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Les juifs en Tunisie sont-ils menacés ?

Dans un post Facebook publié jeudi 15 octobre 2026, Elie Trabelsi, juif tunisien, fils de Perez Trabelsi, chef de la communauté juive de Djerba et organisateur du pèlerinage annuel juif à la synagogue de la Ghriba dans l’«Île des Lotophages», a adressé ce qu’il a appelé «un appel à des clochards» (sic!), désignant par cette expression des agitateurs médiatiques qui multiplient les attaques contre les juifs tunisiens, qu’ils accusent d’acheter au prix fort des terrains à Djerba pour renforcer leur présence dans l’île et en Tunisie en général. (Photo: Pèlerinage juif de la Ghriba. En médaillon : Elie Trabelsi).

Imed Bahri

Elie Trabelsi ne mâche pas ses mots. Il dénonce l’incendie qui a ravagé le mausolée juif à El Hamma, à Gabès, ainsi que le tombeau du saint juif Sidi Môrabi, vieux de 400 ans, et déplore que ni le ministère des Affaires culturelles, ni celui des Affaires religieuses ni encore le ministère public n’ont bougé pour ouvrir une enquête sur cet incendie criminel et faire arrêter les coupables. «Pas même un communiqué pour dénoncer cet acte pour la forme et même superficiellement», a-t-il écrit.

Elie Trabelsi a pointé des «mercenaires» qui mènent une campagne médiatique contre la synagogue de la Ghriba. «Ils oublient les problèmes du pays et n’ont qu’un seul souci : Djerba, les juifs et la Ghriba», écrit-il. Et d’ajouter : «Nous sommes propriétaires de nos terres depuis des siècles, nous n’achetons ni ne vendons, et la synagogue de la Ghriba restera comme une épine aux pieds des traitres et l’un des centres de souveraineté de l’Etat tunisien» (pas moins !).

La haine gratuite détruit les peuples

Elie Trabelsi va plus loin en lançant un défi – sur un ton de menace – aux dits «mercenaires» , dont le patron d’une chaîne de télévision : «Et qu’est-ce que vous allez pouvoir faire ? Même les services de renseignement américains vous tiennent à l’œil, et suivent ce que vous écrivez sur ChatGPT, Claude et Messenger. Vous voulez semer le désordre dans le pays et espérez un attentat terroriste contre les juifs à Djerba, en manipulant le pauvre peuple tunisien. Vous croyez qu’avec ce que vous faites, vous allez pousser les juifs tunisiens à partir à l’étranger, comme cela s’est passé dans les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt ? ha… ha… ha… Vous rêvez !» Et de conclure : «Vous n’arriverez à rien. Par votre existence même, l’Etat court à sa perte. Car la haine gratuite détruit les peuples».

Le post d’Elie Trabelsi appelle des clarifications. En tant que juif tunisien, il est certes en droit voire dans l’obligation de défendre sa communauté contre les attaques qu’elle subit de la part de quelques agitateurs qui font beaucoup de mal non pas aux juifs mais au pays tout entier. Mais laisser entendre, entre les lignes, que les juifs tunisiens sont protégés par les Américains, c’est faire preuve d’amnésie voire d’ingratitude, car les juifs tunisiens ont toujours bénéficié d’une protection spéciale de la part de l’Etat tunisien, et ce depuis l’époque du sultanat des Hafsides, au 13e siècle et même bien avant. Et les dizaines de milliers de juifs qui ont été chassés d’Espagne et d’Italie après la Reconquista chrétienne au 15e siècle, c’est en Tunisie et au Maroc qu’ils ont trouvé accueil et refuge. C’est pourquoi, d’ailleurs, ils disposent de lieux de culte et de mausolées de saints un peu partout dans le pays.

M. Trabelsi, calmez-vous !

Le peuple tunisien a toujours fait preuve, à travers l’histoire, d’ouverture et d’hospitalité à l’égard des peuples réprimés qui se réfugient chez lui (des Phéniciens dans l’antiquité jusqu’aux Russes après la révolution bolchévique, en passant par les Juifs, les Morisques, les Grecs, les Italiens et autres Espagnols). Il n’y a aucune raison pour qu’il change aujourd’hui. Et cela, M. Trabelsi, vous le savez très bien, d’autant qu’à travers l’histoire de ce pays qui est le vôtre, beaucoup de juifs ont occupé des hauts postes de responsabilité au sein de l’Etat. Le dernier en date, c’est votre propre frère aîné, René Trabelsi, voyagiste franco-tunisien, qui a été ministre du Tourisme entre novembre 2019 et février 2020. Il n’a d’ailleurs quitté le gouvernement qu’à la suite d’une élection et d’un changement de majorité.

Alors, M. Trabelsi, calmez-vous et ne participez pas, par vos postes pour le moins virulents, à une polémique stupide et qui n’a aucune raison d’être. Les «mercenaires» auxquels vous répondez ne sont pas les ennemis des juifs mais de tous les Tunisiens.

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Le 39e Marathon Comar fixé au 6 décembre 2026

Rendez-vous sportif, culturel, touristique et écologique, le Marathon Comar de Tunis-Carthage, organisé chaque année par la compagnie d’assurance du même nom, est de retour pour sa 39ᵉ édition !

Les organisateurs donnent rendez-vous aux amateurs de la course à pied le 6 décembre 2026 pour vivre ensemble une nouvelle édition placée sous le signe de la performance, du dépassement de soi et de l’engagement collectif en faveur de la préservation de la forêt.  

Les inscriptions ouvriront bientôt… et l’on annonce ne édition pleine d’allant et de surprises.

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Les Houthis mettent en lumière les limites du vaste arsenal militaire saoudien

Alors que l’Arabie saoudite figure parmi les plus grands acheteurs d’armes au monde, elle peine à contrer les tactiques du groupe yéménite Ansar Allah, communément appelé les Houthis, soutenu par l’Iran. Cette boulimie d’achats militaires est clairement inefficace et ne permet pas de protéger le Royaume face aux incessantes attaques des Houthis qui frappent des cibles vitales comme l’infrastructure aéroportuaire, les installations pétrolières ou le siège d’Aramco, ciblé le mardi 13 octobre 2026. Nous sommes tentés de dire que ces achats compulsifs servent à nourrir l’ogre qu’est le complexe militaro-industriel américain, c’est en partie vrai cependant la situation est plus complexe que cela. (Photo : Capture d’écran issue d’une vidéo fournie par les Houthis, montrant des combattants en train d’examiner les débris d’un avion de combat F-15 saoudien après l’avoir abattu).

Imed Bahri

L’Arabie saoudite possède 353 avions de chasse dont un F-15 abattu en septembre dernier par les Houthis. Elle est dotée de l’un des meilleurs systèmes de défense antiaérienne, 108 lanceurs de missiles Patriot, 6 lanceurs de missiles Thaad, d’autres lanceurs de missiles d’interception comme Avenger, Mistral et Rapid Ranger ainsi que des missiles sol-air, des drones intercepteurs, des réseaux de radars, des équipements de guerre électronique et même le Sky Shield, une arme laser à fibre optique de fabrication chinoise destinée à contrer les drones.

En dépit de tout cela, le groupe yéménite pro-iranien frappe là où ça fait mal et les Saoudiens peinent à se protéger. Comment cela est-il possible alors que l’Arabie Saoudite possède cet immense arsenal ?

Dans une enquête du Financial Times, Charles Clover, Chloe Cornish et Ahmed Al Omran se sont penchés sur le sujet pour pouvoir comprendre cette situation. 

Des centaines de milliards de dollars investis pour rien

L’Arabie saoudite a dépensé des centaines de milliards de dollars pour se doter de l’un des arsenaux militaires les plus redoutables du Moyen-Orient, composé d’équipements américains allant des missiles Patriot aux avions de chasse F-15. Cependant, ce mois-ci, des attaques houthies ont frappé jour après jour des cibles situées au cœur du royaume —notamment l’aéroport international du roi Khaled à Riyad— révélant brutalement les limites de ces investissements.

Mardi 13 octobre, les rebelles houthis ont pris pour cible le siège de Saudi Aramco, la plus grande compagnie pétrolière au monde, situé à Dhahran.

Bien que le royaume ait réussi à se défendre contre des salves de missiles iraniens au début du conflit, des analystes et des experts du secteur militaire saoudien estiment qu’il a du mal à s’adapter à l’évolution rapide des tactiques et des technologies employées par les Houthis. L’épuisement des stocks régionaux d’intercepteurs, après des mois de bombardements iraniens, a également compliqué la défense de ce vaste territoire, ont-ils ajouté.

Manque de coordination des systèmes de défense saoudiens

«La défense parfaite n’existe pas, il faut toujours s’attendre à des failles. Cela dit, les aéroports —et pas seulement les installations énergétiques— devraient figurer sur la liste des infrastructures critiques à protéger absolument», a déclaré Bilal Y. Saab, directeur général du cabinet de conseil Trends US à Washington et chercheur associé au groupe de réflexion Chatham House. Selon M. Saab, la situation révèle les tactiques des Houthis et le manque de coordination des systèmes de défense antimissile côté saoudien.

L’an dernier, le royaume a consacré l’équivalent de 6,5% de son PIB aux dépenses militaires ce qui en fait l’un des taux les plus élevés au monde selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Ce chiffre atteignait 13% en 2015, année où le prince Mohammed ben Salmane —alors ministre de la Défense— a déployé une coalition militaire pour soutenir le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale dans sa lutte contre les Houthis soutenus par l’Iran.

Le royaume allait passer des années enlisé dans ce conflit, lançant une vaste et coûteuse campagne aérienne contre les rebelles dans le cadre d’une guerre civile que l’Onu qualifierait de pire crise humanitaire d’origine humaine au monde, avant qu’un cessez-le-feu n’intervienne en 2022.

Après les attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran en février, les défenses aériennes saoudiennes semblaient initialement bien armées pour protéger le royaume des frappes iraniennes, affichant des taux d’interception élevés.

Toutefois, si la trêve avec les Houthis a tenu au début, elle n’a pas perduré. En juillet, après que Riyad a frappé une piste d’aéroport à Sanaa, la capitale contrôlée par les Houthis, affirmant vouloir empêcher l’atterrissage d’un avion iranien, ces derniers ont annoncé un blocus des navires saoudiens, lancé une offensive pour s’emparer de la côte de la mer Rouge et commencé à bombarder des installations énergétiques saoudiennes, perturbant ainsi les exportations de pétrole du royaume. Une autre attaque, menée par des milices chiites en Irak, a également entraîné la fermeture temporaire de l’oléoduc stratégique reliant l’est à l’ouest du royaume.

Les rebelles houthis attaquent des cibles critiques

Ce mois-ci, les rebelles ont intensifié leur campagne contre les aéroports saoudiens après l’annonce d’une contre-offensive par la coalition yéménite soutenue par l’Arabie saoudite, provoquant l’annulation de milliers de vols. La frappe du samedi 10 octobre ayant ciblé l’aéroport international du roi Khaled à Riyad —toujours fermé— a fait 13 morts et 309 blessés, constituant l’attaque la plus meurtrière de ce type depuis près de dix ans.

Les pilotes de chasse saoudiens ont accumulé des années d’expérience dans la lutte contre les Houthis. Des personnes ayant collaboré avec l’armée saoudienne affirment que le problème ne réside pas dans le manque d’expertise. «J’ai passé beaucoup de temps à travailler avec le commandement des Forces royales de défense aérienne saoudiennes», a déclaré David Des Roches, professeur au sein du cabinet de conseil et organisme de formation Thayer Marshall Institute. Ayant dispensé des formations à de hauts responsables de la défense saoudienne, il les décrit comme étant «incroyablement compétents».

Les Houthis ont appris à déjouer les systèmes de défense  

Selon les analystes militaires, les Houthis ont tiré parti des années de guerre contre l’Arabie saoudite, Israël et les États-Unis pour bien mieux comprendre comment déjouer les radars et les systèmes d’interception modernes. Par ailleurs, la trêve de quatre ans avec Riyad leur a permis de se réarmer avec l’aide de l’Iran. Une personne informée de ces attaques a indiqué que les Houthis avaient utilisé des drones-vraisemblablement des modèles Samad-2 ou Samad-3, des drones de frappe à longue portée et à voilure fixe  pour cartographier la portée des intercepteurs. Ils ont ensuite eu recours à des missiles de croisière, peut-être dérivés du modèle iranien Quds-4, ces engins volent plus bas et plus lentement tout en pouvant modifier leur trajectoire, ce qui les rend difficiles à détecter. «Un mélange de chance et de stratégie», a commenté une source au FT.

«Ce que nous observons actuellement donne à penser que les Houthis ont également acquis une précieuse expérience opérationnelle. Ils tirent les leçons de leurs attaques infructueuses, adaptent leurs tactiques et renforcent leur capacité à défier des systèmes de défense aérienne sophistiqués», a déclaré Mohammed al-Basha, fondateur du cabinet de conseil Basha Report, basé à Washington.

Les Houthis ont également tiré parti des leçons apprises par l’Iran et ses alliés régionaux lors de leurs confrontations avec les États-Unis et Israël, notamment en ce qui concerne les frappes de missiles contre des bases militaires et des infrastructures critiques dans tout le Golfe. «Les Houthis et leurs soutiens iraniens ont appris une chose ou deux sur les forces et les limites des systèmes de défense aérienne occidentaux», a déclaré Basha.

Les défenses aériennes saoudiennes sont étendues et comprennent des systèmes Patriot et Thaad, des missiles sol-air, des drones intercepteurs, des réseaux de radars, des équipements de guerre électronique et même le Sky Shield, une arme laser à fibre optique de fabrication chinoise destinée à contrer les drones.

Les stocks de munitions se sont progressivement épuisés

Toutefois, l’approvisionnement en missiles intercepteurs constitue une variable critique, bien qu’ambiguë, selon les analystes. Depuis février, les États du Golfe se sont défendus contre les attaques de missiles iraniens en utilisant massivement les systèmes Patriot et Thaad or, il est de notoriété publique que les stocks actuels —bien que jalousement gardés secrets— sont faibles. Les États-Unis ont averti même leurs alliés les plus proches que les stocks de missiles intercepteurs Patriot étaient très limités, Washington privilégiant ses propres besoins militaires.

L’Arabie saoudite a vu la pression s’accentuer sur ses défenses aériennes car elle devait désormais anticiper les menaces venant à la fois de l’Iran, à l’est, et des Houthis, au sud, ce qui signifie, selon Des Roches, qu’il «faut diviser ses capacités par deux».

Robert Tollast, chercheur au Royal United Services Institute de Londres, a affirmé qu’avec une planification adéquate, les Houthis pourraient concentrer leurs tirs de missiles pour saturer les défenses, même celles de cibles pourtant bien protégées.

«Les Saoudiens se retrouvent dans la même situation que les Ukrainiens, les Israéliens ou les Américains. La production de ces intercepteurs est manifestement sous tension et il est difficile d’établir des priorités», explique-t-il.

M. Tollast a ajouté que la défense de l’Arabie saoudite était bien plus complexe que celle d’Israël, par exemple, en raison de la dispersion des bases militaires, des aéroports, des installations pétrolières et des villes sur un vaste territoire qu’aucun réseau de défense aérienne ne peut protéger intégralement.

Les attaques houthis menées à travers le pays s’inscrivaient dans une stratégie visant à disperser les moyens de défense aérienne saoudiens, a expliqué Sascha Bruchmann, chercheur basé à Bahreïn pour le groupe de réflexion International Institute for Strategic Studies (IISS). «Les insurgés vont cibler un élément important pour vous pendant plusieurs jours d’affilée, jusqu’à ce que vous commenciez à y déplacer des ressources limitées. Ils vous dispersent et vous forcent à déplacer vos moyens, pour ensuite frapper une autre cible qui vous est chère», a expliqué Bruchmann.

Selon Tollast, se défendre contre des attaques de missiles d’une telle ampleur implique de détruire les lanceurs situés en territoire houthi et cela nécessite une combinaison de collecte minutieuse de renseignements et de missions de frappe confiées à l’imposante flotte de chasseurs F-15 saoudiens, à l’instar de la manière dont les avions de combat américains et israéliens ont localisé et frappé des lance-missiles iraniens depuis les airs.

«C’est essentiellement un jeu de tape-taupe», a déclaré Tollast, soulignant que même les États-Unis et Israël avaient peiné à éliminer les lance-missiles mobiles iraniens, malgré le déploiement de moyens de surveillance satellitaire et de drones considérables.

On pense que les Houthis disposent de réseaux de grottes et de tunnels —naturels et artificiels— dans les zones montagneuses du nord du Yémen. Ils ont survécu à des années de frappes aériennes menées par l’Arabie saoudite et, plus récemment, à des campagnes de bombardements massives américaines et israéliennes.

L’Arabie saoudite s’est tournée vers ses alliés pour obtenir de l’aide. La France a annoncé le mois dernier l’envoi de soldats, de radars et de systèmes de défense pour protéger le terminal pétrolier de Yanbu tandis que le Royaume-Uni a accepté de fournir un avion de ravitaillement en vol afin de soutenir les activités défensives saoudiennes au Yémen.

L’offensive contre l’Arabie saoudite a également mis à l’épreuve un nouveau pacte de défense dit Pacte de la Mecque conclu avec la Turquie et le Pakistan. Le Pakistan, qui envoie depuis longtemps des troupes et des instructeurs militaires en Arabie saoudite, a dépêché des avions de chasse et des pilotes dans le royaume en avril pendant la guerre d’Iran battait son plein, tandis que la Turquie a déclaré fournir des «forces et capacités militaires» sans toutefois que cela n’inclue de troupes au sol.

Cependant, le principal partenaire de défense de l’Arabie saoudite semble, pour l’heure, faire preuve de moins d’engagement. Bien que le prince Mohammed ait appelé Donald Trump le mois dernier pour solliciter le soutien américain face aux insurgés, le président est resté évasif dans ses déclarations publiques quant à une éventuelle intervention. Selon les analystes, cette situation a suscité des tensions à Riyad alors même que Washington continue de fournir des renseignements et une aide au ciblage.

«Les États-Unis ont pour habitude de défendre des puissances plus faibles face à des puissances plus fortes mais il est difficile de se rappeler une époque où ils ont défendu des puissances plus fortes contre des puissances plus faibles. Leur attitude a été de dire aux Saoudiens: C’est votre rôle de vous défendre», a déclaré Jon Alterman, titulaire de la chaire Brzezinski pour la sécurité mondiale et la géostratégie au Center for Strategic and International Studies.

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Algérie-Tunisie | Sécuriser les contrats et les créances avant le contentieux

Les relations économiques entre l’Algérie et la Tunisie connaissent un regain de dynamisme. Bien qu’encore en-deçà des aspirations des deux peuples, cette évolution ouvre des perspectives réelles aux entreprises des deux pays, mais elle impose aussi davantage de rigueur dans la préparation des opérations transfrontalières. Un contrat commercial ne se sécurise pas uniquement par le choix du droit applicable ou d’une juridiction. Il se sécurise aussi par la maîtrise de l’origine de la marchandise, du circuit bancaire, du transport, des spécifications techniques, de la réception, de la preuve et, en dernier ressort, du recouvrement.

Me Brahim Nouni *

La relation entre les deux pays repose déjà sur un cadre institutionnel structuré. L’Accord commercial préférentiel algéro-tunisien, entré en vigueur le 1er mars 2014, prévoit des avantages tarifaires pour certaines catégories de produits, sous réserve des conditions fixées par l’accord, notamment en matière d’origine.

Plus récemment, la 23e session de la Grande commission mixte algéro-tunisienne de coopération, tenue en décembre 2025, a abouti à la signature de vingt-cinq accords, mémorandums d’entente et programmes exécutifs couvrant notamment l’investissement, l’industrie, l’énergie, les finances et le transport. Parmi eux figure un programme de coopération entre l’Agence algérienne de promotion de l’investissement et la Tunisia Investment Authority pour la période 2026-2027.

La partie algérienne a également réaffirmé en juillet 2026 sa volonté de poursuivre le travail commun afin que les mécanismes bilatéraux débouchent sur des projets concrets et durables.

Pour l’entreprise tunisienne qui souhaite travailler en Algérie, comme pour l’entreprise algérienne qui développe ses opérations en Tunisie, la question n’est donc pas d’opposer ouverture économique et réglementation. Il s’agit plutôt d’intégrer suffisamment tôt les exigences juridiques, techniques et financières dans la structure même de l’opération.

Le régime préférentiel doit être vérifié avant de fixer le prix

L’existence d’un accord commercial préférentiel ne signifie pas que toute marchandise tunisienne entrant en Algérie bénéficie automatiquement d’un avantage tarifaire, ni que toute marchandise algérienne entrant en Tunisie en bénéficie dans les mêmes conditions.

Le produit concerné, son classement et son origine doivent être examinés. Cette question devient particulièrement importante lorsque le produit incorpore des composants provenant de plusieurs pays ou lorsqu’une partie de sa transformation a été réalisée hors d’Algérie ou de Tunisie.

Pour l’entreprise, la vérification doit intervenir avant que le prix soit définitivement arrêté. Lorsqu’une marge commerciale est calculée en tenant compte d’une exonération ou d’une réduction de droits et que celle-ci ne peut finalement être appliquée, l’équilibre économique du contrat peut être affecté.

Il est donc utile que le contrat identifie clairement les documents d’origine attendus et la partie chargée de les fournir. Il ne s’agit pas de créer une obligation nouvelle, mais de faire correspondre le contrat au régime commercial que les parties entendent effectivement utiliser.

En Algérie, le calendrier bancaire doit être coordonné avec l’expédition

Dans les ventes vers l’Algérie, le circuit bancaire ne peut pas être dissocié de la logistique. La note n° 01/DGC/2026 de la Banque d’Algérie, datée du 14 mai 2026, rappelle le principe de la domiciliation bancaire préalable à l’expédition des biens importés et prévoit que la date figurant sur les documents de transport ou d’expédition soit postérieure à celle de la domiciliation, sous réserve des cas prévus par la réglementation.

Cette règle a une conséquence très concrète. La réception d’un bon de commande par un fournisseur tunisien ne devrait pas nécessairement être assimilée, à elle seule, à une autorisation immédiate d’expédier.

Le calendrier commercial doit être coordonné avec le traitement bancaire de l’opération. Cette organisation permet d’éviter qu’une marchandise soit déjà en circulation alors que les formalités nécessaires au traitement régulier de l’importation ne sont pas encore finalisées.

Cette exigence ne doit pas être présentée comme étrangère au contrat. Elle fait partie des conditions pratiques de son exécution.

Le contrat doit parler le même langage que la technique

Dans les opérations industrielles, les difficultés apparaissent souvent avant même la question juridique. Une machine a été livrée, mais atteint-elle le rendement convenu ? Un équipement fonctionne, mais respecte-t-il les performances prévues ? Une installation a été mise en service, mais répond-elle réellement au cahier des charges ?

Le terme «conforme» ne suffit pas lorsque aucune référence précise ne permet de mesurer cette conformité.

L’offre technique, le cahier des charges, les plans, les fiches de performance, les normes retenues et, lorsque cela est nécessaire, les protocoles d’essai doivent pouvoir être reliés au contrat.

Le juriste ne remplace pas l’ingénieur, et l’ingénieur ne remplace pas le juriste. Mais dans les contrats techniques, les deux lectures doivent se rejoindre.

La même logique s’applique aux Incoterms®. Ils sont utiles pour répartir certaines obligations relatives à la livraison, au transport, aux coûts et au transfert des risques, mais ils ne remplacent pas le contrat. Ils ne règlent pas, à eux seuls, le transfert de propriété, les caractéristiques de la marchandise, les modalités de paiement, les garanties, les conséquences de l’inexécution, le droit applicable ou le règlement du différend.

Le choix de l’Incoterm doit surtout correspondre au circuit réel de la marchandise et désigner avec précision le lieu ou le port concerné. Ce qui paraît être un simple détail rédactionnel peut devenir déterminant lorsqu’un dommage survient pendant le transport ou qu’un coût
inattendu apparaît.

La réception est souvent le point de rencontre entre la technique et le paiement

Une difficulté fréquente tient à l’utilisation imprécise des termes «livraison», «réception», «mise en service» ou «acceptation».

Pour le fournisseur, la prestation peut être achevée dès la remise physique de la marchandise. Pour le client, elle peut ne l’être qu’après installation, essai ou vérification des performances.

Cette différence peut déterminer la date d’exigibilité d’une facture, le point de départ d’une garantie ou l’existence de réserves.

Dans les opérations techniques, les parties peuvent donc organiser contractuellement une procédure de réception adaptée au projet. Selon le cas, il peut être utile de prévoir des essais avant expédition, après installation ou à l’issue d’une période de fonctionnement.

Ces mécanismes ne doivent pas être présentés comme des obligations légales générales. Ils sont des instruments contractuels de sécurisation lorsqu’ils correspondent à la nature de l’opération. Leur valeur apparaît surtout le jour où une créance devient litigieuse.

Une entreprise qui dispose du contrat, du bon de commande, de la preuve de livraison, des documents techniques et d’un procès-verbal de réception se trouve dans une position différente de celle qui doit reconstituer l’exécution plusieurs mois après les faits à partir de messages dispersés.

Le recouvrement commence avant l’impayé

Le recouvrement d’une créance ne commence pas avec la mise en demeure. Il commence au moment où le contrat est exécuté.

Une facture n’existe jamais isolément. Elle renvoie à une commande, à une prestation, à une livraison, à une réception ou à un autre événement contractuel qui doit pouvoir être établi.

La qualité du dossier documentaire devient alors essentielle. Bons de commande, bons de livraison, factures, procès-verbaux, réserves, courriers et courriels professionnels peuvent devenir les pièces centrales d’un litige.

Cette question prend une importance supplémentaire lorsque les équipes commerciales et techniques communiquent par courrier électronique ou messagerie professionnelle. Une modification de commande, un report de délai, une validation technique ou une réserve peuvent être décidés de manière informelle, puis devenir déterminants plusieurs mois plus tard.

L’entreprise doit donc organiser la conservation de sa preuve au fur et à mesure de l’exécution du contrat.

Il en va de même pour les modifications techniques. Un changement de quantité, de référence, de délai ou de prestation doit laisser une trace suffisamment claire pour permettre de déterminer ce qui a été demandé, par qui, à quel prix et avec quelles conséquences.

Cette discipline protège le fournisseur, qui doit pouvoir établir la réalité d’une prestation supplémentaire, mais également le client, qui doit pouvoir vérifier qu’une facturation additionnelle correspond bien à une modification qu’il a autorisée.

Penser le contentieux jusqu’à l’exécution

Lorsque le différend ne peut être évité, la question n’est pas uniquement de savoir quel tribunal saisir.

Il faut également se demander où se trouvent les actifs et dans quelles conditions la décision obtenue pourra produire ses effets.

L’Algérie et la Tunisie disposent d’un cadre bilatéral ancien en matière de coopération judiciaire, notamment à travers la Convention relative à l’assistance mutuelle et à la coopération judiciaire et juridique du 26 juillet 1963. Les conditions applicables à la reconnaissance et à l’exécution d’une décision doivent néanmoins être examinées au cas par cas.

L’existence d’une convention ne signifie pas qu’une décision étrangère devient automatiquement exécutoire.

Le même raisonnement vaut pour l’arbitrage. L’Algérie et la Tunisie sont toutes deux parties à la Convention de New York de 1958 sur la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères.

Cela offre un cadre international important, mais ne signifie pas que l’arbitrage soit nécessairement la meilleure solution pour tous les contrats.

La valeur de l’opération, sa complexité, les coûts, le lieu d’exécution et la localisation des actifs doivent être pris en considération.

Le droit local doit intervenir suffisamment tôt

Pour une entreprise tunisienne ou internationale qui développe une opération en Algérie, le droit algérien ne devrait pas être examiné uniquement lorsque le différend est déjà né. Il intervient en amont, dans la structure du contrat, la conformité documentaire, les formalités bancaires, les pouvoirs de signature, les modalités de réception, les conditions de paiement et la préparation de la preuve.

Dans les opérations importantes, la coordination entre la direction juridique de l’entreprise, ses conseils habituels, ses responsables techniques et financiers et le conseil intervenant en droit algérien permet d’identifier plus tôt les difficultés susceptibles d’affecter l’exécution.

Le rôle du conseil local ne commence donc pas nécessairement devant le juge. Il peut précisément consister à éviter qu’une difficulté technique, bancaire ou documentaire ne devienne un contentieux.

La dynamique économique entre l’Algérie et la Tunisie offre aujourd’hui de nouvelles possibilités aux opérateurs des deux pays.

L’enjeu consiste à accompagner cette proximité économique par une préparation contractuelle à la même hauteur.

Un bon contrat ne doit pas seulement dire ce que les parties souhaitent faire. Il doit permettre de comprendre comment l’opération sera exécutée, documentée, payée et, si nécessaire, protégée.

C’est à cette condition que le développement des échanges peut se traduire par des relations commerciales plus sûres, plus prévisibles et plus durables.

* Avocat en Algérie. 

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‘‘Je suis un écrivain !’’ | Ahmed Zitouni, le rire du pendu

Par-delà l’exil, la folie, la mort et l’humour, Ahmed Zitouni laisse une œuvre singulière que ce volume posthume, ‘‘Je suis un écrivain !’’, édité en 2026 par AssoAZ, l’Association Ahmed Zitouni, fondée par Françoise Zitouni, l’épouse de l’auteur, et ses proches, à la suite du décès de ce dernier en juin 2024, à l’âge de 74 ans, rassemble, sous une forme hybride : archives, entretiens, textes autobiographiques, synopsis de ses livres publiés et révélation de plusieurs ouvrages inédits. Un ensemble qui ressemble autant à une rétrospective qu’à une dernière prise de parole.

Djamal Guettala

Comment classer ce livre ? La question n’est pas secondaire. Le livre refuse d’emblée les catégories habituelles. Ce n’est pas un roman, ni une biographie classique. C’est un testament littéraire. Après «Approches», qui occupent une large première partie et prennent parfois la forme d’un manifeste d’écrivain, viennent les archives : lettres, hommages et documents consacrés notamment à Mohammed Dib et Malek Alloula. Six entretiens réalisés entre 1983 et 2019 permettent ensuite de suivre les différentes étapes du parcours de Zitouni. Le dernier, intitulé «Donné pour mort, voilà l’aiguillon à l’origine de ma résurrection en Algérie », revient sur cette relation particulière entre disparition littéraire en France et retour dans le pays d’origine.

Le lecteur découvre ensuite les synopsis de ses ouvrages publiés, quatre textes présentés comme inédits ou posthumes et, dans les dernières pages, un appel à la création d’une association destinée à accompagner la mémoire et la diffusion de son œuvre.

Le livre ressemble ainsi à un écrivain qui aurait voulu laisser derrière lui non seulement ses textes, mais aussi les éléments nécessaires pour les relire.

Le rire comme arme littéraire

Ce qui frappe dans le parcours de Zitouni, c’est d’abord son rapport à l’humour. Les archives critiques réunies dans le volume montrent que cette dimension avait été très tôt repérée. Jérôme Garcin évoque dans L’Événement du Jeudi un «féroce éclat de rire». D’autres critiques insistent sur la caricature, la rage ou la violence comique de cette écriture.

Chez Zitouni, le rire n’est pourtant jamais décoratif. Il devient une manière de déplacer le regard sur l’exil, le racisme, la marginalité et la mort. L’écrivain refuse notamment de s’enfermer dans le rôle du représentant d’une «littérature immigrée» chargée de raconter la souffrance de l’étranger. La critique des Temps modernes citée dans le volume souligne déjà cette volonté de sortir du registre attendu de «l’immigratitude».

Zitouni transforme alors les situations les plus sombres en matière littéraire. Ses personnages peuvent être fous, morts, pendus, marginalisés. Dans ‘‘La Veuve et le Pendu’’, un écrivain se pend et sa veuve, au lieu de le décrocher, fouille ses papiers. Dans ‘‘Au début était le mort’’, un mort devient une star parce qu’il a tué son chien. Mais ces personnages parlent. Ils pensent. Ils se moquent du monde et souvent d’eux-mêmes.

Cette position explique la place particulière de la mort dans son œuvre. Le mort n’est pas toujours celui qui se tait. Chez Zitouni, il peut devenir celui qui raconte.

La singularité de Zitouni passe aussi par son travail sur les mots. «Bicot», «bicophobe», «mortocratie» : son vocabulaire ne cherche pas la neutralité. Il récupère les mots qui enferment pour les retourner. Dans ‘‘La Raison du plus fou’’, le terme «bicophobe» pousse jusqu’à l’absurde la logique du racisme intériorisé : celui qui est désigné comme «bicot» devient celui qui finit par redouter ou rejeter les autres «bicots». Le mot ne cherche pas seulement à provoquer. Il met en scène une violence qui finit par être retournée contre celui qui la subit.

La «mortocratie», autre néologisme associé à ‘‘Au début était le mort’’, prolonge cette entreprise. La mort devient alors un système, presque une administration, tandis que les médias peuvent transformer le cadavre en objet de récit et de consommation. Quant à «immigratitude», terme repris par la critique, il résume à lui seul le rapport conflictuel de Zitouni aux catégories identitaires.

L’écrivain ne refuse pas l’histoire de l’immigration ; il refuse qu’elle devienne une prison littéraire. Sa langue avance ainsi par collision : tragique et burlesque, Algérie et France, mémoire intime et histoire collective.

De la folie à la mémoire algérienne

Trois œuvres permettent particulièrement de mesurer cette diversité. Avec ‘‘La Veuve et le Pendu’’, Zitouni place le suicide et la littérature au cœur d’un dispositif où la mort n’empêche pas le récit. Le projet, réécrit au fil des années, témoigne d’un rapport physique à l’écriture que l’auteur évoque lui-même dans les documents réunis ici.

‘‘La Raison du plus fou’’ déplace la question vers la folie et le politique. Des internés d’un établissement psychiatrique imaginent une organisation révolutionnaire. L’asile devient un poste d’observation de la société et de ses exclusions. La folie n’est plus seulement une maladie : elle permet de regarder autrement ceux qui se prétendent raisonnables.

Avec ‘‘Houria, le livre de la mémoire et de l’oubli’’, l’écrivain revient vers l’Algérie et vers une mémoire intime liée à la rupture de 1962. Un amour d’enfance perdu à Oran devient le point de départ d’une recherche qui traverse plusieurs décennies. Le passé individuel rejoint ici une histoire collective dont les blessures ne sont pas refermées.

Ces trois livres dessinent une même obsession : comment continuer à vivre avec ce qui a disparu ?

C’est peut-être dans ‘‘La Lettre à Ada’’ que cette question trouve sa réponse la plus dépouillée. Dans ces dernières pages, le personnage public de Zitouni — l’écrivain provocateur, ironique, parfois féroce — s’efface derrière le père. Une promesse faite à sa fille lorsqu’elle avait cinq ans devient le point de départ d’un projet d’écriture.

Séparés entre Paris et Aix-en-Provence, confrontés à la maladie et à la perspective de la mort, le père et la fille se retrouvent dans une parole qui doit être transmise. Le ‘‘Journal du vieil écrivain’’ prend alors une dimension particulière. À la manière de Shéhérazade, raconter permet de retarder la fin. Chaque récit devient une nuit supplémentaire, un délai accordé à la mémoire.

Ce passage donne une autre profondeur au reste du volume. La mort, omniprésente dans les romans, cesse d’être seulement un objet de provocation ou de fiction. Elle devient une réalité intime. Derrière le rire du pendu, il y a donc un homme qui veut encore transmettre.

Un écrivain difficile à enfermer

Réduire Ahmed Zitouni à la littérature de l’immigration serait passer à côté de l’essentiel. Son œuvre est nourrie par l’exil et par l’expérience algérienne, mais elle les transforme en une matière beaucoup plus vaste : la mort, la folie, la mémoire, l’amour, la maladie, le langage et la solitude.

Son personnage littéraire avance sur une ligne de crête. Il peut être grotesque et tragique dans la même scène, victime et provocateur, marginal et observateur du monde. C’est cette tension qui donne à son écriture sa singularité.

‘‘Je suis un écrivain !’’ vaut ainsi moins comme simple réhabilitation d’un auteur que comme invitation à relire une œuvre. Les archives, les entretiens, les synopsis et les textes inédits montrent un écrivain soucieux de sa propre trace, mais aussi conscient de la fragilité de cette trace.

Le titre prend alors une autre dimension. ‘‘Je suis un écrivain !’’ n’est pas seulement une affirmation. C’est une revendication adressée à ceux qui l’ont classé, caricaturé, oublié ou réduit à une catégorie.

Deux ans après la disparition d’Ahmed Zitouni, le volume prend aussi la forme d’un hommage. Édité par l’association qui porte son nom, il ne cherche pas seulement à saluer sa mémoire. Il rassemble ce qui peut permettre à son œuvre de continuer à circuler, à être lue et discutée. Les archives, les entretiens et les textes réunis ici constituent autant de passerelles entre l’écrivain disparu et les lecteurs qui ne l’ont pas encore découvert.

Au terme du livre, une question demeure : que deviendra cette œuvre après son auteur ? L’appel à accompagner sa mémoire et la diffusion de ses écrits apporte un début de réponse. Il ne suffit pas de constater qu’Ahmed Zitouni a écrit. Il reste désormais à lire, transmettre, rééditer et discuter cette littérature qui a choisi le rire pour affronter la mort et la fiction pour interroger la mémoire.

Ahmed Zitouni aura passé une partie de son œuvre à écrire depuis les marges. Ce volume posthume permet enfin de regarder cette œuvre dans son ensemble. Deux ans après sa mort, l’hommage prend ainsi une forme qui lui ressemble davantage : non pas refermer le livre sur un écrivain disparu, mais le rouvrir.

Biographie et bibliographie de l’auteur.

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