage africain depuis les premiers jours de l’indépendance, a toujours soutenu les mouvements d’émancipation et de libération des peuples africains « . Il a évoqué à la fois le soutien politique, la contribution aux missions de maintien de la paix et la mise à disposition de son savoir‑faire en matière de sécurité. Tunis a également ouvert ses universités nouvellement édifiées aux étudiants africains, consciente, a‑t‑il précisé, que le pont civilisationnel entre les pays du continent ne peut se construire durablement qu’avec l’éducation et la formation.

En ce sens, le ministre a indiqué que la Tunisie entend aujourd’hui renforcer ses représentations diplomatiques en Afrique et doter ses missions des moyens nécessaires pour répondre aux défis contemporains, qu’ils soient économiques, migratoires ou sécuritaires. Il a souligné l’importance de multiplier les partenariats dans des domaines porteurs tels que l’énergie renouvelable, les technologies de l’information et de la communication (TIC), l’agriculture et le transport, considérés comme des leviers clés d’intégration régionale et de croissance.

En conclusion, Mohamed Ali Nafti a mis en avant le rôle central de l’Union africaine et de la coopération interétatique pour défendre les intérêts du continent dans les grandes négociations mondiales, que ce soit sur le climat, le commerce ou la gouvernance internationale.  » L’action de l’Union africaine et la solidarité entre États africains sont cruciales pour que l’Afrique ne soit plus seulement un sujet de discussion, mais un acteur influent », a‑t‑il affirmé. En cette Journée de l’Afrique, la Tunisie a réaffirmé son engagement à travailler aux côtés de ses partenaires pour construire une Afrique intégrée, stable, prospère et juste, « une Afrique que nous voulons », a conclu le ministre, avant de saluer chaleureusement la coopération afro‑africaine et la fraternité entre les peuples du continent.

De son côté, Gertrudis Nsang Ndong Nsuga, ambassadrice de la République de Guinée équatoriale en Tunisie, arrivée au terme de son mandat après sa nomination en qualité d’ambassadrice au Maroc, a exprimé lors de son allocution que cette cérémonie revêtait une signification particulière, tant humaine que symbolique. Elle a souligné qu’elle offrait une tribune pour revisiter le riche héritage historique et culturel de l’Afrique, tout en réfléchissant aux voies et moyens de relever, collectivement, les défis auxquels nos nations font face et de répondre aux attentes légitimes de nos peuples.

Partant du constat de l’importance de garantir la disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063, elle a rappelé que cette thématique officielle, retenue cette année par l’Union africaine, résonnait pleinement avec l’Objectif de développement durable n°6 des Nations Unies, consacré à l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement.  » L’eau constitue aujourd’hui, plus que jamais, une préoccupation stratégique pour la stabilité, la santé publique, la sécurité alimentaire, la croissance économique et le développement durable de nos pays. En parler, c’est parler de vie, de résilience, et du destin même de notre continent « , a‑t‑elle précisé.

Selon elle, l’Agenda 2063, véritable feuille de route vers l’Afrique que nous voulons, rappelle la nécessité de bâtir le développement du continent sur des bases durables, inclusives, solidaires et capables de garantir le bien‑être et la prospérité pour, et par, les générations présentes et futures. Elle a toutefois rappelé que de nombreux États africains continuent de faire face à d’importantes difficultés en matière d’accès à l’eau, notamment à l’eau potable, ce qui contribue à l’aggravation de la précarité et de l’extrême pauvreté touchant une part significative de la population dans plusieurs régions du continent. Cette réalité persiste malgré les efforts engagés pour renforcer des secteurs clés tels que l’éducation, la santé, l’agriculture, la protection de l’environnement et la promotion de l’égalité des chances, parmi d’autres domaines prioritaires.

Pour la Tunisie, l’ambassadrice a adressé un clin d’œil appuyé, saluant l’accueil et la coopération constante offerts par le gouvernement tunisien. « Nous réaffirmons notre volonté de continuer à travailler ensemble, en renforçant les mécanismes de concertation, d’association et de solidarité qui contribuent à la construction d’un continent plus fort, plus uni et plus prospère, en parfaite harmonie avec notre vision commune d’intégration et de développement  » a‑t‑elle assuré. En guise de conclusion, elle a invité les invités à découvrir, à travers une démonstration de mets typiques proposés par les différentes délégations africaines présentes, l’extraordinaire diversité culturelle de l’Afrique. « Cette gastronomie authentiquement africaine est une expression vivante de notre identité, de notre hospitalité légendaire et de notre riche patrimoine culturel partagé », a‑t‑elle souligné.

En fil rouge de cette célébration, la maxime de Béni Emmanuel Bayis‑Bakana en dit long  : « L’Afrique n’est pas un passé qu’on pleure, mais un avenir qu’on bâtit avec la mémoire pour racine et la dignité pour flamme. « Autrement dit, une Afrique qui assume son histoire, affronte ses défis, et se projette résolument vers un avenir plus collectif, plus solidaire et plus prospère.

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Les médias audiovisuels tunisiens… à la rencontre des régions

L’Association des anciens employés de la Radio et de la Télévision tunisiennes s’est penchée, vendredi 22 mai 2026, sur le vécu et les perspectives de développement des médias audiovisuels de nos régions. Une panoplie de médias qui ont pratiquement tous en commun, du moins pour les radios privées et communautaires, des difficultés d’ordre structurel. Elles sont cependant essentielles pour le développement d’une information de proximité qui sert le citoyen.

« L’information régionale en Tunisie : réalités et perspectives ». En marge de la célébration du 60ème anniversaire de la création de la télévision publique tunisienne (31 mai 1966), l’Association des anciens employés de la Radio et de la Télévision tunisiennes s’est penchée, vendredi 22 mai 2026, sur le vécu et les perspectives de développement d’un pan entier des médias audiovisuels publics tunisiens. Un vécu bien ancien puisque la première radio régionale en Tunisie a été créée en 1961. Cinq autres radios naîtront plus tard dans d’autres régions du pays : Monastir (1977), Le Kef (1991), Gafsa (1991), Tataouine (1993) et Kasserine (2014) – une radio plutôt locale. Un vécu qui a été enrichi, depuis 2011, par pas moins de 10 radios à capital privé et 15 radios communautaires qui ont essaimé dans pratiquement tous les gouvernorats du pays.

Il y avait donc de quoi nourrir un débat sur les radios régionales tunisiennes. Il n’existe pas de télévisions régionales, du moins autorisées par la Haica, l’organisme de régulation de l’audiovisuel tunisien, hormis les antennes Tv des radios régionales publiques chargées de la couverture de l’actualité pour le compte de la télévision publique. Et le débat n’a pas déchu avec les interventions de quelques universitaires et professionnels qui ont, pour la plupart, été des acteurs de cette presse audiovisuelle régionale qui a vécu son âge d’or avant les années 2000.

Reposant, pour l’essentiel, sur le rendu d’hommes de terrain, des autodidactes en grande partie, soucieux de rendre compte de la vie dans leur région respective : les correspondants régionaux de la radio et de la télévision publiques. Souvent au four et au moulin exerçant en parallèle une couverture pour la presse écrite du parti au pouvoir, le Parti Socialiste Destourien (PSD), et, par la suite, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), et des fonctions au sein des institutions régionales de l’époque.

Des radios régionales qui continuent, cela dit, de souffrir d’un ensemble de problèmes d’ordre structurels qui rendent leur vécu des plus difficiles. A commencer par celui du coût élevé de leurs charges. Comme les frais de la télédiffusion ou encore ceux de la sécurité sociale et des impôts. Pour ne pas citer le salaire de leurs employés. A en croire certains, il y a de quoi mettre la clé sous la porte ! En tout cas, des professionnels ont plus d’une fois rappelé leurs difficultés. D’autant plus que la publicité – la seule réelle ressource financière dont ils disposent – n’arrive pas, pour ainsi dire, à nourrir son homme.

Sans réel souci d’interroger le marché

Un sujet bien complexe, selon les débats. Beaucoup de radios privées ont été lancées sans réel souci d’interroger le marché et donc de conduire une étude de marché. Car, une des questions fondamentales concerne une exiguïté du marché : en clair, et le cas se pose pour du moins certaines régions du pays, il y a un certain « encombrement » qui ne facilite pas la vie à ces radios qui rendent un service aux régions où elles sont installées. Notamment une information de proximité qui est bien nécessaire au développement régional et local.

 

Une question qui mérite le détour à l’heure où le pays donne une réelle importance aux régions dans son bâtit politique. En témoigne la création d’un Conseil national des régions et des districts (CNRD), la Chambre haute du Parlement tunisien, instaurée par la Constitution de 2022. Un Conseil qui « assure une fonction législative spécifique centrée sur le développement économique et budgétaire des territoires ».

 

Des professionnels ont rappelé leurs difficultés, d’autant plus que la publicité, seule réelle ressource financière dont ils disposent, n’arrive pas à nourrir son homme.

 

Nous y allons de pieds fermes

Autant dire qu’une radio régionale ne peut qu’avoir sa place dans le tissu médiatique tunisien. Ce qui explique sans doute l’appel lancé, au cours de la rencontre initiée par l’Association des anciens employés de la Radio et de la Télévision tunisiennes, en vue du lancement de nouvelles radios publiques dans les régions. C’est le cas, pour deux vieux routiers de la presse régionale publique, Rachid El Bekkay et Mahmoud Horchani ; le premier à Bizerte et le second à Sidi Bouzid. Deux vieux routiers qui sont venus présenter des livres récents qu’ils ont publiés et qui retracent en grande partie leur expérience en tant que journaliste régional.

Présentant une communication au sujet des radios régionales publiques, Mohamed Maâmri, ancien directeur de Radio Tataouine, actuellement directeur des relations extérieures de la Radio tunisienne (RT), l’institution de la radiodiffusion publique, est venu poser une question fondamentale. Elle concerne le vécu actuel des radios régionales à l’heure du digital.

 

Il n’est plus nécessaire de se trouver dans une région pour couvrir ses actualités et écouter les programmes. On avait parlé un temps de l’ubiquité, nous y sommes. Ou presque !

 

Ce vécu charrie un ensemble d’outils et d’applications qui changent totalement la profession et imposent de s’adapter à de nouvelles donnes. Comme les podcasts et autres plateformes audiovisuelles qui ne font plus de distinction formelle entre image et son. Sans oublier évidemment qu’il n’est plus nécessaire de se trouver dans une région pour couvrir ses actualités et écouter les programmes. On avait parlé un temps de l’ubiquité, soit « la capacité d’être présent en plusieurs endroits et partout à la fois ». Nous y sommes. Ou presque ! Nous y allons de pieds fermes.

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Karim Jouini: « Il est nécessaire de revoir le code des changes »

Karim Jouini, Franco‑Tunisien cofondateur de la fintech Expensya, se hisse à la 4e position du classement 2025 des business angels les plus influents de France établi par Angelsquare et Challenges, avec 2,5 millions d’euros injectés dans une vingtaine de startups. »

Invité à la 27e édition du Forum de L’Économiste Maghrébin, Karim Jouini  qui précise qu’il « n’est ni économiste ni homme politique, mais simplement un entrepreneur tunisien travaillant dans l’intelligence artificielle » a livré son point de vue personnel sur les 70 ans d’indépendance de la Tunisie. À 40 ans, il confie qu’il avait d’abord pensé parler « au nom de la jeunesse », puis s’est rappelé qu’il avait  » dépassé cette catégorie depuis longtemps ». Il a donc choisi d’exposer « le point de vue d’un entrepreneur, avec le moins de filtres possible « 

Sa thèse est simple : « La Tunisie a connu cinquante belles années de développement humain, notamment en matière d’éducation et de constitution d’un capital humain de qualité. » Mais, ajoute‑t‑il, « le système s’est grippé depuis une vingtaine d’années ». On le perçoit clairement à travers l’évolution du PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat : après un décollage prometteur, la croissance est devenue trop faible pour rattraper le retard accumulé.

Aujourd’hui, selon Karim Jouini, la Tunisie fait face à six problèmes majeurs, concomitants et auto‑alimentés.

Les six défis structurels

Énergie.  » Nous importons aujourd’hui 62% de notre énergie (et jusqu’à 71% si l’on considère le gaz algérien comme importé). » C’est, selon lui, « le principal facteur de déséquilibre de notre balance des paiements ».  Sans ce déficit énergétique, la Tunisie n’aurait pas, d’après lui, de problème structurel de balance commerciale.

Eau.  » Nous sommes un pays structurellement pauvre en eau, et pourtant notre modèle économique tourisme et certains types d’agriculture continue de fonctionner comme si nous disposions d’une ressource abondante. ». Exporter des oranges dans ces conditions, souligne‑t‑il, « revient à exporter de l’eau à un prix inférieur à son coût réel de production « .

Fuite des cerveaux. La Tunisie forme un nombre très élevé d’ingénieurs par habitant, notamment en informatique. Pour Karim Jouini, « nous en perdons environ 20 par jour, soit près de 7 000 par an « .Ces compétences, financées par le contribuable tunisien, profitent majoritairement à d’autres économies.

Nature de l’économie tertiaire. « Notre économie repose largement sur un modèle low cost et sur la sous‑traitance pour l’Europe.  » Ce modèle se trouve « particulièrement vulnérable à l’irruption de l’intelligence artificielle, qui va d’abord remplacer les métiers intellectuels intermédiaires « .

Dette publique. Le service de la dette représente désormais  » près d’un tiers des dépenses de l’État « . Ce qui limite fortement les marges de manœuvre budgétaires.

Relation avec l’Union européenne. Au‑delà des tensions politiques, il existe une asymétrie structurelle :  » nous disposons d’un accord de libre‑échange sans libre circulation des personnes. Un entrepreneur européen peut venir faire du business en Tunisie en quelques heures, alors qu’un Tunisien doit souvent attendre plusieurs semaines pour se rendre en Europe.  » Pour Karim  Jouini, cette situation constitue  » une violation de l’esprit même des accords de libre‑échange ».

Des raisons d’espérer, mais des choix à faire. Malgré ces défis, Karim Jouini reste optimiste et identifie plusieurs leviers puissants.

Solaire et énergie

La Tunisie a installé « 650 MW de capacité photovoltaïque en un an, soit l’équivalent de 12% de sa capacité électrique totale installée ». « Si cette dynamique se poursuit, nous pourrons doubler notre capacité énergétique en cinq à six ans avec une énergie à très faible coût marginal », affirme‑t‑il.

Dessalement et agriculture

Cette avancée énergétique peut créer un « effet domino » favorable au dessalement de l’eau. « Nous dessalons déjà 15% de nos besoins en eau, ce qui prouve que les compétences et l’industrie existent ». Il appelle à « aller plus loin  et à  transformer notre modèle agricole vers des productions moins consommatrices d’eau « .

 

Marché africain

Le marché africain représente un levier majeur. « Alors que le continent affiche la croissance la plus élevée au monde, nos échanges avec l’Afrique restent très faibles.  » Selon lui, il manque en particulier  des liaisons aériennes, de la logistique, des ambassades économiques actives et des banques capables d’accompagner les entreprises « .Tant que ces infrastructures de base ne seront pas renforcées, le potentiel africain restera largement inexploité.

Talents et mobilité

Sur la question des talents,  Karim Jouini prône une approche pragmatique : « Il est nécessaire de revoir le code des changes  sans forcément aller jusqu’à la convertibilité du dinar afin de permettre aux Tunisiens de voyager, consommer et investir plus librement.  » Il juge également indispensable de réformer le système des visas pour attirer des compétences étrangères.

 

Intelligence artificielle

L’IA est à la fois  » un risque et une opportunité ». Risque pour le modèle de sous‑traitance low cost, mais opportunité pour un pays qui forme beaucoup d’ingénieurs. Il cite des signaux positifs : « L’une des plus importantes acquisitions dans l’IA en Afrique concerne une société tunisienne, Instadeep, et plusieurs startups tunisiennes ont été sélectionnées cette année par Y Combinator. »

Il précise comme suit: “ La Tunisie a réussi, au cours des cinquante premières années de son indépendance, une transition difficile mais remarquable en matière d’éducation et de développement humain.”.  Depuis une vingtaine d’années, ce modèle s’est essoufflé. Pourtant, “ nous disposons aujourd’hui de vrais atouts : le soleil, l’intelligence artificielle et la proximité avec le marché africain “ La question, conclut Karim Jouini, est de savoir “ si nous saurons transformer ces atouts en leviers de croissance, ou si nous allons continuer à subir les transformations du monde”.

 

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Ferid Belhaj : “ La souveraineté du XXIe siècle se mesure à la capacité d’un pays à organiser ses interdépendances”

Invité au Forum de L’Économiste Maghrébin, pour sa 27 ème édition, l’ancien vice-président de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord Ferid Belhaj a livré une analyse lucide des défis tunisiens face aux recompositions mondiales. Face à la polycrise, il a appelé à repenser la souveraineté autour de quatre piliers : humaine, alimentaire, financière et énergétique-technologique.

 » Nous vivons dans une polycrise où les vulnérabilités économiques, climatiques, énergétiques et géopolitiques ne se succèdent plus, mais se cumulent et se renforcent mutuellement « , a-t-il averti. Citant la pandémie, la guerre en Ukraine et les tensions en mer Rouge, il a souligné que  » le prix du pain à Tunis dépendait du blé ukrainien » et que « l’intelligence artificielle redessine déjà les hiérarchies économiques mondiales « .

Selon Ferid Belhaj, la souveraineté au XXIe siècle ne se résume plus à l’indépendance politique. Elle consiste  » à organiser intelligemment ses interdépendances, à réduire ses vulnérabilités critiques et à préserver une capacité de résilience ». La Tunisie, a-t-il rappelé, célèbre cette année ses 70 ans d’indépendance. Si ces décennies ont permis de réelles avancées en matière d’éducation, de santé et de construction d’un capital humain de qualité, elles n’ont pas suffi à bâtir un modèle économique résilient.

L’ancien vice-président de la Banque mondiale a insisté sur le fait que les équilibres implicites sur lesquels reposait le modèle tunisien — énergie accessible, mondialisation stable, État redistributeur sont désormais fissurés.  » Le monde change trop vite pour que nous continuions à raisonner avec les outils des années 1980 ou 2000″, a-t-il affirmé.

Il a particulièrement insisté sur la nouvelle géopolitique des réseaux. Située au cœur du détroit de Sicile, la Tunisie pourrait, selon lui, devenir un point d’ancrage stratégique entre l’Europe, l’Afrique et la Méditerranée. Le projet Elmed d’interconnexion électrique avec l’Italie illustre cette opportunité :  » Demain, les câbles électriques auront une importance stratégique comparable à celle qu’avaient hier les pipelines.  »

Le même raisonnement s’applique à l’agriculture et à l’eau. Face au stress hydrique, Ferid Belhaj insiste sur  une souveraineté alimentaire fondée sur la résilience plutôt que sur l’autarcie : irrigation intelligente, modernisation des chaînes de valeur et montée en gamme des exportations.

Sur le capital humain, il a pointé un paradoxe douloureux :  » Nous formons des talents brillants et nous les perdons. Le chômage des jeunes diplômés dépasse parfois 35 %. Former des ingénieurs, des spécialistes de l’énergie ou de l’intelligence artificielle sans leur offrir de perspectives, c’est financer indirectement la compétitivité des autres pays.  »

Enfin, sur le plan financier, il a mis en garde contre une dette publique dépassant 80 % du PIB et une masse salariale publique parmi les plus élevées au monde. « Une nation trop endettée voit ses marges de décision se réduire. La dette devient alors une question de souveraineté », a-t-il souligné.

Pour Ferid Belhaj, la question centrale reste la même : la Tunisie veut-elle simplement regarder passer les flux énergétiques, numériques et logistiques du XXIe siècle, ou devenir un véritable point d’ancrage de la Méditerranée ? La réponse, a-t-il conclu, déterminera la nature de la souveraineté tunisienne à l’horizon 2056.

Et de conclure: « Les nations qui réussiront dans le monde qui vient ne seront pas nécessairement les plus riches en ressources naturelles, ni les plus peuplées. Ce seront celles qui sauront organiser intelligemment leurs infrastructures, leurs flux, leurs talents, leurs réseaux et leur capacité d’adaptation. Après 70 ans d’indépendance, la Tunisie entre peut-être dans une nouvelle phase de son histoire : une phase où la véritable souveraineté ne se mesurera plus seulement au symbole de l’État, mais à la capacité du pays à produire, innover, connecter, transformer et projeter sa propre vision du futur.”

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