Le projet Pik («Préserver les îles Kneiss») visant à renforcer la protection de cet archipel de petites îles situées situé dans le golfe de Gabès, à quelques kilomètres des côtes et cinquante kilomètres au sud de Sfax, vient d’être achevé par un atelier à Tunis, organisé le mardi 11 août 2026 par l’Association pour la Continuité des Générations (ACG).
Pour protéger la biodiversité de l’archipel, ce projet financé par le Programme de microfinancements du Fonds pour l’environnement mondial (PMF-FEM) a mis mené une série d’actions dont la mise en place de nids artificiels pour favoriser la reproduction des oiseaux, le suivi des herbiers marins, la restauration de la végétation côtière, la collecte de déchets plastiques et la plantation de salicornes pour lutter contre l’érosion.
Situées à environ 25 kilomètres au sud-est de Mahrès, dans le gouvernorat de Sfax, les îles Kneiss constituent l’une des zones humides les plus précieuses de Tunisie sur le plan écologique. Le site est reconnu comme zone humide d’importance internationale au titre de la convention de Ramsar et figure sur la liste des Aires spécialement protégées d’importance méditerranéenne (Aspim).
L’archipel peut accueillir jusqu’à 330 000 oiseaux hivernants et est considéré comme un site d’hivernage régional clé pour diverses espèces d’oiseaux d’eau.
Des écosystèmes les plus fragiles
Le projet Pik s’est concentré tout particulièrement sur des solutions fondées sur la nature afin de renforcer la résilience de l’écosystème face aux effets du changement climatique, notamment l’élévation du niveau de la mer et l’érosion côtière. Des nids artificiels ont été installés sur l’île d’El Bassila pour améliorer les conditions de reproduction d’espèces telles que la spatule blanche, le flamant rose et l’huîtrier pie.
Selon les responsables du projet, les premières observations indiquent que les oiseaux ont déjà commencé à utiliser ces structures et à s’y adapter.
Un autre volet du projet a porté sur le suivi scientifique des herbiers de Zostera noltii (une espèce de zostère naine), un habitat marin d’une importance capitale pour l’archipel. La cartographie de ces herbiers permet de suivre l’évolution d’écosystèmes qui servent de zones de nurserie pour de nombreuses espèces de poissons et contribuent à stabiliser les fonds marins.
Par ailleurs, la réintroduction de la salicorne — une plante halophile capable de consolider le sol et de réduire l’érosion — a été expérimentée le long du littoral.
Parmi les participants à ces activités figuraient l’Agence de protection et d’aménagement du littoral (Apal), la Direction générale des forêts, l’Institut national des sciences et technologies de la mer (INSTM), The MedFund et des communautés locales de la délégation de Ghraiba.
Le projet comprenait également des opérations de collecte de déchets plastiques sur les îles.
Les îles Kneiss sont depuis longtemps au cœur de programmes de conservation de la biodiversité. Des initiatives antérieures, soutenues par le Programme de microfinancements du FEM, avaient déjà identifié l’archipel comme une zone prioritaire pour la protection des habitats marins, de l’avifaune et des ressources naturelles locales.
Les résultats du projet PIK devraient désormais contribuer au processus de création de la future aire marine et côtière protégée des îles Kneiss, dans le but d’assurer une gestion plus durable de l’un des écosystèmes les plus fragiles et les plus importants du golfe de Gabès.
Piscines, jardins, chambres avec vue sur la mer, soins infirmiers et personnel francophone. La Tunisie connaît une multiplication des résidences médicalisées pour personnes âgées ; au-delà de la clientèle locale, ces établissements visent de plus en plus les retraités européens, et notamment les Français.
Cette tendance est particulièrement marquée à Tunis, Hammamet, Sousse, Monastir, Djerba et Sfax, où certains établissements proposent un modèle hybride — à mi-chemin entre la maison de retraite et le complexe de villégiature — alliant soins médicaux 24 heures sur 24 et prestations hôtelières haut de gamme.
Les tarifs affichés varient généralement de 1 200 à 4 000 euros par mois, selon l’établissement et le niveau de dépendance du résident. L’avantage financier par rapport à la France peut être considérable, surtout dans le secteur privé, où les tarifs des Ehpad français dépassent souvent 3 000 euros par mois — et peuvent être bien plus élevés dans les grandes villes. En Italie également, les coûts de structures d’accueil similaires peuvent atteindre 3 000 euros par mois.
L’attractivité de la Tunisie repose sur des coûts de main-d’œuvre plus faibles, la disponibilité de personnel médical francophone, un climat méditerranéen et la proximité avec l’Europe.
Toutefois, les établissements tunisiens ne sont pas automatiquement comparables aux Ehpad français, qui sont soumis à des réglementations spécifiques ainsi qu’à des normes sanitaires et de soins rigoureuses.
Cette augmentation de l’offre coïncide également avec une évolution démographique nationale.
Selon l’Institut national de la statistique, les personnes âgées de plus de soixante ans représentent désormais environ 17 % de la population en Tunisie, un chiffre qui devrait avoisiner les 20 % d’ici 2030. Bien qu’il n’existe pas actuellement de données officielles récentes confirmant une véritable «explosion» du nombre de résidences privées, le marché est manifestement en pleine expansion et se tourne de plus en plus vers l’international. Pour les familles européennes, cependant, le prix n’est pas le seul critère : la qualité réelle des soins, la continuité des traitements, la couverture par l’assurance maladie, le contrôle des établissements et la proximité avec la famille demeurent des facteurs déterminants.
Publié récemment aux éditions Santillana, ‘‘Femmes de tous les combats dans la Tunisie du XXe siècle’’ de Rym Lajmi, maître-assistante à la Faculté de Manouba,propose de revisiter une partie de l’histoire tunisienne à travers les parcours de femmes engagées dans les combats politiques, sociaux et féministes entre 1930 et 1960. L’ouvrage paraît dans la collection «Tunisie plurielle», dirigée par le professeur Habib Kazdaghli.
Djamal Guettala
Le choix du sujet n’est pas anodin. Une grande partie du récit historique consacré à la Tunisie du XXe siècle s’est construite autour des grandes figures masculines du mouvement national et des principales étapes de la lutte anticoloniale. Rym Lajmi déplace ici le regard pour faire émerger des femmes qui ont, elles aussi, participé aux transformations politiques et sociales de leur époque.
Tunisiennes musulmanes et juives, «Italiennes de Tunisie» et «Françaises de Tunisie» se retrouvent au centre de cette recherche. Des femmes issues d’horizons différents, appartenant à des communautés différentes, mais dont les trajectoires peuvent se rejoindre autour de certains combats.
Engagées dans une Tunisie en transformation
La période étudiée, de 1930 à 1960, correspond à une séquence décisive de l’histoire tunisienne. La contestation du protectorat français s’intensifie, le mouvement national s’affirme et les revendications liées à la condition féminine prennent progressivement une place plus importante dans l’espace public.
À travers les parcours étudiés, le militantisme féminin apparaît dans toute sa diversité. Il ne se réduit pas à une participation secondaire au mouvement national. Les revendications sociales, les aspirations à l’émancipation et l’engagement anticolonial peuvent se croiser et donner naissance à des formes de militantisme qui dépassent les appartenances communautaires.
C’est l’un des intérêts du travail de Rym Lajmi : ne pas présenter une histoire uniforme du militantisme féminin, mais faire ressortir des trajectoires différentes, des sensibilités parfois éloignées et des expériences qui témoignent de la pluralité de la société tunisienne.
Les parcours étudiés permettent également de dépasser une lecture de l’histoire fondée uniquement sur la séparation entre communautés. Ils font apparaître des contacts, des échanges, des solidarités et des engagements partagés.
Réinscrire les femmes dans le récit historique
L’ouvrage pose ainsi une question essentielle : quelle place accorder aux femmes dans l’écriture de l’histoire nationale ?
Rym Lajmi ne se contente pas d’ajouter quelques figures féminines à un récit déjà établi. Elle montre que leurs trajectoires permettent de comprendre autrement les mutations de la Tunisie du XXe siècle.
Dans plusieurs de ces parcours, le combat anticolonial et la volonté d’émancipation des femmes se rejoignent. Participer à la transformation politique de la société pouvait également signifier remettre en question la place traditionnellement réservée aux femmes.
Cette approche permet de mieux saisir la diversité du militantisme féminin tunisien et les différentes formes qu’il a pu prendre au cours des décennies qui ont précédé et accompagné l’indépendance.
Le livre s’inscrit pleinement dans l’esprit de la collection «Tunisie plurielle», consacrée aux différentes communautés, minorités et mémoires qui ont participé à l’histoire du pays. La préface de Silvia Finzi souligne la singularité du parcours de l’auteure, tandis que la postface de Laura Faranda, qui a dirigé la thèse doctorale dont est issu l’ouvrage, vient compléter cette lecture.
À travers ces femmes et leurs engagements, c’est finalement une autre cartographie de la Tunisie du XXe siècle qui se dessine : une société traversée par plusieurs appartenances, plusieurs mémoires et plusieurs formes de mobilisation.
En redonnant une visibilité à ces trajectoires, Rym Lajmi contribue ainsi à élargir le récit historique et à rappeler que les femmes n’ont pas seulement accompagné les grandes transformations de la Tunisie : elles y ont également pris part.
Cette nouvelle publication sera présentée dimanche 16 août 2026 à 18h30, dans le cadre des Journées culturelles pour défendre les patrimoines en péril à Hammamet. La littérature prendra alors le relais avec une rencontre autour de ‘‘Femmes de tous les combats dans la Tunisie du XXe siècle’’, organisée sous l’égide du Cercle Mahmoud Messaadi et des Éditions Santillana.
Dans un contexte électrique déjà tendu, avec les récents délestages qui se sont traduits par des coupures intempestives d’électricité en pleine canicule d’été, la Tunisie a-t-elle les moyens de suivre la cadence de développement des data centers à travers le monde… SANS production électrique à la hauteur de ses ambitions ?(Photo: DataXion).
Naamen Bouhamed *
La Tunisie vient de traverser, durant les 15 premiers jours de juillet 2026, un épisode de délestage électrique sans précédent dans son histoire. Bien que le pays affiche un taux d’électrification de 100 % à l’échelle nationale, ce qui le place parmi les nations les mieux équipées pour fournir une électricité fiable et sécurisée à l’ensemble de sa population, cette crise a révélé des fragilités structurelles insoupçonnées.
Ce délestage, provoqué par une combinaison de facteurs (vague de chaleur exceptionnelle, pic de consommation, et rupture de la connexion avec le fournisseur algérien) met en lumière les besoins actuels et futurs en production électrique. Ces besoins ne concernent pas seulement la vie quotidienne, mais aussi les exigences stratégiques du développement économique et industriel, alors que le pays ambitionne de devenir un acteur régional majeur de l’IA.
Production actuelle et défis à venir
La Tunisie produit actuellement 7 500 GWh (soit 7,5 TWh) par an, avec un déficit estimé à 1 500 MW en puissance installée pour répondre à la demande actuelle. Mais la question centrale est : que deviendront ces équilibres face à la montée en puissance des Data Centers ?
Selon certaines projections, ces infrastructures pourraient absorber 30 à 50 % de la production nationale d’électricité, au détriment des besoins des populations et du tissu économique.
Comparaisons internationales : des signaux d’alerte
En Irlande, les data centers devraient représenter 30 % de la consommation électrique du pays d’ici 2028–2030, selon les projets en cours dans ce secteur.
La France, avec 264 data centers, consomme environ 8,5 TWh par an, soit 2 % de sa consommation totale, dont 90 % alimentés par le parc nucléaire.
La consommation électrique de Google est désormais proche de celle de la Grèce. En 2025, le moteur de recherche a signé un volume record de contrats d’énergie décarbonée (12 GW), tout en investissant dans le nucléaire et la géothermie.
Amazon, le premier acheteur mondial d’énergies renouvelables, investit également dans de petits réacteurs nucléaires (SMR) et revendique plus de 52 000 camions électriques.
Selon le rapport thématique 2026 d’Omnegy, la consommation mondiale des data centers pourrait atteindre 950 TWh en 2030, contre 485 TWh en 2025 et 415 TWh en 2024, soit une hausse de 17 % par an.
La demande électrique des data centers progresse désormais quatre fois plus vite que la consommation mondiale d’électricité.
Le rapport du Capgemini Research Institute, “AI meets the grid: shaping the data center power play’’, mené auprès de dirigeants de l’énergie et des data centers dans 21 pays, souligne :
– l’augmentation rapide de la demande d’électricité ;
– les contraintes croissantes pour les gestionnaires de réseaux ;
– l’essor de la production d’énergie sur site ;
– l’évolution du mix énergétique (renouvelables, gaz, SMR) ;
– le potentiel de l’IA pour optimiser les réseaux électriques.
Moratoires et résistances aux États-Unis et en Europe
A New York, la gouverneure Kathy Hochul a décrété un moratoire sur les data centers de plus de 50 MW. On recense aujourd’hui 86 moratoires dans 35 États américains.
Au Texas, en août 2026, le gouverneur Greg Abbott a ordonné un examen de tous les projets de data centers en attente de raccordement, et suspendu l’ensemble des nouveaux projets. La file d’attente pour le raccordement dépasse 474 GW, dont 90 % pour des data centers — soit plus de cinq fois la demande maximale jamais enregistrée par le réseau texan en plein été.
En France, deux décisions judiciaires récentes ont marqué les esprits : à Alixan (Drôme), suspension du permis de construire du projet Sesterce (1,5 milliard d’euros, 40 à 80 MW) par le tribunal administratif, en raison de l’absence d’étude d’impact environnemental ; et au Bourget (Seine-Saint-Denis), annulation du permis de construire d’un projet similaire : Segro.
L’ Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), dans sa 5e enquête annuelle intitulée “Pour un numérique soutenable”, alerte sur:
– une hausse de 38 % de la consommation électrique des data centers en trois ans, atteignant 2,7 TWh en 2024 (+12 % sur un an) ;
– des prélèvements d’eau de 575 000 m³ en 2024, en quasi-totalité potable, générant des conflits d’usage locaux.
La pollution provoquée par les géants du numérique
– Google a vu ses émissions totales augmenter de 82 % depuis 2019, atteignant 18,8 millions de tonnes équivalent CO₂ en 2025, malgré un engagement de réduction de moitié d’ici 2030 ;
– Amazon a enregistré une hausse de 58 % sur la même période, avec 80,85 millions de tonnes équivalent CO₂, malgré une promesse de neutralité carbone pour 2040.
Les investissements dans les data centers en Afrique sont estimés à plus de 9 milliards de dollars d’ici 2031.
La Tunisie ambitionne d’en capter une part significative pour devenir une porte d’entrée de l’IA en Afrique et dans le monde arabe. Mais à quel prix ?
Qu’en est-il de l’état des lieux des data centers (existants ou en projet) en Tunisie ?
Un data center de 1 MW équipé de refroidisseurs à eau peut consommer jusqu’à 68 000 litres d’eau douce par jour.
La Tunisie prévoit de porter la part de l’eau dessalée à 28 % d’ici 2028, puis 35 % d’ici 2030. Mais ces investissements publics posent question : Qui paiera ? À quel coût ? Les financements seraient-ils suffisants ?
Les data centers dédiés à l’IA redessinent toute la chaîne de valeur de l’électricité. La question stratégique est la suivante :
Faut-il investir massivement dans des infrastructures physiques (data centers) qui coûteront des milliards, avec un retour sur investissement risqué ? Ou faut-il plutôt miser sur le capital humain ? Ou faut-il miser sur un mix-hybride ?
La Tunisie dispose d’un vivier d’ingénieurs talentueux, reconnus dans le monde entier. Plutôt que de rivaliser sur les infrastructures lourdes, ne devrait-elle pas :
– renforcer ses besoins propres stratégiques en data centers ;
– renforcer ses écoles d’ingénieurs ;
– former une nouvelle génération d’experts en IA ;
– offrir des perspectives d’emploi à forte valeur ajoutée ;
– développer une filière d’énergies propres (solaire, nucléaire au thorium) ?
L’électricité est le facteur clé de cette course. Mais la valeur ajoutée ne réside-t-elle pas davantage dans les compétences que dans les bâtiments ?
Proposition de stratégie alternative : la Tunisie pourrait valoriser ses ingénieurs et ses centres de formation publics et privés. Elle pourrait également développer massivement l’énergie solaire et explorer une filière nucléaire innovante, notamment les réacteurs à sels fondus au thorium, sans déchets radioactifs à base d’uranium.
Ainsi, la Tunisie deviendrait un acteur majeur des énergies propres en Afrique, tout en offrant une expertise très recherchée. Elle préserverait ses ressources en eau et en électricité pour des usages prioritaires : agriculture, industrie, et besoins stratégiques nationaux en IA.
Talon d’Achille de la Tunisie : la fuite des talents
La souveraineté numérique ne se construit pas sans ingénieurs. La Tunisie forme parmi les meilleurs talents de la région, mais plus de 60 % des diplômés en informatique, et notamment les plus compétents, quittent le pays dans les cinq ans suivant leur formation.
Donc, aucune infrastructure nationale ne sera durable sans salaires compétitifs, incitations fiscales et parcours attractifs de carrière dans la fonction publique numérique.
Le paradoxe est saisissant : le pays mise sur le capital humain pour sa stratégie IA, mais ce capital fuit à l’étranger. Dans la course à l’IA, la Tunisie est déjà un vivier de talents pour les géants mondiaux, sans bénéficier de la valeur ajoutée sur le plan local.
A suivre…
* Expert en développement international, Ceo Alwen International – France.
Le gouvernement marocain a autorisé la société OCP Green Water, filiale du Groupe OCP, à créer deux nouvelles sociétés spécialisées dans le dessalement de l’eau de mer et son transport, dans le cadre d’un projet dont la capacité globale atteindra 410 millions de mètres cubes par an. A comparer avec les 92 millions de mètres cubes de capacité annuelle globale des quatre stations de dessalement tunisiennes basées à Djerba, Gabès Sfax et Sousse. A comparer aussi avec les 5 500 millions de mètres cubes produits actuellement par l’Arabie saoudite, premier producteur mondial d’eau dessalée, assurant à lui seul 20 % à 22 % du volume total d’eau dessalée dans le monde.
Habib Glenza, à Lodz.
Cette initiative s’inscrit dans les efforts visant à développer de nouvelles ressources en eau face aux défis croissants liés au stress hydrique et à renforcer la souveraineté hydrique du Royaume.
L’autorisation est prévue par le décret n° 2.26.547, publié au Bulletin officiel n° 7531 du 3 août 2026. Signé le 23 juillet 2026 (8 Safar 1448), le texte permet à OCP Green Water de mettre en place deux entités distinctes dédiées aux activités de dessalement de l’eau de mer et son transport.
Cette opération s’inscrit dans la stratégie du Groupe OCP, actif dans le domaine d l’extraction et de la transformation du phosphate, visant à couvrir l’intégralité de ses besoins industriels en eau à travers le développement de ressources hydriques non conventionnelles. Elle répond également à une ambition plus large consistant à contribuer à la souveraineté hydrique nationale en mettant à disposition de l’eau destinée aux usages industriels, à la consommation humaine et à l’irrigation agricole.
Deux sociétés vont gérer les structures de dessalement. La première couvrira la zone centrale, comprenant les provinces et villes de Safi, Benguerir, Youssoufia et Marrakech. Sa capacité de production est fixée à 195 millions de mètres cubes d’eau dessalée par an.
La seconde interviendra dans la zone nord, qui englobe Jorf Lasfar, El Jadida, Casablanca et Khouribga. Elle disposera d’une capacité annuelle de 215 millions de mètres cubes.
Les deux structures en question, devraient donc produire 410 millions de mètres cubes d’eau dessalée chaque année, un volume appelé à renforcer significativement l’offre hydrique dans plusieurs régions stratégiques du pays.
Le décret précise que l’eau produite ne sera pas exclusivement destinée aux activités du Groupe OCP. Une partie de cette ressource devra également contribuer à l’alimentation en eau potable des populations des territoires concernés ainsi qu’à l’irrigation des périmètres agricoles.
Les deux sociétés auront pour mission d’assurer la production et la distribution de l’eau dessalée au profit des usagers urbains, industriels et agricoles. Elles s’appuieront sur des infrastructures modernes intégrant les énergies renouvelables, dans une logique de durabilité et d’optimisation des ressources.
Au-delà de l’augmentation des capacités de dessalement, le projet vise aussi à restructurer les actifs liés au dessalement et au transport de l’eau au sein d’entités spécialisées et autonomes.
L’opération s’inscrit, selon le décret, dans les orientations de la politique actionnariale de l’État, notamment en matière de renforcement de la souveraineté hydrique, de développement des partenariats public-privé dans les infrastructures et de meilleure coordination des projets portés par les organismes publics.
L’autorisation gouvernementale est intervenue après consultation de l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État et de suivi de la performance des établissements et entreprises publics, sur proposition de la ministre de l’Économie et des Finances.
Le décret prévoit enfin que l’autorisation accordée demeure valable pendant une année à compter de sa publication au Bulletin officiel.
Rédigé à Rabat le 23 juillet 2026, le texte est signé par le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et contresigné par la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah.
Avec cette décision, les autorités marocaines dotent OCP Green Water du cadre juridique nécessaire à la création de deux sociétés spécialisées dans le dessalement et le transport de l’eau de mer. L’objectif affiché est de mobiliser une capacité annuelle de 410 millions de mètres cubes, destinée à répondre aux besoins industriels, urbains et agricoles, tout en contribuant au renforcement de la sécurité et de la souveraineté hydriques du Royaume.
Le 13 août 2026, la Tunisie a célébré les 70 ans du Code du statut personnel, promulgué le 13 août 1956, quelques mois après l’indépendance et près d’un an avant la proclamation de la République. Tout a été dit sur le caractère exceptionnel de ce texte et sur l’audace de Bourguiba, qui s’est attaqué à des règles que l’on croyait intangibles. Mais cette année, quelque chose trouble la célébration.
Monia Kallel *
Jamais peut-être la fête du 13-Août n’aura suscité autant de controverses. La femme tunisienne est à nouveau sommée de se justifier : sur ses acquis, ses vêtements, son corps. Les gardiens de la morale, de plus en plus décomplexés, ne se contentent plus de regarder : ils prescrivent. Dans le même temps, les voix qui réclament une révision du CSP se font plus audibles, et de plus en plus radicales. Mais le plus inquiétant n’est peut-être pas que le CSP soit ouvertement remis en question. C’est que la contestation se déplace, gagne du terrain, change de visage — et qu’elle trouve parfois des alliées parmi celles-là mêmes qui ont bénéficié de ses avancées.
Le corps féminin, territoire à surveiller
Il y a d’abord cette campagne virulente autour des vêtements des femmes. Le corps féminin redevient un territoire à surveiller, à commenter, à corriger. On ne dit plus seulement à la femme ce qu’elle doit faire : on lui dit comment elle doit être vue.
Le moralisme se mêle au prosélytisme. On le perçoit aussi dans ces voix qui réclament le retour à ce qui fut, en 1956, l’une des ruptures les plus audacieuses avec la tradition juridique : la polygamie. Celle-ci redevient un sujet de discussion ; même des députés s’en mêlent.
Et puis il y a l’autre front, plus fort encore : celui qui conteste l’égalité dans l’héritage. Là, la situation devient presque vertigineuse. Car ce ne sont pas seulement les adversaires traditionnels des droits des femmes qui la contestent. De nombreux «modernistes», hommes et femmes, s’opposent à cette revendication. Et lorsqu’une responsable féministe affirme que l’égalité dans l’héritage doit désormais être au cœur du combat, elle se retrouve au centre d’une cabale qui dépasse largement la discussion juridique. Voilà le paradoxe.
Les femmes tunisiennes sont légitimement fières du CSP. Elles savent ce qu’il a changé dans leur vie et dans celle de leurs mères et de leurs grands-mères. Elles célèbrent l’audace de Bourguiba lorsqu’il a transgressé, interprété le texte, contextualisé, fait entrer le droit dans une société nouvelle.
Mais lorsqu’il s’agit de l’héritage, lorsqu’il s’agit de franchir un pas de plus, certaines invoquent soudain la règle «claire et nette» du texte religieux. Comme si l’histoire, l’évolution, le temps devaient s’arrêter exactement là où commencent nos hésitations et nos craintes. Comme si la famille tunisienne de 2026 était encore celle de 1956. Elle ne l’est évidemment plus. La structure de la famille a changé. Le rôle économique des femmes a changé. Leur niveau d’instruction, leur accès au travail, leur contribution aux revenus familiaux, leur espérance de vie, leur place dans l’espace public ont changé. La société elle-même a changé.
Pourquoi donc l’histoire serait-elle convoquée pour justifier certaines transgressions et congédiée lorsqu’il faudrait en accomplir une nouvelle ?
C’est peut-être là le paradoxe le plus profond de notre rapport aux droits des femmes. Nous aimons les droits lorsqu’ils nous arrivent sur un plateau d’argent. Nous les célébrons lorsqu’un État les inscrit dans la loi. Nous sommes fières lorsque l’histoire nous les offre. Mais sommes-nous prêtes à nous battre pour ceux qui ne sont pas encore acquis ? C’est une autre affaire.
En 1949, Simone de Beauvoir écrivait : «N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis.» La Tunisie pourrait ajouter aujourd’hui quelque chose à cette phrase. Les droits des femmes sont d’autant plus fragiles lorsqu’ils ont été accordés par un pouvoir qui, même lorsqu’il se voulait progressiste, demeurait un pouvoir masculin.
Le CSP est l’une des grandes réussites de ce que l’on a appelé le féminisme d’État. Mais le féminisme d’État comporte une ambiguïté fondamentale : il peut faire gagner aux femmes plusieurs décennies en quelques années, mais il ne leur apprend pas nécessairement à devenir les sujets politiques de leurs propres droits.
Le CSP de 1956 n’est pas le produit d’une évolution spontanée de la société tunisienne : il est le résultat d’une volonté politique extraordinairement forte. Bourguiba a assumé une lecture politique et réformatrice de l’islam. Et nous continuons à en parler comme si le zaïm était encore là.
C’est peut-être notre problème. Le «sauveur» est une figure tenace. Chez les conservateurs, il prend parfois la forme du religieux qui vient expliquer aux femmes comment être de bonnes musulmanes. Chez les modernistes, il peut prendre celle du dirigeant éclairé qui vient expliquer aux femmes comment être libres. Dans les deux cas, le mécanisme est étrangement proche.
Bourguiba est justement célébré parce qu’il a osé. Mais qui, après Bourguiba, osera ? Et surtout : pourquoi faudrait-il encore attendre qu’un homme ose à notre place ?
C’est ici que la réflexion de Simone de Beauvoir, si précieuse, paraît à la fois prophétique et incomplète.
Il ne suffit pas de rester vigilantes. Il faut devenir actrices de la construction, de la défense et de l’extension de nos droits. Car un droit que personne ne porte politiquement devient rapidement un droit que d’autres peuvent redéfinir. Et un droit dont les principales bénéficiaires ne se sentent pas responsables peut finir par paraître étranger à celles-là mêmes qu’il protège.
Que sommes-nous prêtes à conquérir ?
Voilà pourquoi la bataille actuelle ne se résume pas au CSP. Le CSP traversera probablement cette tempête. Il a traversé bien d’autres vents contraires. Et l’égalité successorale finira, tôt ou tard, par devenir une réalité, parce que les sociétés changent, parce que les familles changent, parce que les femmes changent, et parce que le droit ne peut indéfiniment prétendre que le monde est demeuré celui d’hier.
La vraie question est ailleurs. Sommes-nous capables de défendre ce que nous avons reçu et de conquérir ce que nous n’avons pas encore reçu ? Sommes-nous capables de passer du statut de bénéficiaires à celui de citoyennes qui savent que les droits ne sont pas des cadeaux ?
Le 13 août ne devrait donc pas être seulement la fête d’une femme à qui l’État a donné des droits. Il devrait être le jour où les Tunisiennes se demandent ce qu’elles sont prêtes à faire pour que ces droits deviennent réellement les leurs. Car il existe une autre manière de perdre ses droits que de les voir supprimer par une loi. C’est de renoncer à les défendre.
Ennahdha peut renaître de plusieurs manières. Ce parti conservateur peut renaître d’une crise politique, d’une crise économique, d’une poussée religieuse. Mais il peut aussi renaître d’une abdication beaucoup plus silencieuse : celle des femmes elles-mêmes.
Après le 13 août, la question n’est plus seulement : que nous a-t-on donné ? Mais : que sommes-nous prêtes à défendre et à conquérir ?
La romancière tunisienne Basma Omrani a remporté le Prix de la création littéraire en langue française du Prix Zoubeida Béchir 2026, décerné par le Centre de recherche, de documentation et d’information sur la femme (Credif), pour son roman ‘‘Sursis à volonté’’.
La distinction vient saluer un parcours littéraire encore récent, mais déjà marqué par une écriture qui s’intéresse aux zones de tension du réel, à l’absurde, à l’injustice et à ce qui reste enfoui derrière les apparences.
Née à Sfax en 1979, Basma Omrani est docteure en littérature générale et comparée et professeure de français. Elle vit actuellement à Paris. Son parcours universitaire et son rapport à la langue française accompagnent une démarche romanesque nourrie par l’observation du monde contemporain et de ses contradictions.
Avec ‘‘Sursis à volonté’’, son premier roman, l’écrivaine fait le choix d’une fiction qui cherche moins à contourner le réel qu’à le mettre à nu. Elle explique que le livre est né du désir d’exprimer «l’absurde, l’injuste et le refoulé» pour, en définitive, mieux dire le réel. Une démarche qui donne au roman sa matière et son point de départ.
L’attribution du Prix Zoubeida Béchir 2026 vient ainsi consacrer cette première œuvre et offrir à son autrice une reconnaissance importante dans le paysage littéraire tunisien de langue française.
À l’annonce du résultat, Basma Omrani a exprimé sa «profonde gratitude» aux membres du jury pour cette distinction. Elle a également rendu hommage au Credif pour son engagement en faveur de la culture et pour son travail de valorisation des écrits féminins.
Le Prix Zoubeida Béchir occupe une place particulière dans la reconnaissance de la création féminine tunisienne. En distinguant chaque année des œuvres portées par des femmes dans différents champs de la création et de la production intellectuelle, il contribue à leur donner une visibilité dans le paysage culturel national.
Avec ce Prix 2026, ‘‘Sursis à volonté’’ franchit une nouvelle étape dans son parcours. Pour Basma Omrani, cette distinction vient surtout confirmer la possibilité de faire de la littérature un espace de questionnement du réel, là où l’absurde, l’injustice et les non-dits trouvent une forme et une voix.
La réforme approuvée par le gouvernement fédéral allemand mercredi 12 août 2026 élargit les prérogatives des renseignements et leur attribue des pouvoirs opérationnels car jusque-là les services allemands ont adopté une posture défensive. Considérée comme le ventre mou des pays européens, l’Allemagne est souvent sujette à des opérations de déstabilisation russes comme des actes de sabotage, d’espionnage et de piratage informatique ciblant des infrastructures sensibles et des fabricants d’équipements militaires. À l’ère des guerres hybrides, cette réforme est considérée comme indispensable par les autorités allemandes pour protéger leur pays.(Le siège du BND à Berlin se verra conférer de nouveaux pouvoirs pour faire face aux menaces émanant d’acteurs étatiques tels que la Russie et la Chine, en s’appuyant sur l’intelligence artificielle. Photographie : Michael Sohn/Reuters).
Imed Bahri
Selon la correspondante du Guardian à Berlin, Deborah Cole, le gouvernement allemand a approuvé un projet de loi visant à lever de nombreuses restrictions imposées à ses services de renseignement depuis l’après-guerre, alors que le pays est sous le choc de deux attentats survenus en un mois et qui ont mis en lumière de graves failles de sécurité.
Ces modifications controversées, qui doivent encore être approuvées par le Parlement, répondent en grande partie à une liste de souhaits établie par les services de renseignement extérieurs et intérieurs, qui déplorent depuis longtemps le retard de l’Allemagne par rapport à ses alliés et à ses ennemis.
«Nous transformons nos services de renseignement en véritables services secrets», a déclaré le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt au journal Bild qui a qualifié cette réforme de «révolution» et d’«historique» en matière de sécurité. Il a ajouté : «Il est grand temps que nous nous positionnions pour être compétitifs et sur un pied d’égalité avec nos partenaires internationaux. Cela exige des capacités opérationnelles et des pouvoirs actifs pour lutter plus efficacement contre le terrorisme d’État moderne et les groupes extrémistes.»
Un attentat à la voiture bélier perpétré fin juillet lors de la Gay Pride de Berlin par un individu qualifié comme islamiste connu des services de police a été suivi, la semaine dernière, de la découverte d’un drone chargé d’explosifs près d’un avion-cargo ukrainien à l’aéroport de Leipzig, plaque tournante majeure du transport de matériel de défense.
Le gouvernement de coalition impopulaire de Friedrich Merz, composé de centres-droit et de centre-gauche, est sous pression pour démontrer sa capacité à moderniser le pays afin d’assurer la sécurité de ses citoyens, tout en préservant les droits et principes inscrits dans la Loi fondamentale allemande.
Le niveau de menace a considérablement augmenté
Les plans de réforme des services de renseignement étaient en préparation depuis des mois et ont fait l’objet de nombreux ajustements avant d’être présentés au gouvernement mercredi dernier.
Le Service fédéral de renseignement extérieur (BND), qui a fêté ses 70 ans cette année et est dirigé par l’ancien ambassadeur en Ukraine, Martin Jäger, se verra octroyer de nouveaux pouvoirs pour faire face aux menaces émergentes émanant d’acteurs étatiques tels que la Russie et la Chine, avec moins d’obstacles et grâce à l’intelligence artificielle (IA).
Les autorités allemandes affirment que le niveau de menace a considérablement augmenté depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, des agents liés à Moscou ayant prétendument mené à plusieurs reprises des actes de sabotage, d’espionnage et de piratage informatique ciblant des infrastructures sensibles et des fabricants d’équipements militaires.
M. Jäger a déclaré que «l’Allemagne devait être en mesure de montrer à ses adversaires qu’elle est capable de faire de même, afin que l’autre camp en subisse également les conséquences».
Jusqu’à présent, le BND a principalement adopté une posture défensive, se limitant essentiellement à la collecte d’informations et disposant de peu de pouvoirs opérationnels.
Selon le projet de loi, qui compte plus de 700 pages, les services de renseignement allemands seront autorisés à manipuler ou à supprimer des données, une pratique connue sous le nom de hack back (contre-piratage), méthode de riposte aux cyberattaques.
Parmi les autres possibilités figurent la modification des instructions de fabrication des armes ou leur neutralisation lors de leur production.
Assouplissement des règles de protection des données
Les paiements en ligne versés à des agents subalternes employés ponctuellement par des gouvernements étrangers pourraient être bloqués afin de prévenir les attaques.
Le recours à la force par les services de renseignement à l’étranger restera interdit. Cependant, les agents pourront plus fréquemment porter des armes pour leur légitime défense sans autorisation explicite.
La loi, que le gouvernement espère voir entrer en vigueur le 1er janvier 2027, assouplirait les règles de protection des données, largement critiquées pour leur caractère excessif et contre-productif.
Le BND et l’Office de protection de la Constitution (BfV), organe de surveillance de la sécurité intérieure, seront autorisés à collecter, stocker et analyser davantage d’informations et ce, plus longtemps grâce à l’IA. Il sera également plus facile d’obtenir l’autorisation d’effectuer des recherches en ligne et de surveiller le domicile de personnes suspectées d’infractions.
L’Allemagne renforcera également le contrôle du BND et du BfV par un conseil indépendant, en plus des pouvoirs déjà conférés à la commission parlementaire de contrôle du renseignement.
Bien que les réformes soient largement perçues comme nécessaires et attendues depuis longtemps, certains responsables politiques ont mis en garde contre des excès.
Accès élargi aux images de vidéosurveillance publique
La commissaire fédérale à la protection des données, Louisa Specht-Riemenschneider, a déclaré que son ministère serait privé de tout pouvoir de contrôle sur le BND et a critiqué l’accès élargi aux images de vidéosurveillance dans les espaces publics, en Allemagne comme à l’étranger.
Konstantin von Notz, porte-parole du parti écologiste d’opposition s’est dit favorable à un renforcement des pouvoirs du BND mais a toutefois estimé que le projet de loi était «excessif». Il a notamment critiqué les pouvoirs accordés au BfV, qu’il a jugés difficiles à concilier avec le principe de séparation des pouvoirs entre les services de renseignement et la police, une leçon tirée des pages les plus sombres de l’histoire allemande.
Ce texte législatif pourrait faire l’objet de recours en justice de la part de ses détracteurs.
Face à une incertitude géopolitique croissante et aux doutes concernant le rôle des États-Unis comme garant de sa sécurité, l’Allemagne s’est également lancée dans un vaste programme de réarmement. Merz a pris ses fonctions l’année dernière en promettant de faire des forces armées allemandes, la Bundeswehr, l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe.
Alors que les amateurs des citadines électriques ont les yeux rivés sur les futures Renault 5 E-Tech et Peugeot e-208, une petite inconnue venue de Chine commence à faire parler d’elle en Europe. Son nom : Dongfeng Box, une citadine 100 % électrique qui ne paye pas de mine, mais qui commence déjà à bousculer les habitudes du marché automobile européen, avec des commodités, des performances et des prix défiant toute concurrence.Elle est déjà la voiture électrique la plus immatriculée en Tunisie en 2026.
Habib Glenza, à Lodz.
Ce modèle est le premier véhicule de la marque chinoise Dongfeng commercialisé en Europe, sur le très stratégique segment B, celui des Clio, 208 et bientôt Renault 5 électrique. Et il ne se contente pas d’exister : il dépasse déjà en ventes des rivales comme la Fiat Grande Panda sur le marché espagnol, avec un rapport prix/équipement qui fait réfléchir. Et quand on regarde son tarif et ce qu’il offre de série, on comprend pourquoi Renault et Peugeot ont une nouvelle raison de s’en méfier.
La citadine électrique chinoise bouscule le segment B
Le Dongfeng Box est une petite berline à hayon 100 % électrique, pensée d’abord pour la ville et les trajets périurbains. Sous son capot, on trouve une batterie LFP de 42,3 kWh qui alimente un moteur de 70 kW, soit 95 ch, pour un couple de 160 Nm envoyé aux roues avant. Le constructeur annonce un 0 à 100 km/h en 10,6 s et une vitesse de pointe de 140 km/h, des valeurs en phase avec une utilisation quotidienne tranquille. L’autonomie homologuée atteint 310 km selon le cycle WLTP.
La gamme Box est presque figée, avec très peu d’options en dehors des couleurs. Dongfeng mise sur la stratégie du «tout de série» pour son électrique abordable. Résultat, cette petite citadine chinoise arrive en concessions espagnoles avec un équipement qui ferait rougir plus d’une compacte :
– multiples airbags frontaux, latéraux et rideaux ;
– jantes alliage de 17 pouces et projecteurs full LED avec feux de jour LED ;
– tableau de bord numérique de 5 pouces et écran tactile central de 12,5 pouces avec USB, Bluetooth et radio numérique ;
– climatisation automatique, vitres électriques, accès et démarrage sans clé, verrouillage centralisé à distance ;
– sellerie en simili-cuir, accoudoir central avant, sièges avant chauffants, ventilés et à réglages électriques ;
– volant multifonction en cuir réglable en hauteur ;
– régulateur de vitesse adaptatif avec limiteur, aide au démarrage en côte ;
– capteurs de stationnement avant et arrière, caméra de vision 360° ;
– alerte de franchissement de ligne, alerte de trafic arrière transversal, surveillance de la pression des pneus ;
– système d’appel d’urgence e-Call.
Sur une citadine électrique, voir des sièges ventilés, une caméra 360° ou un régulateur adaptatif proposés d’office reste assez rare. C’est justement ce cocktail d’autonomie correcte, de prestations de confort et d’aides à la conduite qui commence à attirer des clients en Europe, là où les modèles européens misent plus souvent sur des packs et des options payantes.
Le prix sous 20 000 € inquiète Renault et Peugeot
Le vrai séisme pour les constructeurs européens vient du prix. En tarif catalogue, le Dongfeng Box est affiché à 27 265 € sur le marché espagnol, hors promotions. Les offres repérées actuellement appliquent un rabais qui atteint 8 890 €, ce qui ramène le prix de vente à 18 375 €.
Autrement dit, une citadine électrique bien équipée, avec plus de 300 km d’autonomie WLTP, passe sous la barre des 18 500 €.
La remise reste soumise à conditions, avec mention de disponibilité limitée et de financement obligatoire, et n’a pas de valeur contractuelle, mais le signal envoyé au marché est clair.
À ce niveau de tarif réel, le Dongfeng Box se retrouve frontalement face aux futures Renault 5 E-Tech et Peugeot e-208, mais aussi aux Citroën ë-C3 et Fiat Grande Panda électrique, dans un segment B qui s’électrifie à toute vitesse. Le fait qu’il surpasse déjà la Fiat Grande Panda en immatriculations en Espagne montre que des clients sont prêts à tenter l’aventure avec une marque chinoise quand le rapport prix/équipement s’envole. Les premiers crash-tests européens ont toutefois attribué au modèle une note de 3 étoiles, un point faible dont les constructeurs français ne manqueront pas de se servir pour défendre leurs citadines, même si la pression exercée par un tel ticket d’entrée sur le marché de l’électrique reste bien réelle.
Le Tunisien Anis Zayana vient d’être nommé ambassadeur du Conseil international des directeurs et hôteliers (CIDH, Malaga, Espagne) en Ouganda. Fort de plus de 30 années d’expérience internationale dans l’hôtellerie, Anis Zayana dirige actuellement le Lake Victoria Granada Hotel à Entebbe.
«Je considère cette nomination comme une responsabilité et une opportunité de contribuer au développement du leadership hôtelier, au partage des connaissances, au renforcement des réseaux professionnels et à la promotion du tourisme en Ouganda et en Afrique de l’Est», a déclaré l’hôtelier tunisien.
«Sa vaste expérience professionnelle et son engagement envers le secteur de l’hôtellerie renforcent la vision internationale du CIDH, un réseau mondial réunissant des dirigeants et des professionnels attachés au leadership, au partage des connaissances ainsi qu’au développement du tourisme et de l’hôtellerie», a noté le CIDH, dans le communiqué de nomination signé parprésidé par son président Vicente Romero Jiménez. II a ajouté : «À une époque où l’innovation, la collaboration et les connexions à l’échelle mondiale revêtent une importance croissante, l’arrivée de professionnels expérimentés issus de pays et de cultures variés continue d’enrichir notre communauté et de consolider notre présence internationale.» Et de conclure : «Merci, Anis, d’avoir choisi le CIDH comme espace de mise en relation, d’échanges professionnels et de nouvelles opportunités.»
L’UEFA devrait examiner un incident survenu mercredi soir, 12 août 2026, en Pologne, à l’issue du match entre le GKS Katowice et l’Hapoël Tel-Aviv en Ligue Europa Conférence. Des vidéos et des photos diffusées sur les réseaux sociaux montrent plusieurs supporters du club polonais effectuant des saluts nazis en direction de la tribune occupée par les supporters israéliens.
Les faits se sont produits après la rencontre, disputée dans un contexte déjà particulièrement tendu. Les supporters de l’Hapoël avaient bénéficié de mesures de sécurité renforcées, la rencontre ayant été classée à haut risque en raison notamment de la réputation violente d’une partie des ultras de Katowice. Les autorités polonaises avaient également pris des dispositions pour séparer les deux groupes de supporters.
Avant même le match, l’UEFA avait averti les deux clubs qu’elle ne tolérerait pas de banderoles ou de messages offensants et qu’une interruption de la rencontre pouvait être décidée en cas d’incident. Cette mise en garde est intervenue alors que les tensions étaient déjà fortes autour de la venue du club israélien en Pologne.
Selon les images publiées après la rencontre, plusieurs supporters polonais ont toutefois provoqué les fans israéliens en effectuant des gestes assimilés au salut hitlérien. L’UEFA doit désormais déterminer la nature exacte des faits et décider s’ils constituent une infraction à son règlement disciplinaire. En cas de qualification comme comportement raciste ou discriminatoire, le GKS Katowice pourrait faire l’objet de sanctions.
L’incident intervient dans un climat déjà chargé autour des rencontres entre clubs israéliens et polonais. Ces dernières semaines, plusieurs épisodes avaient ravivé les tensions, notamment autour de banderoles et de déclarations politiques liées à Israël et à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, qui reste très vive dans les deux camps.
En acceptant qu’un pays asiatique, Israël en l’occurrence, un Etat violent et génocidaire, participe à ses compétitions, au mépris de la logique géographique et géopolitique, l’UEFA a eu tort de sous-estimer les conséquences d’une telle décision ? N’est-elle pas en train de raviver les ressentiments nés de la douloureuse mémoire de la Seconde guerre mondiale et d’alimenter ainsi l’antisémitisme dont l’Europe a toujours été, historiquement, le berceau ? Et d’ailleurs, l’UEFA peut-elle reprocher aujourd’hui aux supporters de politiser le football lorsque c’est elle qui, par une telle décision, a introduit la politique en football ? Il faut avoir de la suite dans es idées…
Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT) a exprimé, dans un communiqué publié le 13 août 2026, sa profonde indignation après la mort de Lassoued Dhoui, ressortissant tunisien né le 14 janvier 1996, décédé le 10 août 2026 au Centre de permanence pour les rapatriements (CPR) de Palazzo San Gervasio, en Italie (Photo). Tout en adressant ses condoléances à la famille de la victime, l’association tunisienne basée en France exige «vérité, justice et établissement des responsabilités.»
Lassoued avait été placé dans ce CPR quelques jours avant son décès et présentait, selon les premières informations, des fragilités psychiques. Une question s’impose : comment une personne vulnérable a-t-elle pu être maintenue en rétention sans que sa santé et sa sécurité soient garanties ?
Cette mort survient dans un centre déjà visé par de graves dénonciations. Une enquête judiciaire a notamment porté sur des mauvais traitements et l’administration de psychotropes, dont du Rivotril. Une inspection de décembre 2025 signalait encore des déficiences dans la prise en charge médicale et psychiatrique, un recours massif aux psychotropes, ainsi que des insuffisances concernant les évaluations psychiatriques et la prévention du risque suicidaire.
Toute la lumière doit être faite sur l’état de santé de Lassoued, les examens réalisés, les médicaments éventuellement administrés et les raisons de son maintien en rétention.
Wissem, Ezzedine, Rabii, Lassoued : combien encore ?
Cette mort n’est pas isolée. Wissem Ben Abdellatif, 26 ans, est mort en 2021 après son passage par un CPR. Ezzedine Anani, 44 ans, est mort dans un CPR en 2022. Rabii Farhat est décédé en 2025 en prison après un passage par un CPR.
À chaque mort, quelques réactions, puis le silence. Nous refusons cette banalisation : les migrant·es ne sont pas des statistiques d’expulsion, mais des êtres humains titulaires de droits.
Où sont les autorités tunisiennes ?
Le silence des autorités tunisiennes est particulièrement préoccupant. Quand ont-elles été informées ? Quelles démarches ont-elles entreprises auprès de l’Italie ? La famille a-t-elle été informée et accompagnée ? Ont-elles demandé les résultats de l’autopsie et de l’enquête ?
Il est inadmissible que des journalistes et militant·es aient dû lancer des appels sur les réseaux sociaux pour retrouver la famille de Lassoued. La faible couverture médiatique tunisienne interroge également sur l’autocensure et l’affaiblissement du journalisme indépendant. Le silence institutionnel et médiatique contribue à banaliser ces morts.
Jusqu’à 18 mois de rétention
Nous dénonçons également l’allongement de la rétention administrative en Italie, qui peut désormais atteindre, dans certaines conditions, 18 mois. Une telle privation de liberté, sans condamnation pénale, peut avoir des conséquences dévastatrices, notamment pour les personnes psychiquement vulnérables.
La responsabilité est d’abord italienne : Lassoued était privé de liberté sous le contrôle de l’État italien, qui avait l’obligation de protéger sa vie et sa santé. Elle est aussi européenne : les politiques de l’UE renforcent la rétention, les expulsions et l’externalisation des frontières.
Enfin, depuis le mémorandum UE-Tunisie de juillet 2023, les autorités tunisiennes coopèrent étroitement avec cette politique. La Tunisie ne peut faciliter les expulsions et rester silencieuse lorsque ses ressortissants meurent dans les structures de rétention.
Nous demandons
– une enquête indépendante et transparente et l’établissement de toutes les responsabilités ;
– toute la lumière sur l’état psychique, les soins et les traitements reçus par Lassoued ;
– des explications sur les suites données aux alertes concernant Palazzo San Gervasio ;
– une assistance consulaire et juridique effective à sa famille ;
– l’abandon de l’allongement de la rétention administrative pouvant atteindre 18 mois et, plus largement, une refonte profonde des politiques migratoires italiennes et européennes fondées sur l’enfermement, l’expulsion et l’externalisation du contrôle des frontières vers des pays tiers.
Selon l’Institut national de la statistique, l’indice des prix des logements a augmenté de 0,3 % au 4e trimestre 2025 par rapport au 3e trimestre de la même année. Cette évolution et attribuée à une hausse de 1,8 % des prix des maisons et à un recul de 0,3 % des prix des appartements.
La même source a fait état d’une hausse de 5,6 % de l’indice global des prix des logements au 4e trimestre 2025 par rapport à la même période en 2024, sous l’effet d’une augmentation de 5,7 % de l’indice des prix des appartements et de 5,6 % de celui des maisons.
Les ventilations régionales de l’indice des prix des logements ont révélé une hausse de 2,9 % dans le Grand Tunis, ainsi qu’une augmentation de 6,9 % dans la région du Sahel (Sousse, Mahdia et Monastir) et à Nabeul.
Selon les données collectées par nPerf, une plateforme indépendante de mesure des performances Internet, basée sur l’expérience réelle des utilisateurs, la Tunisie se classe 3e des connexions mobiles, avec 56 696 nPoints, parmi 7 pays à richesse par habitant comparable (entre 3000 et 5000 US $), entre janvier et juillet 2026.
Ce score moyen reflète la performance globale des usages comme le téléchargement de fichiers, l’envoi de contenus ou la navigation web. Le Maroc et le Vietnam, avec respectivement 77 129 nPoints et 75 246 nPoints, devancent la Tunisie dans ce classement.
La Tunisie précède cependant l’Égypte (33 090 nPoints), le Venezuela (29 993 nPoints), l’Angola (22 527 nPoints) et le Sri Lanka (16 752 nPoints).
Les performances varient significativement parmi les pays à richesse par habitant comparable. Le Maroc, en tête, affiche un score supérieur de 20 433 nPoints à celui de la Tunisie. À l’inverse, la Tunisie dépasse le Sri Lanka de 39 944 nPoints, illustrant des différences notables dans l’expérience utilisateur, notamment pour des usages comme le téléchargement de vidéos en haute définition ou la navigation web fluide.
Il est permis de penser que la part du lion des prêts sur l’honneur, sans taux d’intérêts ni garantis ni frais de dossier, instaurés par les dépositions de la loi n°2024-41 du 02 Août 2024 qui a donné lieu au décret d’application n°2026-148 du 23 Juillet 2026 (voir mon article : Le «Mardi noir» à la Bourse de Tunis) et qui prévoit l’attribution d’un crédit à la consommation de 5000 dinars aux ménages, d’un prêt sur l’honneur de 10000 dinars aux promoteurs de petits projets et d’un prêt sur l’honneur de 25000 dinars aux PME et sociétés communautaires, ira en fait à ces dernières, si chères à notre président, et qui n’arrivent pas à décoller malgré un arsenal juridique et des avantages fiscaux très favorables, faute de financement. On peut aussi imaginer que, la mise en place d’un mécanisme de financement de ces sociétés communautaires, sans aucune charge et avec le maximum de facilités et le minimum de bureaucratie, en affectant par la force de la loi 8% des bénéfices réalisés par les banques à la réalisation cet objectif, constitue dans l’esprit de notre président, la motivation principale derrière la publication de ce décret.(Photo : Kaïs Saïed avec les potières de Sejnane, en août 2025).
Dr Sadok Zerelli *
En effet, depuis 2022, les sociétés communautaires occupent une place centrale dans la vision économique du président Kaïs Saïed. Présentées comme un nouveau modèle de développement fondé sur l’économie sociale et solidaire, elles ambitionnent de transformer les citoyens, notamment les jeunes et les habitants des régions marginalisées, en acteurs directs de la création de richesse. Elles reposent sur un principe simple : les membres d’une même communauté s’associent pour exploiter collectivement les ressources locales et partager équitablement les bénéfices.
Cette initiative soulève cependant une question fondamentale : les sociétés communautaires constituent-elles une véritable innovation capable de revitaliser l’économie tunisienne ou ne représentent-elles qu’un mirage économique fondé davantage sur l’idéalisme que sur les réalités du marché ?
Pour répondre objectivement à cette question, je vais adopter, comme à mon habitude, une approche d’ordre universitaire, loin de toute considération de politique politicienne de soutien ou d’opposition au président Saïed.
Un arsenal juridique très favorable
Les sociétés communautaires en Tunisie reposent principalement sur les textes législatifs suivants :
1. Le décret-loi n° 2022-15 du 20 mars 2022 relatif aux sociétés communautaires. Il s’agit du texte fondateur qui définit les objectifs des sociétés communautaires, leurs modalités de création, leur organisation et leur gouvernance et les droits et obligations des associés.
2. Le décret présidentiel n° 2022-498 du 19 mai 2022, qui approuve les statuts-types des sociétés communautaires locales et régionales. Il fournit un modèle officiel de statuts que les fondateurs doivent adapter lors de la création de leur société.
3. Le décret-loi n° 2025-3 du 2 octobre 2025, qui a modifié plusieurs dispositions du décret-loi de 2022. Il a notamment revu la classification des sociétés communautaires, leur composition et certaines règles de fonctionnement afin de faciliter leur développement.
À ces textes s’ajoutent plusieurs arrêtés ministériels et circulaires publiés en 2025 et 2026, ainsi que la création d’un Secrétariat d’Etat chargé de la promotion des sociétés communautaires.
Un projet porteur d’espoir
Le principal mérite de ce modèle est de replacer le citoyen au cœur du développement économique. Contrairement à l’entreprise privée classique, où le profit constitue l’objectif principal, la société communautaire poursuit également des objectifs sociaux : création d’emplois, réduction des inégalités régionales, valorisation des ressources locales et renforcement de la solidarité.
Dans plusieurs régions de l’intérieur, où le chômage dépasse largement la moyenne nationale, ce modèle peut contribuer à mobiliser une main-d’œuvre souvent inactive. L’agriculture, la pêche, l’artisanat, les énergies renouvelables ou encore le tourisme écologique offrent des domaines où ces structures pourraient développer une véritable valeur ajoutée.
Par ailleurs, les sociétés communautaires favorisent un sentiment d’appartenance et de responsabilité collective. Les bénéfices demeurent sur le territoire et peuvent être réinvestis dans le développement local plutôt que d’être transférés vers les grands centres urbains.
Malgré ses intentions louables, la réussite des sociétés communautaires dépend de plusieurs conditions qui demeurent aujourd’hui incertaines.
Le premier obstacle concerne le financement. La plupart des communautés disposent de peu de capitaux propres. Sans accès durable au crédit, à l’investissement ou aux garanties bancaires, de nombreux projets risquent de rester à l’état d’idée. On peut dire ou au moins espérer qu’avec la publication du décret n°2026-148 le 3 août dernier, cette difficulté va être surmontée. Mais, malheureusement, elle est loin d’être la seule.
En effet, le deuxième défi et non des moindres est celui de la gouvernance. Une entreprise collective exige une gestion transparente, des compétences en comptabilité, en marketing, en droit et en management. Certes, parmi les promoteurs de ces sociétés communautaires, on peut s’attendre à un grand nombre de diplômes de l’enseignement supérieur et chômeurs depuis de longues durées, mais peut-on se rappeler les connaissances acquises sur les bancs de l’université après 10 ou 15 ans de chômage ? Personnellement j’en doute fort
Le troisième obstacle réside dans la compétitivité. Une entreprise, quelle que soit sa forme juridique, doit vendre ses produits ou ses services sur un marché concurrentiel. Les sociétés communautaires devront donc répondre aux exigences de qualité, de productivité, d’innovation et de rentabilité qui s’imposent à toutes les entreprises.
Enfin, l’environnement économique tunisien demeure marqué par une croissance faible, une inflation persistante, des difficultés d’accès au financement et une bureaucratie parfois décourageante. Ces contraintes touchent autant les sociétés communautaires que les entreprises privées.
Des réalisations en deçà des espérances
Les chiffres disponibles invitent à la prudence. En mars 2025, environ 160 sociétés communautaires avaient été créées, dont 77 % étaient des sociétés locales orientées principalement vers l’agriculture. Quelques mois plus tard, en août 2025, leur nombre atteignait 255, mais seulement 55 étaient effectivement entrées en activité, soit environ 22 % du total. Le nombre de participants est toutefois passé de 4 000 à 16 550 en moins d’un an, ce qui témoigne d’un intérêt croissant pour cette formule.
Ces chiffres traduisent un paradoxe. D’un côté, l’adhésion populaire progresse ; de l’autre, la majorité des sociétés créées restent au stade administratif. Cette situation montre que créer une entreprise est une chose, la rendre économiquement viable en est une autre.
Une solution miracle ?
Pour revenir au titre de cet article, qualifier les sociétés communautaires de «solution miracle» serait excessif. Aucun modèle économique, à lui seul, ne peut résoudre les problèmes structurels de la Tunisie : faible croissance, chômage élevé, endettement public, déficit commercial, faiblesse de l’investissement et perte de compétitivité.
Les sociétés communautaires peuvent constituer un outil parmi d’autres, mais elles ne remplaceront ni les investissements privés, ni les investissements étrangers, ni les réformes de l’administration, de la justice, de l’éducation ou de la fiscalité.
Leur succès dépendra également de leur capacité à attirer des compétences, à développer des partenariats avec les banques, les universités et les collectivités locales, ainsi qu’à intégrer les nouvelles technologies.
Conclusion : les sociétés communautaires représentent une idée séduisante, porteuse d’une vision plus inclusive du développement. Elles traduisent une volonté de réduire les fractures territoriales et de redonner aux citoyens un rôle actif dans la création de richesse.
Cependant, entre l’idéal et la réalité, l’écart demeure considérable. Sans financement suffisant, sans compétences de gestion, sans environnement économique favorable et sans mécanismes rigoureux de gouvernance, elles risquent de devenir des structures symboliques plus que de véritables moteurs de croissance.
La véritable question n’est donc pas de savoir si les sociétés communautaires sont un mirage ou une solution miracle. Elle est de déterminer si la Tunisie sera capable de réunir les conditions économiques, institutionnelles et humaines nécessaires pour transformer une idée généreuse en réussite durable.
L’avenir de ce modèle dépendra donc moins des textes juridiques que de sa capacité à créer des entreprises rentables, innovantes et bien gérées. Si ces conditions sont réunies, les sociétés communautaires pourront devenir un instrument utile du développement régional. Dans le cas contraire, elles risquent d’alimenter une nouvelle vague de désillusions et de déceptions, dans un pays qui en a déjà connu beaucoup et dont la population est, le moins qu’on puisse dire, à bout de ses nerfs, comme le montrent les manifestations publiques de ces dernières semaines.
A l’instar des évolutions du secteur à travers le monde, le marché automobile tunisien connaît une transformation rapide : les véhicules propulsés — partiellement ou totalement — à l’électricité ont représenté, entre le 1er janvier et le 31 juillet 2026, plus de 12 % du total des immatriculations, contre 5 % sur la même période en 2025. Mais leurs utilisateurs font face à un défi majeur : le manque de bornes de recharge.
Le marché des véhicules électriques et hybrides en Tunisie a connu une croissance remarquable, portée principalement par une demande accrue pour les technologies rechargeables.
Les véhicules hybrides rechargeables (PHEV) ont enregistré une hausse spectaculaire de 522 %, atteignant 2 177 unités, tandis que les immatriculations de véhicules entièrement électriques (VE) ont progressé de 525 % pour s’établir à 1 543 unités. Parallèlement, les véhicules hybrides classiques (HEV) ont affiché une augmentation plus modeste, de l’ordre de 13 %.
Les chiffres indiquent que les constructeurs chinois commencent à inonder le marché tunisien : ils ont représenté, durant la période considérée, près de 60 % des immatriculations de véhicules électriques en Tunisie.
Cet essor de l’adoption de ces véhicules est porté par des incitations fiscales, une gamme de modèles plus étendue et une sensibilisation croissante aux nouvelles technologies de motorisation.
Toutefois, le secteur fait face à plusieurs défis — notamment en ce qui concerne la qualité des infrastructures et leur adéquation avec les exigences de ces véhicules — ainsi qu’à la nécessité d’étendre le réseau de bornes de recharge, d’améliorer le service après-vente, de former des techniciens et d’élaborer une stratégie globale pour l’approvisionnement et la gestion des batteries.
Le secteur vise à atteindre un volume de ventes de 2 000 véhicules électriques d’ici la fin de l’année en cours, s’inscrivant ainsi dans la volonté de l’État de soutenir la transition vers des modes de transport plus économes en énergie et plus respectueux de l’environnement, comme l’a indiqué Ibrahim Debbache, président de la Chambre des concessionnaires et constructeurs automobiles, cité par Mosaïque FM.
Malgré des indicateurs positifs, M. Debbache a souligné que le marché tunisien du véhicule électrique en est encore à ses balbutiements et ne représente qu’une part limitée du marché automobile global. Le développement du réseau de bornes de recharge, l’optimisation des coûts ainsi que l’amélioration des services de maintenance et de soutien technique constituent les défis majeurs à relever pour garantir l’essor durable du secteur dans les années à venir, a-t-il expliqué.
Les données de l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME) indiquent que le coût de l’utilisation d’un véhicule électrique sur 100 kilomètres s’élève à environ 6 dinars tunisiens, contre près de 16 dinars pour un véhicule comparable équipé d’un moteur à combustion interne.
Cet écart de coût d’utilisation incite aussi bien les professionnels — notamment les chauffeurs de taxi — que les particuliers à envisager l’achat de véhicules électriques. Cette tendance est renforcée par la diversité des marques présentes sur le marché tunisien et par leurs tarifs compétitifs, répondant aux besoins des familles comme des particuliers tout en séduisant les passionnés d’automobile.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte de tendances mondiales croissantes en faveur de la mobilité durable et du recours aux énergies propres, ouvrant ainsi de nouveaux horizons au marché tunisien pour suivre le rythme des transformations à l’œuvre dans l’industrie automobile mondiale.
Le club émirati de Hatta a annoncé mercredi 12 août 2026 la signature de l’attaquant tunisien Seifeddine Jaziri, ancien joueur du Zamalek, pour renforcer ses rangs lors du mercato estival en cours.
Al-Jaziri a rejoint Hatta dans le cadre d’un transfert libre, après avoir résilié son contrat avec le Zamalek d’un commun accord, suite à un arrangement concernant le règlement de ses arriérés financiers.
Le club émirati a officialisé l’opération via son compte sur la plateforme «X», sans toutefois préciser la durée du contrat de l’attaquant tunisien.
La saison dernière, Al-Jaziri a disputé 22 matchs avec le Zamalek, inscrivant 4 buts. Et au cours de son passage au club cairote, il a pris part à 185 rencontres, marquant 48 buts et délivrant 19 passes décisives.
Alors que les chiffres officiels révèlent une aggravation de la crise du chômage chez les diplômés universitaires, les différentes coordinations des chômeurs en Tunisie, notamment l’Union des diplômés chômeurs (UDC), multiplient les mouvements de protestation pour faire pression sur l’exécutif en vue d’accélérer la mise en œuvre de la loi n° 18 de 2025, relative au recrutement exceptionnel des personnes au chômage depuis plus de dix ans.
Latif Belhedi
Ces mouvements surviennent dans un contexte de tensions croissantes entre les syndicats de diplômés et les autorités de sécurité, tensions exacerbées par des décisions visant à restreindre les manifestations, prévues sur les plans aussi bien national que régional. Ces restrictions suscitent un vif mécontentement parmi les organisateurs qui font valoir qu’elles sont en totale contradiction avec les slogans officiels prônant la défense des droits, au moment où leurs droits fondamentaux au travail, à la dignité et à l’expression leur sont refusés.
Politique de temporisation et d’ajournement
Ces restrictions des libertés violent la Constitution, disent-ils, estimant que «la liberté d’expression et de réunion ne constitue ni une faveur accordée par les autorités, ni un privilège octroyé ou révoqué au gré de leur volonté. Il s’agit au contraire de droits constitutionnels dont l’exercice ne saurait être soumis à un calendrier dicté par les autorités.»
Ces restrictions, ajoutent-ils, touchent au cœur même du droit des chômeurs à exprimer leurs préoccupations et à contester les atermoiements persistants dans la mise en œuvre d’une loi adoptée il y a plusieurs mois.
Les organisations des diplômés chômeurs tiennent le pouvoir exécutif pour seul responsable du blocage continu de l’application de la loi, ainsi que de toute conséquence découlant de cette politique de temporisation et d’ajournement.
Loi n° 18 et chiffres alarmants du chômage
Il convient de noter que la loi n° 18 de 2025, publiée au Journal officiel le 22 décembre 2025, prévoit des dispositions exceptionnelles pour le recrutement dans le secteur public de diplômés universitaires au chômage depuis plus de dix ans.
Bien que plusieurs mois se soient écoulés depuis sa promulgation, les personnes concernées attendent toujours sa mise en œuvre effective.
Par ailleurs, le retard dans l’élaboration et la publication des décrets d’application nécessaires, ainsi que dans le lancement de la plateforme numérique destinée à la réception et à la modification des candidatures, perdure en dépit des assurances officielles répétées quant à l’engagement de l’État à rendre cette loi opérationnelle.
Cette situation survient à un moment délicat. Elle coïncide avec la publication, par l’Institut national de la statistique, des chiffres relatifs à l’emploi et au chômage pour le premier trimestre 2026. Ces données font état d’une hausse significative de 1,7 % du taux de chômage chez les diplômés universitaires, lequel atteint désormais 24,2 %, contre 22,5 % au dernier trimestre 2025. Les statistiques révèlent également un écart important entre les sexes, avec un taux de chômage de 14,2 % pour les hommes contre 32 % pour les femmes.
En conséquence, la colère de l’opinion publique s’est intensifiée et les appels à une intensification de la contestation pour exiger un emploi immédiat se sont multipliés, dans un contexte de difficultés financières et budgétaires, de hausse de l’inflation, d’augmentation des prix et de baisse du pouvoir d’achat des citoyens.
Par ailleurs, et malgré l’accélération du phénomène de la fuite des compétences, le nombre de diplômés chômeurs continue d’augmenter, dans un contexte caractérisé par une décélération de l’investissement, public et privé, et une faible croissance économique.
Avant la guerre israélo-américaine sur l’Iran qui a débuté le 28 février 2026, Mohsen Rezaie était un paisible retraité qui n’occupait plus que le poste de membre du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime. Avec le début de la guerre et l’avènement de Mojtaba Khamenei, il a d’abord été nommé par celui-ci comme conseiller militaire et cette semaine, il vient de le nommer au poste très stratégique de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Rezaie, 71 ans, est une légende vivante du Corps des Gardiens de la révolution. Il a dirigé ce corps de 1981 à 1997 et c’est sous son impulsion que cette institution est devenue puissante et omnipotente.
Imed Bahri
Dans le New York Times, Yeganeh Torabti, correspondante du journal en Iran, est revenu sur la nomination de Rezaie à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale estimant qu’elle représente un renforcement de l’autorité de l’appareil sécuritaire traditionnel.
Un porte-parole du président iranien a annoncé dimanche sur les réseaux sociaux que Rezaie, qui a commandé les Gardiens de la révolution iraniens pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, occuperait le poste de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Jusqu’à cette annonce, Rezaie était le conseiller militaire du Guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei.
Rezaie remplace Mohammad Baqer, qui avait lui-même succédé à Ali Larijani, tué lors d’une frappe aérienne israélienne pendant les frappes américano-israéliennes contre l’Iran en début d’année.
Le porte-parole de la présidence, Seyed Mehdi Tabatabaei, a annoncé sur les réseaux sociaux la démission de Zolqadr, sa nomination à un nouveau poste et son remplacement par Rezaie. Le NYT a souligné que Zolqadr est lui-même un ancien membre du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), la force de sécurité la plus puissante d’Iran, mais les analystes estiment qu’il ne dispose pas de l’autorité de certains hauts gradés militaires, actuels ou anciens.
Le Conseil, composé de hauts responsables civils et militaires, joue un rôle crucial dans la définition de la politique iranienne face au conflit en cours avec les États-Unis. En juin, le Conseil avait approuvé un mémorandum d’entente visant à mettre fin au conflit mais cet accord a rapidement volé en éclats en raison de désaccords entre les États-Unis et l’Iran concernant le contrôle du détroit d’Ormuz.
Hamid Reza Azizi, expert en questions de sécurité iraniennes basé à Berlin, a déclaré que la nomination de Rezaie est significative à plusieurs égards, notamment parce qu’elle indique que les hauts responsables de la sécurité du pays continuent de consolider leur pouvoir au lieu de permettre une transition vers une nouvelle génération d’élites politiques. Rezaie est une figure de proue des plus hautes sphères de l’establishment militaire et politique iranien depuis plus de quarante ans. Outre son rôle militaire, il s’est présenté à plusieurs reprises à l’élection présidentielle, sans succès.
Azizi a ajouté que cette nomination témoigne également d’une tentative de contrebalancer l’influence de Mohammad Bagher Qalibaf, qui dirige les négociations entre l’Iran et les États-Unis. Il a précisé que Qalibaf, autre commandant vétéran des Gardiens de la révolution, est président du Parlement et est connu pour ses liens étroits avec Zolqadr.
Azizi estime que ce changement à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale pourrait représenter une tentative de l’ayatollah Mojtaba Khamenei de limiter l’influence excessive de Qalibaf.
Qalibaf a défendu l’accord de cessez-le-feu conclu entre l’Iran et les États-Unis en juin malgré les critiques formulées par des éléments plus radicaux au sein du régime. Azizi a déclaré que «la nomination de Rezaie signifie que les plus conservateurs du régime sont désormais aux commandes».
Saeid Golkar, professeur à l’Université du Tennessee à Chattanooga et spécialiste des forces de sécurité iraniennes, a déclaré que la promotion de Rezaie confirme que les Gardiens de la révolution détiennent le pouvoir décisionnel suprême en Iran. Précédemment, le Conseil suprême de sécurité nationale était occupé par des profils civils à l’instar d’Ali Larijani et Saïd Jailli, tous deux universitaires. Le premier a fait des études de mathématiques et de philosophie et le second en sciences politiques. Avec Rezaie, c’est un profil militaire traditionnel mais aussi un homme de confiance de Mojtaba Khamenei qui via cette nomination prend en main cette institution clé de la République islamique.
Golkar estime toutefois que pour le moment ce changement n’implique pas de facto un durcissement de la politique ni au contraire un plus grand pragmatisme.
Rezaie et Qalibaf finiront par s’affronter
Il est probable que Rezaie et Qalibaf finissent par s’affronter en raison de leurs ambitions divergentes. À l’instar de Rezaie, Qalibaf a déjà brigué la présidence. «Cette situation est vouée à l’échec», a conclu Golkar, ajoutant: «Chacun aspire au pouvoir».
Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux la semaine dernière, Mohammad Baqer Kharrazi, un religieux conservateur apparenté par alliance à l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a prédit cette nomination, la décrivant comme une tentative de contenir le président iranien Masoud Pezeshkian. Ce dernier, ainsi que son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, étaient la cible d’attaques virulentes de la part des conservateurs iraniens en raison de leurs efforts diplomatiques auprès des États-Unis. Selon Kharrazi, Pezeshkian avait menacé à plusieurs reprises de démissionner de la présidence. Ces menaces répétées n’ont pas plu au Guide suprême qui l’a averti que sa patience commençait à s’épuiser qu’il accepterait sa démission la prochaine fois qu’il la proposerait.
Cette mise sur orbite de Rezaie par ce dernier en le nommant à un poste de premier plan pourrait être une façon de le préparer à la présidence au cas où Pezeshkian finirait par partir. Rezaie président conviendrait à la fois à Mojtaba Khamenei qui aura un président avec lequel il sera sur la même longueur d’onde et conviendrait aussi aux Gardiens de la révolution qui auront leur ancien patron et leur membre le plus illustre à la tête de l’exécutif.
Le gouvernement tunisien a décidé de confier la gestion de l’autoroute A1 (tronçon Hammam Lif-Sousse) et de l’autoroute A2 (entre Tunis et Jelma) à la société publique Tunisie Autoroutes, par le biais de nouveaux contrats de concession. Cette décision a été prise le mercredi 12 août 2026 lors d’un conseil ministériel restreint présidée par la Première ministre Sarra Zaafrani Zenzeri au palais de la Kasbah, consacrée aux modalités de gestion de ces deux tronçons autoroutiers.
Selon la présidence du gouvernement, cette mesure vise à garantir la continuité d’un service jugé stratégique, tout en maintenant le contrôle de l’État et en valorisant les investissements réalisés dans le secteur des infrastructures.
Le réseau autoroutier opérationnel de la Tunisie s’étend sur un total de 743 kilomètres, dont 567 kilomètres sont actuellement des tronçons à péage gérés par la société Tunisie Autoroutes.
Plus précisément, la concession du tronçon de 141,5 kilomètres de l’autoroute A1, reliant Hammam Lif à Sousse, est actuellement détenue par cette société et doit arriver à échéance fin 2028. Pour ce segment, le Conseil ministériel a décidé de maintenir Tunisie Autoroutes et de signer un nouveau contrat de concession, évitant ainsi tout changement d’opérateur au terme de l’accord actuel.
Une attention particulière est portée à la nouvelle autoroute A2 Tunis-Jelma, longue de 186 kilomètres ; actuellement en construction, sa livraison est prévue pour 2027.
Le gouvernement a décidé d’en confier la gestion à Tunisie Autoroutes via une nouvelle concession, permettant ainsi la mise en service du système de péage dès l’achèvement des travaux.
L’autoroute A2 traverse les gouvernorats de Ben Arous, Zaghouan, Kairouan et Sidi Bouzid et constitue la plus longue autoroute jamais construite en Tunisie en une seule phase. Le projet est divisé en huit lots, pour un coût total d’environ 1,7 milliard de dinars.
Ce projet est jugé stratégique pour renforcer les liaisons entre la capitale et les régions de l’intérieur, désenclaver certaines zones et faciliter la circulation des personnes et des marchandises, tout en favorisant le développement économique régional.
Une vision intégrée préservant le service public
Lors de la réunion de mercredi, Salah Zouari, ministre de l’Équipement et de l’Habitat, également chargé du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie — a présenté les conclusions d’une étude portant sur diverses options de concession pour la gestion des deux tronçons. Ces options ont été évaluées sous les angles juridique, économique, financier et social, selon une approche qui, de l’avis du Chef du gouvernement, doit aller au-delà de la simple attribution d’une concession. Mme Zaafrani Zenzeri a souligné «la nécessité d’adopter une vision intégrée préservant le service public, limitant le coût des interventions financées par l’État, assurant un équilibre entre les impératifs financiers et économiques et les considérations sociales, et garantissant l’entretien ainsi que le bon fonctionnement de l’infrastructure».
Le choix de confier la gestion à la société Tunisie Autoroutes s’explique également par le fait que cette entreprise assure depuis longtemps l’exploitation et la maintenance du réseau autoroutier tunisien ; selon le gouvernement, elle dispose de l’expertise technique, des équipements et des systèmes opérationnels nécessaires pour garantir la continuité du service.
Cette décision intervient alors que les autorités cherchent à achever rapidement l’autoroute ‘A2, considérée comme l’un des projets d’infrastructure majeurs actuellement en cours dans le pays.
Par conséquent, la cheffe du gouvernement a exhorté les entreprises chargées des travaux à «mobiliser toutes les ressources humaines et logistiques disponibles afin d’accélérer le rythme de construction, de rattraper les éventuels retards et de respecter les délais contractuels».
Lors de la réunion, Zaafrani Zenzeri a qualifié le réseau autoroutier de «service public vital et d’investissement stratégique de l’État», soulignant «son rôle dans le désenclavement des régions, le soutien à la mobilité des personnes et des marchandises, ainsi que la promotion du développement économique et social».
Une situation financière globalement fragile et structurellement déficitaire
Il convient de préciser, ici, que la situation financière de la société Tunisie Autoroutes est globalement fragile et structurellement déficitaire, marquée par un lourd endettement lié au financement des infrastructures et une forte dépendance vis-à-vis du soutien de l’État.
Pour financer la construction du réseau routier national, la société a massivement recouru à des emprunts auprès de bailleurs de fonds internationaux (Fades, BAD, BEI, Jica) et sa dette globale consolidée a dépassé les 1,8 milliard de dinars.
En raison d’un résultat d’exploitation structurellement faible face au coût de la maintenance et aux charges d’intérêts, la société accumule des exercices négatifs (les pertes cumulées atteignaient déjà 176,1 millions de dinars lors des derniers audits complets rendus publics).
Face à l’incapacité de la société à honorer seule ses traites internationales avec ses recettes de péage, l’État intervient directement en tant que garant. À titre d’exemple, le budget étatique a dû allouer 200 millions de dinars uniquement pour payer les échéances de la dette de l’entreprise.
Malgré cette fragilité financière, l’avenir opérationnel de la société est sécurisé à moyen terme par des décisions politiques fortes, notamment le maintien du monopole et non-privatisation, conformément à la doctrine prônée par le président de la république Kaïs Saïed, qui est catégoriquement opposée à toute forme de privatisation, même partielle, des entreprises publique dont l’écrasante majorité sont déficitaires, sinon au bord de la faillite.