On peut affirmer sans craindre de se tromper que le monde, à cause particulièrement à la guerre contre l’Iran menée par les USA et son Etat vassal Israël, vit un cataclysme mondial; surtout si la guerre reprend. Puisque cela signifiera, une paralysie presque totale de l’économie mondiale, en raison de la crise énergétique engendrée par cette même guerre. On peut affirmer que le rapport des forces entre puissances qui gouvernent le monde, et qui assurait jusqu’alors un équilibre même précaire, ne sera plus le même.
Sans attendre l’issue de cette confrontation désormais planétaire, et quels que soient les résultats, politique, militaire et économique; il est clair qu’il n’y aura pas de grand vainqueur, ni de grand perdant, et que les deux parties en conflit seront sérieusement affaiblies. D’où la naissance même graduelle d’un nouvel équilibre et de nouveaux rapports de force, qui vont changer la donne pour tous les pays du monde et notamment le nôtre. Notre ami américain, puissance mondiale et notre ami iranien, puissance régionale, ainsi que nos frères du Golfe, ne seront plus jamais les mêmes. Il s’en suit que nos intérêts avec eux changeront forcément. Sommes-nous préparés à affronter les nouveaux défis qui ne tarderont pas à se poser à notre peuple et surtout à notre Etat ? La réponse est non ! Pourquoi ?
Un état de léthargie continue
Notre pays vit, au niveau de la réflexion stratégique, en état de léthargie continue depuis des décennies, avant même le tournant de 2011. Et ce, pour une raison très simple : on vivait jusqu’alors sur un projet national, édifié par les leaders nationalistes dont Habib Bourguiba qui avaient compris leur époque et avaient opté pour un choix d’Etat et de société qui répondaient aux besoins de nos citoyens. Une époque marquée par les guerres d’indépendance, par la guerre froide entre un camp socialiste, dirigé par l’ex Union Soviétique, et un camp occidental dirigé exclusivement par les USA. Bourguiba avait opté pour le camp des vainqueurs de la Seconde Guerre et particulièrement, les USA et sa sixième flotte.
Ni le camp socialiste, ni le leadership des USA sur le monde capitaliste n’existent maintenant. Et encore moins les guerres de libération nationale et l’espoir d’un monde plus juste et plus prospère. Tout au plus, une vieille puissance, toujours la plus puissante militairement parce qu’elle est la seconde puissance nucléaire. Mais une puissance qui a perdu toutes les guerres depuis; à savoir, le Vietnam, l’Afghanistan, l’Irak. Et surtout qu’elle est en cours de perdre l’Europe, cette aire géographique, qui est ravagée par la guerre de l’Ukraine, et dont le parapluie nucléaire et le bras armée qui est l’OTAN, lui ont été retirés par son ancien libérateur, protecteur et ex allié, les USA.
Ainsi, les guerres d’Ukraine et d’Iran ont aggravé sérieusement la fracture qui traverse ce qu’on appelait abusivement le monde occidental, (puisque le Japon et même des pays arabes vivaient sous sa protection, dont la Tunisie). Non seulement notre allié historique, l’Europe, s’effondre, militairement et économiquement, mais il risque de nous entrainer gravement dans sa chute, car il est notre principal partenaire économique. Nous avons vécu depuis l’Indépendance sous leur protection, puisque allié de ce même Occident, les USA et l’Europe; sauf que l’Occident n’existe plus que sur le papier. Même ses valeurs que nous croyons éternelles, se sont avérées changeantes, en rapport avec ses intérêts du moment.
Le modèle bourguibiste a donc atteint ses limites, aussi bien au niveau des valeurs qui fondent la société, que sur les choix économiques, sociaux et surtout en matière de politique étrangère. C’est d’ailleurs, pour cela qu’il y a eu une « révolution ». Elle annonçait la fin d’un modèle. Cependant, aucun autre modèle, même l’islamiste, n’a réussi à s’imposer, ou ce qu’on a abusivement appelé le « modèle démocratique ». D’ailleurs, actuellement nous vivons encore sous ce modèle.
Des voix opposantes à notre système et aux choix du pays se sont toujours levées, mais sans jamais proposer d’alternative. Avec la fin du mythe de l’arabisme, de l’islamisme et même du tiers-mondisme, et l’essoufflement, de notre ancien modèle, le pays n’a point de grand projet. Et il doit tâtonner chaque jour pour trouver son chemin, tel l’aveugle, qui traverse une forêt dense où le guette toute sorte de dangers. Pourtant nos élites continuent de rabâcher leurs vielles idées, ou plutôt des bribes d’idéologies désuètes.
Aucun centre de recherche stratégique n’a jamais existé, aucun think tank, aucune revue théorique. Comme si l’université tunisienne, n’a jamais été qu’une structure qui distribue les diplômes, pour justifier le payement de salaires à des fonctionnaires incapables de penser ou de produire des idées. Pourtant, cette même université a produit de bons médecins, d’excellents ingénieurs, des chercheurs scientifiques demandés et recrutés par des grands laboratoires de recherche. Mais jamais elle n’a produit de prospectivistes, des penseurs en stratégie, des grands intellectuels (à distinguer des universitaires). Ce qui explique en partie notre incapacité à se projeter dans le futur et à analyser correctement notre place dans le monde ou même dans notre ère africaine ou notre espace maghrébin.
Or une nation qui ne cherche pas à réfléchir sur son avenir lointain ou même proche ne peut prétendre garder son rang dans le concert des nations. En guise d’intellectuels ou de penseurs, on assiste sur les plateaux des médias à l’apparition d’une pléthore de charlatans qui se réclament « penseurs », « spécialistes », « stratèges », et même « directeurs de centres de recherches » inexistants. Ils ne font qu’augmenter notre incapacité à se projeter dans l’avenir, car ils sèment le chaos idéologique. Les pires dans cette espèce de nouveaux rapaces, sont ceux qui s’autoproclament « politologues », qui ne font que surfer sur la toile pour pirater les idées des autres, souvent étrangers, sans rapport avec notre réalité.
Les réseaux sociaux, à la recherche d’idées faciles et démagogiques, pour remplir leurs grilles quotidiennes, ainsi que les radios et tv, se chargent de propager cette camelote et la présenter à nos citoyens, en manque d’idées. Cela ne fait que renforcer notre incapacité, à réfléchir et augmenter notre besoin de consommer le prêt à penser que nous servent les pseudo-experts d’Al-Jazira et autres officines de propagandes. Cette situation n’est pas propre à nous, car même les citoyens européens s’abreuvent aux mêmes sources. Il n’y a qu’à regarder, les débats sur LCI, BFMTV, CNEWS ou même CNN ! Sauf que pour les pays occidentaux, les USA notamment, ou même pour la Russie et la Chine, il existe de vrais laboratoires d’idées et de vrais penseurs qu’on ne voit que rarement sur les plateaux tv.
Construire un modèle, c’est possible !
Tout d’abord, il est clair que le monde connait un retour à l’Etat-nation. Les USA de Trump constitue le meilleur exemple. Mais aussi la Chine, la Russie, le Vietnam et autres dragons de l’Asie, et même l’Iran. Il est aussi clair que les idéologies dans tous ces cas qui ont réussi à s’imposer, ne sont que les instruments de mobilisation de masse pour donner des légitimités politiques. Et cela aussi bien dans les pays autoritaires, que dans les démocraties libérales. L’exemple de l’Italie de Meloni est à méditer. La montée des courants nationalistes en Europe, d’extrême droite, prouve ce regain de conscience nationaliste chez les peuples qui ont compris le monde. Les avatars de ce type de nationalisme sont connus, tels le racisme, la xénophobie, la haine des autres. Mais ils ne sont que les ingrédients qui servent à la mobilisation électorale. Et souvent ils contribuent sans le vouloir à la montée de courants anti-racistes, anti-xénophobes et pour l’intégration des minorités. Comme c’est le cas en France ou même aux USA avec Trump. Ainsi évoluent les sociétés. Bien sûr, les nationalismes sont aussi un facteur de guerre, rarement un facteur de paix.
Le nationalisme tunisien a pris naissance au début du 20ème siècle dans la lutte contre le colonialisme et dans l’édification de l’Etat-nation, qui est resté un projet inachevé. Il est temps de rénover le nationalisme tunisien, non pas avec le verbiage sur la démocratie et les droits de l’homme ou sur un souverainisme de façade, et un patriotisme éculé; mais sur des objectifs stratégiques clairs à redéfinir. C’est le rôle des leaders d’opinion et des chefs politiques de le faire, comme l’ont fait jadis, Bourguiba, Thaalbi, Ben Yussef, Hbib Thamer, Farhat Hached. Mais ces ancêtres du nationalisme tunisien ont été précédés par un grand mouvement d’idées, réformatrices et libératrices, créé par une élite intellectuelle, qui avait compris les exigences de son époque. Les leaders politiques tels Habib Bourguiba n’avaient fait que les traduire en mots d’ordre et en programmes. Sauf que nos élites actuelles, continuent de remâcher des idées totalement éculées. Dans cette situation de vide intellectuel, il est normal que les pseudos intellectuels et penseurs tentent de le remplir. Faut-t-il un vrai cataclysme qui nous secouerait pour se réveiller ?
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