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Etude sur l’échec de la réforme économique en Tunisie

Sabina Henneberg, chercheuse au Washington Institute, spécialiste de la Tunisie, vient de publier un ouvrage intitulé ‘‘Why Economic Reform Failed in Tunisia’’ (Pourquoi la réforme économique a échoué en Tunisie), une sorte de bilan de l’action des quatre principaux bailleurs de fonds dans un pays en transition depuis la «révolution» du 14 janvier 2026.

Dans cette étude approfondie, Sabina Henneberg retrace les efforts déployés par la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, les États-Unis et l’Union européenne pour soutenir les réformes économiques en Tunisie au cours de la décennie ayant suivi la révolution.

Au cours de la décennie ayant suivi les soulèvements du Printemps arabe de 2011, la Tunisie s’est imposée comme le pays de la région offrant les meilleures perspectives de transition démocratique, fort de réalisations telles qu’une nouvelle Constitution, des élections libres et équitables, ainsi que la mise en place de commissions traitant de la corruption, de la liberté des médias et des droits des femmes. En réponse, les acteurs internationaux ont apporté un soutien politique marqué à ce pays d’Afrique du Nord, assorti d’importantes promesses d’aide financière.

Toutefois, tout en reconnaissant que la réussite politique de la Tunisie devait s’appuyer sur des réformes économiques, ces acteurs ne sont pas parvenus à s’adapter à des évolutions préoccupantes, notamment la résistance au changement du syndicat national, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), aux effets déstabilisateurs du terrorisme et aux ingérences d’acteurs extérieurs, analyse la chercheuse.

Si la porte peut sembler fermée aujourd’hui, alors que le président Kaïs Saïed consolide son pouvoir depuis la proclamation de l’état d’exception, le 25 juillet 2021, l’étude explique comment de futures initiatives pourraient rencontrer un succès accru en s’inscrivant dans une perspective à plus long terme, en conditionnant l’aide à la mise en œuvre de réformes et en privilégiant un dialogue soutenu avec le public tunisien.

I. B.

Lire l’étude en anglais.

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Flotille Sumud | Wael Nawar poursuit sa grève de la faim en prison

La «Global Sumud Flotilla» (GSF) a exprimé «sa profonde indignation et sa vive inquiétude» après que le Tunisien Wael Nawar, membre de son comité de pilotage, a entamé une grève de la faim pour dénoncer sa détention préventive en Tunisie, ainsi que celle de trois autres membres de l’organisation.

«La Global Sumud Flotilla exprime sa profonde indignation et sa vive inquiétude suite à l’annonce que Wael Nawar, membre du comité de pilotage, a officiellement entamé la ‘‘grève de la faim Sumud’’ le dimanche 16 août», a déclaré la plateforme dans un communiqué publié jeudi 20 août 2026. Elle a lié cette initiative aux protestations du militant contre son arrestation sur le territoire tunisien, ainsi que contre celles de ses collègues organisateurs Ghassen Henchiri, Ghassen Bougdiri et Nabil Channoufi.

La GSF a rappelé que les quatre hommes «ont été arrêtés en mars 2026, peu après que les autorités tunisiennes ont bloqué le départ prévu de la Global Sumud Flotilla depuis le port de Sidi Bou Saïd». Elle a souligné qu’ils demeurent emprisonnés pour des infractions financières présumées que l’organisation qualifie de «fabriquées de toutes pièces et à motivation politique, constituant une tentative de criminaliser l’action humanitaire et la solidarité organisée avec la Palestine en Tunisie».

Selon la Flottille, «alors que trois co-organisateurs ont été libérés sous des conditions restrictives entravant leur liberté de mouvement, les ‘‘Quatre de Sumud’’ demeurent derrière les barreaux dans des conditions de surpeuplement et de dégradation, avec un accès limité à des soins médicaux vitaux», une situation qui suscite une inquiétude croissante quant à leur état.

Face à cette situation, l’organisation a souligné qu’elle «tient les autorités tunisiennes pour pleinement responsables de l’intégrité physique et de la vie de Wael Nawar et de ses compagnons détenus» et a exigé leur «libération immédiate et inconditionnelle (…), l’abandon de toutes les charges pesant sur eux ainsi que la levée de toutes les restrictions imposées aux organisateurs libérés».

Parallèlement, elle a demandé que, tant qu’ils restent privés de liberté, «les autorités garantissent immédiatement une prise en charge médicale complète et des conditions de détention respectueuses de leurs droits fondamentaux».

Dans son message, la GSF insiste sur le fait que «le harcèlement étatique n’effacera jamais l’impératif moral de mettre fin au génocide à Gaza ni ne dissuadera ceux qui sont solidaires du peuple palestinien», et conclut en réaffirmant qu’elle «soutient fermement Wael Nawar, sa famille et nos camarades emprisonnés, et exhorte la société civile mondiale à exiger leur libération immédiate».

I. B.

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La crise de l’eau minérale en bouteille perdure en Tunisie

La pénurie d’eau minérale en bouteille, apparue dans la seconde moitié du mois de juillet, se prolonge en Tunisie où elle reste visible dans de nombreux supermarchés et points de vente, malgré les annonces répétées d’un retour à la normale qui tarde à se concrétiser. Les assurances données ces dernières semaines par ls responsables du secteur ont été à maintes reprises démenties par la réalité du terrain.

Selon la Chambre syndicale nationale des producteurs de boissons non alcoolisées relevant de l’Utica, la centrale patronale, les difficultés sont principalement liées à la forte hausse de la demande provoquée par les températures élevées, qui a épuisé une grande partie des stocks de réserve. À cela se sont ajoutées des coupures d’électricité à répétition, entraînant des ralentissements et des arrêts sur certaines lignes d’embouteillage. Les 31 unités présentes dans le pays fonctionnent actuellement à pleine capacité, rapporte-t-on.

Les producteurs rejettent l’hypothèse d’une pénurie orchestrée par l’industrie, tandis que les autorités ont intensifié les contrôles visant le stockage anormal et les hausses de prix irrégulières.

La situation demeure particulièrement délicate dans les zones connaissant une forte affluence estivale. Dans le gouvernorat de Nabeul, les autorités ont ordonné mercredi 19 août 2026 la mise sur le marché d’un supplément d’environ 36 000 bouteilles pour pallier les difficultés d’approvisionnement.

Le retour à la normale, initialement prévu sous quelques jours, continue donc de se faire attendre, alors que les producteurs et le ministère du Commerce tentent de rééquilibrer la distribution entre les différents gouvernorats.

La spéculation, si elle existe, elle est à chercher du côté de certains détaillants de quartiers qui échappent à la vigilance – si vigilance il y a – des contrôleurs économiques. Peu nombreux et, surtout, peu efficaces.

I. B.  

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Hausse des prix | Jeu de dupes entre l’Etat et les commerçants

L’Etat tunisien croit pouvoir encore administrer l’économie nationale et faire pression sur les prix, lesquels continuent pourtant de flamber. Dans ce jeu de dupes, les pouvoirs publics peuvent continuer à «imposer» par décrets et arrêtés interposés, c’est le marché, in fine, qui dispose… à sa guise et selon ses propres intérêts.

Dans ce contexte, le ministère du Commerce et du Développement des exportations vient d’annoncer la fixation des marges bénéficiaires brutes maximales pour la vente d’eau minérale conditionnée à 15 % au stade de la distribution en gros et à 15 % au stade de la distribution au détail, et ce, à compter de ce mercredi 19 août 2026.

Selon le communiqué du ministère, ces marges bénéficiaires s’appliquent aux prix d’achat nets figurant sur les factures, sous réserve que les prix de vente au public n’excèdent en aucun cas les niveaux suivants : 600 millimes pour la bouteille de 0,5 litre, 800 millimes pour celle de 1 litre, 850 millimes pour celle de 1,5 litre et 950 millimes pour celle de 2 litres.

Le ministère a souligné que tous les intervenants du secteur de la distribution d’eau minérale sont tenus de recourir aux circuits de distribution réglementés, de régulariser leur situation fiscale, de respecter l’obligation de facturation (ainsi que ses conditions légales et mentions obligatoires) et de présenter les factures à la première demande lors de toute opération de contrôle dans les points de vente, les entrepôts et les moyens de transport.

Il a également insisté sur le fait que toute infraction à cette décision sera constatée, poursuivie et sanctionnée conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur.

Voilà pour la langue de bois officielle servie aux consommateurs via les médias officiels et officieux, sauf que tout le monde sait que l’eau minérale en bouteille est vendue aujourd’hui beaucoup plus cher par les détaillants. Ces derniers profitent de la pénurie actuelle pour marger comme ils l’entendent et imposer leurs prix à eux. Et les consommateurs, contents d’en trouver encore sur le marché, payent sans rechigner. Quant à ces chers contrôleurs du ministère du Commerce, quelqu’un les a-t-il vus passer dans son quartier et sanctionner les contrevenants ? Un jeu de dupes où tout le monde fait semblant mais qui semble convenir à toutes les parties…

I. B.     

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L’eau potable dessalée peut nuire à la santé

Hamza El-Fil, professeur et chercheur au Centre de recherches et des technologies des eaux (Certe), a mis en garde contre la consommation excessive d’eau de robinet filtrée et dessalée à domicile par des osmoseurs domestiques auxquels recourent certaines familles.  

M. El-Fil, dont les propos ont été rapporté par Diwan FM, a expliqué que ce processus de dessalement peut produire une eau dépourvue de sels minéraux ou n’en contenant qu’une très faible quantité, soulignant qu’une consommation prolongée de ce type d’eau pourrait nuire à la santé des citoyens à moyen ou à long terme.

L’eau potable doit contenir une teneur en sels minéraux d’au moins 0,2 gramme par litre, a-t-il expliqué, exhortant les citoyens à éviter de consommer de l’eau dessalée.

Les sels minéraux sont essentiels à la vie car ils assurent la structure des os, régulent l’hydratation, transmettent les influx nerveux et permettent la contraction musculaire.

Le chercheur a suggéré de mélanger trois quarts d’eau dessalée avec un quart d’eau du robinet filtrée afin d’obtenir une eau contenant des sels, tout en soulignant la nécessité de s’assurer de la salubrité de l’eau du robinet et de la qualité des filtres utilisés.

Cet appel intervient dans un contexte de recours croissant aux appareils de dessalement domestiques, en particulier chez les familles cherchant des solutions pour améliorer la qualité de l’eau de robinet en en réduisant les impuretés et la salinité. Et pour ne pas devoir recourir à l’eau en bouteille dont la consommation alourdit les dépenses du foyer.  

L’osmoseur domestique est un appareil pour traiter l’eau du robinet lorsqu’elle est trop chargée en sels minéraux ou saumâtre. Il utilise la technique de l’osmose inverse pour filtrer très finement les minéraux, le calcaire et les impuretés afin de rendre l’eau agréable à boire.

I. B.

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René De Maximy | Rencontre autour d’une mémoire partagée

Je n’avais pas prévu de rencontrer René De Maximy. Mais le hasard, parfois, emprunte les chemins du destin. Ce jour-là, à la librairie Île aux Mots, je pensais simplement découvrir un livre consacré à l’Algérie. Je ne savais pas encore que cette rencontre me conduirait jusqu’à l’Ehpad Résidence Rivoli, à Marseille, auprès d’un homme dont la mémoire, malgré les années et la maladie, porte encore les traces d’une histoire commune entre la France et l’Algérie.

Djamal Guettala, à Marseille.

Tout commence par un détail. Une femme tient un livre entre ses mains. Mon regard s’arrête sur la couverture : ‘‘Le cœur à contre-guerre. Grande Kabylie, mars 1960-mars 1962’’ (Éditions La Fontaine de Siloé, 1er décembre 2011). Un livre sur l’Algérie. Un livre consacré à une période dont les blessures et les interrogations demeurent, plus de soixante ans après. Je lui demande : «Qui a écrit ce livre ?» Sa réponse me surprend : «C’est mon mari.»

Cette femme s’appelle Marie-Christine de Maximy. À cet instant, l’ouvrage change de dimension. Il n’est plus seulement un témoignage sur une période de l’histoire. Il devient le lien vers un homme, un parcours et une mémoire.

Je veux en savoir davantage. Est-il encore vivant ? Est-il possible de le rencontrer ?

— Oui, il est vivant… mais il est à l’Ehpad Résidence Rivoli, à Marseille. Il a Alzheimer. Cette phrase aurait pu mettre fin à ma démarche. Elle produit l’effet inverse.

Derrière chaque livre, il y a une voix. Lorsque le temps commence à effacer les souvenirs, il devient peut-être encore plus urgent d’aller à la rencontre de celui qui les a confiés à l’écriture.

Je lui demande : «Le jour où vous irez le voir, puis-je vous accompagner ?» Elle accepte, en ajoutant avec prudence : «Je ne sais pas s’il pourra parler avec vous.»

Je décide pourtant d’y aller. Avec son livre entre les mains.

Un livre, une mémoire, une histoire

Publié en 2011 aux éditions La Fontaine de Siloé, ‘‘Le cœur à contre-guerre’’ est un témoignage singulier sur les dernières années de la guerre d’Algérie.

Dès les premières lignes, René De Maximy donne le ton : «J’ai 25 ans, en 1960, lorsque j’aborde en terre algérienne.»

Son récit n’est ni celui d’un militaire racontant une campagne, ni celui d’un acteur politique défendant une position. Il témoigne comme un jeune citoyen français appelé sous les drapeaux et envoyé en Algérie au moment où le conflit entre la France et le FLN entre dans une phase décisive.

Son regard est celui d’un homme qui découvre une réalité plus complexe que les discours officiels. Derrière les mots de «maintien de l’ordre», il perçoit une véritable guerre, avec ses violences, ses blessures et ses contradictions.

À son arrivée en 1960, le jeune appelé connaît déjà, par les journaux et les récits, la violence des années précédentes. Il sait également que le plan Challe et l’opération Jumelles, menée en Grande Kabylie, ont profondément affaibli les maquis du FLN.

L’Algérie semble alors, en apparence, sous le contrôle de l’armée française. Les combattants indépendantistes sont repoussés vers les frontières tunisienne et marocaine. Mais cette impression de pacification reste fragile. Dans les montagnes, les tensions demeurent.

C’est cette réalité que René De Maximy raconte avec sobriété. Son témoignage n’est pas une simple chronique militaire. Il constitue avant tout une réflexion sur la conscience individuelle face à la guerre. L’auteur évoque les violences commises de part et d’autre et affirme une exigence essentielle : le respect de la dignité humaine.

Le titre résume cette position intérieure : ‘‘Le cœur à contre-guerre’’. Comme si l’homme en lui résistait à la mécanique de la violence.

Djamal Guettala en visite à René De Maximy.

Quand le livre réveille la mémoire

Le jour de la rencontre, Marie-Christine de Maximy m’accompagne jusqu’à la chambre de son mari, à la Résidence Rivoli.

Je ne sais pas comment René De Maximy va réagir. Alzheimer est là, avec ses silences et ses absences. Mais certains objets ont parfois le pouvoir de faire ressurgir une part de soi que l’on croyait perdue.

Je me présente. Puis je lui montre son livre. Son regard change. Il reconnaît l’ouvrage. Et soudain, la parole revient. Il évoque la Kabylie, ses paysages, ses villages, les femmes kabyles, les embuscades, mais aussi les scènes de la vie quotidienne. La guerre n’est pas le seul sujet. Il parle également d’une terre et de rencontres.

La conversation avance naturellement, d’un souvenir précis à une anecdote plus légère. Derrière chaque phrase, une mémoire cherche à rester vivante.

Marie-Christine est étonnée. Elle qui craignait qu’il ne puisse plus échanger découvre un homme encore capable de raconter et de transmettre.

Ce jour-là, le livre devient un déclencheur. Un lien entre le passé et le présent.

L’homme derrière l’auteur

René De Maximy est né en 1935 à Craponne-sur-Arzon, en Haute-Loire. Géographe, il a été directeur de recherches émérite à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Son parcours scientifique, consacré aux territoires et aux sociétés humaines, éclaire aussi son regard sur l’Algérie : une attention portée aux réalités humaines derrière les événements historiques.

René De Maximy est également écrivain. Son premier roman, ‘‘La Ferme des Neuf Chemins’’, révèle déjà un homme attentif au monde qui l’entoure, désireux d’observer et de comprendre.

Sa famille appartient elle aussi à plusieurs univers. Il est le frère de Jean De Maximy, artiste-peintre, et l’oncle d’Antoine de Maximy, connu notamment pour l’émission ‘‘J’irai dormir chez vous’’.

Recherche, art, écriture et voyage semblent ainsi se rejoindre autour d’une même volonté : aller vers l’autre.

Une rencontre qui dépasse le livre

Depuis cette première visite, je suis retourné plusieurs fois à la Résidence Rivoli. Ce qui devait être une rencontre autour d’un ouvrage est devenu un rendez-vous humain. Lors de ma deuxième visite, c’est lui qui m’interroge : «Comment va l’Algérie ?» Puis : «Comment êtes-vous venu ici ?» «Pourquoi habitez-vous Marseille ?»

Ses questions montrent que, malgré la maladie, sa curiosité pour l’autre demeure intacte.

Lors d’une visite plus récente, je le trouve plus triste. Son visage porte la fatigue. Mais dès que nous commençons à parler, quelque chose change. La conversation semble l’apaiser. Puis il me confie cette phrase : «Au moins, il y a quelqu’un qui sait que j’existe encore.»

Quelques mots qui disent beaucoup de la solitude et de ce besoin universel d’être reconnu.

À chaque fin de visite, il répète : «Merci, merci, merci d’être passé me voir.»

Alors je continuerai à venir aussi longtemps que cela sera possible. Avec du temps, des conversations, des souvenirs partagés. Et parfois quelques madeleines ou des gâteaux au chocolat.

Une mémoire qui défie l’oubli

À travers le parcours de René De Maximy, une autre manière de regarder une période majeure de notre histoire commune apparaît. Plus de soixante ans après, la guerre d’Algérie demeure une mémoire sensible, traversée de blessures et d’interrogations qui continuent d’habiter les deux rives de la Méditerranée.

L’intérêt de son témoignage tient aussi à cette volonté de replacer l’humain au centre. Derrière les grandes dates, les opérations militaires et les affrontements politiques, il y a toujours des destins individuels : des jeunes hommes appelés sous les drapeaux, des populations confrontées à la violence, des femmes et des hommes pris dans une période qui les dépasse.

Son livre ne simplifie rien. Il propose le regard d’un témoin qui a choisi de raconter son expérience avec lucidité et exigence morale.

René De Maximy ne se présente pas en héros. Il est simplement un homme qui a vécu un moment particulier de l’Histoire et qui a voulu transmettre ce qu’il avait vu et ressenti.

La mémoire ne prend véritablement sens que lorsqu’elle est transmise, lorsqu’elle circule entre les générations et permet de regarder le passé sans enfermer les peuples dans ses blessures.

Cette rencontre m’amène aujourd’hui à lancer un appel aux autorités culturelles de Marseille ainsi qu’à M. le maire. René De Maximy mérite un geste de reconnaissance. Pas nécessairement une grande cérémonie. Une simple visite suffirait. Quelques instants d’échange avec un homme qui a consacré sa vie à la recherche, à l’écriture et à la compréhension des sociétés humaines.

Marseille est une ville de mémoire et de culture, ouverte sur la Méditerranée, un lieu où les histoires de France et d’Algérie se rencontrent quotidiennement. Venir saluer René De Maximy à la Résidence Rivoli, c’est reconnaître le parcours d’un géographe, d’un chercheur, d’un écrivain et d’un témoin. C’est aussi rappeler que les hommages les plus précieux sont souvent ceux que l’on rend aux personnes de leur vivant. Parce qu’une reconnaissance tardive ne remplace jamais une présence. Parce qu’un simple échange peut parfois avoir une valeur immense.

René De Maximy a écrit ‘‘Le cœur à contre-guerre’’ pour que ses souvenirs ne disparaissent pas. Aujourd’hui, cette mémoire continue de vivre. Dans un livre. Dans une voix. Dans une rencontre. Et parfois, il suffit de pousser une porte, de s’asseoir quelques minutes et d’écouter.

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Conseil supérieur de l’éducation | Entre expertise pédagogique et efficience macroéconomique

Le débat relancé ces derniers jours sur la gouvernance de l’école — opposant la légitimité des choix populaires à l’exigence d’une expertise à long terme — pose la bonne question, mais s’arrête au milieu du gué. Oui, les grandes nations éducatives ont sanctuarisé leur école contre les fluctuations politiques au profit des experts. Mais en Tunisie, le Conseil supérieur de l’éducation ne doit pas être une simple académie de réflexion pédagogique : il doit s’imposer comme une instance d’ingénierie macroéconomique et de souveraineté nationale.

Abdelwaheb Ben Moussa *

Face à l’érosion continue du modèle éducatif public, la réponse ne peut plus être purement administrative ou incantatoire. Pour restaurer la confiance et stopper la fuite des cerveaux, le Conseil supérieur de l’éducation doit articuler son action autour de trois ruptures stratégiques majeures.

Le premier rôle macroéconomique de cette instance est de traiter l’impact direct du déclin de l’école publique sur le budget des ménages. L’explosion du recours aux cours particuliers et au secteur privé constitue une véritable taxe de défaillance qui asphyxie la classe moyenne tunisienne.

Mobiliser l’ingénierie financière pour la modernisation des infrastructures

En sanctuarisant la qualité des enseignements au sein même de l’école publique, l’institution agit directement comme un bouclier de pouvoir d’achat. Chaque dinar économisé par les familles sur le soutien scolaire informel est un dinar restitué à la consommation et à l’épargne nationale.

On ne peut exiger des performances de premier plan mondial avec des infrastructures obsolètes. Attendre les seuls arbitrages du budget de l’État pour rénover l’école est une impasse financière.

Le Conseil supérieur de l’éducation doit devenir le catalyseur de nouveaux modèles de financement public-privé. En s’appuyant sur des mécanismes d’obligations à impact social, l’écosystème financier national peut être associé au financement de la numérisation et de la mise à niveau des établissements, en conditionnant l’investissement à des indicateurs mesurables de réussite.

L’intelligence artificielle et l’alignement sur les métiers de souveraineté

L’expertise prônée par les modèles les plus performants repose sur une capacité d’anticipation des compétences de demain. L’école publique doit rompre avec la reproduction des programmes du passé pour intégrer massivement les outils de l’intelligence artificielle et des sciences de la donnée dès le secondaire.

Il s’agit de transformer l’école publique en une usine à talents capables de porter la souveraineté numérique de la Tunisie, tout en créant un écosystème d’excellence capable de retenir nos ingénieurs et nos compétences sur le sol national.

La question n’est donc plus seulement de savoir qui décide du système éducatif, mais vers quel modèle de société nous orientons nos ressources. Le Conseil supérieur de l’éducation dispose d’une opportunité historique : dépasser le corporatisme pour devenir l’architecte du renouvellement du capital humain tunisien.

* Ingénieur informatique, cadre de banque.

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«Lettre à Ayachi Hammami, prisonnier politique à Mornaguia»

Dans une «Lettre à Ayachi Hammami, prisonnier politique à Mornaguia», à l’occasion de l’appel à manifester à Tunis, ce jeudi 20 août 2026, à partir de 18 heures, ses «ami.e.s de Paris et d’ailleurs» appellent à sa libération ainsi qu’à celle de «toutes et tous les prisonnier·es politiques et d’opinion». Nous reproduisons ci-dessous des extraits de cette lettre ouverte.  

Cher Ayachi,

Nous pensons à toi. Chaque jour, ta voix depuis Mornaguia nous rappelle ce que veut dire rester debout.

Tu n’as jamais été un homme de compromis avec l’injustice. Sous Ben Ali déjà, quand tant d’autres se taisaient ou se résignaient, tu travaillais à rassembler ce qui pouvait l’être — à faire converger une opposition démocratique éclatée autour d’une candidature unique, en 2004 avec Mohamed Ali Halouani, puis en 2009 avec Ahmed Brahim. Tu savais que ces candidatures n’avaient aucune chance dans des élections truquées d’avance, verrouillées par un pouvoir qui s’octroyait 90 % des voix. Mais tu le faisais quand même, parce que pour toi la démocratie n’était pas une tactique, c’était une conviction. Tu semais alors ce que d’autres récolteront plus tard.

Après la révolution, tu n’as pas rangé ce combat au tiroir des souvenirs. Tu as continué, avec la même exigence, à défendre l’État de droit, les libertés, la justice indépendante — convaincu, comme tu l’écris toi-même, que «la démocratie se corrige par la démocratie, non par un coup de force contre elle».

Aujourd’hui, c’est cette intégrité même qu’on te fait payer. Te voilà en prison pour tes idées, accusé dans une affaire montée de toutes pièces — et tu as fait de ta cellule, une fois de plus, un espace de résistance : ta grève de la faim, ta lettre ouverte, ta lucidité intacte malgré tout. Tu n’as rien perdu de ta clarté ni de ton courage.

(…)

Mais sache que ton amitié compte pour nous, et que notre fidélité ne faiblit pas. On n’oublie pas, on n’oublierait pas. Nous sommes nombreux à te porter dans nos pensées et à continuer, chacun à sa place, ce que tu as toujours défendu : la liberté, la dignité, le droit du peuple tunisien à choisir son destin.

Le 20 août, tes ami.e.s seront dans la rue à Tunis, à l’appel de Nafas, pour crier ton nom aux côtés de tous les autres — Chaïma, Néjib, Mourad, Jawhar, Issam, Ghazi, Abdelhamid, Ridha, Abir, Zied, Borhen, Chawki… et tant d’autres, connus ou anonymes, que ce pouvoir a choisi de faire taire plutôt que d’écouter.

Nous exigerons ce qui devrait aller de soi : la libération immédiate et sans condition de toutes les prisonnières et de tous les prisonniers politiques et d’opinion.

Tiens bon, Ayachi. On pense à toi, on parle de toi, on se bat pour toi.

Avec toute notre amitié et notre indéfectible solidarité. 

Tes ami.e.s de Paris et d’ailleurs.

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L’Allemagne face à une vague de faillites sans précédent

L’économie allemande traverse «sa crise la plus profonde de l’après-guerre», a averti mardi 18 août 2026 la première fédération industrielle du pays, reprochant au gouvernement son inaction malgré une quatrième année consécutive de production industrielle en chute.

Habib Glenza, à Lodz.  

Longtemps considérée comme le modèle économique à suivre, l’Allemagne traverse aujourd’hui une crise d’une ampleur rarement observée depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2025, plus de 17 600 entreprises ont déposé le bilan, un niveau inédit depuis plus de deux décennies, avec une accélération marquée ces derniers mois. Derrière ces chiffres, une réalité brutale : près de 48 entreprises ferment chaque jour. Ce phénomène ne concerne pas uniquement les petites structures, mais touche également des géants industriels, révélant un affaiblissement global du tissu économique. 

Le moteur économique de l’Europe en train de lâcher

Contrairement à un krach boursier brutal, la crise actuelle en Allemagne s’installe progressivement, rendant son impact encore plus dangereux. Les faillites augmentent mois après mois, affectant tous les secteurs clés, de l’industrie lourde à la construction. Ce caractère diffus empêche une réaction rapide des marchés et des gouvernements, laissant le temps aux déséquilibres de s’ancrer durablement.

Cette lente érosion du tissu économique est particulièrement préoccupante car elle pourrait contaminer l’ensemble de la zone euro. Dans ce climat d’incertitude prolongée, diversifier ses investissements devient vital, et l’achat d’or représente une valeur refuge fiable face aux crises systémiques qui s’installent dans la durée.

Le modèle allemand repose en grande partie sur le fameux «Mittelstand», un réseau dense de PME familiales, souvent très spécialisées et leaders mondiaux. Ces entreprises représentent plus de 99 % du tissu économique et emploient des millions de personnes. Pourtant, ce pilier historique montre aujourd’hui des signes de faiblesse inquiétants. La hausse des coûts, la baisse de la demande et les contraintes réglementaires pèsent lourdement sur leur rentabilité. Lorsque ce cœur industriel ralentit, c’est toute l’économie qui vacille. 

L’une des causes profondes : la rupture avec le gaz russe

Les sanctions de l’Union européenne (UE) contre la Russie, notamment la rupture avec le gaz russe bon marché. En boycottant l’achat du gaz russe, les politiciens de l’UE, en particulier les Allemands, les Anglais, et les Français, ont cru mettre à plat l’économie russe. Aujourd’hui, les sanctions imposées à la Russie se sont retournées contre toutes les économies des pays de l’UE, en particulier contre celle de l’Allemagne qui entraînera dans sa chute les autres économies de l’Europe          

Par ailleurs, la crise actuelle résulte d’une accumulation de facteurs structurels. La flambée des prix de l’énergie, notamment après la rupture avec le gaz russe, a multiplié les coûts de production. À cela s’ajoute la hausse rapide des taux d’intérêt, qui freine les investissements et alourdit le coût du crédit. La transition énergétique, bien que nécessaire, impose également des dépenses considérables aux entreprises. Enfin, le ralentissement du commerce mondial et le retour du protectionnisme, à l’instigation des Etats-Unis de Donald Trump, compliquent les exportations, pilier du modèle allemand. Face à ce cocktail toxique, il devient indispensable d’adopter une stratégie patrimoniale défensive, en intégrant par exemple l’or comme actif de protection contre les turbulences économiques

Ce que traverse l’Allemagne dépasse largement une simple récession conjoncturelle. Il s’agit d’une transformation structurelle profonde de son modèle économique. L’industrie, historiquement basée sur une énergie abondante et bon marché, doit désormais se réinventer dans un environnement plus contraignant et compétitif.

Parallèlement, le pays accuse un retard dans la digitalisation et les technologies émergentes comme l’intelligence artificielle. Cette double transition, énergétique et technologique, s’annonce longue, coûteuse et incertaine. Dans ce contexte, sécuriser une partie de son patrimoine avec de l’or tangible constitue une décision prudente et stratégique.

2026 : une année charnière aux perspectives incertaines             

Les prévisions économiques pour 2026 restent prudentes, avec une croissance faible et des faillites qui devraient continuer à augmenter, bien que plus lentement. Le pic de la crise pourrait être proche, mais ses effets s’inscriront dans la durée. De nombreuses entreprises envisagent déjà de délocaliser leur production vers des zones où les coûts sont plus compétitifs, notamment aux États-Unis ou en Europe de l’Est. Cette recomposition industrielle aura des conséquences majeures sur l’emploi et la stabilité économique du continent européen. 

Investir en Allemagne en 2026 nécessite une approche sélective et stratégique. Miser sur l’ensemble du marché peut s’avérer risqué, notamment en raison de l’exposition à des secteurs en difficulté comme l’automobile ou la chimie. En revanche, certaines niches, notamment dans les technologies industrielles avancées ou l’efficacité énergétique, peuvent encore offrir des opportunités intéressantes à long terme.

Toutefois, dans un environnement aussi incertain, il est essentiel de diversifier ses placements et de ne pas dépendre uniquement des marchés financiers traditionnels. 

La situation actuelle en Allemagne agit comme un signal d’alerte pour l’ensemble de l’économie européenne. Ce qui était autrefois un modèle de stabilité devient aujourd’hui un terrain d’incertitudes. Entre transition énergétique, mutation industrielle et tensions géopolitiques, les défis sont nombreux et les solutions encore floues. Pour les investisseurs, l’heure n’est plus à l’improvisation mais à la prudence et à l’anticipation. 

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L’extrême droite mondiale, grande amie d’Israël !

Israël est devenu une entité sulfureuse au sein de la communauté internationale et c’est pour cette raison que le gouvernement du Premier ministre génocidaire Benjamin Netanyahu s’est tourné vers l’extrême droite mondiale où il semble trouver de bons amis surtout parmi les nouveaux dirigeants latino-américains qui sont issus de cette tendance. (Photo : Le président argentin Javier Milei devant le Mur des Lamentations à Jérusalem, le 6 février 2026).

Imed Bahri

Jadis, continent de l’anti-impérialisme et de la libération des peuples, l’Amérique latine est devenue celui du trumpisme et du soutien au sionisme. Avec les nouveaux présidents en place, le continent de Simon Bolivar est devenu celui du soutien à l’idéologie criminelle de Theodor Herzl. Concernant l’Europe, le ministre israélien des Affaires étrangères a chargé les diplomates israéliens d’établir des contacts avec le Rassemblement national français, le parti d’extrême droite espagnol Vox et le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède.

Dans le magazine américain The New Yorker, Ishaan Tharoor affirme que le déclin de l’influence internationale d’Israël l’a conduit à rechercher des alliés au sein de l’extrême droite mondiale. Il évoque l’investiture du nouveau président d’extrême droite colombien Abelardo de la Espriella qui a réuni un parterre de ses alliés idéologiques venus de toute la région. Étaient présents à la cérémonie, qui s’est tenue le vendredi 7 août 2026 à Cali, dans le sud-ouest du pays, les présidents argentin Javier Milei, équatorien Daniel Noboa et chilien José Antonio Kast. Leurs victoires électorales, conjuguées au succès de de la Espriella en juin et aux triomphes de la droite au Pérou et en Bolivie, semblent confirmer un changement plus profond dans la politique latino-américaine.

La délégation américaine était dirigée par Todd Blanche, ancien avocat personnel du président Donald Trump, qui attendait encore sa confirmation au poste de procureur général des États-Unis.

Âge d’or dans les relations entre la Colombie et Israël

Parmi les autres personnalités présentes figurait le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, venu en Colombie dans le cadre d’une mission plus large visant à consolider le soutien à son pays. Ses espoirs n’ont pas été déçus, puisque, le lundi 10 août, de la Espriella s’est engagé à transférer l’ambassade de Colombie à Jérusalem et a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan.

Cette dernière décision, l’un des premiers actes du nouveau président colombien dès son entrée en fonction, a fait de la Colombie le seul pays au monde, outre les États-Unis, à considérer ce territoire annexé comme faisant partie d’Israël. Le nouveau gouvernement colombien prévoit également de retirer son soutien à la plainte pour génocide déposée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice.

Cette politique pro-israélienne de Abelardo de la Espriella est aux antipodes de celle de son prédécesseur Gustavo Petro dit Aureliano qui avait rompu les relations diplomatiques avec Israël le 2 mai 2024 et qui avait accusé Netanyahu de perpétrer un génocide à Gaza. Les positions de Petro étaient plus affirmées que celles de plusieurs États du Moyen-Orient ce qui a fait de lui une personnalité très appréciée par les peuples des pays arabes.

Dans une déclaration du 10 août, Sa’ar a qualifié la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan d’acte de soutien «historique» à Israël. Après avoir rencontré de la Espriella la veille de l’investiture, Saar a salué un «nouvel âge d’or dans les relations entre la Colombie et Israël».

Pour Sa’ar, il s’agissait d’un changement bienvenu pour Israël, qui menait une campagne diplomatique publique sur plusieurs fronts, notamment auprès des États-Unis. Ishaan Tharoor considère qu’une grande partie de la bienveillance et de la sympathie manifestées envers Israël après le 7 octobre 2023 s’est dissipée. Le mécontentement envers le gouvernement Netanyahu et le bilan dévastateur de sa guerre à Gaza ainsi que la poursuite des attaques de colons contre les Palestiniens en Cisjordanie ont également influencé les résultats de certaines primaires américaines.

Deux Américains sur trois ont une opinion négative du gouvernement Netanyahu

Plusieurs sondages réalisés au début de l’été ont révélé que près des deux tiers des Américains interrogés ont une opinion négative du gouvernement Netanyahu, tandis qu’un autre sondage a montré qu’une majorité d’Américains souhaitent réduire, voire supprimer, l’aide militaire à Israël. Certains candidats démocrates aux prochaines élections de mi-mandat ont ouvertement qualifié les actions d’Israël de génocide, reflétant une opinion désormais partagée par une part importante de l’électorat démocrate.

Les tensions ne se limitent pas aux Démocrates, même les Républicains sont divisés. Le mois dernier, le vice-président J.D. Vance a critiqué des personnalités de l’establishment israélien, les accusant de «manipuler et de tenter d’influencer l’opinion publique américaine en faveur de la poursuite de la guerre contre l’Iran».

Déclin de l’image d’Israël auprès de l’opinion internationale

L’ambassadeur d’Israël à Washington Yechiel Leiter a balayé d’un revers de main les allégations de tensions dans les relations américano-israéliennes lorsqu’il a été interrogé en juillet lors d’un événement organisé par le Council on Foreign Relations à Washington. Il a affirmé n’avoir constaté «pas la moindre hostilité envers Israël» après «des dizaines de rencontres avec M. Vance». Il a attribué le déclin de l’image d’Israël auprès de l’opinion publique internationale à une jeune génération trop influencée par les réseaux sociaux, réfutant l’idée qu’Israël soit seul dans cette situation. Il a souligné le renforcement des liens de défense avec l’Inde et l’étroite coopération avec les Émirats arabes unis et l’Azerbaïdjan, déclarant : «Nous avons beaucoup d’amis».

Cependant, le nombre de détracteurs d’Israël a indéniablement augmenté. Une enquête du Pew Research Center sur l’opinion publique concernant Israël dans 35 autres pays a révélé une attitude largement négative à l’égard du pays. Si divers gouvernements ont tenté d’imposer des sanctions à Israël, notamment par des mesures symboliques, des pays comme le Brésil et l’Afrique du Sud ont rappelé leurs ambassadeurs, et l’Espagne et la Norvège ont reconnu l’État palestinien exhortant leurs partenaires européens à renforcer les sanctions contre les entités de colonisation israéliennes et à reconsidérer les accords existants avec Israël.

D’autres, notamment la coalition du Sud global connue sous le nom de Groupe de La Haye, ont appelé à un embargo immédiat sur les armes et à l’application des décisions de la Cour pénale internationale. Ils ont également condamné, à chaque occasion, les violations du droit international commises par Israël ainsi que l’hypocrisie des États-Unis qui protègent Israël de toute responsabilité et lui fournissent une aide militaire.

Alors que Netanyahu et ses alliés rejettent les critiques comme une manifestation d’antisémitisme profondément enraciné et présentent des institutions telles que les Nations Unies comme irrémédiablement partiales, ils ont lancé des attaques virulentes sur les réseaux sociaux contre plusieurs dirigeants étrangers, y compris des centristes prétendument pro-israéliens comme le président français Emmanuel Macron, qui a irrité Netanyahu en tentant de relancer l’intérêt international pour la solution à deux États, actuellement au point mort, entre Israéliens et Palestiniens.

Traditionnellement, Israël a évité tout dialogue formel avec les partis d’extrême droite européens, dont beaucoup puisent leurs racines dans les mouvements néofascistes apparus après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, l’année dernière, Sa’ar a chargé les diplomates israéliens d’établir des contacts avec le Rassemblement national français, le parti d’extrême droite espagnol Vox et le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède, tous porteurs de positions fortement antimusulmanes.

Ainsi, la plus grande solidarité affichée par les dirigeants israéliens actuels avec les nationalistes européens plutôt qu’avec l’establishment politique du continent constitue un étrange paradoxe. Le mois dernier, des membres du Likoud de Netanyahu dont Sa’ar et le ministre de la Défense Israel Katz ont reçu le leader d’extrême droite néerlandais Geert Wilders. Ce dernier avait publié une photo de lui en train de manger des falafels à Jérusalem et visité une colonie illégale de Cisjordanie en compagnie d’un important responsable d’une colonie contre lequel le Parlement néerlandais avait adopté une résolution demandant des sanctions de l’Union européenne (UE). Sa’ar a décrit Wilders comme «un leader courageux et un véritable ami d’Israël».

Selon Tharoor, Israël est devenu une source de profonde polarisation politique en Amérique latine. La gauche continue d’invoquer le passé de la Guerre froide et le soutien apporté par Israël à plusieurs dictatures militaires alliées aux États-Unis, tandis que la droite perçoit la question palestinienne et les groupes armés comme le Hamas et le Hezbollah –liés aux attentats terroristes meurtriers en Argentine– de la même manière qu’elle perçoit les anarchistes d’extrême gauche qu’elle a longtemps cherché à réprimer.

Cette divergence engendre des politiques étrangères contradictoires. En décembre dernier, le nouveau gouvernement de droite bolivien a rétabli les relations diplomatiques avec Israël, rompues par les précédents gouvernements de gauche. Le président chilien José Antonio Kast, entré en fonction en mars et admirateur de l’ancien dictateur Augusto Pinochet, a nommé l’ambassadeur de son pays en Israël, remplaçant celui rappelé deux ans plus tôt par son prédécesseur de centre-gauche.

Milei «fier d’être le président le plus sioniste au monde»

Le président argentin Javier Milei s’est rendu en Israël à trois reprises depuis son entrée en fonction en 2023 et, plus tôt cette année, il a reçu à Jérusalem la Médaille présidentielle d’honneur, la plus haute distinction civile du pays. En mars, lors d’un discours prononcé à l’université Yeshiva de New York, Milei a déclaré être «fier d’être le président le plus sioniste au monde». Un mois plus tard, lui et Netanyahu ont annoncé le lancement des «Accords d’Isaac», un cadre d’accords aux contours flous visant à renforcer les liens entre Israël et l’Amérique latine, inspiré des Accords d’Abraham conclus sous l’égide de Trump entre Israël et quelques États arabes. 

Ces deux dernières années, plusieurs personnalités politiques latino-américaines de droite se sont rendues au Mur des Lamentations à Jérusalem, notamment Javier Milei mais aussi Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président brésilien emprisonné Jair Bolsonaro.

Le sénateur Flavio Bolsonaro est candidat à la présidentielle d’octobre. S’il bat le président sortant de gauche Luiz Inácio Ferreira da Silva dit Lula qui a provoqué la colère des autorités israéliennes en comparant la guerre à Gaza à l’Holocauste, il s’est engagé à suivre l’exemple de certains de ses voisins et à transférer l’ambassade du Brésil à Jérusalem.

L’auteur estime que plusieurs facteurs sous-tendent ces agendas, notamment la montée du christianisme évangélique en Amérique latine, qui a renforcé l’engagement de la droite envers Israël. Jair et Flavio Bolsonaro sont de confession évangélique quant à Javier Milei, il ne l’est pas, il est officiellement catholique mais exprime une fascination marquée pour le judaïsme et déclarant «spirituellement juif». Il a été très critique du défunt Pape François, argentin, et de son pontificat. Les positions humanistes du Pape François ont souvent agacé les dirigeants populistes et nationalistes.

Un autre élément rapproche Israël et les nouveaux dirigeants populistes de l’Amérique latine. Oliver Stuenkel, chercheur principal brésilien-allemand au Carnegie Endowment for International Peace, souligne que le rejet par Israël des Nations Unies, de la Cour pénale internationale et d’autres composantes de l’ordre international s’inscrit dans la politique de la nouvelle droite latino-américaine. Il a déclaré : «Le soutien à Israël est un élément important d’une critique plus large du multilatéralisme. Et puis, bien sûr, il y a Donald Trump!»

«Si vous êtes président d’un pays d’Amérique latine et que vous souhaitez que les États-Unis vous soutiennent dans la lutte contre le crime organisé, le développement de la coopération en matière de sécurité et l’accès aux renseignements et aux armes américaines, ou si vous souhaitez avoir davantage de poids pour faire annuler certains des droits de douane imposés par les États-Unis aux pays d’Amérique latine alors adopter une rhétorique pro-israélienne pourrait être un moyen relativement peu coûteux d’être perçu comme un allié par l’administration Trump», a expliqué Stuenkel.

Netanyahu lui-même doit affronter des élections en octobre. Les responsables de l’opposition soutiennent que le renversement de son gouvernement est indispensable pour restaurer l’image d’Israël et qu’une politique étrangère post-Netanyahu ne s’impliquera pas dans les querelles partisanes d’autres pays. «Les relations extérieures d’Israël n’ont jamais été à un niveau aussi bas», a déclaré le mois dernier l’ancien Premier ministre Yaïr Lapid lors d’un sommet sur la sécurité en Israël. Il a toutefois exprimé l’espoir que «le monde comprenne que le problème d’Israël ne vient pas du pays lui-même mais de son gouvernement»

Alon Pinkas, ancien diplomate israélien et conseiller en politique étrangère de Shimon Peres et de l’ancien Premier ministre Ehud Barak, se montre plus sceptique. «Depuis plus de quinze ans, Netanyahu a détruit l’image de marque et la valeur intrinsèque d’Israël. Sa politique, sa démagogie et sa servilité envers tous les autocrates ont non seulement dévalorisé Israël mais constituent une mutation toxique du sionisme. Les dommages et la dégradation qu’ils ont infligés à l’image d’Israël pourraient être irréparables», a-t-il déclaré.

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