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Lettre à mon petit-fils imaginaire

À l’âge où la plupart de sa génération sont déjà grands-pères, voire même arrière-grands-pères, les aléas de la vie de l’auteur l’ont privé jusqu’à maintenant de cette chance et de cette joie de tenir un petit-fils (ou une petite-fille) dans ses bras et lui transmettre ce que la vie lui a appris. Alors, il a voulu le faire quand même à travers cette lettre et ce poème adressés à un petit-fils qui n’existe pas encore et qu’il espère qu’il lira peut-être un jour lorsqu’il viendra dans ce monde grâce à Google qui garde dans son «ventre» trace de toutes ses publications en ligne.

Sadok Zerelli *

Mon cher petit-fils,

Je ne sais pas quel prénom tu aurais porté, quels auraient été la couleur de tes yeux, le son de ton rire ou les rêves qui auraient peuplé ton enfance.

Je ne sais pas si tu aurais ressemblé à ton père, à ta mère ou peut être un peu à moi-même car les lois de la génétique sont impénétrables.

Et pourtant, aujourd’hui, à l’automne de ma vie, j’ai envie de t’écrire. Peut-être parce que l’âge transforme les souvenirs en leçons, les regrets en réflexions et les expériences en conseils que l’on aimerait transmettre à ceux qui viennent après nous.

J’ai longtemps cru que la vie était une course dont il fallait franchir la ligne d’arrivée avec le plus de réussites possibles. Aujourd’hui, je comprends qu’elle ressemble davantage à un voyage dont nous ignorons la destination, la durée et même, parfois, le sens.

Permets-moi donc, mon petit-fils imaginaire, de te transmettre quelques leçons que la vie m’a enseignée et que je ne voudrais pas emporter avec moi dans ma tombe, sans t’en faire profiter car elles t’aideront peut-être à réussir ta vie mieux que je n’ai pu le faire.

Leçon 1 : Ne confonds jamais réussir sa vie et réussir dans la vie.

La société te dira que réussir, c’est gagner beaucoup d’argent, posséder une belle maison, conduire une belle voiture, occuper un poste prestigieux et être admiré par les autres.

Ne méprise pas l’argent. Il est nécessaire pour vivre dignement, protéger ceux que tu aimes et faire face aux imprévus. Ne méprise pas non plus le travail, l’ambition ou le désir de progresser. Mais souviens-toi d’une chose : tu peux réussir professionnellement et échouer humainement. Tu peux posséder beaucoup de biens et manquer de paix intérieure. Tu peux être entouré de centaines de personnes et ne trouver personne à qui confier tes peines.

La réussite véritable ne se mesure pas seulement à ce que tu possèdes, mais aussi à ce que tu es devenu.

À la fin de ta vie, personne ne te demandera combien de réunions tu as présidées, combien de dossiers tu as signés ou combien de chiffres figuraient sur ton compte bancaire.

Tu te demanderas plutôt si tu as aimé, si tu as été aimé, si tu as rendu quelques personnes plus heureuses et si ton passage sur cette Terre a eu un sens pour quelqu’un.

Travaille donc pour réussir dans la vie, mais n’oublie jamais de réussir ta vie.

Leçon 2 :  Apprends à connaître les autres, mais surtout à te connaître toi-même.

J’ai découvert durant ma vie que l’être humain est un univers de contradictions. Il peut être généreux un jour et égoïste le lendemain, courageux devant un danger et lâche devant une vérité qui le dérange.

Ne juge donc pas trop vite les autres. Derrière un sourire peut se cacher une souffrance. Derrière une colère, une blessure ancienne. Derrière une apparente indifférence, une immense solitude.

Essaie de comprendre avant de condamner. Mais applique aussi cette règle à toi-même. Interroge régulièrement tes intentions, tes décisions et tes comportements. Demande-toi si tu agis par conviction ou par peur, par générosité ou par intérêt, par amour ou par orgueil.

Le plus difficile des jugements n’est pas celui que nous portons sur les autres. C’est celui que nous devons avoir le courage de porter sur nous-mêmes.

Ne cherche pas à devenir parfait. La perfection est une illusion qui rend souvent les hommes malheureux. Cherche plutôt à reconnaître tes erreurs, à les réparer lorsque c’est possible et à ne pas les répéter volontairement.

La sagesse ne consiste pas à tout savoir. Elle consiste à comprendre combien il nous reste à apprendre.

Leçon 3 : Choisis tes amis avec ton cœur, mais aussi avec ton intelligence.

Tu rencontreras beaucoup de personnes au cours de ton existence. Certaines t’accompagneront pendant quelques kilomètres, d’autres pendant plusieurs années et quelques-unes, peut-être, jusqu’au bout du chemin.

Ne confonds pas les relations avec l’amitié.

Les relations naissent souvent d’un intérêt commun, d’un travail, d’une circonstance ou d’un avantage réciproque. L’amitié véritable, elle, survit parfois à la distance, aux difficultés et même aux longues périodes de silence.

Un véritable ami ne sera pas toujours d’accord avec toi. Il pourra te contredire, te prévenir d’un danger ou te dire une vérité désagréable. Mais il ne cherchera pas à t’humilier. Il voudra t’aider à devenir meilleur.

Ne mesure pas la valeur de tes amis à leur richesse, à leur influence ou à leur utilité.

Apprends à écouter sans interrompre, à garder les confidences, à tenir tes promesses et à être présent lorsque l’autre traverse une épreuve.

Tu découvriras peut-être, comme je l’ai découvert, que la solitude peut être une compagne exigeante. Apprends à apprécier ta propre compagnie, sans pour autant fermer la porte à ceux qui pourraient embellir ton existence.

Il vaut mieux quelques amitiés sincères qu’une foule de relations superficielles.

Leçon 4 : Aime, mais ne fais jamais de l’amour une prison.

Si un jour tu rencontres une fille que tu aimes, considère-la comme une personne libre, avec ses rêves, ses peurs, ses ambitions et ses contradictions.

Ne cherche pas à la posséder. Aimer quelqu’un ne signifie pas avoir des droits sur lui.

Respecte ses choix, écoute ses silences et apprends à parler de tes propres sentiments. N’attends pas qu’elle devine ce qui te blesse ou ce qui te rend heureux.

Ne crois pas que l’amour suffit toujours à sauver une relation. Il faut aussi de la confiance, du respect, de la patience et la volonté de construire ensemble.

Tu commettras peut-être des erreurs, comme j’en ai commises durant ma vie et même beaucoup, tu seras parfois déçu, incompris ou blessé comme je l’ai été souvent dans ma vie , mais ne transforme pas tes déceptions en mépris ou en haine.

Chaque relation nous apprend quelque chose sur l’autre, mais aussi sur nous-mêmes.

Et si tu fondes une famille, rappelle-toi que tes enfants ne t’appartiennent pas. Tu les accompagneras pendant une partie de leur vie, tu leur transmettras tes valeurs et tu les protégeras autant que possible. Mais leur existence ne sera pas la tienne.

Leçon 5 : Ne sacrifie jamais ta conscience à ton intérêt.

Mon petit-fils, tu vivras dans une société où l’on récompense davantage les apparences que les qualités, les relations que les compétences, la ruse que l’honnêteté.

Tu verras des personnes malhonnêtes réussir, des travailleurs honnêtes rencontrer des difficultés et des hommes courageux être injustement oubliés.

Tu te demanderas parfois si cela vaut la peine de rester honnête lorsque les autres ne le sont pas. Ma réponse est simple : oui. Non pas parce que l’honnêteté garantit le succès. Elle ne le garantit pas et ma vie personnelle le prouve. Mais parce qu’elle te permet de conserver quelque chose que l’argent ne peut pas acheter : la possibilité de te regarder dans un miroir sans avoir honte de celui que tu es devenu.

Ne sois pas naïf, comme je l’ai été. Défends tes droits, protège tes intérêts et apprends à reconnaître ceux qui veulent profiter de toi.

Garde toujours cette règle : ne fais pas volontairement à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse.

Et lorsque tu seras en position de pouvoir, souviens-toi que la valeur d’un homme se révèle moins dans la manière dont il traite ses supérieurs que dans celle dont il traite les personnes qui dépendent de lui.

Leçon 6 : Travaille pour vivre, mais ne vis pas uniquement pour travailler.

Le travail peut donner un sens à tes journées. Il peut te permettre d’acquérir des compétences, de devenir indépendant et de contribuer au bien-être collectif. Mais il peut aussi devenir une obsession qui dévore ton temps, tes relations et ta santé.

Ne remets pas indéfiniment ton bonheur à plus tard. Ne te dis pas que tu profiteras de tes enfants lorsque tu auras terminé ta carrière, que tu voyageras lorsque tu auras gagné davantage d’argent ou que tu prendras soin de toi lorsque tu auras satisfait toutes tes obligations. Les obligations ne finissent jamais. Et le temps, lui, ne revient pas.

Accorde de l’importance à ton métier, mais réserve aussi une place à la lecture, à la musique, à la nature, aux voyages, aux discussions sans but précis et aux plaisirs simples.

Apprends à admirer un coucher de soleil, à savourer un repas sans penser au lendemain et à rire sans te demander si cela est raisonnable.

La vie n’est pas seulement une succession d’objectifs à atteindre. Elle est aussi faite de moments qu’il faut savoir habiter pleinement.

Leçon 7 : Apprends à perdre une bataille sans perdre ta dignité.

Tu ne gagneras pas toutes les batailles. Tu connaîtras peut-être des échecs professionnels, des difficultés financières, des amitiés brisées ou des séparations douloureuses. Certains de tes projets n’aboutiront pas malgré tous tes efforts. Ne laisse pas ces revers définir toute ton existence. Et applique le proverbe chinois qui dit «le coup qui ne te tue pas, te renforce».

Un échec est un événement, pas une identité. Il peut révéler une erreur, une faiblesse ou une circonstance que tu n’avais pas prévue. Essaie d’en tirer une leçon, puis donne-toi la possibilité de recommencer. Mais apprends également à reconnaître les batailles qu’il est inutile de poursuivre.

Tout ne dépend pas de toi. Tu ne peux pas obliger quelqu’un à t’aimer, forcer les autres à reconnaître ta valeur ou changer seul les injustices du monde.

Concentre ton énergie sur ce que tu peux réellement modifier. Accepte avec lucidité ce qui échappe à ton pouvoir, sans renoncer pour autant à agir lorsque ton action peut être utile.

Il faut du courage pour lutter, mais il en faut parfois davantage pour renoncer à une lutte devenue stérile.

Leçon 8 : Prends soin de ton corps et de ton esprit.

Lorsque tu es jeune, tu peux avoir l’impression que ton corps est une ressource inépuisable. Tu remets le repos à demain, tu négliges parfois les signaux de fatigue et tu crois que les années sont encore trop nombreuses pour t’inquiéter de ta santé.

Puis le temps passe. Tu comprendras alors que la santé n’est pas un bien secondaire. Elle conditionne une grande partie de ta liberté. Mais prends également soin de ton esprit. Et surtout, ne mesure pas ta valeur à ta productivité. Tu restes digne d’amour et de respect même lorsque tu es fatigué, malade ou incapable de faire tout ce que tu voudrais.

Leçon 9 : Ne sois pas indifférent à la souffrance des autres.

Tu naîtras dans un monde où les destins seront inégalement distribués.

Certains enfants grandiront dans des familles aimantes, avec des moyens suffisants pour étudier et réaliser leurs rêves. D’autres connaîtront très tôt la pauvreté, la maladie, les conflits ou l’abandon.

Tu n’auras pas choisi les conditions de ta naissance. Beaucoup d’autres n’auront pas choisi les leurs non plus. N’oublie jamais cette vérité lorsque la vie te sera favorable.

Ne te contente pas de demander pourquoi certains réussissent et d’autres échouent. Demande-toi aussi quelles circonstances ont rendu leur chemin plus facile ou plus difficile.

Tu ne pourras pas supprimer toutes les injustices. Aucun homme ne le peut à lui seul. Mais tu pourras aider une personne, défendre une cause juste, transmettre un savoir, soutenir un enfant ou simplement écouter quelqu’un que personne ne prend le temps d’entendre.

Leçon 10 : Apprends à être heureux avec ce que tu as, sans renoncer à ce que tu peux améliorer.

Tu verras que le bonheur est une étrange quête. Nous pensons souvent qu’il nous attend derrière une porte : celle d’un diplôme, d’un emploi, d’une promotion, d’une maison ou d’une réussite amoureuse.

Nous franchissons cette porte et découvrons qu’une autre se trouve déjà devant nous. Nous repoussons ainsi le bonheur à un avenir qui recule au fur et à mesure que nous avançons.

Ne tombe pas dans le même piège où je suis tombé et apprend à apprécier ce qui est déjà présent dans ta vie.

Construis ta propre définition du bonheur.

La conversation avec un ami, le sourire d’un enfant, la chaleur du soleil, un livre qui t’émeut, une musique qui réveille un souvenir : ces moments n’ont pas besoin d’être coûteux pour être précieux.

Ton Papy qui a tant rêvé de toi 

Post-Scriptum : Je dédie ce poème que j’ai écris en pensant toi et que tu liras peut-être un jour à tes petits camarades de classe pour leur faire savoir quel Papy tu aurais eu si la vie n’en a pas voulu autrement :

A mon petit-fils imaginaire

Je rêvais de toi, doux trésor d’avenir,  

De tes rires légers, de tes jeux sans finir.  

Mais le destin, capricieux et secret,  

A choisi pour moi une autre destinée.  

Dans mes rêves, je te vois courir,  

Sous un ciel bleu, sans jamais souffrir. 

Je t’imagine, joyeux et innocent,  

Tel un oiseau volant dans un ciel éclatant,  

Je n’aurais pas vu tes premiers pas,  

Ni vu briller tes yeux sur le monde d’ici-bas.  

Je t’aurais offert mille caresses,  

Des mots doux pour apaiser tes tristesses,  

Je t’aurais raconté des histoires d’autrefois,  

Chacune de mes aventures, un peu de moi.  

Je t’aurais appris à voir la beauté,  

Dans chaque simple geste, dans chaque être aimé.  

Mais tu n’es pas venu de mon vivant, et pourtant,  

Dans mon cœur, tu es déjà présent.  

Je porte en moi ta douce absence,  

Comme un amour pur, une éternelle présence.  

Papy Sadok

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Les «Marabouts» de Dali Belkadhi, en face de la mer

Après treize années de retrait et de silence créatif, Mohamed Ali Belkadhi a signé ce samedi 17 octobre 2026 son grand retour avec le vernissage de son exposition «Marabouts : Balade entre identité et modernité» à l’atelier-galerie En face c’est la mer (Espace Verand’Art, 9 rue Sotusas à Salammbô). Une méditation plastique d’une grande finesse où le sacré traditionnel devient l’écrin de nos modernités profanes. Dans le Silence du Dôme en face de la mer…

Manel Albouchi

Il faut d’abord franchir le seuil et laisser le regard s’acclimater au blanc. Dans l’espace dépouillé de Verand’Art, règne une immobilité presque sacrée. Au fond, c’est l’inauguration d’une niche : l’atelier-galerie En face c’est la mer, un autel dénué de tout dogme. C’est dans cet écrin de chaux pure que se sont alignés les cadres de Mohamed Ali Belkadhi, dit Dali.

Après treize ans d’absence – ce long intervalle où mûrissent les visions profondes -, cet «artiste plasticien de l’imaginaire», Prix National de Photographie, ne revient pas pour imposer une doctrine, mais pour ouvrir des passages. Sa série «Marabouts» déploie une frise de fenêtres découpées avec une extrême délicatesse.

La coupole et le croissant

Chaque passe-partout est percé d’une arche à dôme, surmontée d’un croissant de lune. La silhouette évoque immédiatement la Koubba, ce sanctuaire maghrébin de plan carré surmonté d’une coupole. Mais, vue de près, la ligne refuse tout figement : d’un cadre à l’autre, l’arche s’adoucit, le dôme s’arrondit imperceptiblement, traduisant le geste vivant de la main qui taille le vide. Au-dessus, la lune revient, fidèle, comme pour nous rappeler la grande loi des métamorphoses : toute rencontre naît d’une éclipse, et la présence a besoin de l’absence pour advenir.

Sous ces dômes protecteurs, le beau, le bizarre et le profane célèbrent de sombres noces. Directement sur le mur blanc, les mots tracés à l’encre accompagnent chaque œuvre et en déclarent la technique : sérigraphie, photo, acrylique ou collage. L’œil voyage ainsi de la précision glacée d’un code à barres noir et blanc aux lambeaux déchirés d’une affiche, de la douceur charnelle d’Isabelle La Belle nue sous des zébrures graphiques à la convulsion d’une géométrie noire sous un rouge sang névrotique. Et tout au bout, l’urgence éthique s’impose comme un cri vif jeté face à la mer : Free Palestine.

Au-dessus du bruit

La force singulière de cette exposition réside dans sa capacité de juxtaposition : l’architecture sacrée du marabout devient la demeure du profane. Quel art subtil que celui qui sait enfermer la modernité la plus brutale (la consommation, la rue, le désir, le bruit social et les luttes politiques) dans le contenant rassurant de la tradition !

À première vue, l’exposition ausculte le monde contemporain et ses frictions. Mais à mesurer l’apaisement qui se dégage du lieu, on comprend que l’arche agit aussi comme une enveloppe psychique, un cadre contenant capable d’accueillir le chaos sans jamais rompre.

Dali Belkadhi nous montre avec ces Marabouts que si l’architecture extérieure de l’être est une façade presque fixe, son sanctuaire intime demeure un univers infini où le profane et le sacré ne s’opposent plus, mais contemplent ensemble le même horizon. L’artiste ne cherche pas à fuir la laideur ou le bruit du siècle ; il les transfigure.

Ce long silence prend alors tout son sens : il fallait ce temps de retrait pour transformer le flux impétueux de la vie en une forme sereine.

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À qui les terres agricoles ukrainienne ont-elles été bradées ?

La moitié des terres agricoles arables en Ukraine ont été bradées, à des oligarques ukrainiens et à des entreprises occidentales, notamment européennes. On comprend mieux, en sachant cela, les raisons de l’obstination des États de l’Union européenne (UE) à poursuivre la guerre entre l’Ukraine et la Russie, tant que ce sont les Ukrainiens qui meurent sous les bombes russes et qui voient leur pays détruit.

Habib Glenza, à Lödz. 

Deux rapports secrets, le premier de The Oakland Institute et le second la chaîne Telegram ukrainienne, Rezident, ont révélé que la moitié des terres agricoles arables en Ukraine ont été bradées au profit d’oligarques ukrainiens et d’entreprises occidentales, notamment européennes, ce qui explique les vraies raisons de la poursuite du conflit russo-ukrainien et surtout de l’opposition des pays de l’UE à la paix en Ukraine. En effet, la défaite de l’Ukraine suite à un arrangement entre Poutine et Trump signifierait une perte des terres bradées à des entreprises européennes. Aussi l’UE mise-t-elle sur une victoire de l’Ukraine pour préserver les intérêts des entreprises européennes dans ce pays. Par conséquent, l’UE s’endette pour soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Cependant vaincre un pays très vaste qui compte 17 millions de km2 et qui possède un arsenal nucléaire de plus de 6000 ogives est utopique.

La Russie possède un complexe militaire qui fabrique toutes ses armes grâce à une énergie abondante et bon marché et à ses propres usines d’acier, contrairement à l’Ukraine qui dépend entièrement de l’aide militaire occidentale et surtout des armes et du système satellitaire américain Starlink. Sans l’aide financière et militaire des pays occidentaux, l’Ukraine s’effondrerait au bout des quelques mois

Contrairement aux politiciens européens, Donald Trump a finalement compris que le conflit russo-ukrainien ne rapporte aux États-Unis que des dépenses, évaluées jusqu’à ce jour à plus de 150 milliards de dollars, entre-temps l’économie chinoise avance à pas de géant sans que la Chine tire une seule cartouche. Pour lui, l’intérêt américain passe avant tout.

Des terres agricoles cédées par l’Etat à des investisseurs étrangers à bas prix

Les législateurs ukrainiens ont permis la vente de terres agricoles à des investisseurs étrangers sans restriction, permettant désormais aux entreprises et aux particuliers étrangers de devenir propriétaires d’une part importante des terres arables du pays, rapporte la chaîne Telegram ukrainienne Rezident. Il est déjà connu que trois entreprises ont acquis 17 millions d’hectares de terres ukrainiennes, soit plus de la moitié de toutes les terres agricoles du pays (42,7 millions d’hectares). Sachant que les terres en temps de guerre sont vendues à des entreprises étrangères à des prix considérablement réduits. 

«En fin de compte, voilà ce que nous avons aujourd’hui : plus de la moitié des terres arables ukrainiennes ont été bradées à des entreprises étrangères, car c’est, premièrement, l’un des rares actifs qui peut rapporter un peu d’argent, et deuxièmement, cela garantit que les entreprises feront du lobbying pour leurs actifs auprès des gouvernements occidentaux. Même si l’on suppose hypothétiquement que le conflit cesse maintenant, l’Ukraine a déjà cessé d’être la propriétaire de ses terres. Ce qui se passe est une méthode purement coloniale, caractéristique du monde occidental», résume la chaîne Rezident. 

En Ukraine, Volodymyr Zelensky a pris ses fonctions de Premier ministre en mai 2019, peu de temps après l’approbation de la loi originaire de la réforme agraire de mars 2019, ce qui a permis la vente de terres agricoles mais n’a pas envisagé d’acquisition ou de transfert aux paysans. Sous son mandat, il a assoupli la «Loi de réforme agraire» en juillet 2021,  permettant aux particuliers d’acheter des terres agricoles, qui représentent 70 % du pays et qui sont des plus fertiles au monde. Il a permis également la vente de «terre noire» (engrais favorable à l’environnement, qui empêche le compactage du sol, etc.). De plus, la loi définit que seuls les particuliers peuvent acheter jusqu’à 100 hectares. La Banque mondiale et le FMI ont fait pression pour que les terres puissent être acquises par des étrangers, ce qui permettrait à l’Ukraine de bénéficier de futurs prêts.

Le gouvernement de Zelensky a développé la deuxième étape de la réforme agraire, en janvier 2024, sous cette pression, permettant aux investisseurs individuels et aux entreprises étrangères d’acheter jusqu’à 10 000 hectares de terres. Ceci a suscité de vives critiques, principalement de la part d’agriculteurs de taille moyenne en Ukraine. Ils soutiennent qu’une grande partie du territoire est entre les mains de citoyens et d’entreprises étrangères (Monsanto, Dupont, Cargill, Black Rock, Blackstone et autres), pouvant être source d’incertitudes quant à l’avenir de l’État, à son intégrité territoriale et aux intérêts des gens ordinaires, puisque l’agriculture joue un rôle important dans l’économie de l’Ukraine.

Cela pourrait conduire à une réduction de la place de l’agriculture dans l’économie du pays, à une perte d’emplois, à un  déplacement de la population de son habitat, à la détérioration économique et au manque de contrôle de la part de l’État sur la gestion de la terre. D’autre part, les investisseurs étrangers n’y voient que leurs avantages et leurs bénéfices, mais de telles transactions peuvent générer des conséquences dangereuses pour le pays.

Un autre problème central serait la perte de contrôle des ressources stratégiques de l’État. La terre a non seulement une valeur historique et culturelle, mais c’est aussi le facteur de production le plus important, qui a une relation directe avec l’économie nationale et la garantie de la sécurité alimentaire du pays.

La plupart des détracteurs de cette deuxième étape de la réforme agraire, qui permet la vente des terres à des étrangers, souligne la nécessité d’établir des mécanismes de contrôle et des restrictions strictes pour défendre les intérêts du pays. De l’avis de ces détracteurs, l’achat de terrains par des étrangers peut conduire à la désintégration de la société ukrainienne.

Qui sont les principaux acquéreurs ?

Les plus grands détenteurs de terres sont un mélange d’oligarques locaux et d’intérêts étrangers, principalement européens et nord-américains. Ces entreprises sont généralement des holdings qui gèrent leurs activités par l’intermédiaire de filiales locales.

Les oligarques:

• Avec 582 062 hectares, c’est Kernel qui détient le plus de terres et est également le plus grand producteur et exportateur d’huile de tournesol. Son propriétaire, Andriy Verevskyi, est la 16ᵉ personne la plus riche d’Ukraine.

• UkrLandFarming vient en seconde place avec 403 370 hectares. Fondée par l’oligarque Oleg Bakhmatyuk, qui était la 28ᵉ personne la plus riche d’Ukraine en 2016 et qui a depuis perdu une grande partie de ses terres et de ses biens à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie. Sa société est spécialisée dans la production de céréales, d’œufs, de lait et de viande.

• En troisième position, avec 360 238 hectares, MHP est le plus grand producteur et exportateur de poulets en Ukraine. La société a été fondée par son PDG actuel, Yuriy Kosyuk, la dixième personne la plus riche du pays.

• Avec 264 270 hectares, Astara est le plus grand producteur de sucre d’Ukraine et est également actif dans la production de lait industriel et la transformation du soja. Son fondateur et actuel PDG, Viktor Ivanchuk, est la 95ᵉ personne la plus riche du pays.

• Le fondateur de Nibulon, Oleksiy Vadatursky, était la 24ᵉ personne la plus riche d’Ukraine, mais il est décédé en juillet 2022 à la suite d’un tir de missile russe. Nibulon cultive des céréales pour l’exportation sur 82 500 hectares.

• System Capital Management (SCM) est une importante holding financière et industrielle contrôlée par l’homme le plus riche d’Ukraine, Rinat Akhmetov. SCM possède plusieurs filiales agricoles, notamment HarvEst, qui produit du blé, du tournesol, des légumineuses, du maïs et du bétail. L’entreprise gère 26 000 hectares de terres, ayant perdu le contrôle de plus de 100 000 hectares à cause de la guerre.

Les entreprises étrangères:

Plusieurs entreprises étrangères contrôlent de grandes surfaces agricoles dans le pays. Les trois plus importantes sont :

• NCH Capital, une société de capital-investissement basée aux États-Unis qui investit pour le compte d’importants fonds de pension américains, de dotations universitaires et de fondations. C’est le cinquième plus grand détenteur foncier du pays, avec 290 749 hectares, et opère en Ukraine par l’intermédiaire de la société AgroProsperis.

• PIF Saudi, détenue par le Fonds souverain d’Arabie saoudite, exploite 228 654 hectares par l’intermédiaire de la Saudi Agriculture and Livestock Investment Company (“Salic”) et de sa filiale ukrainienne, Continental Farmers Group.

• TNA Corporate Solutions, une autre société basée aux États-Unis, appartient à l’homme d’affaires américain Nicholas Piazza. Elle contrôle 295 624 hectares par l’intermédiaire de plusieurs filiales, dont Pivden Agro Invest, Podillya Agroprodukt, Hetmanski et Prydniprovske. La plupart des terres louées par la TNA proviennent de transferts effectués ces dernières années par UkrLandFarming.

Les actionnaires étrangers associés aux oligarques :

• NN Investment Partners Holdings N.V. est une société d’investissement privée basée aux Pays-Bas, qui détient des parts dans Kernel et Astarta. En avril 2022, elle a été rachetée par la banque d’investissement américaine Goldman Sachs et a été regroupée avec Goldman Sachs Asset Management. Au fil des ans, Goldman Sachs a été impliquée dans une série de controverses, notamment en jouant un rôle central dans la crise financière de 2008, et en prenant part au scandale de corruption 1MDB, d’une valeur de plusieurs milliards d’euros.

• Kopernik Global Investors LLC est une société d’investissement privée basée aux États-Unis qui gère 4,97 milliards de dollars d’actifs. Elle détient des parts dans Kernel, MHP et Astarta. Elle est le troisième investisseur privé en Ukraine en 2020. Gestionnaire de fonds «à contre-courant», elle est spécialisée dans la recherche d’entreprises à travers le monde qu’elle considère comme sous-évaluées dans des contextes marqués par l’instabilité politique et économique.

• Heptagon Capital LLP est une société d’investissement privée basée à Londres, qui gère 12,36 milliards de dollars d’actifs. Elle détient des actions de Kernel, MHP et Astarta. Avec Kopernik Global Investors LLC, elle gère le Kopernik Global All-Cap Equity Fund, qui détient des participations dans l’agriculture, la production d’huile de palme, l’extraction d’or et d’argent, la production d’uranium et le gaz naturel.

• Norges Bank Investment Management possède des parts dans Kernel et MHP. Elle gère le Norwegian Government Pension Fund Global – également connu sous le nom de Oil Fund – qui est le fonds souverain de la Norvège. Avec plus de 1,4 trillion de dollars d’actifs, elle est le plus grand propriétaire individuel du marché boursier mondial, contrôlant 1,5 % de toutes les actions des sociétés cotées en bourse dans le monde. En 2020, Norges Bank Investment Management était le quatrième investisseur en Ukraine.

• Hamblin Watsa Investment Counsel Ltd est une filiale à 100 % de Fairfax Financial Holdings Ltd, une société de gestion financière basée à Toronto. Détenant près de 31 % des actions d’Astarta, elle est le plus grand actionnaire de l’entreprise après son fondateur, ce qui lui confère un pouvoir important dans l’entreprise. Fairfax Financial Holdings Ltd. contrôle également 70 % de FFH Ukraine, la société holding de trois compagnies d’assurance ukrainiennes, et détient une part de 10 % dans Ovostar Union, un producteur d’œufs ukrainien.

• La société américaine de capital-investissement NCH Capital a été fondée en 1993 par George Rohr et Morris Tabacinic, deux hommes d’affaires américains fortement impliqués dans la frénésie de privatisation qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique. Ils ont créé une série de fonds pour louer ou acheter à bas prix des fermes dans la région, dans le but de les regrouper pour en faire de grandes exploitations de céréales et de soja. Ils ont ainsi réussi à constituer une banque de terres de 700 000 hectares en Ukraine et en Russie. Après avoir obtenu des investissements de la part d’institutions financières occidentales de premier plan, elle a fait transiter ces fonds par des sociétés offshore situées dans des paradis fiscaux tels que Chypre et les îles Caïmans, et par des joint-ventures avec des entreprises locales afin de s’approprier les terres. L’entreprise est accusée d’acquisition illégale de terres, d’évasion fiscale et d’activités financières illicites. NCH Capital a joué un rôle clé dans la promotion de la réforme agraire en Ukraine : en 2015, son fondateur et PDG George Rohr a participé aux réunions de haut niveau impliquant le président ukrainien et le secrétaire américain au Commerce qui ont conduit l’Ukraine à accepter un plan de réforme du FMI, comme condition à deux garanties de prêt d’un milliard de dollars du gouvernement américain

Sources :

1- The Oakland Institute

2- la chaîne Telegram ukrainienne Rezident.

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