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Monastir | Une femme tuée par son mari, trois autres membres de la famille blessés

Un terrible drame familial a secoué la région de Monastir, où un quadragénaire s’en est violemment pris à ses proches armé d’un fusil et d’une arme blanche tuant son épouse et blessant sa belle-mère, son beau-frère et sa fille.

Dans une déclaration à Mosaïque FM, Mohamed El Mekki Farj, substitut du procureur de la République et porte-parole officiel du tribunal de première instance de Monastir, a précisé que l’épouse, touchée par balle, a succombé à ses blessures sur le coup.

Les trois autres victimes ont été évacuées d’urgence vers l’hôpital où elles reçoivent les soins nécessaires alors que le suspect a été rapidement interpellé par les unités de la Garde nationale.

Le Parquet a ordonné sa mise en détention et a décidé de le poursuivre pour homicide volontaire avec préméditation, de tentative d’homicide volontaire avec préméditation, ainsi que de port et de détention d’arme à feu et d’arme blanche sans autorisation.

Les investigations se poursuivent afin de faire toute la lumière sur ce drame et d’en déterminer les mobiles.

Y. N.

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Coupures électriques | Grosses pertes chez les industriels de la volaille  

Les coupures intempestives d’électricité se poursuivent de manière intermittente dans toute la Tunisie. La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) y est acculée parce que la production nationale d’électricité est aujourd’hui en-deçà de la demande. Et rien n’indique que cette situation va s’améliorer dans un avenir proche. En attendant, les citoyens, et notamment les opérateurs économiques, évaluent leurs pertes cumulées et reprochent aux autorités leur manque de planification et d’anticipation.

 Dans ce contexte de crise tous azimuts que vivent les Tunisiens, les éleveurs de volaille annoncent d’énormes pertes subies par leurs élevages en raison des coupures fréquentes d’électricité et des températures record enregistrées depuis la mi-juillet.  Mohamed Ben Hazzaz, un éleveur de volaille de Boukrim, délégation d’El Haouaria, gouvernorat de Nabeul, a fait état, dans une déclaration à Mosaique FM, de la mort de milliers de volailles dans les élevages de cette région réputée pour cette activité qui constitue leur unique source de revenus, selon ses dires.

M. Ben Hazzaz a expliqué que la situation des agriculteurs s’est aggravée en raison de la flambée des prix des groupes électrogènes à essence, passés de 3 000 à 7 000 dinars. Il a appelé l’État à intervenir pour trouver une solution et «mettre fin aux agissements des commerçants qui monopolisent la vente de ces équipements».

Il a également déploré l’absence de réaction de la part des responsables du ministère de tutelle ou de la Steg face aux difficultés rencontrées par les éleveurs de volaille. Ces derniers font face à un été caniculaire ayant entraîné la mort d’un grand nombre de volailles dans leurs élevages, ainsi que la panne — par surchauffe due à une utilisation prolongée — de plusieurs groupes électrogènes à essence. Il a qualifié les pertes subies par les industriels de «catastrophiques».

I. B.

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En novembre à La Boîte| «Diquadilà», art et migrations en Méditerranée

Raconter les migrations en Méditerranée à travers le dessin, la musique, la performance et les marionnettes, en plaçant au cœur du projet non seulement ceux qui partent, mais aussi ceux qui restent et ceux qui continuent d’attendre.

Tel est le fil conducteur de «Diquadilà», une performance mêlant dessin, musique, marionnettes et récits recueillis entre la Tunisie et l’Italie. C’est un projet des artistes Ahmed Ben Nessib, Omar Cheikh et Stefano Ricci qui fera étape les 9 et 10 novembre 2026 à La Boîte (Centre d’art et d’architecture de Tunis), sous le commissariat de la Tunisienne Salma Kossemtini.

Le projet prend forme à l’issue d’une série de résidences artistiques (actuellement à Sejnane en Tunisie) et s’enrichit de témoignages et de récits recueillis sur les deux rives, en Tunisie et en Italie.

Il s’agit d’histoires diverses, unies par la traversée d’une même mer et par les expériences du départ, de l’exil, de l’attente et, parfois, de la disparition.

La restitution au public mêlera musique expérimentale et marionnettes à gaine, le tout accompagné d’une installation composée de cordes et de dessins réalisés sur bois.

«Diquadilà» prolonge une démarche artistique déjà amorcée par les trois auteurs. Une version antérieure du projet avait été présentée en octobre 2023 au Periferico Festival de Modène ; la question des migrations y était alors abordée à travers une exposition de dessins et un concert en direct.

Ce projet réunit des parcours artistiques ancrés entre la Tunisie et l’Italie. Ahmed Ben Nessib, né à Tunis en 1992 et installé en Italie, est dessinateur et réalisateur de films d’animation ; formé à l’EMCA d’Angoulême et à la Scuola del Libro d’Urbino, il a vu ses travaux publiés notamment par Internazionale et Lo Straniero.

Omar Cheikh, né en 1996, est illustrateur, animateur et musicien ; également formé à Urbino, il mène une recherche qui croise dessin animé, édition indépendante et expérimentation sonore.

Enfin, Stefano Ricci est l’une des figures les plus reconnues du dessin et de l’illustration italiens contemporains, avec une pratique qui, au fil des ans, a mêlé bande dessinée, édition, théâtre, performance et animation.

Le commissariat est confié à Salma Kossemtini, curatrice et productrice culturelle tunisienne active entre la Tunisie et l’Europe, dont les recherches portent une attention particulière aux pratiques contemporaines, à la médiation culturelle et aux formes de l’archive.

Avec «Diquadilà», La Boîte poursuit ainsi une programmation fondée sur les résidences et le croisement des disciplines et des langages contemporains. Créé pour soutenir, diffuser et médiatiser l’art contemporain en Tunisie, le centre fondé par Fatma Kilani a développé, au fil des ans, des projets tissant des liens entre artistes, territoire et public.

 Au cœur de cette nouvelle étape tunisienne demeure la Méditerranée en tant qu’espace physique et symbolique : une frontière à traverser, mais aussi un lieu de liens, d’absences et de mémoires qui continuent d’unir ceux qui sont partis à ceux restés de l’autre côté.

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Tunisie, pourquoi tes champions te fuient !  

Il ne s’agit plus de faits divers sportif, mais d’un véritable fléau national : à l’instar de nombre de leurs compatriotes, beaucoup athlètes tunisiens de haut niveau sont à l’affût de la première occasion pour quitter leur pays et chercher asile, à la fois sportif et économique, dans quelque pays d’accueil offrant plus d’opportunités.   

La télévision nationale tunisienne a rapporté, ce lundi 31 août 2026, qu’Ahmed Laabidi, gymnaste de l’équipe nationale, a quitté hier le village des Jeux méditerranéens de Tarente, en Italie, sans y revenir.

Laabidi devait participer aujourd’hui aux qualifications de gymnastique artistique à partir de 13 heures ; toutefois, il n’est toujours pas réapparu, laissant supposer qu’il a fui vers un autre lieu ou un autre pays.

Trois autres sportifs tunisiens avaient déjà quitté le village méditerranéen et la délégation tunisienne pour diverses destinations : la lutteuse Chahd Jeljli (la première dont la disparition a été signalée durant les compétitions), le joueur de pétanque Mohamed Amine Saidi (disparu lors du voyage de retour de la délégation, dans l’aéroport de Rome ou de Bari) et l’haltérophile Mohamed Amine Bouhajba (disparu à l’aéroport de Rome juste avant le décollage).

Rappelons que Chahd Jeljli, âgée d’à peine 20 ans, est partie en France et elle s’est expliquée sur sa décision dans un poste qui fait honte aux autorités sportives et saigne le cœur des Tunisiens.

Laabidi devient ainsi le quatrième sportif à s’enfuir des Jeux méditerranéens de Tarente, une situation qui soulève de nombreuses interrogations sur sort réservé aux athlètes de l’élite, et notamment ceux des sports dits individuels : souvent ignorés et abandonnés à leur sort. Qui pourrait leur jeter la pierre ?

I. B.

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L’Algérie, telle qu’elle doit s’assumer, légataire du fardeau colonial

L’auteur réagit ici à la réponse du Dr Abderrahmane Cherfouh intitulée L’Algérie face à l’histoire : De la souveraineté à la reconquête à un précédent article qu’il avait publié dans Kapitalis : Tunisie : du souverainisme à la question numide.

Dr Mounir Hanablia *

Suite à l’intervention de mon collègue algérien, qui semble avoir perdu  le fil de l’essentiel de mon précédent écrit, à savoir le caractère inutile et nuisible d’une guerre du gaz entre nos deux pays, ou bien d’entreprises qui pourraient remettre en cause leur intégrité territoriale mutuelle, et qui finit  par se lancer dans un récit apologétique dénué d’intérêt sur l’Histoire de l’Algérie contemporaine,  je me dois de rappeler que beaucoup de nations ne furent que les conséquences du fait colonial. Leurs citoyens doivent-ils pour autant porter cela comme une marque d’infamie ? L’Inde est une création anglaise. Aucun Indien ne le niera aujourd’hui, pas plus qu’aucun Pakistanais. Pourtant lors de la bataille de Plassey en 1757, l’Inde possédait les attributs au moins nominaux de l’État unitaire, même si celui-ci miné par les sécessions n’était plus que l’ombre de lui-même.

Un bébé né d’un viol

L’Algérie aujourd’hui est un état libre et indépendant reconnu par la communauté internationale. Et nul ne prétend minimiser l’ampleur du combat héroïque de son peuple contre le colonialisme. Cela n’est nullement antinomique avec la réalité que ce pays, dépourvu à l’origine d’Etat unitaire, ait été réunifié bon gré mal gré par la puissance destructrice de l’armée française. C’est un fait, même si la France n’avait aucun droit légitime à occuper un sol qui ne lui appartenait pas.

Si les gouvernements européens ont établi entre eux des protocoles et des droits de conquête fondés sur des traités inégaux ou illégaux signés avec des chefs indigènes pour légitimer leurs entreprises respectives, cela ne constitue pas un argument valable pour justifier une conquête, tant bien même la négation ou l’absence d’un État en servirait de couverture juridique. Mais quand le bébé est né d’un viol, il faut avoir le courage de le reconnaître, et non pas prétendre à la légitimité du mariage. Et que les colonialistes usent de cet argument pour nier tout droit algérien à l’indépendance ne signifie pas plus qu’ils aient raison de le faire, face à la reconnaissance internationale. Et celle-ci se rapporte à l’Onu, créée par le Président Roosevelt et consolidée par Truman, avec l’assentiment de l’URSS. Et lorsque la Tunisie, l’Algérie et le Maroc sont passés à l’indépendance, celle-ci n’est devenue effective que par la communauté internationale.

En 1943 à Casablanca c’est un fait que le Président Roosevelt ait promis l’indépendance au Sultan Mohamed V et que à la suite de cela les agents américains aient diffusé la bonne nouvelle sur la fin proche du colonialisme français chez les leaders indépendantistes maghrébins.

La protection conférée par Robert Murphy à Bourguiba contre les représailles françaises pour ses contacts avec les Italiens ne démentira certes pas cette réalité. 

Le rôle américain dans la décolonisation du Maghreb

Le statut de l’Algérie demeure particulier du fait de l’intégration du territoire algérien à la France. Et si Messali Hadj fut le véritable père de l’indépendance algérienne, il n’en a pas moins été renié et combattu par le Front de libération national (FLN) algérien. Il est vrai que ses tendances socialisantes ne l’auraient pas fait considérer d’un bon œil de la part des Américains.

Or au moment du débarquement américain en Afrique du Nord, le FLN n’existait pas encore. Ferhat Abbès, fondateur de l’Union démocratique du Manifeste algérien et futur président du Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA), lui, écrivait quelques années auparavant : «J’ai erré parmi les cimetières, la nation algérienne n’existe pas, notre avenir est avec la France».

Ainsi on ne peut pas prétendre que l’indépendance du Maghreb ait été l’œuvre de Roosevelt et je ne l’ai pas fait. Par contre sans les pressions américaines il est fort probable que la France n’eût pas quitté au moins l’Algérie, tout comme l’Allemagne n’eût pas évacué la France.

Naturellement l’historiographie indépendantiste algérienne prétend que ce départ des Français s’est opéré sous la pression militaire des fellagas. Rien ne le prouve. Outre que cela est nié par de nombreux Français, en particulier les militaires, ce qui est naturel, il n’y a pas eu de Dien Bien Phu algérien.

Ce qui est admis ailleurs que dans le discours officiel algérien, c’est que les combattants algériens de l’intérieur aient été écrasés dans des opérations d’encerclement, par exemple celle dite Courroie, après avoir été enfermés grâce à ligne Morrice qui a coupé leurs approvisionnements et les lignes de communication avec la Tunisie.

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a entraîné le putsch des généraux contre De Gaulle en avril 1961 qui ne comprenaient pas les raisons de quitter l’Algérie alors que les opérations militaires tournaient à leur avantage contre les résistants algériens. Ceux qui ont survécu ont été les combattants massés à la frontière et que les lignes de haute tension déployées depuis Tabarka jusqu’au Sahara ont empêchés de traverser. Cela a d’ailleurs provoqué des frictions entre les maquis de l’intérieur et l’armée des frontières commandée par le colonel Boumediene accusé d’être un planqué.

Donc sans prétendre que les Algériens n’aient pas lutté pour leur indépendance, il n’en demeure pas moins que l’élément décisif a été la volonté américaine de liquider les colonies anglaises et françaises, non dans un souci de liberté, mais pour ouvrir ces pays au commerce et à l’influence américains.

Le cas d’Israël prouve bien à l’inverse que le soulèvement populaire et la lutte pour l’indépendance nationale seuls aussi légitimes soient ils ne suffisent pas à abattre une puissance coloniale.

Pour en revenir à l’Etat algérien tel que nous le connaissons, qu’il ait été forgé par le fer et par le sang ainsi que je l’ai indiqué, ne signifie nullement que Bugeaud et le Duc d’Aumale eussent été de grands hommes. Evoquer cela ne laisse d’autre opportunité aux détracteurs de la fiction nationaliste algérienne que d’apparaître comme des colonialistes. Houcine Ait Ahmed, l’un des chefs historiques du FLN, tout comme Krim Belkacem, auraient-ils donc été des colonialistes pour s’être opposés au Clan de Oujda ?

Je me refuse à entrer dans ce sujet qui m’apparaît témoigner d’une volonté de détournement du cœur du débat, à savoir si l’Etat algérien actuel est bien le successeur de celui dont l’armée de Massu et de Salan a constitué un des piliers fondamentaux.

Afin de répondre à cette question, et indépendamment de celle des frontières issues de la colonisation française, que Bourguiba, conscient des réalités, a choisi de régler définitivement avec une grande sagesse, il m’apparaît nécessaire de rappeler qu’en 1991 alors que le Front islamique du salut (Fis) gagnait les élections, éventualité dont je reconnais volontiers le caractère funeste pour l’Algérie et le Maghreb dans son ensemble, c’est bien l’armée algérienne appelée à la rescousse par des intellectuels se qualifiant de démocrates qui a mis fin au processus électoral et engagé le pays dans la décennie noire. Aurait-elle été en droit de le faire sans l’emprise exercée sur le régime qui n’en était que l’émanation ?

Le déroulement de la lutte contre-insurrectionnelle, ou si vous voulez antiterroriste, a apporté la preuve que les méthodes utilisées ne différaient en rien de celles utilisées par l’armée coloniale pour écraser la résistance algérienne, depuis la guerre psychologique, la bleuite et les faux maquis, jusqu’à la torture et aux liquidations extrajudiciaires.

La guerre d’Algérie a été loin du stéréotype Maghrébin contre Français

Je vous invite à ce sujet à lire le livre de Habib Souaïdia un ex officier du DRS, ‘‘La sale guerre’’, ainsi que les comptes-rendus du procès en diffamation après une plainte déposée auprès du parquet de Paris par le Général Khaled Nezzar. Un autre livre, ‘‘Françalgérie, crimes et mensonges d’Etat’’ de Louis Aggoun et Jean Baptiste Rivoire, éclairera sur tous les liens occultes entretenus par les élites de la métropole et celles du nouvel Etat algérien indépendant, loin des mystifications et de la langue de bois, dans le cadre des accords d’Evian, cela va sans dire, qui n’étaient que les obligations contractées par le nouvel Etat vis-à-vis de l’ancienne puissance occupante.

Si d’aucuns s’estiment offensés par le rappel de ces réalités, c’est plutôt à leurs dirigeants qu’ils doivent en faire reproche, plutôt que les nier.

Il n’empêche ! En tant que Tunisien, j’ai beaucoup d’admiration pour Mustapha Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi, Abane Ramdane, Djamila Bouhired, ou Yassef Saadi. J’ai en ai aussi pour le Docteur Cholet et sa femme qui cachaient les deux résistants kabyles Krim Belkacem et le capitaine Ouamrane dans leur voiture et risquaient d’être arrêtés et exécutés par les Parachutistes. Tout comme j’ai de l’admiration pour l’aspirant Maillot ou bien l’instituteur Maurice Labbene, cet ancien internationaliste d’Espagne fondateur du maquis rouge dans l’Ouarsenis, et qui sont morts en patriotes algériens dans un accrochage avec les harkis du bachaga Boualem au service de l’armée coloniale française.

Cela démontre combien la guerre d’Algérie a été loin du stéréotype Maghrébin contre Français. L’Histoire de l’Algérie m’intéresse donc même si mon interprétation en est différente. Je n’ai à ce sujet pas de complexe. Les Hambli se trouvent de part et d’autre de la frontière algéro-tunisienne et Ali Hambli un résistant qui ne voulait pas tenir le rôle à lui assigné a été liquidé par le FLN avec la complicité des autorités tunisiennes qui le trouvaient trop proche de ses propres fellagas. Ma grand-mère paternelle était originaire d’au-delà la frontière, tout comme mon aïeule maternelle. Mon grand-père maternel a exercé la médecine pendant de nombreuses années en Algérie, à Souk Ahras, et après la guerre sa maison a été confisquée par le FLN qui en a fait une bibliothèque. Il n’a jamais pu se faire dédommager. Mais cela ne pèse d’aucun poids dans ma réflexion. Je n’en demeure pas moins convaincu que tout comme les peuples sont les seuls à même de choisir les dirigeants qui les gouvernent sans aucune interférence extérieure,  la Tunisie et l’Algérie, tout comme le Maroc, sont appelés à plus de coopération pour faire face à un environnement international de plus en plus hostile.

* Médecin de libre pratique. 

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La Tunisie, plateforme pour accéder aux marchés européen et africain

La position stratégique en Méditerranée ainsi que les investissements en cours dans les infrastructures et la transition énergétique renforcent davantage le rôle de la Tunisie en tant que plateforme privilégiée pour accéder aux marchés européen et africain.

C’est ce qu’a déclaré à l’agence Nova Jelel Tebib, directeur général de l’Agence de promotion de l’investissement extérieur (Fipa) et président par intérim de la Tunisia Investment Authority (Tia).

Selon le responsable, «les investissements internationaux en Tunisie ont atteint 1,929 milliard de dinars (environ 580 millions d’euros) à la fin du premier semestre 2026, enregistrant une croissance de 11,5 % par rapport à la même période en 2025, de 41,7 % par rapport à 2024 et de 58,8 % par rapport à 2023». La Tunisie se confirme ainsi comme un marché aux perspectives particulièrement intéressantes pour les investisseurs étrangers, et notamment italiens, grâce à un ensemble de facteurs qui renforcent progressivement son attractivité.

La proximité géographique et culturelle avec l’Italie, alliée à une main-d’œuvre jeune, qualifiée et compétitive, permet aux entreprises de développer une présence industrielle étroitement intégrée à leurs activités en Europe.

Le pays dispose en outre de filières industrielles solides et d’un potentiel croissant dans les secteurs à plus forte valeur ajoutée, allant des composants automobiles aux équipements électriques et électroniques, en passant par l’aéronautique et les énergies renouvelables. Sa position stratégique en Méditerranée ainsi que les investissements en cours dans les infrastructures et la transition énergétique renforcent encore le rôle de la Tunisie en tant que plateforme privilégiée pour accéder aux marchés européen et africain. Dans ce contexte, la présence déjà bien ancrée des entreprises italiennes constitue un atout supplémentaire ; elle crée un écosystème de compétences, de fournisseurs et de relations industrielles qui facilite les nouvelles implantations et favorise, selon les experts, la consolidation d’un partenariat économique appelé à se développer davantage, souligne M. Tebib.

I. B.

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‘‘Al-Harraz’’ ou le malhoun entre ruse, théâtre et mémoire

Avec ‘‘Al-Harraz ou Être le diable et jouer fleur’’ (الحراز أو في ثيابه مسلم وفعايله رومية)* , Abdelfattah Nissabouri remet sur le devant de la scène une œuvre où la poésie, le théâtre et la tradition orale marocaine se répondent. Publié le 13 novembre 2025 aux Éditions L’Harmattan, dans la collection ‘Théâtre des cinq continents’, ce volume bilingue français-arabe propose une traduction fidèle d’un célèbre poème narratif du malhoun.

Djamal Guettala

Maître de conférences en langue arabe à l’Université Rennes 2, Nissabouri entreprend ici un travail qui dépasse la simple transposition linguistique. Traduire le malhoun suppose de préserver une histoire, certes, mais aussi une cadence, des images, des sonorités et une manière particulière de faire vivre le récit. Le français accompagne donc l’arabe sans chercher à l’effacer. L’intrigue possède la simplicité efficace des récits populaires. Un mari jaloux, le ‘‘Harraz’’, surveille étroitement sa jeune et belle épouse. 

Gardien inflexible, véritable cerbère domestique, il interdit à quiconque de s’approcher de celle qu’il entend garder pour lui seul. La maison devient forteresse, la jalousie devient loi. Face à cette surveillance, l’amoureux n’a qu’une arme : l’intelligence du détour. Déguisement après déguisement, stratagème après stratagème, l’homme cherche à tromper la vigilance du gardien et à pénétrer dans la maison. Chaque transformation apporte son lot de situations comiques et de retournements. Le rire s’installe là où l’autorité pensait avoir tout verrouillé. Sous la farce, pourtant, affleurent des questions moins légères : le désir, la possession, la jalousie, la surveillance et la liberté. La force du récit tient précisément à cette capacité à faire passer une observation sociale par le plaisir du conte.

Quand Tayeb Saddiki fait du malhoun une affaire de théâtre

L’histoire d’‘‘Al-Harraz’’ reste inséparable de Tayeb Saddiki. En 1970, le dramaturge marocain porte ‘‘Al-Harraz Aouicha’’, célèbre qasida attribuée au poète El Mekki Ben El Korchi, sur la scène du Théâtre municipal de Casablanca. La rencontre entre Saddiki et le malhoun produit alors une forme théâtrale singulière. Le poème ne sert pas d’habillage à l’action : il en devient la structure. Les chants accompagnent les personnages, rythment les échanges, relancent l’intrigue et donnent à la représentation sa couleur populaire. La télévision contribuera ensuite à faire connaître le spectacle à un public plus vaste.

Plusieurs artistes associés à cette génération deviendront des figures majeures de la musique marocaine, notamment dans l’univers de Nass El Ghiwane et de Jil Jilala. ‘‘Al-Harraz’’ s’inscrit ainsi dans cette période où théâtre, poésie et musique participent ensemble à une profonde effervescence culturelle au Maroc. La scène de Casablanca appartient désormais à l’histoire. Mais l’œuvre n’a pas disparu.

Une traduction fidèle au cœur de l’oralité

Des décennies après la création théâtrale, Abdelfattah Nissabouri retrouve l’enregistrement vidéo intégral du spectacle. Les images portent les marques du temps ; les voix, elles, conservent leur présence. Cette redécouverte donne naissance à un travail patient de transcription, de traduction et de commentaire. La difficulté est considérable. Comment faire passer en français une poésie née pour être déclamée et chantée ? Comment restituer une darija dont le rythme et les sonorités participent pleinement au sens ? Nissabouri choisit la fidélité plutôt que la réécriture. Le texte arabe conserve toute sa place dans l’ouvrage, accompagné de sa traduction française. Les dialogues sont présentés en graphie arabe et organisés pour faciliter le repérage. La qasida originale est reproduite et commentée, tandis que les conventions de transcription explicitent les choix linguistiques. Cette présentation bilingue permet de lire autrement le malhoun. Le français donne accès au récit et à ses nuances ; l’arabe conserve la musique originelle des mots. Entre les deux, aucune langue n’est sacrifiée. Cette fidélité prend une importance particulière lorsqu’on mesure ce que représente le malhoun dans l’histoire culturelle marocaine.

Poésie dialectale chantée, populaire sans être dépourvue de raffinement, cette tradition a longtemps accompagné les fêtes, les veillées et les grands moments de la vie sociale. Amour, spiritualité, satire, quotidien, sagesse et observation des comportements humains s’y mêlent dans une langue capable de passer du rire à la gravité. ‘‘Al-Harraz’’ porte cette richesse. Derrière l’amoureux rusé et le mari jaloux apparaissent les codes d’une société, ses interdits, ses rapports de pouvoir et ses contradictions. La comédie permet de les regarder sans les alourdir.

La reconnaissance du malhoun comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, en 2023, est venue consacrer l’importance de cette tradition. Le livre de Nissabouri apporte une nouvelle pièce à cette entreprise de connaissance et de sauvegarde, en ouvrant le texte à un lectorat francophone. L’intérêt de l’ouvrage réside précisément dans cette circulation. Une qasida passe par la scène, la scène est conservée par l’image, l’image devient matériau de recherche, puis le tout revient au lecteur sous forme de livre.

‘‘Al-Harraz ou Être le diable et jouer fleur’’ n’est donc pas seulement une traduction théâtrale. L’ouvrage restitue une œuvre, documente une aventure scénique et fait dialoguer deux langues autour d’un même patrimoine.

Plus d’un demi-siècle après Tayeb Saddiki, ‘‘Al-Harraz’’ continue de garder sa porte. Mais le temps a changé les règles du jeu. Cette fois, l’amoureux n’a pas besoin de déguisement. Une traduction fidèle suffit à faire passer le malhoun de l’autre côté.

* La harraz, ou mari jaloux en Marocain, est appelé hazzar en Tunisien.

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Tunisie | Une mise sous tutelle onusienne temporaire ?

La Tunisie étant incapable de s’administrer correctement, faudrait-il un mandat du type SDN ou de tutelle, type Onu, en assurant temporairement la gestion ?

Faïk Henablia *

Le plus grave et le plus inquiétant dans cet état de délabrement atteint par le pays est l’absence totale de perspective d’amélioration en raison du déni dont font preuve les autorités, préférant incriminer, encore et toujours on ne sait quel complot.

Un pays non géré 

Faut-il être atteint de cécité pour ne pas se rendre compte de l’incompétence au sommet de l’État ? 

Rares sont les domaines dans lesquels celle-ci ne se manifeste pas, que ce soit dans l’impuissance à protéger les frontières et à contenir l’invasion des immigrés illégaux Sub-sahariens, dans l’incapacité de fournir un système correct d’éducation et de santé publiques, dans celle de contenir une inflation galopante, dans celle de maintenir un minimum de propreté environnementale ou sur la voie publique et, maintenant, dans celle de tout simplement fournir un débit correct d’eau et d’électricité au pays.

Un déni officiel de la réalité

Face à cette situation peu reluisante, et plutôt que de prendre le problème à bras le corps, en présentant au pays un plan d’action convaincant en vue de le traiter, apparitions présidentielles nocturnes et quasi spectrales, çà et là, mises à part, le pouvoir oppose le déni de la réalité, fustigeant, encore et toujours, on ne sait quel complot, naturellement ourdi par «ceux que vous savez» en vue de déstabiliser le pays. Pour lui il n’y aurait pas pénurie d’eau minérale et les coupures d’eau et de courant seraient préméditées, (encore heureux qu’elles le soient, cela s’appelle des délestages et vise à prévenir une panne généralisée). 

Quelque regrettable que soit l’attitude de certaines élites, pas loin de partager ce point de vue, le pire n’est pas là ; il est dans l’absence totale de perspective d’amélioration que cette attitude de déni laisse entrevoir car pourquoi résoudre un problème s’il n’existe pas ?

Autrement dit, circulez, il n’y a rien à voir.

Comment sortir du blocage ? 

A l’issue de la première guerre mondiale, la SDN avait confié à des puissances coloniales des mandats d’administration sur des territoires «non encore capables de se diriger eux-mêmes»

Cette disposition a été reprise par les chapitres XII et XIII de la charte de l’Onu, relatifs au régime international de tutelle. Si ce type de tutelle a été suspendu, sa mission historique dans certains territoires africains et du pacifique, achevée, l’Onu n’en a pas moins, parfois, administré des territoires de façon temporaire, l’exemple le plus récent étant celui du Kosovo.

Si la Tunisie a été, jusqu’à un passé récent, fort capable de s’administrer, et parfois avec brio, force est de constater, non seulement qu’elle ne l’est plus, mais, plus grave, qu’elle n’entend pas l’être, car comment, alors, interpréter autrement cette attitude de déni systématique, ce refus de reconnaître la plongée sans fin vers les abîmes ?

Que les détenteurs du pouvoir se rassurent, une tutelle temporaire ne vaudrait que pour la gestion économique et n’affecterait nullement leur repos bien mérité au sommet de l’État, à moins que cette suggestion, bien entendu, en forme de boutade, ne serve à les réveiller afin de s’atteler sérieusement au redressement du pays. 

* Ex-gérant de portefeuille. 

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Changer les hommes sans changer de cap n’est qu’une illusion d’optique

Dans le tumulte des crises qui s’entrecroisent, comme c’est le cas aujourd’hui en Tunisie, l’opinion publique s’épuise souvent à guetter le bal des visages. On espère le sauveur, on scrute le prochain remaniement, on parie sur les noms. Pourtant, la science de l’État nous enseigne une vérité plus austère : changer les hommes sans changer de cap n’est qu’une illusion d’optique, un sursis que l’on s’achète à l’aube du naufrage.

Elyes Kasri *

Face à une crise polymorphe, là où tout s’effondre en cascade, la véritable urgence n’est pas de redistribuer les portefeuilles, mais de rebâtir la doctrine.

1- Le courage de la clarté et du mandat populaire : une feuille de route ne peut plus se réduire à une gestion comptable des urgences de la veille. Sortir de la tempête exige un programme lisible, mais surtout porté par un mandat populaire indiscutable. Aucune réforme d’envergure ne peut être imposée par la seule force des décrets, surtout lorsqu’elle porte en elle sa part d’amertume et de pénibilité.

C’est cette adhésion démocratique initiale qui transforme la contrainte en un effort collectif consenti. Sans cette racine, toute mesure est perçue comme une violence institutionnelle et se heurte, tôt ou tard, au mur du rejet.

2- Une vision d’avenir partagée et une exécution équitable, les deux chevaux d’un même attelage : on ne demande pas à une nation de traverser un désert sans lui montrer la terre promise, pas plus qu’on ne peut lui imposer des sacrifices s’ils ne sont pas partagés. La vision d’avenir et l’équité de l’exécution sont les deux chevaux d’un même chariot : ils doivent avancer dans la même direction et à la même cadence. Si l’un flanche ou s’égare, c’est tout l’attelage qui se renverse. La rigueur des réformes ne devient tolérable que si elle sert une ambition commune.

Mais ici, le premier réflexe sera inévitablement l’appréhension. La mémoire collective reste marquée par les mauvais souvenirs des libéralisations passées, ces époques où l’effort demandé s’est dissous dans les dérapages du népotisme, du régionalisme et du clientélisme.

Pour que le fardeau soit accepté aujourd’hui, il faut rompre avec ces spectres. Chaque citoyen doit avoir la certitude absolue que les privilèges sont abolis, les passe-droits bannis, et l’action publique est menée avec une probité obsessionnelle. L’équité n’est pas seulement une valeur morale, c’est le seul remède au poison du soupçon.

3- Une diplomatie tous azimuts face au fracas du monde : cette exigence de justice interne ne peut se concevoir en vase clos. Elle se déploie au cœur d’un voisinage immédiat fébrile et d’une scène internationale d’une extrême volatilité. Face aux secousses géopolitiques, le salut ne réside plus dans les alignements passifs, mais dans une diplomatie tous azimuts, résolument tournée vers le développement et le partenariat international.

C’est en affirmant cette souveraineté pragmatique que la Tunisie pourra enfin réaliser son potentiel historique : s’ériger en véritable hub régional de services et en pôle d’excellence pour ses compétences à haute valeur ajoutée.

4- Des compétences requises et octroyées : diriger par temps calme réclame des gestionnaires ; gouverner le chaos exige des architectes du risque. Les profils requis aujourd’hui doivent posséder une ingénierie systémique, capable d’articuler cette vision internationale avec les réalités nationales, et de comprendre comment un arbitrage budgétaire résonne dans le tissu social, aujourd’hui et demain.

Mais le talent n’est rien sans le pouvoir d’agir. Exiger des résultats d’une équipe sans lui octroyer les leviers institutionnels réels et l’autonomie d’exécution face aux lourdeurs bureaucratiques est un contresens tragique. Sans ces compétences octroyées, le meilleur des programmes reste une lettre morte.

Le débat ne doit donc plus porter sur qui occupera le siège, mais sur la force de la méthode, l’honnêteté de l’exécution et la clarté du dessein démocratique. Ce ne sont pas les chiffres seuls qui redressent un pays, c’est la confiance retrouvée d’un peuple qui se sait enfin respecté, écouté et guidé de manière équitable. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que la Tunisie retrouvera la stature historique qui lui revient et regagnera son rayonnement international.

Notre crédibilité dans le monde se mesurera à la solidité de notre cohésion et à la clarté de notre cap.

* Ancien ambassadeur.

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