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Le gazoduc Nigeria-Maroc va entrer dans sa phase de construction !

L’approfondissement des liens entre le Maroc et le reste du continent africain est un axe majeur de la politique étrangère marocaine et se traduit par un ancrage économique solide notamment dans le secteur financier via l’implantation des banques marocaines, le secteur commercial, le secteur aéronautique mais également le secteur énergétique. Le mégaprojet du gazoduc Nigeria-Maroc dont la dénomination officielle est Gazoduc Afrique-Atlantique s’étendra sur 6 900 kilomètres à travers 13 pays de la côte ouest de l’Afrique pour être raccordé in fine au réseau gazier Maghreb-Europe.

Imed Bahri

Asharq Bloomberg (média issu du partenariat entre le groupe saoudien Saudi Research and Media Group et Bloomberg) indique que le projet de gazoduc Afrique-Atlantique (The African Atlantic Gas Pipeline), reliant le Nigeria au Maroc, entre dans une nouvelle phase de sa mise en œuvre. Les études techniques et d’ingénierie sont désormais achevées et les préparatifs de construction peuvent commencer. Ce projet, l’un des plus importants d’Afrique en matière d’infrastructures de transport de gaz, vise à acheminer les réserves de gaz nigérianes vers les pays d’Afrique de l’Ouest et le Maroc avant d’atteindre les marchés européens.

6 900 kilomètres à travers 13 pays ouest-africains

L’étude d’impact environnemental et social (EIES) relative à la section marocaine révèle de nouveaux détails sur la mise en œuvre, notamment l’emplacement des stations de compression et de réception, les modalités de raccordement du gazoduc au réseau gazier Maghreb-Europe, ainsi que les phases de construction et d’exploitation. Ces informations font suite à la finalisation des études de faisabilité et des plans d’ingénierie, ouvrant la voie à l’obtention des autorisations environnementales nécessaires. 

Le projet devrait s’étendre sur environ 6 900 kilomètres à travers 13 pays de la côte ouest-africaine, dont 2 220 kilomètres pour la section marocaine (1 830 kilomètres à terre et 390 kilomètres en mer). Le coût d’investissement estimé du projet est d’environ 25 milliards de dollars. La section marocaine comprend quatre stations de compression et deux stations de réception, constituant l’infrastructure nécessaire au transport du gaz.

Ce projet vise à acheminer du gaz naturel du Nigéria vers les pays d’Afrique de l’Ouest et le Maroc, tout en permettant son raccordement au réseau gazier européen via le Maroc. Il renforcera la sécurité énergétique des pays traversés et fournira une infrastructure régionale de transport de gaz le long de la côte atlantique.

Quatre stations de compression au Maroc

L’une des informations les plus importantes révélées par le document est l’identification de l’emplacement de quatre stations de compression sur la section terrestre au Maroc, près des villes de Boujdour, Tan-Tan, Agadir et Safi.

Les stations de compression figurent parmi les composants essentiels des gazoducs, car elles permettent de rétablir la pression du gaz lorsqu’elle chute durant son long parcours, assurant ainsi un débit continu jusqu’à sa destination finale.

L’étude indique que les stations seront construites à intervalles de 300 à 320 kilomètres, un espacement adapté à un gazoduc de 48 pouces de diamètre. Chaque station occupera une superficie d’environ 64 hectares, les emplacements ayant été choisis à proximité des ports et des réseaux de transport afin de faciliter la livraison des équipements et des services.

Le choix d’un diamètre de gazoduc de 48 pouces tient compte non seulement des besoins actuels mais aussi du potentiel d’augmentation des volumes de gaz à l’avenir, en fonction de la croissance de la production et de la demande dans les pays traversés.

Un consortium composé des sociétés françaises Phénixa et Oréade-Brèche, de la société américaine CSA Ocean Sciences et de la société marocaine ZIZ Geo Consulting a réalisé les études relatives aux sections terrestres et maritimes du projet pour le compte de l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym), l’agence gouvernementale marocaine responsable du projet, en collaboration avec la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC).

Raccordement à l’Europe

Le document révèle également que le projet comprendra deux terminaux de réception au Maroc. Le premier point d’arrivée du gaz en provenance de Mauritanie via la section offshore sera le terminal de la section terrestre. Le second permettra de connecter directement ce gazoduc au gazoduc Maghreb-Europe, acheminant ainsi le gaz vers les marchés européens via le réseau existant.

L’étude apporte également de nouvelles précisions sur le plan de mise en œuvre du projet qui prévoit l’établissement de six camps temporaires le long du tracé marocain. Ces camps comprendront des installations d’hébergement pour les travailleurs, des entrepôts de stockage de canalisations et des ateliers de maintenance des équipements.

Le projet sera mis en œuvre par le biais de contrats d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction distincts étant donné que chaque section du pipeline, station de compression et chaque station de réception est confiée à une entreprise différente. Cette approche vise à exécuter les travaux en parallèle, à réduire les délais d’achèvement et à répartir les tâches et les risques entre plusieurs entreprises spécialisées.

Le document indique que chaque camp couvrira environ 300 kilomètres du tracé du projet et emploiera entre 1 000 et 1 200 travailleurs par camp pendant la phase de construction. La priorité sera donnée à l’emploi de la main-d’œuvre locale et à la mise en place de programmes de formation spécialisée.

Le projet est développé en partenariat entre l’Onhym et la NNPC, en collaboration avec les pays traversés par le pipeline.

Une section offshore

Selon l’étude, la section offshore s’étendra dans les eaux marocaines sur environ 390 kilomètres, entre la frontière maritime avec la Mauritanie et la région de Dakhla, à des profondeurs variant de 15 à 100 mètres.

Le gazoduc sera progressivement enfoui sur une distance d’environ huit kilomètres à mesure qu’il se rapproche de la côte, grâce à une couche de béton, un revêtement anticorrosion et un système de protection cathodique. Ceci garantira sa stabilité et sa sécurité tout au long de sa durée de vie opérationnelle estimée à 40 ans.

Le document explique que la section marocaine du projet relève de la phase 1B, qui s’étend de Kayar au Sénégal jusqu’au point de raccordement au gazoduc Maghreb-Europe au Maroc. Selon le calendrier de l’étude, la décision finale d’investissement est attendue au quatrième trimestre 2026, ce qui permettra au projet de passer de la phase d’étude et de conception à la mise en œuvre.

L’étude indique que le projet est actuellement en train de finaliser les études d’impact environnemental et social et de satisfaire aux exigences réglementaires et environnementales, suite à la réalisation des études de faisabilité et de la conception technique, en vue du démarrage des travaux. La construction du tronçon marocain devrait débuter après la décision finale d’investissement, prévue fin 2026, et la mise en service commerciale au deuxième trimestre 2031.

Pourquoi le tracé entièrement sous-marin n’a-t-il pas été retenu ?

L’étude révèle que les responsables du projet avaient initialement envisagé la construction d’un gazoduc entièrement sous-marin le long de la côte atlantique toutefois cette option a été écartée en raison des coûts élevés de construction et de maintenance, de la complexité technique et de l’impact potentiel sur les écosystèmes marins.

Un tracé combinant sections sous-marines et terrestres a donc été choisi, offrant des avantages économiques et de sécurité, et permettant l’approvisionnement en gaz naturel des villes et zones industrielles situées le long du tracé. Le tracé du gazoduc au Maroc a également été modifié afin d’éviter les zones habitées et les réserves naturelles, tout en maintenant une distance minimale d’un kilomètre par rapport aux habitats sensibles.

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Euro Bonds | La douloureuse facture que payent les Tunisiens

Mercredi 15 juillet 2026, la Tunisie règle son dernier grand eurobond international : 700 millions d’euros levés en 2019 à 6,375 % sur sept ans («Euro Bonds – 7 ans – 6,375 % – 700 M€ Reg S – 15/07/2026»). Les communiqués officiels célèbrent une «page qui se tourne», une «discipline financière retrouvée», une «fin de cycle». La communication, elle, ferme le dossier. L’arithmétique financière, en revanche, le rouvre et en fait un autre constat chiffré. Allumez donc votre calculatrice…

Moktar Lamari *

Un vieux proverbe tunisien résume admirablement la situation : «Elli yakhod bel elkilo, yerja’ bel qentar» — qui emprunte en kilo rembourse en quintal. Encore faut-il vérifier si le dicton résiste aux chiffres. Il les supporte remarquablement bien.

Premier constat : même le montant du remboursement final raconte une histoire. Deux chiffres circulent depuis plusieurs jours. La plupart des médias évoquent une facture globale d’environ 2,3 milliards de dinars, intérêts compris. À l’inverse, le calendrier officiel de la dette, repris par Ilboursa, distingue 2 350 millions de dinars (MDT) de principal et 150 MDT d’intérêts, soit 2,5 milliards de dinars au total. L’écart atteint près de 200 MDT, soit environ 8 %. Ce n’est pas une querelle de décimales : c’est l’équivalent du financement de plusieurs hôpitaux de proximité.

Le coût réel de l’emprunt

Le calcul permet pourtant de départager les versions. Si 700 millions d’euros correspondent à 2 350 MDT, le taux de change implicite est d’environ 3,357 dinars pour un euro. Un coupon annuel de 6,375 % représente alors 44,625 millions d’euros, soit très exactement 150 MDT. L’arithmétique donne donc raison au calendrier détaillé.

Le chiffre de 2,3 milliards relève vraisemblablement d’un arrondi commode ou d’une conversion effectuée à un autre cours. Ni mensonge ni manipulation, mais un arrondi institutionnel qui fait disparaître, au passage, deux cents millions de dinars. En comptabilité publique, les arrondis ont parfois le goût des tours de passe-passe.

Mais le véritable sujet n’est pas le chèque signé ce mercredi. La vraie question est infiniment plus simple : combien cet emprunt a-t-il réellement coûté depuis 2019 ?

La réponse découle d’une formule élémentaire de finance obligataire (taux composé): Coût total = Principal + (Taux × Principal × Nombre d’années).

Dans le cas présent : 700 M€ + (0,06375 × 700 × 7) = 1 012,375 milliard d’euros.

Autrement dit, la Tunisie n’a pas seulement remboursé 700 millions d’euros à l’échéance. Elle a également payé, pendant sept années, 44,625 millions d’euros d’intérêts annuels.

Au total, la facture atteint un peu plus de 1,012 milliard d’euros, soit 312 millions d’euros d’intérêts, représentant près de 45 % du capital emprunté. Converti au cours actuel, cela représente environ 3,4 milliards de dinars déboursés pour un emprunt qui représentait environ 2,2 milliards de dinars lors de son émission.

La dette n’a donc pas disparu : elle a simplement présenté l’addition.

Le récit officiel parle pourtant de «clôture». Le mot mérite d’être examiné. Car on ne clôt pas une dette comme on clôt un dossier administratif. On ferme une ligne de financement, certes, mais on n’efface pas le coût économique qui l’a accompagnée.

Plus encore, cette sortie des marchés internationaux relève moins d’un choix souverain que d’une réalité moins flatteuse : depuis plusieurs années, la Tunisie éprouve les plus grandes difficultés à retrouver un accès normal aux marchés internationaux, notamment après l’enlisement des négociations avec le FMI.

Les statistiques illustrent parfaitement ce déplacement du problème. La dette extérieure rapportée au PIB est effectivement passée d’environ 47,7 % en 2019 à près de 32 % en 2025. Mais, dans le même temps, l’endettement intérieur a explosé et l’encours total de la dette publique est passé d’environ 83 milliards à 141 milliards de dinars. La dette n’a donc pas disparu ; elle a simplement changé d’adresse. On ne rembourse pas une dette : on la fait déménager.

Report sur demain de la consommation d’aujourd’hui

Trois questions demeurent alors soigneusement absentes des communiqués officiels. La première est sans doute la plus embarrassante : à quoi ces 700 millions d’euros ont-ils réellement servi ?

La réponse est connue. Ils n’ont financé ni infrastructure majeure, ni centrale électrique, ni réseau ferroviaire, ni hôpital universitaire. Ils ont principalement couvert les besoins du budget courant dans une année électorale où les finances publiques étaient sous très forte tension.

Le journaliste Jean-Pierre Sereni résumait déjà cette logique d’une formule lapidaire : cet argent est «parti en fumée». L’expression est sévère mais difficilement contestable : aucun actif productif identifiable n’est venu justifier un emprunt dont les générations futures continuent pourtant d’acquitter la facture.

Or toute la logique de la dette publique repose précisément sur cette distinction fondamentale : on peut légitimement emprunter pour investir ; emprunter pour financer des dépenses courantes revient simplement à reporter sur demain la consommation d’aujourd’hui.

La deuxième question relève cette fois de la théorie financière. Quel rendement minimal cet emprunt aurait-il dû produire pour être économiquement neutre (couvrir ses coûts sans perte ou profit) ?

La condition est classique : la valeur actuelle nette est nulle lorsque le taux de rentabilité interne est au moins égal au coût du capital. La formule s’écrit : Σ [CFₜ / (1 + r)ᵗ] = Investissement initial.

Encore faut-il intégrer une variable que les commentaires omettent presque toujours : le risque de change. L’emprunt est libellé en euros tandis que les recettes publiques sont essentiellement perçues en dinars. Entre juillet 2019 et juillet 2026, le dinar est passé d’environ 3,16 à 3,36 dinars pour un euro, soit une dépréciation cumulée proche de 6,3 %, correspondant à environ 0,9 % par an.

Le coût économique réel devient alors : r = (1 + 6,375 %) × (1 + 0,9 %) – 1 ≈ 7,33 % par an.

Autrement dit, tout investissement financé par cet emprunt devait produire au minimum 7,33 % de rendement annuel pendant sept ans pour simplement couvrir son coût financier.

Or la croissance moyenne de l’économie tunisienne entre 2019 et 2025 dépasse à peine 1 % par an, après la récession historique de –8,8 % en 2020. Même si les 700 millions avaient été intégralement investis dans un projet productif suivant la performance moyenne de l’économie nationale, le rendement serait resté très inférieur au seuil de rentabilité.

Pourquoi emprunter au marché et non au FMI ?

Mais le problème est plus profond encore : cet investissement n’a jamais réellement existé. Les fonds ont financé du fonctionnement courant. Le rendement économique est donc proche de zéro. La valeur actuelle nette n’est pas simplement négative : elle est lourdement déficitaire.

Enfin vient la troisième question, probablement la plus politique : combien cette opération aurait-elle coûté si la Tunisie avait emprunté auprès du FMI plutôt que sur les marchés internationaux ?

Les prêts du FMI accordés dans le cadre du Mécanisme élargi de crédit étaient généralement consentis à des taux compris entre 1 % et 2 %, avec une maturité plus longue et surtout une période de grâce de quatre ans et demi. Retenons un taux médian de 1,5 %.

Le calcul est immédiat.

Au taux de l’eurobond : 700 × 6,375 % = 44,625 M€ d’intérêts par an.

Au taux du FMI : 700 × 1,5 % = 10,5 M€.

L’écart atteint 34,125 millions d’euros par an, soit près de 239 millions d’euros sur sept ans, l’équivalent d’environ 800 millions de dinars aux cours actuels.

Et ce calcul ne tient même pas compte de l’avantage considérable qu’aurait procuré la période de grâce, qui aurait évité de concentrer en juillet 2026 un choc de liquidité de près de 2,5 milliards de dinars sur les réserves de change.

Pourquoi, dès lors, avoir préféré le marché au FMI ? Parce que les marchés prêtent cher mais sans imposer de réformes ; le FMI prête beaucoup moins cher mais exige des contreparties : maîtrise de la masse salariale publique, réforme des subventions, restructuration des entreprises publiques.

Depuis plus d’une décennie, les gouvernements successifs ont préféré acheter leur liberté de différer les réformes plutôt que de payer le prix politique de leur mise en œuvre.

L’image est cruelle mais fidèle : c’est le choix de celui qui refuse une consultation chez le dentiste pour économiser une anesthésie locale, avant de finir quelques années plus tard à l’hôpital pour une extraction sous anesthésie générale, infiniment plus coûteuse.

L’eurobond de 2019 n’est donc pas seulement une obligation arrivée à échéance. Il est le miroir d’une gouvernance où chaque échéance électorale a systématiquement prévalu sur chaque échéance financière.

Depuis 2011, la dette publique est passée d’environ 83 milliards à 141 milliards de dinars, sans qu’apparaisse en contrepartie un patrimoine collectif à la hauteur de cet endettement.

La «clôture» célébrée cette semaine ressemble ainsi davantage à la fermeture d’un compte qu’à l’assainissement des finances publiques. Car une dette remboursée n’efface jamais les raisons pour lesquelles elle a été contractée. Elle ne fait que solder le passé. Les vraies questions, elles, restent ouvertes.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T.

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La Tunisie en proie à une crise d’approvisionnement en eau

Le 14 juillet 2026, le département «Justice environnementale et climatique» du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) a publié une déclaration de soutien intitulée : «La crise de l’eau en Tunisie : le silence officiel face à un crime ouvertement reconnu». Nous en reproduisons la traduction ci-dessous.

En pleine vague de chaleur intense — qui, selon les avertissements de l’Observatoire tunisien de la météo et du climat, devrait perdurer jusqu’au 20 juillet avec des températures pouvant atteindre 47 °C — plusieurs régions de Tunisie sont confrontées à une crise paralysante de l’approvisionnement en eau.

Le droit à l’eau a cessé d’être un droit fondamental garanti par la Constitution pour devenir une revendication quotidienne dont la satisfaction est sans cesse reportée ; une dure réalité marquée par des coupures fréquentes, s’accompagnant de la soif et d’un sentiment d’indignité.

Ces conditions désastreuses ont poussé les citoyens à manifester dans diverses régions ; les troubles sociaux se sont intensifiés — allant jusqu’au blocage de routes — pour exprimer une colère légitime et le refus d’une souffrance quotidienne devenue insupportable.

Les villes minières illustrent parfaitement la mauvaise gouvernance et l’abandon ; la ville de Metlaoui, par exemple, a été le théâtre d’une vive colère et de tensions provoquées par une coupure d’eau de plus d’une semaine, une situation qui bafoue totalement les droits de ses habitants.

La localité de Ladhiyab, dans la délégation de Touiref (gouvernorat du Kef), a également été le théâtre d’une manifestation pacifique ce matin [mardi, Ndlr], au cours de laquelle les habitants ont exprimé leur colère et leur condamnation face aux perturbations persistantes de l’approvisionnement en eau potable, revendiquant leur droit légitime à l’eau et à une vie digne.

Une crise de gestion et d’exploitation, ainsi que des réseaux vétustes

Les déclarations de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) elle-même confirment l’ampleur croissante de la crise ; celle-ci a dépassé les régions traditionnellement marginalisées pour toucher les environs immédiats de la capitale. La société a annoncé des perturbations et des interruptions de la distribution dans les gouvernorats de l’Ariana et de Ben Arous, ainsi que dans les délégations de Bir Mcherga et de Jebel Oust (relevant du gouvernorat de Zaghouan). Parallèlement, des perturbations affectent les gouvernorats de Sousse, Monastir, Mahdia, Nabeul et Kairouan, où les coupures nocturnes programmées — mises en œuvre depuis le début du mois — se sont muées en une politique de gestion courante privant d’eau des milliers de familles entre minuit et l’aube, en raison d’un «déséquilibre des réserves d’eau».
Le paradoxe flagrant réside dans le fait que ce grave déficit d’approvisionnement perdure alors même que le taux de remplissage des barrages à l’échelle nationale — selon les données du ministère de l’Agriculture — avoisine les 60 %, un chiffre officiellement qualifié de «très rassurant».

Cette contradiction entre la disponibilité de la ressource et la crise hydrique en cours révèle la véritable nature du problème : il ne s(agit pas simplement d’une crise liée à la rareté des ressources naturelles, mais d’un problème de gestion et d’infrastructures vétustes, incapables de faire face aux pics de consommation estivaux et aux taux d’évaporation élevés, le tout aggravé par l’absence d’une stratégie proactive et équitable de répartition des ressources disponibles entre les régions.

Ce qui se passe aujourd’hui ne relève plus d’une simple crise passagère ; il s’agit d’une atteinte directe à la dignité humaine, d’une violation flagrante des droits à l’eau et à la santé, ainsi que d’une preuve manifeste de marginalisation systémique et d’absence de justice sociale et environnementale. C’est aussi la conséquence inévitable d’années de mauvaise gestion, d’un manque de volonté politique et de l’incapacité des politiques publiques à garantir l’un des droits humains les plus fondamentaux.

Face à cette situation :

– nous condamnons fermement le silence et l’inaction face à la crise de pénurie d’eau — qui se répète chaque année sans qu’aucune solution de fond ne soit apportée — et nous exigeons une intervention immédiate et urgente pour assurer un approvisionnement régulier en eau potable, en soulignant que la persistance de cette situation constitue une menace réelle pour la paix sociale ;

– nous exprimons notre solidarité totale et inconditionnelle avec les habitants des zones touchées dans tous les gouvernorats, et nous soutenons leurs actions pacifiques et légitimes pour défendre leur droit à la vie et à la dignité ; – nous appelons à l’élaboration d’une politique nationale de gestion des ressources en eau qui soit juste et durable — fondée sur la transparence, la responsabilité et l’équité régionale — et qui impose à la Sonede de communiquer immédiatement et en toute transparence sur toutes les interruptions de service, qu’elles soient programmées ou imprévues.

Communiqué traduit de l’arabe.

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La Biat répond aux nouvelles attentes des Tunisiens de l’étranger

La Biat a annoncé, le 14 juillet 2026, le lancement de sa campagne estivale dédiée aux Tunisiens résidents à l’étranger (TRE) franchissant ainsi une nouvelle étape dans son engagement envers cette clientèle en termes d’accompagnement pour répondre à leurs nouvelles attentes. «Cette nouvelle campagne témoigne de la volonté de la banque de poursuivre l’enrichissement de son accompagnement à travers une expertise renforcée et une offre bancaire et extra-bancaire en constante évolution», indique la Biat dans un communiqué.

Fidèle à son rendez-vous annuel avec les TRE, la Biat renouvelle son engagement à offrir un accompagnement axé sur la proximité, l’écoute et l’expertise, au service d’une expérience client innovante, personnalisée et simplifiée.

Depuis plusieurs années, la Biat s’est investie dans le développement d’une démarche qui place les TRE au cœur de sa stratégie. Elle a mis en place un ensemble d’initiatives destinées à leur offrir une prise en charge sur mesure et à mieux répondre à leurs attentes. A travers sa signature «A chaque pas, Tounessna avec toi», la Biat affirme sa détermination à être un partenaire de proximité, aux côtés des TRE pour les accompagner, y compris leurs familles, dans tous leurs projets en Tunisie, bien au-delà de leurs besoins bancaires.

Consciente de l’évolution des comportements et de la diversité des attentes, la Biat consolide cette année son ambition d’offrir une expérience de qualité aux TRE. Elle veille ainsi à renforcer la relation de confiance avec ses clients, dont les exigences sont élevées en matière de prise en charge, de disponibilité et de conseil. Elle s’attache à anticiper et à répondre aux aspirations des nouvelles générations, en misant notamment sur l’innovation et la digitalisation et en proposant une palette plus large que l’offre bancaire classique.

Simplifier le quotidien des TRE

Le lancement de l’offre extra-bancaire, notamment l’assistance automobile Tunizen et Biat privilèges, en constitue une première concrétisation.

A l’occasion de la saison estivale, la Biat poursuit cette dynamique en déployant également son dispositif Biat Tounessna, conçu pour offrir aux TRE un accompagnement personnalisé et adapté à chaque étape de leur vie. Biat Tounessna rassemble un ensemble de solutions et de services pour simplifier le quotidien des TRE et faciliter leurs démarches pour la réalisation de leurs projets en Tunisie. En s’appuyant sur son réseau et ses équipes dédiées, sur Biat France, une structure principalement dédiée aux Tunisiens établis en France mais aussi à ceux résidant en Europe ainsi que sur sa plateforme digitale MyBiat, la Biat entend leur donner accès à un univers d’opportunités.

La Biat confirme ainsi sa volonté de demeurer un partenaire de référence pour les TRE, porteur de nouvelles opportunités. Elle traduit la conviction que cette clientèle attend bien plus que des solutions bancaires mais un accompagnement global et une expérience utile, fluide et personnalisée, capable de répondre à ses besoins comme à ceux de ses proches en Tunisie, à chaque étape de leur vie.

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Mondial Fifa | L’équipe de France, une élimination programmée

La France a été éliminée très logiquement par l’Espagne à Dallas, hier soir, mardi 14 juillet 2026, au cours d’un match que la Roja a dominé d’une manière indiscutable. Privés du ballon par un milieu de terrain espagnol habile et entreprenant, les joueurs français ont passé la plupart du temps à courir pour tenter de le récupérer et n’ont que très rarement été en mesure d’adresser vers le but adverse des tirs lointains et non cadrés. (Photo : Le duel des stars Yamal-Mbappé a tourné au profit de l’Espagnol).

Dr Mounir Hanablia

Les Bleus ne se sont quasiment jamais créé de véritables occasions de buts. Le premier but espagnol est survenu sur penalty (transformé par Mikel Oyarzabal) après une faute grossière de l’arrière gauche Lucas Digne sur le virevoltant Lamine Yamal. Le second but a été le fruit d’un bon mouvement collectif qui a vu le défenseur Pedro Porro démarqué battre le gardien français.

Un jeu peu créatif et prévisible

Face à une défense espagnole bien organisée et anticipant les actions adverses, le jeu français est apparu tel qu’il a toujours été depuis le début du Mondial, peu créatif, prévisible, et comptant sur la réussite de ses attaquants, absente durant la soirée, sans doute sous l’effet de la fatigue accumulée, mais aussi de la frustration et du manque de leadership.

Emporté par le naufrage, Kylian Mbappé, intronisé leader du groupe sans en avoir les qualités nécessaires, a été incapable de maîtriser ses nerfs, allant jusqu’à tenter d’agresser le gardien adverse, puis s’obstinant à tirer un coup franc d’une position favorable alors que, visiblement, il manquait de la concentration nécessaire pour le faire.

Comble de malchance, William Saliba, pièce maîtresse de la défense, a dû quitter le terrain, blessé.

Il ne s’agit pas ici de tirer satisfaction d’avoir joué les Cassandre dans un précédent article. Mais si on repasse en revue sa campagne en Coupe du monde, et abstraction faite du match contre l’Irak, l’équipe de France aura éprouvé des difficultés face au Sénégal pendant plus d’une heure. L’ampleur du score face à une Norvège déjà qualifiée et laissant au repos son attaquant vedette ne pouvait faire illusion. La Suède ayant déjà subi une raclée face aux Pays-Bas était dénuée de toute organisation défensive digne de ce nom. Le match contre le Paraguay a constitué le premier signal d’alarme, vite relégué au second plan dans la polémique suscitée par le jeu si on peut le qualifier ainsi des Sud-américains, et la composition ethnique de l’équipe du Coq. Mais tous ceux qui ont vu jouer l’Uruguay en 1970, l’une des équipes les plus hermétiques qui aient jamais évolué en Coupe du monde, se souviendront de quelle brillante manière les Brésiliens menés par la star Pelé en étaient venus à bout. Force est de reconnaître que face au Paraguay, de cette manière-là en quoi on reconnaît la marque des champions, la France fut dénuée. Quant au Maroc, il n’a quasiment jamais menacé le camp français.

L’Espagne plus confiante

A l’opposé l’équipe d’Espagne a commencé sa campagne d’une manière modeste, en se cassant les dents contre le Cap Vert, puis en montant progressivement en puissance d’abord contre l’Arabie saoudite, un simple match d’entraînement, ensuite face à l’Uruguay, une équipe difficile. Puis il y eut l’Autriche, le Portugal, considéré comme l’un des favoris avec son armada de vedettes, suivi de la Belgique, toutes des équipes européennes bien organisées.

Ainsi l’Espagne indubitablement n’a pas manqué de chance, même si cette chance là n’a rien à voir avec celle méthodique qui n’a cessé d’accompagner les Argentins. Néanmoins elle est arrivée aux demi-finales en ayant accumulé dans la difficulté le capital confiance nécessaire alors même que ses deux attaquants phare, Lamine Yamal et Nico Williams, demeurent en méforme. A l’inverse des Français dont le premier véritable test dans cette Coupe du monde confirma toutes les carences en se soldant par leur élimination. La France championne du Monde 2026, ce n’est effectivement pas encore demain la veille. 

* Médecin de libre pratique.

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Tunisie | Adil Chbani, nouveau DG de Attijari Assurance

Attijari Assurance Tunisie, filiale du Groupe Wafa Assurance, a annoncé la nomination de Adil Chbani au poste de directeur général, succédant à Mohammed Amal Kaghat, dont l’action à la tête de la compagnie a contribué à consolider sa position sur le marché tunisien. Sa prise de fonction est effective depuis le 1er juin 2026.

La nomination de M.Chbani s’inscrit dans une dynamique de continuité et de renforcement du leadership de la filiale, indique le communiqué de la société.

Fort de plus de vingt-cinq ans d’expérience dans la finance, l’assurance et le développement commercial, le nouveau promu a occupé des fonctions de direction générale au sein de grands groupes bancaires et d’assurance de référence. Spécialiste reconnu de la bancassurance, il dispose également d’une solide expertise en asset management, en leasing et en gestion de patrimoine.                                                         Tout au long de son parcours, il a piloté des projets de restructuration, de lancement d’activités et de conquête de parts de marché, en s’appuyant sur un leadership stratégique et une réelle capacité à fédérer les équipes autour d’une vision claire.

Formé aux États-Unis, titulaire d’un diplôme d’Ingénieur et d’un MBA, il a développé une approche du leadership alliant rigueur analytique, vision stratégique et capacité d’exécution.

Dans ses nouvelles fonctions, M. Chbani aura pour mission de poursuivre la dynamique de développement de la compagnie, de renforcer son positionnement sur le marché et d’accompagner ses ambitions de croissance et d’innovation, en cohérence avec la stratégie du groupe.

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Nabeul | 8 morts par noyade depuis le début de l’été

Depuis le début de la saison estivale et jusqu’à hier, lundi 13 juillet 2026, le gouvernorat de Nabeul a enregistré 23 cas de noyade — dont 8 mortels — sur différentes plages de la région, ce qui représente le taux le plus élevé de ce type d’incidents sur le littoral tunisien, selon une source de la Garde maritime, ajoutant que 10 cas de noyade, ayant entraîné 3 décès, ont été recensés le week-end dernier sur diverses plages de la région. (Photo: Plage El Maamoura, Nabeul).

Parmi les victimes figure un jeune homme originaire de la ville d’El Maamoura, qui s’est noyé dimanche dernier alors qu’il tentait de porter secours à deux enfants ; malgré les efforts de sauvetage, il a perdu la vie.

Dans ce contexte, les autorités exhortent les vacanciers à faire preuve de prudence et à tenir compte des avertissements émis par l’Institut national de la météorologie et la Garde maritime. Elles mettent en garde contre les risques — tels que la baignade alors que des alertes officielles sont en vigueur ou le non-respect des drapeaux rouges sur les plages — et déconseillent de se baigner sur les plages dépourvues de maîtres-nageurs.

I. B.

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L’Italie, 1er fournisseur européen de la Tunisie et 2e mondial après la Chine

Au premier semestre 2026, l’Italie a confirmé sa position de premier fournisseur de la Tunisie au sein de l’Union européenne (UE) et de deuxième fournisseur tous pays confondus, juste derrière la Chine, qui représente le premier déficit commercial de notre pays.

Les échanges de marchandises tuniso-italiens ont atteint 11,427 milliards de dinars tunisiens, soit l’équivalent d’environ 3,4 milliards d’euros.

Ces chiffres sont issus du rapport «Balance par pays» annexé à la note sur le commerce extérieur publiée le 12 juillet par l’Institut national de la statistique (INS).

Entre janvier et juin, les importations tunisiennes en provenance d’Italie — correspondant aux exportations italiennes vers la Tunisie — se sont élevées à 5,547 milliards de dinars (environ 1,64 milliard d’euros), contre 4,877 milliards à la même période en 2025. Cela représente une hausse de 13,7 %, soit une augmentation de plus de 670 millions de dinars en valeur. L’Italie a ainsi représenté 11,7 % du total des importations tunisiennes, devançant la France qui s’est établie à 11,5 % avec environ 5,425 milliards de dinars. La Chine demeure le principal fournisseur global, avec une part de 12,3 %.

Dans l’ensemble, les achats tunisiens auprès des pays de l’UE ont atteint 21,196 milliards de dinars, soit 44,9 % des importations nationales.

Parallèlement, les exportations tunisiennes vers l’Italie — correspondant aux importations italiennes depuis la Tunisie — ont augmenté de 5,5 %, passant de 5,576 milliards à 5,880 milliards de dinars (environ 1,74 milliard d’euros).

La balance commerciale bilatérale reste ainsi excédentaire pour la Tunisie à hauteur d’environ 333 millions de dinars ; toutefois, cet excédent a été réduit de plus de moitié par rapport aux près de 699 millions enregistrés au premier semestre 2025, sous l’effet de la croissance plus soutenue des ventes italiennes.

En ce qui concerne les destinations des produits tunisiens, la France conserve la première place, représentant 22,7 % du total des exportations, tandis que l’Italie se classe deuxième avec une part de 17 %, devant l’Allemagne (13,5 %).

Les exportations tunisiennes vers l’UE dans son ensemble se sont élevées à 24,375 milliards de dinars, soit 70,4 % du total national.

Toutefois, la progression des échanges avec l’Italie s’inscrit dans un contexte de détérioration de la balance commerciale globale de la Tunisie. Selon l’INS, le creusement du déficit est principalement imputable au secteur de l’énergie.

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La Tunisie ne recycle encore que 10 % des déchets qu’elle produit

La Tunisie ambitionne de transformer la gestion des déchets en un levier clé de l’économie circulaire ; sauf qu’entre l’ambition officielle proclamée et la réalité de la gestion des déchets dans le pays, il y a un gap énorme. En effet, la Tunisie ne parvient à recycler que 10 % des 2,6 millions de tonnes de déchets qu’elle génère annuellement.

Selon l’agence de presse tunisienne Tap, se basant sur des données et des orientations stratégiques du ministère de l’Environnement, le secteur du recyclage pourrait constituer un pilier central de la nouvelle politique climatique de la Tunisie — définie dans sa Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) — qui fixe un objectif de réduction de l’intensité carbone de 62 % d’ici 2035 par rapport au scénario de référence.

La stratégie vise à dépasser le modèle fondé principalement sur la collecte et la mise en décharge, pour privilégier la réduction des déchets à la source, le tri, la réutilisation, le recyclage et la valorisation des matériaux. L’objectif est de ne plus considérer les déchets uniquement comme une charge environnementale et sanitaire, mais comme une ressource économique et énergétique potentielle.

Selon le ministère de l’Environnement, qui aime tirer des plans sur la comète, au moment où le pays croule sous ses déchets, la transition vers une économie circulaire nécessite de renforcer les infrastructures de collecte sélective et de traitement des déchets, de développer les chaînes de valeur de la valorisation et d’accroître l’implication des municipalités, des entreprises privées et des opérateurs industriels. Ce qui nécessitera de gros moyens dont la Tunisie ne dispose guère aujourd’hui. Elle doit commencer par combler l’écart important entre le volume de déchets produits et la quantité réellement valorisée.

Alors que le taux de recyclage stagne à 10 %, la majeure partie des déchets collectés continue d’être acheminée vers des décharges, tandis qu’une part significative des activités de collecte et de tri est assurée par des opérateurs du secteur informel, utilisant les «barbechas» ou chiffonniers.

La valorisation des déchets s’inscrit dans l’engagement plus large de la Tunisie à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à limiter la pollution et à promouvoir un modèle de développement plus économe en ressources. Cependant, la réalisation des objectifs de la CDN 3.0 dépendra de la disponibilité de financements, de technologies et de partenariats internationaux, ainsi que de la mise en œuvre de réformes réglementaires et organisationnelles au sein du secteur. Tout un travail qui reste encore à faire…

I. B.

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Révélations | Comment le Mossad a-t-il recruté Mahmoud Ahmadinejad ?

C’est une bombe. Le New York Times a révélé ce lundi 13 juillet 2026 que l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad a été recruté par le Mossad ! Les Israéliens ont commencé à s’intéresser à lui quand ses relations se sont dégradées avec le défunt Guide suprême Ali Khamenei. Ahmadinejad a été empêché à trois reprises de se présenter de nouveau à l’élection présidentielle ce qui a nourri chez lui un profond ressentiment contre le régime et a forgé sa conviction que son retour au pouvoir ne pourrait avoir lieu qu’avec la chute de ce régime. 

Imed Bahri

Dans une enquête intitulée «Dans les coulisses de l’opération secrète d’Israël pour recruter Ahmadinejad» et menée par quatre journalistes Mark Mazzetti, Julian E. Barnes, Farnaz Fassihi et Ronen Bergman, le New York Times a révélé, lundi 13 juillet 2026, que l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad est assigné à résidence par les services de renseignement des Gardiens de la révolution après que les autorités iraniennes ont découvert ses contacts avec Israël. 

Selon le journal américain, Israël a mené pendant des années une opération secrète visant à recruter Ahmadinejad dans le but de l’installer à la tête de l’Iran après la chute du régime. L’enquête s’appuie sur des sources américaines, israéliennes et iraniennes connaissant les détails de l’opération.

Début 2024, un haut responsable du gouvernement hongrois de l’époque a demandé au professeur Gergely Deli, président de la Ludovika University of Public Service (Université Ludovica de l’administration publique) à Budapest, d’inviter Ahmadinejad à une conférence sur le changement climatique. Selon Deli, on lui a indiqué que cette conférence servirait en réalité de couverture à des discussions secrètes entre Ahmadinejad et des responsables des services de renseignement israéliens.

Malgré ses craintes de nuire à sa propre réputation et à celle de l’université, il accepta, estimant que si les deux parties étaient disposées à dialoguer, il fallait leur en donner l’occasion.

L’enquête rapporte que les gardes du corps d’Ahmadinejad ont déclaré qu’il avait réussi à disparaître au moins deux fois durant sa visite pour assister à de longues réunions. Interrogé, il affirma rencontrer des professeurs d’université. Lors de la conférence, Ahmadinejad prononça un discours en anglais, évoquant «l’humanité commune» et un «ordre mondial en mutation». Il surprit l’auditoire en ne commençant pas son discours par un verset du Coran. Comme il l’avait fait tout au long de sa présidence, il offrit même au recteur de l’université un exemplaire du ‘‘Livre des Rois’’ * du grand poète persan du Xe siècle Ferdowsi et reçut de sa main l’emblème de l’université.

La mue d’Ahmadinejad

Deli admet avoir servi d’intermédiaire pour faciliter des réunions secrètes. Selon des sources américaines, l’ancien chef du Mossad David Barnea s’était personnellement rendu à Budapest pour rencontrer Ahmadinejad. Le Mossad a ensuite informé la CIA qu’Israël avait financé ses frais d’hébergement et de voyage ces dernières années et que des responsables du renseignement israélien l’avaient rencontré à plusieurs reprises hors d’Iran. Selon l’enquête, Ahmadinejad, qui a été président de l’Iran de 2005 à 2013 et considéré à l’époque comme l’une des figures les plus importantes de la ligne dure –partisan du programme nucléaire iranien, appelant régulièrement à la destruction d’Israël– a progressivement modifié son image après avoir quitté ses fonctions.

L’enquête indique qu’Ahmadinejad a commencé à adoucir son discours anti-israélien, critiquant l’appareil sécuritaire et la corruption gouvernementale. Il a adopté une apparence plus occidentalisée, appris l’anglais, rencontré fréquemment des civils et s’est présenté comme un homme politique plus modéré. Selon l’un de ses anciens conseillers, Abdolreza Davari, la motivation d’Ahmadinejad n’était pas l’argent mais plutôt le désir de revenir au pouvoir. Un proche collaborateur a déclaré au journal qu’après avoir été disqualifié de la course présidentielle à trois reprises, Ahmadinejad avait conclu qu’il ne pouvait pas revenir au pouvoir tant que le régime en place resterait en fonction.

Renverser le régime

Selon la même source, Ahmadinejad craignait qu’en cas de guerre et de renversement du régime, les États-Unis et Israël choisissent d’installer un opposant exilé depuis l’étranger. C’est pourquoi il s’est présenté comme quelqu’un capable de diriger le pays de l’intérieur, à l’instar de Boris Eltsine en Russie au lendemain de la chute de l’URSS. La même source a affirmé qu’Ahmadinejad avait déclaré à ses conseillers que s’il dirigeait de nouveau l’Iran, le pays reconnaîtrait Israël et normaliserait ses relations avec ce pays dans le cadre des accords d’Abraham négociés par le président Donald Trump. 

Selon deux sources sécuritaires israéliennes, les services de renseignement israéliens ont suivi de près l’escalade des tensions entre Ahmadinejad et le Guide suprême Ali Khamenei, ainsi que de hauts responsables du régime, notamment après son inéligibilité répétée à la présidence. Parallèlement, selon des sources iraniennes, les services de renseignement des Gardiens de la révolution ont commencé à douter de sa loyauté bien avant ses contacts avec les Israéliens, précisément quand il a adressé des messages publics à Trump en 2017 puis au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Visite au Guatemala

D’après l’enquête, les premiers contacts entre Ahmadinejad et Israël auraient eu lieu lors de sa visite au Guatemala en 2023, où il était invité à participer à une conférence sur l’environnement. Les autorités iraniennes ont tenté de l’empêcher de quitter le pays mais après qu’il se soit barricadé à l’aéroport pendant des heures et ait rendu l’incident public, il a finalement été autorisé à partir.

Selon l’enquête, l’opération a culminé fin février de cette année, au début du conflit israélo-iranien. Ce récit journalistique indique qu’une attaque israélienne a endommagé la résidence d’Ahmadinejad à Téhéran, précisément le bâtiment de sécurité et son véhicule blindé. Peu après, une Peugeot noire est arrivée sur les lieux, Ahmadinejad y est monté et a pris la fuite.

Des sources américaines et iraniennes ont affirmé que la voiture transportait des agents du Mossad qui l’ont conduit vers un lieu secret en Iran. Cependant, selon ces mêmes sources, Ahmadinejad aurait été déçu par l’opération de sauvetage et le plan visant à le réinstaller au pouvoir. Il a ensuite quitté les lieux dans des circonstances mystérieuses.

Suite à cela, il est allégué que les services de renseignement iraniens ont commencé à enquêter sur ses liens avec Israël et ont recueilli de nombreux renseignements sur ses activités. Selon quatre sources iraniennes de haut rang citées dans l’enquête, Ahmadinejad a été retrouvé et il est actuellement assigné à résidence par les services de renseignement des Gardiens de la révolution, après que les autorités ont rassemblé des preuves de ses contacts avec Israël.

Depuis son arrestation, il n’était pas apparu en public jusqu’à la semaine dernière, lorsqu’il a brièvement assisté aux funérailles du Guide suprême Ali Khamenei. Des vidéos de la cérémonie le montrent debout, la tête baissée, entouré de gardes du corps. Les anciens présidents iraniens Hassan Rouhani et Mohammad Khatami n’ont pas assisté aux obsèques. Le Mossad n’a pas répondu aux questions du NYT à ce sujet, de même qu’un porte-parole d’Ahmadinejad.

* Le Livre des Rois ou Shâhnâmeh est une épopée retraçant l’histoire de l’Iran depuis la création du monde jusqu’à l’arrivée de l’Islam.

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Salon à Tunis | IA4Earth, les 5 et 6 novembre 2026

La 3e édition du Salon de l’économie verte, de la finance responsable et du développement durable se tiendra les 5 et 6 novembre 2026 au Centre international des congrès de l’Utica à Tunis, sous le thème : « IA4Earth – Innover pour un monde durable».

La nouvelle édition de ce salon, qui se tiendra dans un contexte marqué par l’accélération des mutations climatiques, technologiques et économiques, réunira les principaux acteurs de la transition écologique et numérique : institutions publiques, organisations internationales, institutions financières, entreprises, investisseurs, startups, centres de recherche, universités, collectivités territoriales et organisations de la société civile.

Cette édition mettra en lumière le potentiel de l’intelligence artificielle (IA) comme moteur d’innovation au service du développement durable.

De la gestion intelligente des ressources naturelles à l’optimisation énergétique, en passant par la finance durable, l’agriculture de précision, les villes intelligentes, l’industrie verte et l’économie circulaire, l’IA ouvre aujourd’hui de nouvelles perspectives pour bâtir des économies plus résilientes, compétitives et inclusives.

Le salon ambitionne de devenir une plateforme de référence en Afrique et dans la région méditerranéenne pour favoriser les échanges, le partage d’expériences, les partenariats et l’émergence de solutions concrètes répondant aux défis environnementaux et aux ODD (objectifs de développement durable).

Un programme riche et multidisciplinaire sera proposé autour de conférences, tables rondes, ateliers thématiques, rencontres B2B, expositions de solutions innovantes, démonstrations technologiques, présentations de startups et cérémonies de distinction des meilleures initiatives en faveur de la transition écologique et de l’innovation responsable.

Les principaux thèmes abordés porteront notamment sur l’IA au service du climat et de l’environnement ; l’optimisation des ressources naturelles grâce à l’IA ; l’IA et gestion intelligente de l’eau ; l’IA et transition énergétique intelligente ; l’agriculture durable et précision agricole par l’IA ; l’économie circulaire et gestion intelligente des déchets ; l’écosystème de l’innovation au service de la durabilité

À travers cette nouvelle édition, les organisateurs souhaitent renforcer la coopération entre les secteurs public et privé, encourager l’investissement responsable, promouvoir l’innovation technologique et accélérer la transition vers une économie verte créatrice de valeur, d’emplois et de prospérité durable.

Le salon constituera également une vitrine des meilleures pratiques nationales et internationales, mettant en avant les solutions capables de concilier performance économique, inclusion sociale et préservation de l’environnement.

Son ambition : inscrire la Tunisie parmi les plateformes régionales de référence en matière d’innovation durable, de finance responsable et de transformation écologique. Les entreprises, investisseurs, institutions financières, décideurs publics, chercheurs, étudiants, incubateurs, startups et porteurs de projets sont donc invités à y participer pour construire ensemble les solutions de demain.

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Mortadha Ftiti à Dougga l Une soirée de rythme et d’émotion

Dans le cadre de la 50e édition du Festival International de Dougga, le théâtre antique a accueilli, le 12 juillet 2026, une soirée mémorable marquée par une forte affluence et animée par le chanteur tunisien Mortadha Ftiti, qui a célébré, par la même occasion, les dix années de son parcours artistique.

Sur la scène de ce monument chargé d’histoire, sublimée par une mise en lumière soignée, Mortadha Ftiti a ouvert la soirée avec ‘‘Chedda w tezoul’’, avant d’enchaîner avec ‘‘Hkayetek fet’’, accompagnée d’une chorégraphie qui a insufflé énergie et dynamisme au spectacle.

La parfaite harmonie entre les musiciens, les danseurs et la mise en scène a donné naissance à un tableau visuel et musical captivant dès les premières notes.

Fidèle à son univers artistique, Mortadha Ftiti a une nouvelle fois mis en avant cette recherche d’une parole sincère et d’un rythme capable de créer un lien direct avec son public. Il l’a démontré à travers l’interprétation de ‘‘Baba’’, puis de ‘‘Ma samou klamou((, précédée d'un mawwal qui a permis au chanteur de mettre en valeur l’étendue de ses qualités vocales.

Au-delà de son propre répertoire, Mortadha Ftiti a tenu à satisfaire tous les goûts en consacrant une partie de la soirée au tarab en interprétant plusieurs classiques de l’inoubliable Abdel Halim Hafez et du chanteur Nour Mhanna, confirmant sa capacité à naviguer avec aisance entre différents univers musicaux.

Après cette parenthèse empreinte de nostalgie, l’artiste est revenu à ses plus grands succès. Le public a repris avec enthousiasme des titres devenus incontournables, parmi lesquels ‘‘Ya li bayaa’’, ‘‘Ma tebkiche’’, ‘‘Ya sahbi’’, ‘‘Gamra’’ et ‘‘Accident’’. La soirée a ensuite atteint son apogée avec un cocktail «Tounsi», qui a enchanté le public dans les gradins, entre déhanchements, chants et applaudissements.

Mortadha Ftiti a conclu son récital en interprétant ‘‘Maâlabalich’’ puis ‘‘Ya Leïl’’, et avant de quitter la scène, il a tenu à remercier chaleureusement les musiciens qui l’ont accompagné tout au long du spectacle, ainsi que le fidèle public de Dougga, dont l’enthousiasme a une nouvelle fois fait de cette soirée un moment fort de cette édition du Festival.

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Tunisie l Une technologie innovante pour réduire l’évaporation de l’eau

Face à une raréfaction croissante des ressources en eau, la Tunisie franchit une nouvelle étape dans la recherche de solutions innovantes pour renforcer sa sécurité hydrique. Dans ce cadre, une étude pilote a été lancée sur le lac collinaire de Kamech au Cap Bon afin d’évaluer l’efficacité d’un film monomoléculaire sécurisé et conforme destiné à réduire les pertes d’eau par évaporation.

Première expérimentation de ce type conduite en conditions réelles en Tunisie, cette initiative s’inscrit dans une démarche scientifique rigoureuse visant à identifier des technologies innovantes capables d’améliorer durablement l’offre en eau dans un contexte marqué par les effets du changement climatique, la succession des sécheresses et une pression croissante sur les ressources hydriques.

L’étude, s’inscrivant dans le cadre du projet TEC-Eau, financé par la FAO et mis en œuvre en partenariat avec le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, est conduite avec l’appui scientifique du Centre de recherches et des technologies des eaux (Certe) et des institutions nationales partenaires. Elle permettra d’évaluer les performances techniques, économiques et environnementales de cette technologie, tout en vérifiant son innocuité sur la qualité de l’eau, les écosystèmes aquatiques et la biodiversité.

«Il ne s’agit pas simplement d’introduire une nouvelle technologie, mais de l’évaluer de manière rigoureuse afin de déterminer sa pertinence et ses conditions d’application dans le contexte tunisien. Cette approche illustre l’engagement de la FAO à accompagner la Tunisie avec des solutions fondées sur la science, l’innovation et la coopération technique», a déclaré Nabil Assaf, coordinateur de la FAO pour l’Afrique du Nord et représentant en Tunisie.

Le lancement de cette étude réunit les principales institutions nationales concernées par la gestion de l’eau, la recherche scientifique, la santé, l’environnement et l’enseignement supérieur et la météo, illustrant une approche intégrée de la gouvernance des ressources hydriques.

Dans son allocution d’ouverture, le Ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzeddine Ben Cheikh, a rappelé que «chaque mètre cube d’eau économisé constitue une ressource supplémentaire pour notre agriculture, notre économie, notre environnement et les générations futures », soulignant que la réduction des pertes par évaporation constitue désormais une priorité nationale inscrite dans la stratégie tunisienne de l’eau.

Avec un taux de mobilisation des ressources hydriques dépassant 90 % et un réseau de 37 grands barrages, 234 barrages collinaires et 925 lacs collinaires, la Tunisie concentre désormais ses efforts sur l’amélioration de l’efficience de ces infrastructures. Les pertes par évaporation représentent en effet un défi majeur dans les régions arides et semi-arides, où chaque volume d’eau préservé contribue directement à renforcer la résilience des territoires, la sécurité alimentaire et l’adaptation au changement climatique. Les pertes journalières par évaporation sur les 37 barrages ont atteint le pic de 1,1 millions de mètre cube le 12 juillet.

À travers le projet TEC-Eau, la FAO met à disposition son expertise pour identifier, adapter et valider des solutions innovantes répondant aux besoins spécifiques du pays. Les résultats de cette expérimentation alimenteront les travaux du comité national sur la réduction de l’évaporation et contribueront à orienter les futures politiques publiques en matière de gestion intégrée des ressources en eau, au service d’une agriculture plus résiliente et d’un développement durable.

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Amel Bedoui explore la mémoire des femmes et les blessures de la filiation

Un retour à Tunis, une mère entre la vie et la mort, une femme confrontée à son propre passé. Avec ‘‘En instance de deuil’’, son deuxième livre publié aux éditions Manchourat Ibn Al Arabi en avril 2026, Amel Bedoui signe un roman intime où le deuil devient le point de départ d’une quête de soi. La psychiatre et écrivaine tunisienne y interroge la mémoire familiale, le corps féminin et ces blessures silencieuses qui traversent les générations.

Djamal Guettala

Ines revient à Tunis pour accompagner sa mère Leïla, hospitalisée et plongée dans le coma. Elle croit retrouver une histoire familiale qu’elle connaît déjà, mais ce retour aux sources va bouleverser ses certitudes. Derrière les souvenirs, les silences et les non-dits, elle découvre une autre réalité : elle doit affronter sa propre histoire.

Médecin installée à Montréal, Ines appartient à une génération de Tunisiens de la diaspora qui vivent entre plusieurs appartenances. Son retour n’est pas seulement un voyage géographique. Il est une confrontation avec un passé qu’elle avait tenté de tenir à distance.

À travers ce personnage, Amel Bedoui raconte une expérience largement partagée : celle de ceux qui partent sans jamais totalement quitter leur pays d’origine, de ceux qui construisent une nouvelle vie tout en restant liés à une mémoire familiale.

Le corps féminin au cœur du récit

L’originalité d’‘‘En instance de deuil’’ réside dans la place centrale accordée au corps des femmes. Chez Amel Bedoui, le corps devient un lieu de mémoire, un espace où s’inscrivent les expériences, les blessures et les silences.

La romancière aborde des sujets longtemps restés difficiles à nommer : les tabous autour du corps féminin, les violences invisibles, les rapports complexes à l’intimité, mais aussi les traumatismes transmis d’une génération à l’autre.

Loin d’une approche provocatrice, l’autrice adopte un regard profondément humain. Elle donne une voix à des douleurs souvent enfermées dans la sphère privée et montre comment certaines blessures individuelles sont aussi le reflet de réalités sociales plus larges.

Le corps n’est donc pas seulement un objet de souffrance. Il devient aussi un espace de résistance et de reconquête de soi.

Le roman porte un titre associé à la perte, mais son véritable sujet est la transformation. La disparition possible de la mère oblige Ines à regarder sa propre vie autrement.

Comment aimer sa famille sans s’effacer ? Comment rester fidèle à ses origines sans renoncer à ses propres choix ? Ce sont les questions qui traversent le parcours de l’héroïne.

Ines n’est pas une figure idéale. Elle doute, elle se protège, elle porte ses contradictions. Cette complexité donne au personnage toute sa force. Amel Bedoui refuse les portraits simplifiés : son héroïne est une femme avec ses fragilités, ses blessures et ses tentatives de reconstruction.

Le roman raconte ainsi une émancipation progressive. Choisir sa propre trajectoire ne signifie pas abandonner les siens. C’est accepter de vivre pleinement sans rester prisonnier des attentes héritées.

Une famille racontée par plusieurs voix

La construction du récit repose sur une pluralité de voix. Autour d’Ines apparaissent Selim, son ancien amour, Doussa, son amie, ainsi que Tata Leïla et Tante Warda.

Cette narration multiple permet de dépasser le simple récit individuel. Le deuil devient une expérience familiale, liée aux histoires transmises, aux secrets gardés et aux blessures jamais totalement refermées.

Chaque personnage apporte un éclairage différent. Amel Bedoui ne cherche pas à désigner des responsables, mais à comprendre la complexité des relations humaines.

Les personnages féminins occupent une place essentielle. À travers elles se dessinent différentes façons de résister, de survivre et de chercher une forme de liberté.

Le regard de psychiatre d’Amel Bedoui imprègne son écriture. Elle observe avec précision les émotions enfouies, les mécanismes de défense et les fragilités intérieures.

Mais ‘‘En instance de deuil’’ n’est jamais une démonstration psychologique. La romancière privilégie la littérature, les silences, les souvenirs fragmentés et les détails du quotidien.

Son style, à la fois sobre et précis, évite le pathos. L’émotion naît des situations elles-mêmes, de ce qui est dit mais aussi de ce qui demeure caché.

Entre Tunis et Montréal, une quête d’équilibre

À travers Ines, Amel Bedoui explore également la question de l’exil intérieur.

Entre Tunis et Montréal, entre passé et avenir, l’héroïne cherche non pas à choisir un territoire contre un autre, mais à accepter toutes les dimensions de son identité.

Le roman rappelle qu’un départ n’est pas forcément un abandon et qu’aimer ses origines n’empêche pas de construire son propre chemin.

Avec ‘‘En instance de deuil’’, Amel Bedoui confirme une voix singulière dans la littérature tunisienne contemporaine. Elle choisit l’intime pour parler du collectif, l’histoire d’une femme pour questionner la mémoire des familles et la place des femmes dans la société.

C’est un roman sur la perte, mais surtout sur la capacité à renaître après les blessures.

Une histoire où une femme cesse progressivement de porter uniquement l’héritage des autres pour commencer enfin à écrire le sien.

Amel Bedoui est née en 1981 au Maroc. Psychiatre franco-tunisienne exerçant à Paris, elle est également musicienne et passionnée de littérature (arabe et française). ‘‘En instance de deuil’’ est son deuxième roman après ‘‘Sonate d’une âme perdue’’.

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Le Centre des Arts de Djerba | Fadhel Jaziri et l’épreuve de la mémoire

Une visite qui serre le cœur : un an après la disparition de Fadhel Jaziri, nous avons voulu revenir au Centre des Arts de Djerba. Non par curiosité, mais par devoir de mémoire. Car certains lieux ne sont pas de simples bâtiments : ils sont les témoins d’une aventure humaine, intellectuelle et artistique. Ils incarnent une vision, une volonté, une espérance. (Photo : Centre des Arts de Djerba, situé entre Guellala et Sedouikech au sud-est de l’île, avec des espaces couverts de 7000 m2).

Abdelhamid Larguèche *

En parcourant aujourd’hui ce vaste ensemble, le silence s’impose. Les espaces conçus pour accueillir les artistes, les spectacles, les résidences de création et les rencontres internationales semblent suspendus dans une attente interminable. Le visiteur ne peut s’empêcher d’éprouver une profonde émotion devant ce qui apparaît comme une œuvre inachevée, ou plus exactement une œuvre privée de vie.

Cette visite est d’abord un hommage. Un hommage à celui qui rêva ce lieu pendant des années et qui ne put véritablement le voir vivre.

L’ultime rêve d’un créateur

Fadhel Jaziri n’était pas seulement un metteur en scène de génie. Il appartenait à cette génération de créateurs qui considéraient la culture comme une responsabilité nationale.

Ses spectacles ont profondément renouvelé le théâtre tunisien, ouvert des chemins nouveaux entre patrimoine et modernité, entre mémoire populaire et création contemporaine. Son œuvre a toujours dépassé la scène : elle portait une réflexion sur l’identité tunisienne, sur la liberté de création et sur la place de l’art dans la cité.

Le Centre des Arts de Djerba fut probablement son projet le plus ambitieux. Il y investit des années de travail, d’énergie, de persuasion et d’engagement personnel. Ce centre est le fruit de sa sueur, de ses combats et de son obstination. Il ne cherchait pas à ériger un monument à sa propre gloire, mais à offrir à la Tunisie un équipement culturel capable de dialoguer avec les plus grandes institutions artistiques de la Méditerranée.

Conférence de presse de Fadhel Jaziri, le 26 octobre 2022, à la Cité de la culture de Tunis, pour présenter son projet de Centre des Arts de Djerba.

Quand le rêve rencontre les controverses

Mais les grandes ambitions rencontrent souvent les grandes résistances. Avant même son ouverture, le Centre des Arts se trouva au cœur de controverses liées notamment à son implantation dans un périmètre relevant du bien inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Des associations de la société civile exprimèrent leurs inquiétudes et engagèrent diverses actions, tandis que plusieurs procédures furent ouvertes.

Il n’appartient pas ici de revenir sur le fond de ces différends, qui relèvent des juridictions compétentes et des autorités concernées.
En revanche, nul ne peut ignorer le coût humain de cette longue période d’incertitude. Celui qui avait consacré une partie de sa vie à construire ce projet dut aussi consacrer une énergie considérable à le défendre.

L’histoire culturelle est souvent faite de ces paradoxes : les créateurs doivent parfois lutter davantage contre les obstacles administratifs que contre les difficultés de la création elle-même.

Après la disparition de l’homme, le silence des institutions

La disparition de Fadhel Jaziri aurait pu ouvrir un temps de rassemblement autour de son héritage. On pouvait espérer que son Centre devienne un lieu vivant, habité par les artistes, les chercheurs, les étudiants et le public. Un lieu où l’on poursuivrait son œuvre en lui donnant une dimension collective.

Force est pourtant de constater qu’un sentiment d’abandon s’installe. Un équipement culturel ne se résume pas à une architecture, aussi remarquable soit-elle. Sans programmation, sans gouvernance, sans moyens humains et financiers, un centre d’art cesse progressivement d’être un lieu de création pour devenir un simple bâtiment.
L’abandon est rarement spectaculaire. Il commence par quelques portes closes, quelques activités annulées, quelques budgets différés. Puis viennent le silence, le vieillissement des équipements et, finalement, l’oubli.

Le cas du Centre des Arts de Djerba dépasse largement le destin d’un établissement. Il pose une question fondamentale : quelle place la Tunisie accorde-t-elle à la culture ?

Depuis plusieurs décennies, notre pays inaugure des institutions culturelles avec enthousiasme, puis peine à assurer leur fonctionnement durable. Les annonces sont nombreuses ; les politiques publiques de long terme beaucoup moins. Or la culture ne peut vivre au rythme des seules cérémonies d’inauguration. Elle exige une vision, une continuité administrative, des financements stables et une volonté politique qui dépasse les alternances gouvernementales. Faute de cela, les bâtiments deviennent les monuments silencieux de promesses inachevées.

Fadhel Jaziri présentant son projet à l’ancienne cheffe de gouvernement Najla Bouden, le 23 juin 2023, en présence de la ministre des Affaires culturelles Hayet Ketat Guermazi.

Préserver un héritage national

Le Centre des Arts de Djerba n’appartient plus uniquement à son fondateur. Il appartient désormais à la mémoire culturelle de la Tunisie. Le faire vivre constituerait le plus bel hommage que la nation puisse rendre à Fadhel Jaziri. Ce serait reconnaître que les grandes œuvres ne meurent pas avec ceux qui les ont imaginées.

À l’inverse, laisser ce lieu s’enfoncer dans l’inactivité reviendrait à perdre bien davantage qu’un investissement matériel. Ce serait renoncer à une certaine idée de la culture comme bien commun.

L’avenir du Centre des Arts de Djerba concerne les pouvoirs publics, les collectivités locales, les institutions culturelles, les artistes et la société civile.

Il est encore temps d’imaginer une gouvernance renouvelée, respectueuse à la fois des exigences de protection du patrimoine mondial, des impératifs juridiques et de la vocation artistique du lieu. Il est encore temps de transformer une controverse en réussite collective. Car un pays se juge aussi à la manière dont il traite les œuvres de ses créateurs après leur disparition.

Pour que le silence ne soit pas le dernier mot

En quittant le Centre des Arts, une pensée s’impose. Les pierres attendent. Elles attendent les artistes, les étudiants, les musiciens, les metteurs en scène, les visiteurs. Elles attendent que l’intelligence, la beauté et la création reprennent possession de ces espaces.
Un an après la disparition de Fadhel Jaziri, il ne suffit plus d’évoquer son souvenir dans les discours commémoratifs. Le véritable hommage consiste à sauver son dernier grand rêve.

Laisser ce lieu s’éteindre serait une défaite pour la culture tunisienne. Le faire revivre serait, au contraire, une victoire de la mémoire sur l’oubli, de la création sur l’indifférence et de l’avenir sur le renoncement.

* Professeur émérite d’histoire, Conseiller en patrimoine. Ancien membre du Comité du Patrimoine Mondial à l’Unesco.

Un théâtre de plein air de 3000 places face à la mer.

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Tunisie | Ridha Charfeddine veut bénéficier de la procédure de réconciliation pénale

La chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière près le Tribunal de première instance de Tunis a examiné, ce lundi 13 juillet 2026, une affaire de corruption financière et administrative impliquant l’ancien député et ancien président de l’Étoile sportive du Sahel (ESS), l’homme d’affaires Ridha Charfeddine, aux côtés de deux autres prévenus.

Lors de l’audience, la défense de M. Charfeddine a officiellement sollicité un report de l’audience, invoquant la volonté de son client de finaliser les procédures de réconciliation pénale, a rapporté Mosaique FM. Cette demande a été formulée dans l’attente de l’issue de la requête déposée par le fondateur et patron des laboratoires pharmaceutiques Unimed à Kalaa Kebira auprès des autorités judiciaires et des commissions spécialisées en vue de régulariser sa situation juridique, conformément au décret régissant la conciliation pénale (Décret-loi- n° 2022-13 du 20 mars 2022).

Il convient de noter que la chambre pénale spécialisée dans les affaires de corruption financière avait précédemment condamné Ridha Charfeddine à 11 ans de prison.

Il avait été reconnu coupable de blanchiment d’argent en tirant parti des facilités offertes par ses activités professionnelles, les fonds blanchis provenant d’infractions bancaires et d’évasion fiscale.

La chambre a également condamné le frère de M. Charfeddine à sept ans de prison et un ancien président de l’ESS à dix ans (avec exécution immédiate de la peine), tout en infligeant des sanctions financières à l’ensemble des accusés.

Rappelons que le prévenu a été condamné en appel, le 27 novembre 2025, dans une autre affaire, à deux ans de prison dans le cadre de l’affaire dite du «complot contre la sûreté de l’État» après une condamnation à seize ans prononcée en première instance.

I. B.

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Tunisie | Le Plan 26-30 vend la vitrine et solde l’usine

Il y a une dissonance qui devrait faire tousser n’importe quel lecteur attentif du Plan de développement économique 2026-2030 : le discours officiel promet simultanément la «souveraineté économique», la «résilience aux chocs» et la «croissance durable» — et il organise, dans le même souffle, la fuite en avant vers un tertiaire de proximité, opportuniste pour l’investisseur privé, jetable au premier coup de vent. On ne bâtit pas une souveraineté sur des call centers et des applications de livraison. Une tertiarisation en trompe l’œil… (Photo : Que reste-t-il de l’industrie industrialisante du tandem Bourguiba-Ben Salah ?)

Moktar Lamari *

On ne construit pas de résilience avec des activités qui ferment en trois mois dès que la demande se contracte. Le Plan parle la langue de la solidité et finance la fragilité. C’est un texte qui se contredit lui-même, phrase après phrase, et qui ne le sait pas — ou pire, qui le sait très bien et préfère regarder ailleurs.

Le Plan 26-30 multiplie les pages sur l’écosystème numérique, le hub logistique, la destination touristique repositionnée. Il ne dit presque rien de l’industrie de transformation, de la valeur ajoutée manufacturière, de la R-D appliquée aux filières productives.

Ce n’est pas un oubli technocratique, c’est un choix de facilité budgétaire et politique : les services ne demandent ni patience, ni vision territoriale pensée sur vingt ans, ni bras de fer avec des intérêts installés. Ils demandent un local, une connexion internet et une story sur LinkedIn.

Résultat : on habille en stratégie ce qui n’est, au fond, qu’une gestion comptable du court terme — un pari opportuniste sur des activités à faible engagement de capital, faciles à ouvrir, encore plus faciles à fermer, et qui laissent l’économie nationale à la merci du moindre choc externe.

De l’industrie industrialisante à la rente de services

Il faut regarder les chiffres en face. Dans la décennie 1970, celle de Nouira et de l’ouverture au secteur privé après l’expérience collectiviste de Ben Salah, l’économie tunisienne se construisait encore autour de l’industrie manufacturière naissante — textile, habillement, cuir — qui concentrait, dès 1977, 54 % des investissements industriels et 87 % des emplois créés dans le secteur.

Les services pesaient alors une part modeste du PIB, de l’ordre de 35 à 40 % selon les séries de la Banque mondiale, une proportion cohérente avec une économie encore agricole et en cours d’industrialisation.

Cinquante ans plus tard, cette proportion a explosé : le tertiaire — commerce, tourisme, transport, administration, finance — représente aujourd’hui autour de 60 % du PIB tunisien, quand l’industrie manufacturière stagne, comme en témoignent les publications récentes de l’INS où le secteur recule en glissement annuel pendant que l’hôtellerie-restauration bondit de plus de 8 %.

Le Rapport annuel 2025 de la BCT confirme la tendance : ce sont l’agriculture et le tourisme qui «sauvent» la croissance, non l’appareil productif industriel. Ce basculement n’est pas une modernisation, c’est un vidage.

La Tunisie n’est pas devenue une économie de services sophistiqués comme l’Irlande ou l’Estonie ; elle est devenue une économie de services de rattrapage, qui comble par du commerce et de l’hôtellerie ce que l’industrie ne produit plus.

Un travail récent publié sur Les Échos, éclaire crûment ce piège : tous les services ne se valent pas. Il y a les services de connaissance — TIC, ingénierie, services professionnels exportables — capables de générer des devises et de s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales ; et il y a les services locaux — commerce, restauration, informel — qui créent de l’emploi sans transformer l’économie.

Ces services de connaissance ne pèsent qu’environ 6 % du PIB tunisien, contre 15 à 17 % dans les économies européennes avancées, et n’emploient qu’une fraction marginale de la population active — au Maroc, comparateur régional habituel, ils ne mobilisent qu’environ 1,5 % des actifs.

Même le tertiaire noble reste, chez nous, un village éphémère : brillant sur les réseaux sociaux, insignifiant dans la masse salariale et dans les recettes d’exportation.

Le reste — l’écrasante majorité du tertiaire tunisien — n’est que de la redistribution locale de revenus déjà créés ailleurs, essentiellement par les transferts de la diaspora, le tourisme de masse et une agriculture climato-dépendante.

Cinq dissonances que le Plan 26-30 préfère ne pas voir

Premièrement, le coût fixe d’entrée : un centre d’appel ou une plateforme de livraison s’ouvre avec quelques dizaines de milliers de dinars, quand une unité industrielle de taille moyenne — mécanique, agroalimentaire de transformation, chimie fine — exige des mises de fonds initiales dix à vingt fois supérieures.

Deuxièmement, la productivité : la valeur ajoutée par travailleur dans l’industrie manufacturière tunisienne dépasse structurellement celle des services locaux, précisément parce que l’industrie incorpore capital, machines et procédés, là où le service repose d’abord sur le geste humain répétitif.

Troisièmement, le délai de récupération de l’investissement : un commerce ou un service se rentabilise en quelques mois et se ferme tout aussi vite en cas de crise — d’où la vitesse de casse observée depuis 2011 dans le commerce de détail et l’informel, quand une usine, elle, engage un pari de dix à quinze ans.

Quatrièmement, la consommation intermédiaire en technologie de pointe : l’industrie tire la demande de machines-outils, d’automatisation, de recherche appliquée, alors que le service tertiaire local consomme surtout du loyer et de la main-d’œuvre peu qualifiée.

Cinquièmement, le risque : le capital investi dans les services locaux est mobile, liquidable, réversible — celui englouti dans une chaîne de production industrielle est immobilisé, spécifique, sans valeur de revente en cas d’échec.

L’intensité capitalistique — le capital par travailleur — reste ainsi infiniment plus faible dans le tertiaire banal que dans l’industrie, ce qui explique que la tertiarisation crée vite des emplois précaires, jamais des emplois qui durent.

Ces différences et leurs enjeux n’ont même pas été effleurés dans les débats parlementaires, fautes de de visions et de lectures économiques sérieuses et réfléchie.

Quatre conséquences stratégiques que le Plan devrait assumer et qu’il élude :

– primo, une économie qui mise sur le tertiaire de proximité gonfle son PIB à court terme sans construire de chaînes d’approvisionnement nationales — elle importe ce qu’elle consomme et exporte peu ;

– secundo, elle fabrique du chômage déguisé en activité : le vendeur ambulant et le livreur à moto sont statistiquement actifs, économiquement fragiles, et disparaissent des radars dès le premier choc — exactement le profil de vulnérabilité que rappelle la Direction générale du Trésor lorsqu’elle qualifie le modèle tunisien de «particulièrement exposé aux chocs externes» ;

– tertio, elle perd la capacité d’entraînement intersectorielle propre à l’industrie — un atelier textile ou mécanique tire fournisseurs, sous-traitants, transporteurs, formateurs ; un salon de coiffure ne tire rien, un centre d’appel encore moins ;

– quarto, elle expose le pays à une désindustrialisation précoce, avant même d’avoir tiré profit de l’industrialisation — exactement le scénario que documentent les économies en développement comparables, du Maroc à l’Égypte, où l’insertion dans les services mondiaux se fait sans apprentissage technologique durable.

De l’industrie industrialisante aux rentiers de la politique

Il fut un temps où la Tunisie avait une théorie. L’industrie industrialisante d’Ahmed Ben Salah, prolongée avec les nuances libérales d’Hédi Nouira sous Bourguiba, visait des pôles moteurs — sidérurgie, chimie, textile intégré — censés irriguer tout l’appareil productif et transformer une économie agricole en économie industrielle.

On pouvait critiquer la méthode, l’étatisme, les excès de concentration régionale ; on ne pouvait nier l’ambition stratégique ni la cohérence doctrinale.

Cette vision s’est éteinte sous Ben Ali (1987-2011), remplacée par une économie de rente, de façade exportatrice sans montée en gamme, et de capture progressive des filières porteuses par des cercles familiaux.

Depuis 2011, c’est pire encore : l’ère de l’islam politique et de ses alliances sommitales avec l’appareil d’État n’a produit aucune doctrine industrielle de substitution — seulement une gestion comptable de la pénurie, saupoudrée d’un discours sur le numérique et l’entrepreneuriat qui tient lieu, à moindres frais, de politique économique.

Le Plan 2026-2030 hérite de ce vide et choisit de l’habiller en vertu : plutôt que de reconstruire l’escalator manufacturier, il vend le tapis roulant du tertiaire, plus doux sous le pied, mais qui ne mène nulle part et se dérobe au premier ralentissement de la demande européenne ou du tourisme.

Comme le dit l’adage bien connu, on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif — et l’on ne peut prétendre construire une économie souveraine avec des activités dont la première vertu, vantée par leurs promoteurs eux-mêmes, est de pouvoir se replier sans dommage.

Ce n’est pas de la résilience, c’est de la précarité érigée en modèle. Tant que le Plan n’assumera pas des choix stratégiques clairs — pôles industriels ciblés, R-D appliquée, intégration technologique, financement patient du capital productif —, il continuera de gérer la vitrine pendant que l’arrière-boutique, seule à créer une richesse qui dure, se vide un peu plus chaque année.

 * Economiste universitaire.

Bloc de l’auteur: E4T.

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Tunisie | Grève du transport public non régulier

La grève du secteur du transport public non régulier — taxis individuels, taxis collectifs, taxis touristiques, véhicules de transport interurbain (louages) — se poursuivra ce lundi 13 juillet 2026 jusqu’à 21 heures, pour protester contre ce que les grévistes qualifient de persistance de la politique de procrastination et de non-respect, par le ministère du Transport, des accords conclus avec les opérateurs du secteur.

Intervenant sur Diwan FM, Moez Sellami, vice-président de la Fédération nationale du transport, relevant de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), la principale centrale patronale, a expliqué que ce mouvement a été engagé parce que les autorités sont revenues, pour la deuxième fois, sur leurs engagements de résoudre les questions en suspens — notamment les engagements initialement formalisés dans le procès-verbal de la réunion du 22 janvier.

La Fédération avait précédemment suspendu une grève prévue pour le 27 avril dernier, suite à l’intervention de la direction de l’Utica et en vertu de promesses explicites de répondre à ses revendications.

Les principales revendications des professionnels portent sur la nécessité d’accélérer la modification de la loi n° 33 de 2004 et d’élaborer un cahier des charges pour l’utilisation des applications intelligentes, tout en finalisant la réglementation régissant les activités en station, a indiqué Sellami, ajoutant que l’autorité de tutelle avait également manqué à ses engagements concernant les ajustements tarifaires ; initialement prévus pour mars 2026, ces derniers avaient été reportés — avec la promesse d’une mise en œuvre pour le mois de juin dernier — sans qu’aucune mesure concrète n’ait été prise à ce jour.

Le vice-président de la Fédération nationale du transport a dénoncé ce qu’il a qualifié de politique de marginalisation et de négligence de la part du ministre des Transports, soulignant que ce dernier n’avait tenu aucune réunion avec le bureau exécutif de la Fédération depuis sa prise de fonctions pour aborder les préoccupations du secteur.

Le secteur du transport public non régulier compte plus de 55 000 opérateurs et génère plus de 150 000 emplois, a rappelé M. Sellami, tout en appelant à une «approche responsable de ce secteur vital.»

I. B.

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Zaghouan | L’incendie de forêt à Jebel Chahma enfin maîtrisé

Il a fallu plus de 40 heures d’opérations ininterrompues pour que des unités de la Protection civile, de la Direction des forêts et de l’armée de l’air parviennent à maîtriser totalement, ce lundi matin, 13 juillet 2026, le feu de forêt qui s’était déclaré sur Jebel Chahma, dans la délégation de Zaghouan, à 60 km au sud de Tunis.

Selon les autorités régionales, les équipes mobilisées procèdent actuellement à des opérations de refroidissement et de surveillance sur les différents foyers d’incendie afin de prévenir toute éventuelle reprise du feu, compte tenu notamment du relief accidenté, des températures élevées et du vent qui souffle dans la région.

Vingt-trois camions de pompiers ainsi que 150 agents et membres de divers services ont participé aux opérations de lutte contre l’incendie. Le soutien aérien — assuré par des hélicoptères et des aéronefs militaires — a joué un rôle déterminant pour contenir le feu et empêcher sa propagation aux zones résidentielles voisines.

L’incendie a endommagé d’importantes surfaces de forêts de pins d’Alep et de vergers.

L’évaluation de l’ampleur des pertes est en cours, tandis que des équipes de surveillance restent sur place pour garantir la sécurité et intervenir immédiatement si nécessaire.

I. B.

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La pastèque, véritable alliée de votre cœur !

La pastèque a été victime de nombreuses rumeurs, et pas seulement qu’en Tunisie, relayées à travers les réseaux sociaux, sans qu’on puisse toujours vérifier les allégations des uns et des autres… Ce fruit délicieux et désaltérant a pourtant de nombreux bienfaits pour la santé, estiment des médecins, dont l’auteur de ce poste.  

Dr Faouzi Addad *

Ces dernières années, la pastèque a probablement été l’un des fruits ayant subi le plus de fausses idées. Pourtant, lorsqu’elle est consommée avec modération, elle constitue un excellent aliment pour la santé cardiovasculaire.

Pourquoi ?

1- Elle est riche en citrulline, un acide aminé qui favorise la production d’oxyde nitrique et contribue à la dilatation des artères.

2- Elle apporte du potassium, un minéral qui participe à la régulation de la pression artérielle.

3- Elle contient du lycopène, un puissant antioxydant aux propriétés anti-inflammatoires, également reconnu pour ses effets bénéfiques sur les vaisseaux sanguins.

4- Avec plus de 92 % d’eau, elle favorise une excellente hydratation pendant les fortes chaleurs, tout en étant relativement peu calorique.

En revanche, comme tout aliment, la modération reste essentielle. Une consommation excessive peut provoquer des diarrhées ou des ballonnements chez certaines personnes en raison de sa teneur en eau, en fructose et en fibres, en particulier chez les personnes souffrant d’un syndrome de l’intestin irritable.

C’est cet effet laxatif, observé uniquement lors de consommations importantes, qui est à l’origine de nombreuses rumeurs injustifiées.

En pratique, une à deux tranches par jour représentent une quantité raisonnable pour profiter de ses bienfaits.

Et chez les personnes diabétiques ?

La pastèque n’est pas interdite. Elle peut parfaitement être consommée, mais de préférence à la fin d’un repas, plutôt que seule, en se limitant à une portion. L’associer à un yaourt nature ou à une autre source de protéines permet de ralentir la vitesse d’absorption des glucides et de limiter le pic glycémique.

Alors cet été, profitez de la pastèque sans culpabiliser… mais toujours avec modération.

* Professeur en cardiologie.

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