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Meurtre à Nabeul | L’ami de la victime interpellé à la Cité Ettahrir

L’enquête pour meurtre ouverte à Nabeul a permis l’arrestation à la Cité Ettahrir (à Tunis) du suspect, qui n’est autre que l’ami de la victime.

Les agents de la brigade de la police judiciaire du Bardo sont parvenus à mettre la main sur le suspect principal recherché pour meurtre, indique Mosaïque FM, citant une source proche du dossier.

Les investigations ont révélé que les deux hommes, qui se connaissaient, avaient planifié une traversée irrégulière vers les côtes européennes depuis Nabeul, en compagnie de cinq autres personnes.

Mais une dispute liée aux préparatifs de la traversée irrégulière a éclaté entre les deux amis, virant au drame et coûtant la vie à la victime.

Le suspect a quant à lui pris la fuite avant d’être localisé dans la maison où il se cachait à la Cité Ettahrir, puis arrêté par la police judiciaire du Bardo.

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Les foulées vertes | Courir tous ensemble pour le don d’organes

Le Centre national pour la promotion de la transplantation d’organes (CNPTO) s’apprête à célébrer la Journée mondiale et nationale de sensibilisation au don d’organes.

Cet événement sportif et citoyen organisé sous l’égide du Ministère de la Santé se tiendra le dimanche 18 octobre 2026 et la mobilisation s’annonce inédite à travers le pays, selon un communiqué de la Direction régionale de la santé de Tunis.

L’événement « Les Foulées Vertes » sera marqué par un grand rassemblement sur la Corniche de La Marsa pour le Grand Tunis (regroupant les gouvernorats de Tunis, l’Ariana, Ben Arous et La Manouba), qui sera mené en simultané dans les 20 autres gouvernorats de la Tunisie.

Sous le slogan fort « Courir tous ensemble pour le don d’organes », ce sont ainsi 24 gouvernorats qui vibreront à l’unisson pour porter un message d’espoir : sensibiliser, donner et sauver des vies.

Le CNPTO invite le grand public, les sportifs et l’ensemble des citoyens à se joindre massivement à cet élan de générosité pour promouvoir et ancrer la culture du don d’organes en Tunisie.

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Grand Prix de Paris | Taekwondo : Moataz Aifaoui décroche le bronze

​Le taekwondo tunisien brille de nouveau sur la scène internationale grâce àMoataz Aifaoui , qui a décroché une médaille de bronze dans la catégorie des +80 kg au Grand Prix de Taekwondo de Paris.

C’est ce qu’annonce fièrement le ministère de la Jeunesse et des Sports, ce vendfedi 9 octobre 2026, en précisant que le champion tunisien s’est hissé jusqu’en demi-finale au terme d’un parcours remarquable.

Il s’est incliné aujourd’hui sur deux manches à zéro (6-7 / 6-10) face au Britannique Caden Cunningham, vice-champion olympique, à l’issue d’un combat particulièrement disputé et cruel dans le deuxième round, ajoute le ministère en affirmant que cette précieuse récompense permet à Moataz Aifaoui d’accumuler 21 points supplémentaires très importants dans son classement olympique.

Y. N.

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Météo | Tunisie : Orages, pluies et vents forts attendus sur plusieurs régions

Les conditions annoncées par l’Institut national de la météorologie (INM) seront particulièrement instables cette nuit sur l’ensemble de la Tunisie.

​L’INM alerte sur des pluies temporairement orageuses qui toucheront la majorité des régions et qui seront parfois abondantes sur le nord et localement sur le Centre, où elles seront accompagnées de chutes de grêle sur les hauteurs.

Les vents souffleront fort, particulièrement près des côtes et provoquant des phénomènes locaux de sable dans le sud du pays pouvant brutalement dépasser les 80 km/h sous les cellules orageuses.

​Pour les températures, elles seront comprises cette nuit entre 15 et 20 °C au nord et le centre, et entre 21 et 26 °C dans les régions du sud.

Y. N.

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La Tunisie officielle se porte comme un charme

Les responsables du gouvernement ont la fâcheuse tendance de mettre la poussière sous le tapis et de brosser un tableau reluisant de la situation générale dans le pays. Zouhair Attallah, chef de cabinet du ministère des Finances, qui est parmi les mieux informés des indicateurs financiers de la Tunisie, ne déroge pas à cette règle. (Photo: ministère des Finances, La Kasbah, Tunis).

Intervenant lors du 4e Forum financier arabe du Prix de Sharjah pour les finances publiques, organisé à Tunis les 6 et 7 octobre 2026, en collaboration avec l’Organisation arabe pour le développement administratif (relevant de la Ligue des États arabes) et le Département central des finances de Sharjah, sous le thème «Résilience financière et durabilité : concevoir des budgets adaptables et maximiser la valeur pour l’argent public», il a déclaré que la Tunisie a réussi — malgré les crises sanitaires, les catastrophes naturelles et l’instabilité du contexte mondial — à faire preuve de résilience, à enregistrer des taux de croissance positifs et à maintenir l’inflation, le déficit et l’endettement à des niveaux qu’il a qualifiés d’«acceptables». «Ces résultats ont été obtenus grâce aux efforts considérables déployés par les institutions publiques et à une bonne préparation pour absorber et affronter ces circonstances exceptionnelles», a-t-il précisé, selon le compte-rendu du forum diffusé sur la page Facebook du ministère, vendredi 9 octobre.

M. Attallah a également souligné la démarche de réforme engagée par le ministère à court et moyen termes, notamment à travers le renforcement des cadres juridique, institutionnel, organisationnel et humain, la consolidation des principes de bonne gouvernance, ainsi que l’amélioration de l’efficacité et de la transparence des politiques publiques.

Que de bonnes nouvelles en somme pour un auto-satisfécit que des économistes objectifs, examinant les indicateurs macroéconomiques de notre pays, trouveraient immérité.

Avec une inflation de 5,3 %, un déficit budgétaire de 5,2 %, un endettement de 82 % et un chômage de 15,2 %, pour une croissance atone d’à peine 2,5 % (chiffres officiels de 2025), on ne peut pas dire que la Tunisie se porte bien ou qu’elle est en train d’avancer sur la voie du progrès socio-économique.

Non seulement, notre pays a beaucoup régressé par rapport à ses indicateurs de 2010, mais il est en train de manger le pain de ses générations montantes en s’endettant à tour de bras. Et il ne s’endette pas pour investir dans la mise en place d’infrastructures publiques mais pour financer ses dépenses de fonctionnement, et notamment les salaires de ses 700 000 à 750 000 fonctionnaires, ni inventifs, ni productifs ni efficaces.

Non, M. Atallah, la Tunisie ne se porte pas aussi bien que vous le dites ! Interrogez les Tunisiens, qui voient leur pouvoir d’achat régresser et leurs conditions de vie se détériorer jour après jour, ils vous diront exactement le contraire.

I. B.

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Tunisie | Le maintien du taux d’intérêt à 7 % ne durera pas longtemps

L’économiste universitaire Moez Soussi a qualifié d’inattendu le maintien à 7 % du taux d’intérêt directeur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), car il anticipait personnellement une hausse d’au moins 50 points de base — pour le porter à 7,5 % — compte tenu des indicateurs économiques nationales et internationales et des pressions inflationnistes croissantes. Ce maintien du taux d’intérêt à 7 % ne durera pas longtemps, a-t-il cependant estimé.

M. Soussi, qui intervenait sur les ondes de Diwan FM, a expliqué que ses prévisions reposaient sur divers facteurs externes et internes, notamment l’évolution du marché mondial de l’énergie, la décision d’augmenter leur taux directeur par la plupart des grandes banques centrales, ainsi que les pressions pesant sur le dinar tunisien et la hausse du taux d’inflation.

S’agissant des facteurs externes, l’économiste a souligné la hausse des prix des hydrocarbures sur le marché mondial dans un contexte d’incertitude persistante, estimant que l’évolution des prix de l’énergie pourrait accentuer les pressions sur l’économie de la Tunisie qui doit importer plus de 60% de ses besoins énergétiques.

Il a également attiré l’attention sur la tendance des grandes banques centrales à durcir leur politique monétaire, évoquant la décision de la Fed, la Réserve fédérale américaine, de relever ses taux d’intérêt de 25 points de base — les portant de 3,75 % à 4 % — ainsi que celle de la Banque centrale européenne de les augmenter de 25 points de base, pour atteindre 2,65 %.

M. Soussi a souligné que la hausse du rendement du dollar et des devises étrangères exercerait une pression supplémentaire sur les flux de devises et sur le taux de change du dinar tunisien. Selon lui, cela nécessite de ménager une marge de manœuvre accrue pour atténuer les risques de change et limiter l’impact de l’inflation importée sur les coûts de production.

Sur le plan intérieur, M. Soussi a attiré l’attention sur plusieurs indicateurs économiques et monétaires, notamment l’écart entre l’hypothèse retenue dans la loi de finances 2026 et le prix du pétrole effectivement enregistré. Les prévisions budgétaires tablaient sur un prix de 63,3 dollars le baril, alors que la moyenne réelle, sur la période allant de janvier à septembre, s’est établie à environ 94 dollars le baril.

Il a également souligné le ralentissement de la croissance économique, passée de 2,6 % au premier trimestre à 2,3 % au deuxième, estimant que la baisse de la production pourrait accentuer les pressions sur les prix.

Concernant l’inflation, M. Soussi a relevé une hausse du taux en glissement annuel à 5,6 % en septembre, contre 4,8 % en début d’année, ajoutant que l’inflation a augmenté pour le deuxième mois consécutif en août et septembre, une première depuis 2023.

En se projetant sur la période à venir, l’économiste a estimé peu probable que le taux directeur soit maintenu à 7 % pour une longue durée. Selon lui, la BCT sera contrainte, prochainement, de le relever de 50 points de base, ajoutant que cette hausse éventuelle s’inscrit dans le cadre de sa politique monétaire, consistant à préserver la stabilité des prix, à protéger le pouvoir d’achat, à soutenir la stabilité de la valeur du dinar et à renforcer la compétitivité de l’économie nationale.

Rappelons qu’un taux directeur élevé, et le 7% en vigueur en Tunisie l’est à coup sûr. Censé juguler l’inflation, il entraîne plusieurs impacts négatifs majeurs : il renchérit le coût du crédit, baisse la capacité d’emprunt, freine l’investissement, ralentit l’activité économique et, notamment, le marché immobilier.

I. B.

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La Tunisie enregistre une forte baisse de la production d’olive

La saison oléicole 2026-2027 en Tunisie devrait enregistrer une baisse de la production à 200 000 ou 250 000 tonnes, presque la moitié de celle enregistrée au cours de la saison 2025-2026, qui s’est élevée à 500 000 tonnes, un record national validé par le Conseil oléicole international (COI).

Selon Midani Dhaoui, président du Syndicat national des agriculteurs (Synagri), cité par Diwan FM, ce recul de la production est principalement dû au retard pris dans la récolte des olives lors de la saison écoulée, ce qui a eu un impact négatif sur les oliviers. Aussi doit-on œuvrer à assurer le succès de la saison qui commence et surmonter toutes les difficultés pouvant survenir au niveau de la collecte.

C’est là une très mauvaise nouvelle pour les finances publiques qui risquent de souffrir, en 2027 et 2028, de la baisse des recettes d’exportation d’huile d’olive, lesquelles contribuent habituellement au rééquilibrage des balances alimentaire, commerciale et extérieure.

I. B.

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Vient de paraître | Les politiques de sécurité routière dans le monde arabe  

Les Éditions L’Harmattan à Paris publient le 15 octobre 2026, dans la collection ‘Diplomatie et Stratégie’, une étude intitulée ‘‘La sécurité routière dans le monde arabe – Politiques et pratiques’’, de Mohssen Ben Aïssa, ancien directeur de l’Observatoire national de la sécurité routière (ONSR) de  Tunisie. L’ouvrage est  préfacé par Emmanuel Caulier.

Plus de 26 000 personnes perdent la vie chaque année sur les routes du monde arabe. Les jeunes adultes (notamment entre 16 et 36 ans) forment une part importante des personnes touchées par les accidents mortels. Certains pays du Golfe et de la péninsule arabique affichent des taux très élevés (par exemple en Arabie saoudite, avec plusieurs milliers de décès par an et une forte pression sur les services hospitaliers), et ce malgré des réseaux autoroutiers et des infrastructures modernes.

Union arabe de la sécurité routière et diverses associations locales (comme en Tunisie) multiplient les partenariats avec des entreprises et des mouvements de jeunesse pour renforcer la formation, la prévention sur les trajets professionnels et la sensibilisation. Cependant, et alors que de nombreuses régions du monde ont réussi à réduire sensiblement leur mortalité routière, plusieurs pays arabes peinent encore à inverser la tendance, malgré des stratégies adoptées, des lois votées et des financements mobilisés.

L’auteur s’interroge sur les raisons de cet écart persistant entre les intentions affichées et la réalité du terrain. Son analyse s’articule autour de trois axes : une rétrospective des politiques arabes de sécurité routière depuis 1972, une étude approfondie de l’expérience tunisienne, et une feuille de route pour une nouvelle gouvernance routière arabe, fondée sur la transformation numérique.

Spécialiste des politiques de sécurité routière, Mohssen Ben Aïssa a participé à de nombreux programmes de coopération arabes et contribué à l’élaboration de la Stratégie arabe de sécurité routière. Il conjugue dans ce livre son expérience de praticien et de chercheur.

I. B.

‘‘La sécurité routière dans le monde arabe – Politiques et pratiques’’, L’Harmattan, collection Diplomatie et Stratégie, 342 pages, 35 €. EAN : 9782336644660.

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Rome | Deux suspects du meurtre du Tunisien Bayram Dhaouadi arrêtés

L’ancien député Majdi Karbai, résidant en Italie, a annoncé ce matin, vendredi 9 octobre 2026, dans une publication sur Facebook, que la police italienne a arrêté les deux suspects impliqués dans le meurtre du jeune Tunisien Bayram Dhaouadi. Ce dernier, ancien joueur de l’Espérance sportive de Tunis âgé de 18 ans, avait été retrouvé mort en début de semaine à Rome.

Le premier suspect est un Tunisien âgé de 19 ans, tandis que la seconde suspecte est une Italienne de 24 ans. Selon les informations qui circulent, la police a également retrouvé l’arme du crime à l’intérieur du véhicule que les deux suspects utilisaient.

Les investigations se poursuivent pour élucider les circonstances du crime et déterminer les responsabilités, étant entendu que les deux personnes interpellées demeurent des suspects jusqu’au prononcé d’un jugement définitif.

I. B.  

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Tunisie | Inkyfada rétabli dans ses droits par la justice

La justice a rejeté la demande de dissolution visant l’association Al Khatt, organisation qui édite depuis 2014 le média d’investigation Inkyfada. «Le tribunal a décidé de rejeter l’affaire. La partie qui demandait la dissolution a retiré sa demande », a précisé à l’AFP l’avocat du média, Ayoub Ghalloussi, jeudi 8 octobre 2026.

Cette décision représente «un soulagement, mais pas la fin» du combat pour la liberté de la presse, d’autant qu’une partie des fonds de l’association demeure gelée, sans explication, a expliqué Malek El Khadraoui, cofondateur et membre du conseil d’administration d’Al Khatt et également rédacteur en chef d’Inkyfada. Le média fait face à des difficultés depuis que les autorités ont engagé contre lui des poursuites pour «non-respect de certaines règles financières», l’équipe ayant dû consacrer ces derniers mois une énergie considérable à défendre son droit même à exister, plutôt qu’à exercer son métier de journaliste.

Al Khatt va donc poursuivre son combat par les voies légales afin de récupérer les ressources nécessaires à la poursuite de ses activités.

I. B.  

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Guerre d’Ukraine | Un deal pétrolier au cœur des pourparlers américano-russes

Business, zones d’ombre, mélange des genres et conflits d’intérêts sont devenus la marque de fabrique de la gestion des grands dossiers internationaux par l’administration Trump.

Imed Bahri

Les négociations américano-russes visant à mettre fin à la guerre en Ukraine ne se limitent plus aux modalités d’un cessez-le-feu et au sort des territoires disputés, elles englobent désormais un accord énergétique se chiffrant en milliards de dollars dans lequel les intérêts géopolitiques s’entremêlent aux relations commerciales de la famille de Donald Trump et de ses proches. Les actifs internationaux de l’entreprise pétrolière russe Lukoil sont au cœur des négociations.

Une enquête du New York Times a révélé que les efforts de Washington et de Moscou pour parvenir à un règlement politique sont désormais liés au sort des actifs internationaux du géant pétrolier russe. Cet accord implique des investisseurs entretenant des liens politiques ou commerciaux avec la famille du président américain ainsi qu’avec ses émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner.

Les actifs internationaux de Lukoil font saliver les Américains

L’enquête intitulé «Les pourparlers américano-russes sur l’Ukraine incluent désormais un accord pétrolier lié aux alliés de Trump» met en lumière des détails controversés indiquant que les négociations de paix sur l’Ukraine se sont élargies pour inclure un accord de plusieurs milliards de dollars portant sur l’acquisition d’un vaste portefeuille d’actifs internationaux de Lukoil, l’une des plus grandes compagnies énergétiques russes.

Ces actifs comprennent des champs pétroliers, des raffineries et des stations-service répartis dans diverses régions du monde, notamment des gisements au Cameroun, des raffineries en Europe et des stations-service dans l’État américain du New Jersey.

La société avait évalué ses actifs internationaux à environ 20 milliards de dollars plus tôt dans l’année, bien que la valeur finale de la transaction envisagée et sa structure financière ne soient pas encore précisées.

Le moment choisi pour cette opération revêt une importance particulière. L’administration Trump avait imposé des sanctions à Lukoil il y a environ un an, dans le cadre des pressions exercées sur Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre. Toutefois, ces mêmes sanctions ont incité l’entreprise à céder ses actifs à l’étranger, créant ainsi une opportunité d’investissement majeure pour les acheteurs en mesure d’obtenir l’aval de Washington.

Le paradoxe réside dans le fait que les sanctions, utilisées initialement pour punir Moscou, sont devenues un élément d’un mécanisme susceptible de libérer des actifs russes des restrictions américaines, augmentant ainsi considérablement leur valeur d’investissement. Ces sanctions confèrent également à Washington une influence décisive sur le processus de vente, car la conclusion de toute transaction nécessite son feu vert pour lever les restrictions pesant sur les actifs concernés.

Selon l’enquête, le président russe a évoqué cette transaction lors de sa rencontre avec Wittkoff et Kushner au Kremlin, le 5 septembre dernier, la présentant comme un moyen de démontrer que les relations commerciales avec les États-Unis demeurent possibles. Les deux émissaires américains ont répondu qu’ils œuvreraient à faire avancer le projet, d’après des personnes informées de la teneur de la réunion et citées par le journal américain sous couvert d’anonymat.

De leur côté, Wittkoff et Kushner voient dans cette opération une opportunité de renforcer la confiance avec le Kremlin et de contribuer à la baisse des prix mondiaux de l’énergie, d’autant que l’aval du gouvernement américain entraînerait la levée des sanctions sur ces actifs et une augmentation immédiate de leur valeur.

Un mélange des genres qui soulève des questions

Bien que les responsables de l’administration assurent que les émissaires du président n’ont aucun intérêt financier direct, la liste des investisseurs est dominée par des personnalités étroitement liées au premier cercle de Trump.

Le NYT signale que l’un des principaux acteurs de cette liste est un groupe d’investissement dirigé par le milliardaire américain Todd Boehly, copropriétaire de l’équipe des Dodgers de Los Angeles et l’un des grands donateurs qui soutiennent soutenues Trump. Il a fait un don d’un million de dollars au comité «Maga Inc.», qui soutient le président, en décembre 2025 et a également versé un million de dollars supplémentaires par l’intermédiaire de sa société d’investissement Eldridge Industries pour la cérémonie d’investiture de Trump.

Toutefois, l’enquête souligne l’absence de preuve indiquant que Kushner ou Witkoff détiennent une participation financière directe dans l’accord avec Lukoil ou qu’ils en tireraient un profit personnel. Néanmoins, des partenaires commerciaux de la famille Trump et de ses émissaires bénéficieraient financièrement de la conclusion de cet accord, compte tenu des liens d’investissement existants qui les unissent.

Dans ce contexte, le NYT a cité Hui Chen, ancienne procureure fédérale et experte en éthique gouvernementale, qualifiant ces enchevêtrements d’effarants et extrêmement préoccupants. Elle a affirmé que cette situation soulève des questions majeures quant à la manière dont l’administration américaine évalue les candidats aux appels d’offres et à l’influence que les intérêts personnels pourraient exercer sur l’issue du processus.

En revanche, la porte-parole de Witkoff a défendu le rôle de ce dernier, soulignant qu’il œuvre bénévolement et sans rémunération pour instaurer la paix et obtenir la libération des otages et qu’il ne présente aucun conflit d’intérêts ni participation financière dans ce dossier.

La Maison-Blanche au cœur du processus de décision

L’accord dépassant le cadre d’un simple investissement commercial, sa conclusion nécessite l’aval conjoint du gouvernement américain et du Kremlin. Si l’approbation du département du Trésor américain est indispensable pour alléger les restrictions liées aux sanctions, des observateurs avertis estiment que la décision finale se joue désormais à la Maison-Blanche.

Une porte-parole du Trésor résume cette dynamique en expliquant que le Bureau de contrôle des actifs étrangers (Office of Foreign Assets Control dit l’OFAC) met en œuvre la politique étrangère définie par la Maison-Blanche.

À Moscou, Poutine est considéré comme le décideur ultime, bien que Lukoil soit juridiquement une entreprise privée. Le NYT souligne ainsi que l’accord est tributaire d’une entente politique entre les présidents américain et russe plutôt que de relever d’une simple transaction entre vendeur et acheteur.

Washington affirme que l’implication de la Société de financement du développement international des États-Unis (DFC*) dans l’opération renforcerait la sécurité économique des États-Unis, soutiendrait la politique étrangère et réduirait les prix de l’énergie pour les consommateurs. Un responsable de l’institution a par ailleurs indiqué que cette participation pourrait également consolider la sécurité énergétique des alliés américains.

Un responsable de l’administration Trump a également précisé que Witkoff et Kushner avaient directement participé à la négociation des conditions financières de l’investissement public américain afin de garantir aux États-Unis un versement initial substantiel ainsi qu’une part des bénéfices.

Toutefois, toujours selon l’enquête du NYT, ces arguments se heurtent à la réalité du dossier. Il ne s’agit pas d’une acquisition purement américaine, il y aussi des investisseurs étrangers notamment du Moyen-Orient et donc des profits vont être logiquement générés par ces investisseurs.

Il y a également un autre problème à savoir une offre antérieure de la société américaine de capital-investissement Carlyle. Celle-ci avait conclu, en janvier dernier, un accord de principe pour le rachat d’une part importante des actifs, ce qui aurait permis une détention américaine intégrale des actifs. Le NYT rapporte que l’offre de Carlyle est toujours en attente d’approbation alors que le groupe de Todd Boehly, l’ami de Trump, a émergé comme un concurrent majeur. Si l’enquête ne démontre pas que ce sont des liens politiques et commerciaux qui ont propulsé l’offre de Boehly au premier plan, elle soulève néanmoins des questions quant aux critères de sélection entre les différentes offres, en particulier compte tenu du pouvoir décisif dont dispose la Maison-Blanche pour les approuver ou les bloquer.

*La DFC (U.S. International Development Finance Corporation) est l’institution fédérale américaine de financement du développement, créée en 2019 pour mobiliser des capitaux privés au service de la politique étrangère et de la sécurité économique des États-Unis.

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Le financement incertain des économies du Sud à l’heure de l’IA

Les géants de l’intelligence artificielle (IA) empruntent sans regarder le prix, le rendement de la dette du Trésor américain à cinq ans a dépassé 5 % et l’aide publique au développement recule comme jamais. Le Sud découvre que l’argent du monde a trouvé preneur mieux noté et plus attractif, que les réserves de ses banques centrales financent la course dont il est exclu, et que l’avenir de son financement ne s’écrira plus à New York. Il s’écrira chez lui, ou il ne s’écrira pas.

Yahya Ould Amar *

Une règle gouverne les marchés depuis qu’ils existent, et on l’enseigne encore dans les universités. Quand le prix de l’argent monte, les emprunteurs se retirent, la demande de crédit faiblit et le prix finit par redescendre. Cette règle vient de mourir sous les coups d’un emprunteur d’un genre nouveau, dont le calcul ne porte pas sur le coût du capital mais sur la survie de son empire.

Les neuf premiers hyperscalers – ce noyau des géants du numérique qui possède et bâtit les centres de données de la planète – engageront près de 830 milliards de dollars d’investissements en 2026, soit une hausse d’environ 80 % en un an. Microsoft annonce 190 milliards, Google entre 180 et 190, Amazon au-delà de 230, Meta entre 125 et 145. Les agences de notation projettent déjà 1000 milliards par an à l’horizon 2027. Aucune industrie, à aucune époque de l’histoire humaine, n’a mobilisé un tel volume de capital en si peu de temps pour un chiffre d’affaires encore à venir.

Cet effort ne se finance plus par l’émission d’actions, car les fondateurs ne partagent pas leur pouvoir. Il se finance par la dette. En sept mois, cinq groupes ont absorbé plus de deux fois l’encours total des eurobonds souverains africains, qui s’élève à 115 milliards pour 21 pays.

Pour un emprunteur engagé dans une course où le second n’existe pas, payer l’argent 5 % ou 10 % revient au même. Cinq points de plus sur 200 milliards représentent 10 milliards par an, soit une fraction de la trésorerie trimestrielle de chacun de ces groupes. La seule perte qu’ils redoutent se mesure en rang, à la survie de leur empire, pas en points de base. Face à un acheteur insensible au prix, le mécanisme d’enchères qui répartissait l’épargne mondiale ne répartit plus rien. Il adjuge.

Le rendement du bon du Trésor américain à 5 ans a dépassé 5 % un niveau inconnu depuis vingt ans. On y lit une inflation qui résiste, une offre massive de titres publics, un pétrole au-delà de 100 dollars et, pour une part désormais explicite, la demande de capital née de la course à l’IA. Ce rendement sert de plancher à tous les taux de la planète, puisque nul ne prête à Nairobi ou à Bogota moins cher qu’il ne prête sans risque à Washington, et que tout emprunt en dollars s’évalue comme ce rendement augmenté d’une prime. Lorsqu’il monte d’un point, il soulève d’un point le coût de la dette de Colombo ou de Bogota, avant même que leur propre risque soit tarifé.

Les eurobonds émis par les pays émergents, signés entre 2017 et 2021 à 5 ou 6 % arrivent à échéance et se refinanceront à 9, 10 ou 11 %. Quatre points de plus sur un milliard refinancé, ce sont 40 millions de dollars par an prélevés sur des budgets où 40 millions construisent des écoles ou des dispensaires. L’Afrique affrontera cette année un besoin de financement non couvert de près de 100 milliards de dollars.

Un pays du Sud qui doit refinancer sa dette entre 2026 et 2028 ne se présente pas devant un marché tendu, qui finit toujours par se détendre. Il se présente devant un marché occupé, qui ne libère rien tant que l’occupant n’a pas achevé la construction de ses infrastructures. La différence entre les deux fait toute la différence entre une crise et un changement d’époque.

Le mur, la facture et le retrait de l’aide

Cette occupation du marché survient au moment où les trois piliers de l’ancien financement du développement cèdent ensemble.

Le premier pilier, la dette extérieure, s’est transformé en pompe aspirante. Le rapport que la Cnuced a publié le 7 octobre 2026 indique que les pays en développement ont payé 995 milliards de dollars d’intérêts nets sur leur dette publique en 2025, près du triple de 2010. L’État médian y consacre 8,1 % de ses recettes, deux fois plus qu’il y a quinze ans. Cinquante-et-un pays, où vivent 3,7 milliards d’êtres humains, dépensent davantage pour servir leurs intérêts que pour la santé ou l’éducation. S’ils empruntaient aux conditions des économies avancées, ils économiseraient 500 milliards de dollars par an, davantage que toute l’aide publique au développement jamais versée en une année.

Le deuxième pilier, l’aide publique, se retire. L’aide des pays de l’OCDE a chuté de 23,3 % en termes réels en 2025, après un recul de 8,5 % en 2024, une contraction sans précédent dans l’histoire de l’aide au développement. L’OCDE projette une nouvelle baisse de 6,9 % en 2026, de 11,6 % pour l’aide bilatérale à l’Afrique subsaharienne et de 10,9 % pour celle aux pays les moins avancés. En trois ans, l’aide mondiale aura perdu plus d’un tiers de sa valeur réelle.

Le troisième pilier, la promesse climatique, n’a jamais été construit. Le Programme des Nations unies pour l’environnement chiffre les besoins d’adaptation des pays en développement entre 310 et 365 milliards de dollars par an d’ici 2035 – une sous-estimation manifeste en comparaison avec d’autres sources scientifiques plus crédibles. Les flux publics internationaux d’adaptation, selon l’OCDE, représentent un peu moins de 35 milliards en 2024. Les pays dont la responsabilité dans le réchauffement est infime doivent construire digues, réseaux et systèmes d’irrigation avec un argent qui n’arrive pas, pour survivre à des catastrophes climatiques devenues récurrentes.

Le Sud doit donc emprunter davantage, pour rembourser plus cher, sur un marché où le capital a déjà trouvé preneur, pendant que l’aide se retire et que le climat présente sa facture.

La Federal Reserve (banque centrale américaine) combat une inflation qu’elle impute à l’économie réelle alors qu’une part croissante vient d’une poignée de bilans. Chaque durcissement frappe la mauvaise cible. Il écrase le logement et l’investissement des entreprises ordinaires sans retarder d’un seul serveur la construction des centres de données, puisque leurs promoteurs ne regardent pas le prix.

Cette erreur de visée se propage aux banques centrales du Sud, contraintes de suivre pour défendre leur monnaie, et qui étranglent leur propre économie pour compenser une dépense dont elles ne tireront aucun bénéfice.

Solvabilité ou liquidité, le dilemme sans bon choix

Une banque centrale sait traiter une crise de liquidité. Elle prête contre de bons actifs à des institutions solides momentanément privées de trésorerie. Elle ignore en revanche comment traiter une crise de solvabilité, où les actifs ne valent plus ce qu’ils ont coûté et où aucune avance ne rendra au débiteur la richesse perdue. La bulle de l’IA prépare une crise du second type. Des centres de données amortis sur quinze ou vingt ans abritent des processeurs dépassés en trois à cinq ans. Des dettes à trente ans reposent sur des revenus dont aucun compte de résultat ne porte encore la trace à la hauteur des sommes engagées. Tout cela ne manquera pas de liquidité. Tout cela manquera de valeur.

Prêter à des insolvables prolonge l’agonie et transforme la banque centrale en caisse de garantie des mauvais paris. Refuser de prêter précipite la chute et emporte les banques, d’abord celles qui ont financé la course au Nord, ensuite celles du Sud par contagion. Entre les deux, toute banque centrale émettrice de monnaie de réserve choisira la création monétaire, c’est-à-dire la conversion d’une perte privée en impôt diffus sur tous les détenteurs de la monnaie.

Le dilemme se pose ensuite, en miroir et avec moins de moyens, aux banques centrales du Sud. Elles n’ont ni la monnaie de réserve ni la profondeur de marché qui permettent d’absorber une crise de solvabilité par la planche à billets. Fournir de la liquidité à un système devenu insolvable revient à financer la fuite des capitaux et à détruire la monnaie. La refuser à un système seulement illiquide revient à provoquer la faillite que l’on voulait éviter. La frontière entre les deux diagnostics se révèle invisible dans l’instant, et l’erreur se paie en dévaluation ou en années perdues. Le Sud n’a jamais eu le droit à l’erreur que le Nord s’accorde depuis toujours.

La fin du refuge et le second prélèvement

Dans l’ancien monde, la récession américaine venait au secours des pays émergents. Les rendements chutaient, le dollar reculait, les capitaux repartaient vers le Sud en quête de rendement meilleur. Cette respiration risque de ne plus venir. Les grandes économies développées creusent leurs déficits au même moment, le Japon et la Chine cessent d’absorber la dette américaine, et les taux longs peuvent rester élevés au cœur même d’un ralentissement. Le Sud perd ainsi le seul mécanisme automatique qui lui rendait, périodiquement, l’accès au capital.

Lorsque le pari de l’IA se dénouera, les pertes s’ajouteront à celles, encore enfouies, du capital-investissement et du crédit privé contractées au temps de l’argent quasi gratuit. Un problème de solvabilité de cette ampleur se traite par une création monétaire assumée et massive, dont la facture atterrit sur tous ceux qui détiennent des dollars. Or les économies émergentes et en développement détiennent plus de la moitié des quelque 13 000 milliards de dollars de réserves de change mondiales, dans leurs banques centrales, leurs fonds de stabilisation et les comptes de leurs exportateurs. Le Sud aura été évincé pendant la bulle et dilué pendant la purge. Deux fois prélevé dans une partie à laquelle il n’a jamais joué.

Les fonds souverains de Riyad, de Doha et d’Abou Dhabi, qui gèrent ensemble plus de 4 000 milliards de dollars, se sont fait une place au cœur de la course. MGX, le véhicule d’Abou Dhabi, compte parmi les fondateurs du programme Stargate, chiffré à 500 milliards de dollars d’infrastructures américaines. Le fonds saoudien, par sa filiale Humain, a investi trois milliards dans xAI.

L’épargne du Sud nourrit la course qui exclut le Sud. Les capitaux de la péninsule arabique financent, au Texas et dans l’Ohio, les centres de données, la rareté qui frappe Le Caire ou Lima. Aucune conférence sur le financement du développement n’a jamais déplacé des sommes comparables à celles que le Sud déplace lui-même, chaque trimestre, en direction du Nord.

L’économie comme champ de bataille

Une vieille conviction gouverne les chancelleries depuis que les nations existent. Une économie forte a besoin d’une armée forte, et une armée forte a besoin d’une économie forte. Les deux se nourrissent jusqu’au jour où l’une faiblit. Ce jour venu, la peur s’installe, et la peur d’une grande puissance qui se sent décliner constitue une menace sur la paix mondiale.

La course à l’IA appartient autant au Pentagone qu’à la Silicon Valley. Les centres de données que finance l’épargne du monde entier sont des arsenaux, et le crédit qui s’y engouffre relève du budget de la défense autant que de celui de l’innovation. Cela explique la passivité des autorités monétaires devant la bulle de l’IA. On ne modère pas un réarmement. Une banque centrale qui relèverait ses taux jusqu’à freiner la construction des centres de données serait accusée de livrer la supériorité technologique à l’adversaire, et aucune institution ne survit à une telle accusation. La hiérarchie des urgences a été renversée dans l’ombre. La stabilité financière s’efface devant la sécurité nationale, et le prix de l’argent devient une variable stratégique avant d’être une variable économique.

Le Sud global se trouve à l’autre bout de cette chaîne. Il finance, par les taux qu’il subit, une course aux armements numériques dont il ne possède ni les laboratoires ni les armées. Il en subira les retombées lorsque la peur des puissances se traduira en sanctions, en contrôles des exportations, en fragmentation des circuits de paiement et en guerres par procuration sur son propre sol.

Le Sahel, la Corne de l’Afrique et la mer Rouge savent déjà ce que signifie devenir le terrain où des grandes puissances inquiètes règlent leurs comptes. Une économie du Sud qui veut se protéger doit comprendre que sa faiblesse financière constitue désormais une faiblesse militaire, et que sa souveraineté monétaire relève de sa défense.

Il reste à comprendre pourquoi cette bulle rencontre si peu de résistance dans les opinions du Sud, alors même qu’elle les appauvrit. Des décennies de promesses non tenues, de budgets détournés, d’élections sans alternance et d’alternances sans changement ont vidé la parole des dirigeants de toute crédibilité. Lorsque l’on ne croit plus en ceux qui gouvernent, on se prend à croire en ce qui pourrait gouverner à leur place. L’IA recueille un espoir. On lui prête la capacité de détecter la fraude, de distribuer l’aide sans intermédiaire, de rendre la justice sans clientèle. Une machine réputée sans appétit paraît, aux peuples qui ont trop connu l’appétit des puissants, une promesse de probité.

Cette foi mérite le respect, car elle naît d’une blessure réelle. Mais les systèmes que l’on espère incorruptibles sont conçus et détenus par des groupes dont l’intérêt diffère de celui des citoyens de Bangkok ou de Kinshasa. Ils absorbent les données du Sud, en restituent les décisions et en conservent la valeur. Une gouvernance déléguée à des algorithmes financés par la dette que nous payons ne corrige pas l’absence de confiance envers nos dirigeants. Elle la déplace vers des maîtres plus lointains et moins comptables encore. La seule probité qui dure se construit dans des institutions que les peuples contrôlent, et aucun modèle de langage ne remplacera un parlement qui vote, une cour qui juge et une presse qui enquête.

Ce que sera le financement du développement

Le modèle qui a financé le Sud depuis un demi-siècle, une aide publique en complément, une dette extérieure en devises pour l’essentiel, et une fenêtre de marché qui se rouvrait à chaque ralentissement américain, est mort en 2026. L’aide recule, la dette aspire plus qu’elle n’apporte, la fenêtre est occupée. L’avenir du financement du développement repose sur trois déplacements, et chacun se chiffre.

Le premier déplacement va de la devise empruntée à l’épargne mobilisée. Les transferts des migrants vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 685 milliards de dollars en 2024, davantage que l’investissement direct étranger et l’aide publique réunis, et l’Afrique en reçoit près de 100 milliards par an. L’épargne nationale brute du continent dépasse 500 milliards de dollars par an, soit plus de quatre fois l’encours de l’ensemble de ses eurobonds. Cette épargne existe, elle dort dans des dépôts à vue rémunérés en dessous de l’inflation, s’exporte vers des bons du Trésor étrangers appelés à être dilués, ou se perd dans l’immobilier improductif. On observe déjà que la dette domestique a progressé plus vite que la dette extérieure dans 62 pays sur 86.

Un pays qui place chez lui -sur son marché boursier- un dixième de son épargne annuelle lève davantage, à moindre coût et sans risque de change, que par l’eurobond signé au mauvais moment.

Le deuxième déplacement va de la dette à la rente partagée. L’IA a faim de ce que le Sud possède. L’Agence internationale de l’énergie attend un doublement de la consommation électrique des centres de données d’ici 2030, à près de 945 térawattheures, davantage que ce que consomme le Japon. La République démocratique du Congo fournit environ 70 % du cobalt mondial, le Niger et la Namibie figurent parmi les premiers producteurs d’uranium, la Guinée détient les premières réserves de bauxite. Vendre ces ressources brutes contre des dollars, puis emprunter ces mêmes dollars à 10 %, revient à payer deux fois ce que l’on possède une fois. L’enjeu consiste à exiger des participations au capital plutôt que des redevances, des contrats d’électricité à long terme libellés en partie en monnaie locale plutôt que des exportations de minerai, une transformation sur place plutôt qu’un embarquement au port, et une cotation locale des sociétés d’exploitation afin que la rente devienne un capital qui reste plutôt qu’une facture qui revient de loin. Le Sud détient ce que la bulle convoite. Il doit se faire payer en patrimoine, pas en dette.

Le troisième déplacement va de la dépendance cyclique à la profondeur institutionnelle. Les banques multilatérales de développement peuvent, par une utilisation plus audacieuse de leur capital et le recours au capital hybride, dégager plusieurs centaines de milliards de dollars de capacité de prêt supplémentaire sur la décennie sans un dollar de contribution nouvelle. Les droits de tirage spéciaux alloués en 2021, 650 milliards de dollars, sont allés pour l’essentiel aux économies riches qui n’en avaient pas besoin, et les pays à faible revenu en ont reçu moins de 4 %. Leur réaffectation vers des mécanismes de garantie en monnaie locale et des lignes de liquidité régionales vaut davantage que dix conférences de bailleurs.

Ces trois déplacements ne relèvent ni de la charité du Nord ni de la bonne volonté des marchés. Ils relèvent de décisions que les États du Sud peuvent prendre seuls, et dont la plupart ont déjà le cadre juridique. Ils supposent, en revanche, la confiance des peuples dans leurs propres institutions. Une épargne nationale ne se mobilise que vers des bourses dont les règles sont respectées. La souveraineté financière commence par la probité domestique, et la probité domestique ne se délègue à aucune machine.

Enfin, le Sud global a connu la dette comme un fardeau, puis comme un instrument. Il la découvre aujourd’hui comme un droit d’entrée dans une partie truquée, où le prix de l’argent ne mesure plus la rareté du capital mais la peur de déclin des puissances. Les économies qui comprendront les premières que la sortie se trouve dans la profondeur de leurs propres marchés, dans la rente convertie en patrimoine et dans une souveraineté financière pensée comme une ligne de défense, auront moins à craindre du jour où les emprunteurs sans limite, cesseront de payer. Les autres apprendront, une fois encore, que l’on ne négocie pas avec un marché occupé. On le quitte, ou on en construit un autre non truqué.

Économiste, banquier et financier.

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Crise des lycées en France | Bruits diplomatiques et paniques identitaires

Face à la vague de blocages dans les établissements scolaires en France et à la sévérité du maintien de l’ordre, la crise des lycées a franchi les frontières pour devenir le théâtre d’une bataille d’influence entre Washington et Téhéran. Cette tribune analyse comment cette agitation géopolitique et l’instrumentalisation du débat identitaire servent de diversion pour masquer le malaise social, l’austérité budgétaire et le renoncement aux exigences de l’exemplarité républicaine.

Dr Abderrahmane Cherfouh *

À Paris, la crise des lycées a largement dépassé le cadre des salles de classe. Elle sert désormais de prétexte à des batailles d’influence étatiques.

Donald Trump a d’abord associé les blocages d’établissements à l’immigration de masse et à un prétendu péril religieux. Dans la foulée, le gouvernement iranien s’est engouffré dans la brèche : Téhéran a convoqué l’ambassadeur de France pour dénoncer la «répression» de manifestations présentées comme pacifiques. Le Quai d’Orsay a répliqué du tac au tac en convoquant l’ambassadeur d’Iran pour dénoncer une manœuvre de désinformation.

Cette diplomatie du muscle masque l’essentiel : pendant que les chancelleries s’écharpent, la parole des lycéens français et leurs revendications concrètes passent à la trappe.

Indignation à géométrie variable

Face à ces ingérences, une question s’impose : la France applique-t-elle les mêmes règles à tout le monde ?

Certes, accuser Téhéran de brimer sa propre population relève d’une réalité documentée. Mais le bilan dramatique des derniers jours est néanmoins établi : selon le ministre de l’Éducation nationale, 215 élèves et 88 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés depuis le début de la mobilisation. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil après une blessure dont les lésions ont été jugées compatibles avec un tir de LBD. À Lens, un adolescent de 15 ans a perdu une main après l’explosion d’une grenade lors d’un rassemblement ; les circonstances exactes de l’incident font l’objet d’une enquête de l’IGPN. Face à cette succession de blessures graves, le ministre de l’Intérieur a annoncé le 7 octobre la suspension des grenades assourdissantes dans le cadre du mouvement lycéen, le temps de faire la lumière sur l’affaire de Lens. Ces faits posent avec une acuité nouvelle la question de la proportionnalité des moyens employés pour maintenir l’ordre face à des manifestants, dont une partie est mineure.

L’autre hypocrisie réside dans le monopole de l’ingérence. Paris et Washington s’arrogent depuis des décennies le droit de dicter la politique intérieure des États souverains, qu’il s’agisse de décréter la légitimité d’un pouvoir au Venezuela ou de redessiner la carte du Moyen-Orient. Pourtant, lorsque la diplomatie iranienne utilise les mêmes leviers pour pointer du doigt les dérives policières occidentales, le Quai d’Orsay crie immédiatement au complot et à la manipulation. L’ingérence serait-elle un privilège exclusivement réservé à l’Occident ?

Diversion sociale et épouvantail identitaire

Ce vacarme géopolitique offre surtout une échappatoire commode à un pouvoir aux abois. Donald Trump l’inévitable a choisi de jeter de l’huile sur le feu en agitant l’épouvantail identitaire, prétendant fallacieusement que l’Islam cherchait à s’emparer du pays. Si Paris feint de s’en offusquer publiquement, cette surenchère sert en réalité de paravent idéal : il est tellement plus facile pour le gouvernement et ses relais médiatiques de saturer l’espace avec des paniques culturelles plutôt que de répondre au réel.

Dans ce climat d’ostracisme, les populations issues de l’immigration risquent de devenir les premières victimes d’un débat toxique, alors même que l’urgence républicaine exige un travail d’intégration, d’égalité et de respect mutuel.

Sur le terrain, les lycéens ne parlent pourtant ni de choc des civilisations ni de religion. Ils protestent contre l’insalubrité des classes, le manque criant de professeurs, la dégradation des locaux et l’austérité budgétaire qui mutile leur avenir. En focalisant l’attention sur les déclarations de Trump ou les communiqués de Téhéran, le pouvoir opère une diversion cynique pour criminaliser le mouvement social et s’exonérer de ses propres responsabilités économiques.

Respecter les principes républicains

La France n’a pas à choisir entre la panique identitaire de Donald Trump et la surenchère opportuniste de Téhéran. La République possède ses propres repères : la laïcité, l’égalité, la liberté d’expression et le droit de manifester dans le calme. Mais la laïcité ne peut se résumer à une posture à géométrie variable ; elle doit redevenir une exigence d’équité et de garanties universelles.

Pour prétendre donner des leçons de démocratie à la terre entière, la France doit d’abord balayer devant sa propre porte. Elle se doit d’être exemplaire en appliquant chez elle les principes qu’elle prétend défendre à l’étranger, loin du cynisme du «faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais». On ne répond pas à la propagande étrangère par du déni ou une répression disproportionnée, mais en respectant le droit et en répondant aux demandes de sa propre jeunesse. La souveraineté commence par cette forme fondamentale de dignité républicaine.

* Médecin algérien au Canada.

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JMC 2026 | Labess au Théâtre de l’Opéra de Tunis

Dans le cadre de la 11e édition des Journées Musicales de Carthage (JMC), le groupe Labess, porté par l’auteur-compositeur-interprète Nedjim Bouizzoul, investit la scène du Théâtre de l’Opéra à la Cité de la Culture Chedli Klibi.

Le rendez-vous est pris pour demain, vendredi 9 octobre 2026 à partir de 21h30 et les billets sont toujours en vente en ligne via le site officiel Teskerti.

En fusionnant les sonorités envoûtantes du chaâbi algérien avec les rythmes enflammés du flamenco, de la rumba et des percussions africaines, la formation propose un style pluriel et engagé.

Un voyage musical captivant entre mémoire et liberté est ainsi attendu pour cette soirée.

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Justice | Du nouveau dans l’affaire du viol de Mellassine

La justice a pris plusieurs décisions, ce jeudi 8 octobre 2026, dans le cadre de l’affaire du viol d’une adolescente à Mellassine à Tunis.

Le juge d’instruction près le Tribunal de première instance de Tunis 2 a ordonné ainsi émis 10 mandats de dépôt à l’encontre de suspects poursuivis dans cette affaire, dont 7 majeurs qui ont été immédiatement transférés à la prison civile de Mornaguia, deux mineurs placés dans un centre de rééducation pour mineurs délinquants, ainsi que la propriétaire du domicile, au sein duquel se sont déroulés les faits dramatiques, qui a été incarcérée à la prison pour femmes de la Manouba.

Par ailleurs, l’intermédiaire qui a mis en relation la propriétaire des lieux avec deux des principaux suspects, a quant à lui été remis en liberté à l’issue de son audience.

Cette vague de mandats de dépôt fait suite à l’audition formelle de la jeune victime par le magistrat instructeur, aojute la même source en précisant que les investigations entrent désormais dans une phase d’interrogatoires croisés : le juge d’instruction entendra successivement l’ensemble des mis en cause du 12 au 21 octobre afin de faire toute la lumière sur le déroulement exact des événements et le degré d’implication de chaque prévenu.

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