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Bourguiba | Une autre idée de la gauche en terre arabo-musulmane

Il est des hommes politiques que l’on comprend mal lorsqu’on les enferme dans les catégories qui ont façonné les débats idéologiques d’autres sociétés. Habib Bourguiba est de ceux-là. Vouloir déterminer s’il fut un homme de gauche en le comparant exclusivement aux traditions marxistes européennes, aux expériences bolcheviques ou aux modèles classiques de la social-démocratie risque de nous éloigner de l’essentiel.

Zouhaïr Ben Amor *

Bourguiba a vécu et agi dans un contexte historique particulier : celui d’une Tunisie qui sortait du protectorat, d’une société profondément marquée par les traditions, d’un pays où l’instruction demeurait insuffisamment répandue et où les inégalités sociales, régionales et entre les hommes et les femmes pesaient lourdement sur les possibilités de chacun. C’est à partir de cette réalité qu’il faut juger son projet.

La question n’est donc pas de savoir s’il fut un disciple de Marx, s’il partageait les conceptions révolutionnaires des partis communistes ou s’il aurait trouvé sa place dans les classifications politiques de l’Europe industrielle. La véritable question est ailleurs : quelle société voulait-il construire, quels privilèges entendait-il remettre en cause, quelle place accordait-il à l’éducation, à la femme, à la religion, à la mobilité sociale et à la dignité humaine ? Et surtout, quelle idée de l’avenir portait-il dans une région du monde où le poids de la tradition était souvent invoqué pour justifier l’immobilisme ?

À mes yeux, c’est d’abord par cette volonté de transformer la société, de combattre les inégalités héritées et de refuser que les individus soient enfermés dans leur condition de naissance que Bourguiba peut être considéré comme un homme de gauche. Une gauche qui ne se définit pas prioritairement par la propriété collective des moyens de production, mais par une certaine conception de la justice sociale, par la conviction que les sociétés peuvent progresser et par le refus d’accepter la fatalité comme une réponse aux difficultés humaines.

Cette lecture ne suppose ni d’ignorer les contradictions de son régime ni de transformer son parcours en récit sans défaut. Elle exige simplement que nous replacions l’homme dans son temps, dans sa culture et dans les défis auxquels il entendait répondre. L’histoire tunisienne mérite mieux que des jugements importés, appliqués mécaniquement à une expérience qui possédait sa propre logique.

Une gauche de l’émancipation des dogmes

La gauche n’a jamais été une réalité uniforme. Elle a pris des formes différentes selon les pays, les périodes historiques et les sociétés dans lesquelles elle s’est développée. En Europe, elle s’est notamment construite autour de la question ouvrière, de la lutte contre les privilèges économiques, de la protection des travailleurs et de la remise en cause de l’ordre social. Dans les pays anciennement colonisés, les priorités pouvaient être différentes. L’indépendance politique, l’accès à l’école, la construction d’institutions nationales, l’émancipation des femmes et la réduction des inégalités héritées du colonialisme constituaient souvent des urgences aussi fondamentales que les débats sur la propriété ou la lutte des classes.

La Tunisie de 1956 ne pouvait pas être abordée comme une société européenne déjà industrialisée, dotée d’institutions anciennes et d’une longue tradition de participation politique. Elle devait construire son État, former ses cadres, généraliser l’instruction, organiser ses services publics et modifier des structures sociales qui limitaient les possibilités de larges catégories de la population. Dans ce contexte, l’égalité ne pouvait pas se réduire à une formule économique. Elle devait signifier que l’enfant né dans une famille modeste aurait, autant que possible, accès à l’école ; que la femme ne serait pas condamnée à la dépendance juridique ; que l’origine géographique ne déterminerait pas définitivement le destin d’un individu ; que la société ne considérerait pas la pauvreté comme une condition naturelle dont il serait vain de vouloir sortir.

C’est sur ce terrain que se situe une part essentielle de l’action de Bourguiba. Son ambition consistait à substituer progressivement à une société dominée par les héritages familiaux, les hiérarchies traditionnelles et les inégalités d’accès au savoir un ordre social dans lequel l’État pourrait ouvrir de nouvelles possibilités. Il ne voulait pas seulement administrer la Tunisie indépendante. Il voulait transformer les mentalités, les comportements et les rapports entre les individus.

Cette démarche correspond à une conception profondément sociale de la gauche. Elle repose sur l’idée que l’être humain n’est pas prisonnier de son milieu, de sa famille ou de son passé. La société peut intervenir pour lui donner les moyens de changer de condition. L’éducation, la santé, la formation et l’égalité devant la loi deviennent alors des instruments d’émancipation.

Il faut également tenir compte de la place qu’occupait la religion dans la société tunisienne. Bourguiba n’a pas agi dans un environnement où l’islam aurait été une référence secondaire. Il savait que la religion appartenait à l’histoire, à la culture et à la vie quotidienne de la population. Son ambition consistait cependant à contester les interprétations qui transformaient certaines pratiques héritées en obligations immuables et qui présentaient l’ordre social existant comme une réalité qu’il serait dangereux de remettre en question.

Une telle attitude ne correspond pas à une gauche nécessairement antireligieuse. Elle relève plutôt d’une conception non fataliste de la société : les croyances peuvent demeurer vivantes sans que toutes les coutumes deviennent intouchables. La fidélité à une civilisation ne signifie pas l’interdiction de la réformer. Une tradition qui ne permet aucune évolution finit par confondre sa propre histoire avec une vérité éternelle.

Bourguiba voulait précisément ouvrir cet espace. Son rapport à la religion fut complexe, parfois autoritaire et souvent contesté, mais il reposait sur une conviction fondamentale : la société tunisienne pouvait évoluer sans devoir renoncer à son identité arabo-musulmane. C’est une dimension déterminante de son parcours, trop souvent négligée lorsque l’on cherche à le faire entrer dans une opposition simpliste entre religion et modernité.

La femme tunisienne, une révolution au cœur du projet social

S’il est un domaine dans lequel l’orientation progressiste de Bourguiba apparaît avec une force particulière, c’est bien celui de la condition féminine. Le 13 août 1956, quelques mois après l’indépendance, la promulgation du Code du statut personnel engage la Tunisie dans une transformation juridique et sociale d’une portée exceptionnelle. L’interdiction de la polygamie, l’encadrement du mariage par le consentement et le remplacement de la répudiation unilatérale par le divorce judiciaire constituent des ruptures majeures avec des pratiques qui plaçaient les femmes dans une situation d’inégalité.

Il faut mesurer ce que représentait une telle décision dans son contexte historique. Dans une grande partie du monde arabo-musulman, la condition féminine restait profondément liée à des structures familiales patriarcales et à des interprétations religieuses qui limitaient l’autonomie des femmes. Bourguiba choisit de faire de leur émancipation un axe central de la construction nationale. Il ne considérait pas cette question comme un sujet secondaire, destiné à être traité après les problèmes économiques ou une fois que le pays aurait atteint un certain niveau de développement. Il en fit une priorité dès les premiers mois de l’indépendance.

L’originalité tunisienne fut précisément de considérer que la transformation de la société ne pouvait pas attendre. Il ne suffisait pas de proclamer la souveraineté nationale si la moitié de la population demeurait enfermée dans des rapports juridiques inégalitaires. L’indépendance devait aussi modifier la vie au sein des familles, la place des femmes dans l’espace public et les possibilités offertes aux nouvelles générations.

Rayed Khedher (2017) montre que cette réforme s’inscrit dans une trajectoire historique particulière, nourrie par les débats intellectuels tunisiens, les réformateurs qui avaient précédé l’indépendance et la volonté de modernisation portée par le nouvel État. Il rappelle également l’importance du Code du statut personnel dans la singularité de l’expérience tunisienne au sein du monde arabo-musulman. La politique de Bourguiba ne fut donc pas une décision isolée, surgie de nulle part. Elle s’appuyait sur un héritage intellectuel national, mais elle eut besoin d’une volonté politique capable de transformer ces idées en droit.

C’est ici que son rapport à la religion prend tout son sens. Bourguiba refusait que des interprétations figées de l’islam servent à interdire toute réforme du droit familial. Il mobilisait une lecture réformatrice, faisant place à l’interprétation et à la raison, pour défendre la possibilité d’une société musulmane moderne. Cette démarche permettait de poser autrement une question souvent présentée comme insoluble : fallait-il choisir entre l’identité religieuse et l’égalité des femmes ? Pour Bourguiba, ce choix n’avait rien d’inévitable.

On peut discuter sa méthode, son intervention dans les pratiques sociales et le caractère parfois paternaliste de sa politique. On peut aussi rappeler que l’émancipation des femmes fut portée par des intellectuelles, des militantes et des réformatrices qui ne doivent pas disparaître derrière la seule figure présidentielle. Il serait injuste de faire de Bourguiba l’unique auteur d’une évolution à laquelle d’autres femmes et hommes avaient contribué bien avant lui.

Mais il serait tout aussi injuste de minimiser son rôle politique. Il eut le courage d’engager une réforme qui touchait à des structures profondément enracinées et dont les conséquences dépassaient largement le cadre juridique. Emma C. Murphy (1996) souligne l’importance de la trajectoire tunisienne dans l’histoire des droits des femmes, en mettant en évidence le rôle joué par Bourguiba et par les réformateurs qui l’avaient précédé.

La portée de cette orientation dépasse les frontières tunisiennes. L’émancipation féminine constitue l’un des éléments les plus originaux de l’expérience bourguibienne dans le monde arabe. Elle donne à son héritage une dimension qui ne peut être appréciée uniquement à travers les politiques économiques ou les relations entretenues avec les grandes puissances.

Une société qui reconnaît aux femmes une capacité juridique plus grande, favorise leur accès à l’éducation et leur permet de participer progressivement à la vie professionnelle et publique modifie en profondeur ses propres équilibres. Elle élargit le champ des libertés individuelles et remet en question la transmission automatique des rapports de domination d’une génération à l’autre.

Voilà pourquoi la question féminine est centrale lorsqu’on cherche à situer Bourguiba à gauche. L’égalité sociale ne se limite pas au partage des revenus. Elle concerne aussi la liberté de disposer de sa vie, de participer à la société et de ne pas être assigné à une place par sa naissance ou son sexe.

L’éducation, ou la volonté de briser la fatalité sociale

Bourguiba avait compris qu’une réforme juridique, aussi audacieuse soit-elle, ne pouvait transformer durablement la société si elle n’était pas accompagnée d’une politique éducative ambitieuse. Le droit ouvre une possibilité ; l’éducation donne aux individus les moyens de s’en saisir. Il fallait donc construire des écoles, former des enseignants, développer l’enseignement secondaire et supérieur, élargir l’accès au savoir et préparer une génération capable de faire fonctionner les institutions d’un État moderne.

Dans la Tunisie indépendante, l’école publique représentait bien davantage qu’un service administratif. Elle constituait une promesse de mobilité sociale. Un enfant issu d’une famille modeste pouvait espérer devenir enseignant, médecin, ingénieur, magistrat ou haut fonctionnaire. Il pouvait envisager une vie différente de celle que son environnement semblait lui réserver.

Cette transformation fut considérable dans un pays qui devait former rapidement ses propres cadres après le départ d’une partie des responsables de l’administration coloniale. L’éducation devait répondre à une nécessité nationale, mais elle portait également une ambition égalitaire. Le savoir ne devait pas demeurer l’apanage d’une minorité. Il fallait le diffuser afin que la naissance, les ressources familiales ou l’appartenance à un milieu privilégié ne constituent plus les seules voies d’accès aux responsabilités.

On comprend mieux, dans cette perspective, la place accordée aux compétences issues de milieux modestes dans la construction de l’État. Des responsables politiques et des ministres venus de familles qui ne possédaient ni fortune considérable ni réseaux anciens ont pu accéder à des fonctions importantes grâce à leur formation, leur parcours et leur engagement. Cette mobilité n’a pas supprimé les privilèges, et elle ne signifie pas que toutes les régions ou toutes les catégories sociales aient bénéficié des mêmes possibilités. Elle indique néanmoins qu’un renouvellement des élites était possible.

Pour un pays qui cherchait à se construire, cette question avait une importance particulière. Il ne suffisait pas de remplacer les anciens dirigeants par une nouvelle aristocratie nationale. Il fallait former des compétences, faire émerger des responsables et permettre à des individus issus de milieux différents de participer à la direction du pays.

L’école constituait ainsi l’un des instruments essentiels du projet bourguibien. Elle devait former des citoyens capables de comprendre leur environnement, de participer au développement national et de s’affranchir progressivement des déterminismes sociaux. L’éducation ne pouvait pas garantir à elle seule l’égalité, mais elle en représentait une condition fondamentale.

Cette ambition explique aussi pourquoi Bourguiba accordait une telle importance à la formation des femmes. L’accès à l’école ne devait pas être réservé aux garçons ni dépendre exclusivement des ressources d’une famille. La transformation des mentalités exigeait que les nouvelles générations, filles et garçons, puissent acquérir les connaissances nécessaires à leur autonomie.

Il faut reconnaître les limites de cette politique. L’expansion scolaire n’a pas effacé les disparités régionales, les difficultés économiques ou les inégalités de départ. Les diplômes n’ont pas toujours débouché sur les emplois espérés, et la mobilité sociale est demeurée incomplète. Mais juger une politique éducative à l’aune de ses limites ne doit pas nous conduire à oublier l’ambition qui la portait.

Bourguiba voulait faire de l’instruction une responsabilité majeure de l’État. Dans un pays où la pauvreté et l’analphabétisme limitaient encore les possibilités d’une partie de la population, cette orientation représentait un choix social de première importance. Elle correspondait à une conviction qui demeure profondément actuelle : la société n’est pas condamnée à reproduire indéfiniment ses propres inégalités.

Le développement régional confronté aux limites du réel

La justice sociale ne concerne pas uniquement les rapports entre les classes ou entre les sexes. Elle se mesure également à la manière dont un pays traite ses territoires. Peut-on parler d’égalité lorsque les possibilités d’emploi, les services publics, les infrastructures et les établissements de formation sont concentrés dans quelques villes, tandis que d’autres régions voient leurs jeunes partir faute de perspectives ?

Bourguiba connaissait ce problème. La Tunisie indépendante héritait de déséquilibres territoriaux accentués par l’histoire coloniale, qui avait favorisé certains espaces littoraux et certaines activités économiques. La construction de l’État devait donc s’accompagner d’un effort de rééquilibrage. Il fallait créer des activités dans l’intérieur du pays, développer l’agriculture, moderniser les infrastructures et limiter l’exode rural en donnant aux populations des raisons de rester dans leurs régions.

Les politiques de planification des années 1960 témoignent de cette préoccupation. Hafedh Sethom (1979), dans son étude sur les transformations de l’espace tunisien depuis l’indépendance, décrit les efforts engagés pour créer des pôles industriels à l’intérieur du pays et réduire les disparités héritées du protectorat. L’État investit dans de grandes unités industrielles et tenta de faire du développement économique un instrument de transformation territoriale.

Les résultats furent cependant inégaux. Certains projets n’atteignirent pas les objectifs espérés en matière d’emploi et de rentabilité. Les investissements industriels ne suffirent pas à modifier profondément la répartition des activités et des possibilités économiques. Les régions de l’intérieur continuèrent à rencontrer des difficultés structurelles, tandis que les espaces les mieux intégrés aux circuits économiques conservaient des avantages importants.

Il faut donc éviter deux erreurs. La première serait de prétendre que Bourguiba a résolu le problème régional tunisien. Il ne l’a pas fait. La seconde consisterait à affirmer qu’il n’a pas compris l’importance de ce problème. Les orientations de développement et les investissements publics montrent qu’il existait une volonté de modifier la géographie économique du pays, même si cette volonté n’a pas produit tous les effets attendus.

Cette distinction est essentielle. Une ambition politique peut être réelle sans que sa mise en œuvre soit pleinement réussie. L’histoire du développement régional tunisien montre précisément la difficulté de transformer des déséquilibres anciens par la seule intervention de l’État, surtout lorsque les ressources sont limitées et que les projets industriels ne créent pas suffisamment d’emplois.

Mais l’existence de ces limites ne retire rien à la dimension sociale de la préoccupation. Le développement régional pose une question d’égalité : un jeune né à Kasserine, à Gafsa, au Kef ou dans une localité rurale doit-il avoir moins de possibilités qu’un jeune né dans une grande ville côtière ? La réponse ne peut être acceptable si elle transforme l’inégalité territoriale en fatalité.

Bourguiba avait fait du développement national une responsabilité publique. Il voulait que l’État intervienne pour transformer les conditions de vie et créer de nouvelles possibilités. Ce choix relève d’une conception de la justice sociale qui ne se confond pas avec le marxisme, mais qui partage avec les traditions progressistes le refus de laisser les inégalités se reproduire sans intervention collective.

L’autorité, l’éducation et la question démocratique

C’est sur la question démocratique que les jugements portés sur Bourguiba deviennent les plus difficiles. On ne peut nier le caractère autoritaire de son régime, la concentration du pouvoir, les restrictions imposées aux oppositions et les périodes de répression. Il faut les reconnaître sans détour. Mais les comprendre exige aussi de replacer les choix politiques dans le contexte de la Tunisie qui accédait à l’indépendance.

Le pays devait construire rapidement un État moderne, former ses responsables, généraliser l’éducation et transformer des structures sociales anciennes. Les institutions étaient jeunes, les ressources limitées et la culture de participation politique demeurait inégalement développée. Bourguiba estimait que la modernisation de la société devait précéder, ou du moins accompagner étroitement, l’élargissement de la participation politique. Il accordait à l’éducation et à la formation du citoyen une place prioritaire, convaincu qu’une démocratie durable ne pouvait reposer uniquement sur des textes juridiques si les conditions sociales nécessaires à son fonctionnement n’étaient pas réunies.

Cette conception mérite d’être examinée dans son contexte. Elle ne doit pas être confondue avec l’idée que les Tunisiens auraient été, par nature ou par culture, incapables de démocratie. Une telle affirmation serait injuste et historiquement réductrice. Elle ne tient pas compte des traditions de mobilisation nationale, des organisations syndicales, des associations et des courants politiques qui existaient déjà dans le pays. Elle néglige aussi les aspirations à la liberté exprimées par des générations de Tunisiens.

Il est cependant possible de soutenir que Bourguiba estimait que la priorité devait aller à la construction d’un État, à l’instruction et à la transformation des structures sociales avant de permettre une compétition politique pleinement ouverte. Dans sa vision, la modernisation devait créer les conditions d’une société nouvelle. Le problème est que cette transition, présentée comme nécessaire, n’a pas débouché sur une démocratisation progressive et durable de son régime. L’autorité destinée à préparer l’avenir a fini par se maintenir elle-même.

C’est là une limite importante de son projet. En concentrant les décisions entre les mains du pouvoir, le régime a réduit la possibilité pour les citoyens de participer librement à la définition de cet avenir. Il a parfois confondu la nécessité de construire l’État avec le droit de décider seul au nom de la société.

La question mérite néanmoins d’être abordée sans anachronisme. La démocratie n’est pas une institution qui fonctionne automatiquement dès lors que l’on proclame des élections. Elle demande des règles acceptées, des institutions solides, une culture du pluralisme, une administration impartiale, des contre-pouvoirs et une capacité à distinguer l’État des intérêts d’un parti. Elle suppose aussi que les désaccords politiques ne deviennent pas des conflits irréconciliables sur l’identité même de la nation.

Les événements qui ont suivi 2011 ont montré combien cette construction était difficile. La chute de Ben Ali a ouvert une possibilité historique considérable, mais elle n’a pas suffi à installer immédiatement une démocratie consolidée. Les tensions sociales, les attentes économiques, la fragilité des institutions et les affrontements idéologiques ont pesé sur la transition.

La place de la religion dans l’espace public est devenue l’un des principaux terrains de confrontation. Les débats sur l’identité, les libertés individuelles, la place de l’islam dans la Constitution et les rapports entre religion et politique ont parfois pris le pas sur les questions sociales qui avaient nourri les mobilisations populaires. Mohamed Nachi (2016) a analysé cette transformation du religieux en enjeu central de l’espace public tunisien durant la période de transition.

Dans cette perspective, je considère que les partis islamistes et la politisation de la religion ont contribué à brouiller le sens de l’événement de 2011. Une révolution portée par des aspirations à la dignité, à l’emploi, à la justice et à la liberté s’est trouvée confrontée à des conflits identitaires qui ont détourné une partie du débat public des urgences sociales. Il ne s’agit pas de nier le droit des citoyens croyants à participer à la vie politique, ni de réduire tous les échecs de la transition à une seule famille politique. Les difficultés économiques, les rivalités partisanes, les faiblesses institutionnelles et les choix de l’ensemble des acteurs ont également pesé.

Mais le problème apparaît lorsque la religion devient un instrument de compétition pour imposer une définition exclusive de la société. Une démocratie ne peut durablement fonctionner si les adversaires politiques sont présentés comme des ennemis de la foi, de l’identité ou de la nation. Elle exige que les convictions religieuses puissent s’exprimer librement, sans que l’autorité politique soit soustraite à la discussion au nom d’une légitimité supérieure.

Alfred Stepan (2012), en étudiant la transition tunisienne, insiste justement sur la nécessité d’établir un équilibre entre la liberté de participation des citoyens religieux et l’autonomie des institutions démocratiques. Cette exigence demeure centrale : ni l’exclusion des croyants de la vie publique ni la soumission de l’État à une autorité religieuse ne permettent de construire un espace politique commun.

L’expérience postérieure à 2011 invite donc à reconsidérer la question de la préparation démocratique, non pour justifier indéfiniment l’autoritarisme, mais pour comprendre les conditions nécessaires à l’enracinement des institutions. La société tunisienne avait besoin d’éducation, de culture civique, de justice sociale et d’institutions capables de protéger le pluralisme. Ces besoins ne disparaissent pas avec la chute d’un régime.

Bourguiba et l’héritage d’une gauche tunisienne

Alors, Bourguiba fut-il un homme de gauche ? Je réponds par l’affirmative, à condition de préciser le sens que je donne à cette expression. Il ne fut pas un homme de gauche au sens d’une fidélité constante au marxisme ou d’une adhésion aux traditions bolcheviques. Il ne fut pas davantage un démocrate libéral au sens plein du terme. Son parcours est celui d’un dirigeant nationaliste qui a voulu transformer la société tunisienne par l’éducation, la réforme du droit, la modernisation de l’État et la remise en cause de certaines hiérarchies traditionnelles.

Son orientation progressiste apparaît d’abord dans sa volonté de faire reculer les déterminismes sociaux. L’enfant d’une famille modeste devait pouvoir accéder à l’école et aux responsabilités. La femme devait disposer de droits qui lui permettent de ne plus dépendre entièrement de la volonté masculine. Les régions de l’intérieur devaient bénéficier d’investissements capables de créer des possibilités nouvelles. La religion ne devait pas être utilisée pour interdire toute réforme ou présenter les inégalités comme une fatalité.

Ce projet n’a pas tout réussi. Les disparités régionales ont persisté, l’égalité des femmes n’a pas été achevée et le pouvoir a refusé à la société une liberté politique suffisante. Mais les limites d’une expérience ne doivent pas conduire à en nier les ambitions. L’histoire exige que l’on distingue les réformes accomplies, les résultats obtenus, les échecs et les contradictions.

La singularité de Bourguiba tient justement à cette articulation entre la construction nationale et l’émancipation sociale. Il a voulu faire de l’État un instrument de transformation, non simplement une administration chargée de maintenir l’ordre. Il a considéré que l’avenir de la Tunisie dépendait de sa capacité à former ses citoyens, à réformer ses institutions et à modifier les rapports sociaux. Sa politique de la femme constitue, à cet égard, l’une des expériences les plus marquantes du monde arabo-musulman contemporain.

Il serait pourtant dangereux de transformer cette lecture en justification générale de l’autoritarisme. L’éducation peut préparer la démocratie, mais elle ne doit pas devenir le prétexte à reporter indéfiniment les libertés. La modernisation peut corriger les inégalités, mais elle perd une partie de sa portée lorsque les citoyens ne peuvent pas discuter les décisions prises en leur nom. L’État peut protéger la société, mais il ne doit pas se confondre avec un chef ou un parti.

Bourguiba nous laisse donc un héritage qui doit être interrogé plutôt que simplement célébré ou condamné. Il rappelle qu’une société peut accomplir des réformes sociales profondes sans suivre le modèle marxiste classique. Il montre aussi qu’un projet d’émancipation demeure incomplet lorsqu’il ne reconnaît pas pleinement aux citoyens la capacité de participer aux décisions collectives.

Au fond, le véritable apport de Bourguiba à une réflexion sur la gauche réside dans cette conviction que les sociétés ne sont pas condamnées à répéter leur passé. L’égalité n’est pas un état que l’on atteint une fois pour toutes ; c’est un travail de transformation qui concerne l’école, la famille, les territoires, les institutions et les mentalités. La modernité ne consiste pas à imiter mécaniquement un modèle étranger, mais à trouver, dans sa propre histoire et sa propre culture, les ressources nécessaires pour construire une société plus juste.

C’est à cette condition que l’héritage bourguibien conserve son intérêt. Non comme un modèle à reproduire sans critique, mais comme une expérience qui nous oblige à penser ensemble l’égalité, la liberté, la religion, l’éducation et la dignité humaine. Car une société véritablement progressiste n’est pas celle qui prétend avoir achevé sa transformation. C’est celle qui refuse de considérer les injustices comme une fatalité et qui donne à chaque génération les moyens de poursuivre le travail commencé.

* Universitaire.

Bibliographie

Khedher, Rayed (2017). « Tracing the Development of the Tunisian 1956 Code of Personal Status ». Journal of International Women’s Studies, 18(4), article 3.

Murphy, Emma C. (1996). « Women in Tunisia: A Survey of Achievements and Challenges ». The Journal of North African Studies, 1(2), p. 138-156.

Sethom, Hafedh (1979). « Les tentatives de remodelage de l’espace tunisien depuis l’indépendance ». Méditerranée, 35(1-2), p. 119-125.

Stepan, Alfred (2012). « Tunisia’s Transition and the Twin Tolerations ». Journal of Democracy, 23(2), p. 89-103.

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Lettre à mon petit-fils imaginaire

À l’âge où la plupart de sa génération sont déjà grands-pères, voire même arrière-grands-pères, les aléas de la vie de l’auteur l’ont privé jusqu’à maintenant de cette chance et de cette joie de tenir un petit-fils (ou une petite-fille) dans ses bras et lui transmettre ce que la vie lui a appris. Alors, il a voulu le faire quand même à travers cette lettre et ce poème adressés à un petit-fils qui n’existe pas encore et qu’il espère qu’il lira peut-être un jour lorsqu’il viendra dans ce monde grâce à Google qui garde dans son «ventre» trace de toutes ses publications en ligne.

Sadok Zerelli *

Mon cher petit-fils,

Je ne sais pas quel prénom tu aurais porté, quels auraient été la couleur de tes yeux, le son de ton rire ou les rêves qui auraient peuplé ton enfance.

Je ne sais pas si tu aurais ressemblé à ton père, à ta mère ou peut être un peu à moi-même car les lois de la génétique sont impénétrables.

Et pourtant, aujourd’hui, à l’automne de ma vie, j’ai envie de t’écrire. Peut-être parce que l’âge transforme les souvenirs en leçons, les regrets en réflexions et les expériences en conseils que l’on aimerait transmettre à ceux qui viennent après nous.

J’ai longtemps cru que la vie était une course dont il fallait franchir la ligne d’arrivée avec le plus de réussites possibles. Aujourd’hui, je comprends qu’elle ressemble davantage à un voyage dont nous ignorons la destination, la durée et même, parfois, le sens.

Permets-moi donc, mon petit-fils imaginaire, de te transmettre quelques leçons que la vie m’a enseignée et que je ne voudrais pas emporter avec moi dans ma tombe, sans t’en faire profiter car elles t’aideront peut-être à réussir ta vie mieux que je n’ai pu le faire.

Leçon 1 : Ne confonds jamais réussir sa vie et réussir dans la vie.

La société te dira que réussir, c’est gagner beaucoup d’argent, posséder une belle maison, conduire une belle voiture, occuper un poste prestigieux et être admiré par les autres.

Ne méprise pas l’argent. Il est nécessaire pour vivre dignement, protéger ceux que tu aimes et faire face aux imprévus. Ne méprise pas non plus le travail, l’ambition ou le désir de progresser. Mais souviens-toi d’une chose : tu peux réussir professionnellement et échouer humainement. Tu peux posséder beaucoup de biens et manquer de paix intérieure. Tu peux être entouré de centaines de personnes et ne trouver personne à qui confier tes peines.

La réussite véritable ne se mesure pas seulement à ce que tu possèdes, mais aussi à ce que tu es devenu.

À la fin de ta vie, personne ne te demandera combien de réunions tu as présidées, combien de dossiers tu as signés ou combien de chiffres figuraient sur ton compte bancaire.

Tu te demanderas plutôt si tu as aimé, si tu as été aimé, si tu as rendu quelques personnes plus heureuses et si ton passage sur cette Terre a eu un sens pour quelqu’un.

Travaille donc pour réussir dans la vie, mais n’oublie jamais de réussir ta vie.

Leçon 2 :  Apprends à connaître les autres, mais surtout à te connaître toi-même.

J’ai découvert durant ma vie que l’être humain est un univers de contradictions. Il peut être généreux un jour et égoïste le lendemain, courageux devant un danger et lâche devant une vérité qui le dérange.

Ne juge donc pas trop vite les autres. Derrière un sourire peut se cacher une souffrance. Derrière une colère, une blessure ancienne. Derrière une apparente indifférence, une immense solitude.

Essaie de comprendre avant de condamner. Mais applique aussi cette règle à toi-même. Interroge régulièrement tes intentions, tes décisions et tes comportements. Demande-toi si tu agis par conviction ou par peur, par générosité ou par intérêt, par amour ou par orgueil.

Le plus difficile des jugements n’est pas celui que nous portons sur les autres. C’est celui que nous devons avoir le courage de porter sur nous-mêmes.

Ne cherche pas à devenir parfait. La perfection est une illusion qui rend souvent les hommes malheureux. Cherche plutôt à reconnaître tes erreurs, à les réparer lorsque c’est possible et à ne pas les répéter volontairement.

La sagesse ne consiste pas à tout savoir. Elle consiste à comprendre combien il nous reste à apprendre.

Leçon 3 : Choisis tes amis avec ton cœur, mais aussi avec ton intelligence.

Tu rencontreras beaucoup de personnes au cours de ton existence. Certaines t’accompagneront pendant quelques kilomètres, d’autres pendant plusieurs années et quelques-unes, peut-être, jusqu’au bout du chemin.

Ne confonds pas les relations avec l’amitié.

Les relations naissent souvent d’un intérêt commun, d’un travail, d’une circonstance ou d’un avantage réciproque. L’amitié véritable, elle, survit parfois à la distance, aux difficultés et même aux longues périodes de silence.

Un véritable ami ne sera pas toujours d’accord avec toi. Il pourra te contredire, te prévenir d’un danger ou te dire une vérité désagréable. Mais il ne cherchera pas à t’humilier. Il voudra t’aider à devenir meilleur.

Ne mesure pas la valeur de tes amis à leur richesse, à leur influence ou à leur utilité.

Apprends à écouter sans interrompre, à garder les confidences, à tenir tes promesses et à être présent lorsque l’autre traverse une épreuve.

Tu découvriras peut-être, comme je l’ai découvert, que la solitude peut être une compagne exigeante. Apprends à apprécier ta propre compagnie, sans pour autant fermer la porte à ceux qui pourraient embellir ton existence.

Il vaut mieux quelques amitiés sincères qu’une foule de relations superficielles.

Leçon 4 : Aime, mais ne fais jamais de l’amour une prison.

Si un jour tu rencontres une fille que tu aimes, considère-la comme une personne libre, avec ses rêves, ses peurs, ses ambitions et ses contradictions.

Ne cherche pas à la posséder. Aimer quelqu’un ne signifie pas avoir des droits sur lui.

Respecte ses choix, écoute ses silences et apprends à parler de tes propres sentiments. N’attends pas qu’elle devine ce qui te blesse ou ce qui te rend heureux.

Ne crois pas que l’amour suffit toujours à sauver une relation. Il faut aussi de la confiance, du respect, de la patience et la volonté de construire ensemble.

Tu commettras peut-être des erreurs, comme j’en ai commises durant ma vie et même beaucoup, tu seras parfois déçu, incompris ou blessé comme je l’ai été souvent dans ma vie , mais ne transforme pas tes déceptions en mépris ou en haine.

Chaque relation nous apprend quelque chose sur l’autre, mais aussi sur nous-mêmes.

Et si tu fondes une famille, rappelle-toi que tes enfants ne t’appartiennent pas. Tu les accompagneras pendant une partie de leur vie, tu leur transmettras tes valeurs et tu les protégeras autant que possible. Mais leur existence ne sera pas la tienne.

Leçon 5 : Ne sacrifie jamais ta conscience à ton intérêt.

Mon petit-fils, tu vivras dans une société où l’on récompense davantage les apparences que les qualités, les relations que les compétences, la ruse que l’honnêteté.

Tu verras des personnes malhonnêtes réussir, des travailleurs honnêtes rencontrer des difficultés et des hommes courageux être injustement oubliés.

Tu te demanderas parfois si cela vaut la peine de rester honnête lorsque les autres ne le sont pas. Ma réponse est simple : oui. Non pas parce que l’honnêteté garantit le succès. Elle ne le garantit pas et ma vie personnelle le prouve. Mais parce qu’elle te permet de conserver quelque chose que l’argent ne peut pas acheter : la possibilité de te regarder dans un miroir sans avoir honte de celui que tu es devenu.

Ne sois pas naïf, comme je l’ai été. Défends tes droits, protège tes intérêts et apprends à reconnaître ceux qui veulent profiter de toi.

Garde toujours cette règle : ne fais pas volontairement à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse.

Et lorsque tu seras en position de pouvoir, souviens-toi que la valeur d’un homme se révèle moins dans la manière dont il traite ses supérieurs que dans celle dont il traite les personnes qui dépendent de lui.

Leçon 6 : Travaille pour vivre, mais ne vis pas uniquement pour travailler.

Le travail peut donner un sens à tes journées. Il peut te permettre d’acquérir des compétences, de devenir indépendant et de contribuer au bien-être collectif. Mais il peut aussi devenir une obsession qui dévore ton temps, tes relations et ta santé.

Ne remets pas indéfiniment ton bonheur à plus tard. Ne te dis pas que tu profiteras de tes enfants lorsque tu auras terminé ta carrière, que tu voyageras lorsque tu auras gagné davantage d’argent ou que tu prendras soin de toi lorsque tu auras satisfait toutes tes obligations. Les obligations ne finissent jamais. Et le temps, lui, ne revient pas.

Accorde de l’importance à ton métier, mais réserve aussi une place à la lecture, à la musique, à la nature, aux voyages, aux discussions sans but précis et aux plaisirs simples.

Apprends à admirer un coucher de soleil, à savourer un repas sans penser au lendemain et à rire sans te demander si cela est raisonnable.

La vie n’est pas seulement une succession d’objectifs à atteindre. Elle est aussi faite de moments qu’il faut savoir habiter pleinement.

Leçon 7 : Apprends à perdre une bataille sans perdre ta dignité.

Tu ne gagneras pas toutes les batailles. Tu connaîtras peut-être des échecs professionnels, des difficultés financières, des amitiés brisées ou des séparations douloureuses. Certains de tes projets n’aboutiront pas malgré tous tes efforts. Ne laisse pas ces revers définir toute ton existence. Et applique le proverbe chinois qui dit «le coup qui ne te tue pas, te renforce».

Un échec est un événement, pas une identité. Il peut révéler une erreur, une faiblesse ou une circonstance que tu n’avais pas prévue. Essaie d’en tirer une leçon, puis donne-toi la possibilité de recommencer. Mais apprends également à reconnaître les batailles qu’il est inutile de poursuivre.

Tout ne dépend pas de toi. Tu ne peux pas obliger quelqu’un à t’aimer, forcer les autres à reconnaître ta valeur ou changer seul les injustices du monde.

Concentre ton énergie sur ce que tu peux réellement modifier. Accepte avec lucidité ce qui échappe à ton pouvoir, sans renoncer pour autant à agir lorsque ton action peut être utile.

Il faut du courage pour lutter, mais il en faut parfois davantage pour renoncer à une lutte devenue stérile.

Leçon 8 : Prends soin de ton corps et de ton esprit.

Lorsque tu es jeune, tu peux avoir l’impression que ton corps est une ressource inépuisable. Tu remets le repos à demain, tu négliges parfois les signaux de fatigue et tu crois que les années sont encore trop nombreuses pour t’inquiéter de ta santé.

Puis le temps passe. Tu comprendras alors que la santé n’est pas un bien secondaire. Elle conditionne une grande partie de ta liberté. Mais prends également soin de ton esprit. Et surtout, ne mesure pas ta valeur à ta productivité. Tu restes digne d’amour et de respect même lorsque tu es fatigué, malade ou incapable de faire tout ce que tu voudrais.

Leçon 9 : Ne sois pas indifférent à la souffrance des autres.

Tu naîtras dans un monde où les destins seront inégalement distribués.

Certains enfants grandiront dans des familles aimantes, avec des moyens suffisants pour étudier et réaliser leurs rêves. D’autres connaîtront très tôt la pauvreté, la maladie, les conflits ou l’abandon.

Tu n’auras pas choisi les conditions de ta naissance. Beaucoup d’autres n’auront pas choisi les leurs non plus. N’oublie jamais cette vérité lorsque la vie te sera favorable.

Ne te contente pas de demander pourquoi certains réussissent et d’autres échouent. Demande-toi aussi quelles circonstances ont rendu leur chemin plus facile ou plus difficile.

Tu ne pourras pas supprimer toutes les injustices. Aucun homme ne le peut à lui seul. Mais tu pourras aider une personne, défendre une cause juste, transmettre un savoir, soutenir un enfant ou simplement écouter quelqu’un que personne ne prend le temps d’entendre.

Leçon 10 : Apprends à être heureux avec ce que tu as, sans renoncer à ce que tu peux améliorer.

Tu verras que le bonheur est une étrange quête. Nous pensons souvent qu’il nous attend derrière une porte : celle d’un diplôme, d’un emploi, d’une promotion, d’une maison ou d’une réussite amoureuse.

Nous franchissons cette porte et découvrons qu’une autre se trouve déjà devant nous. Nous repoussons ainsi le bonheur à un avenir qui recule au fur et à mesure que nous avançons.

Ne tombe pas dans le même piège où je suis tombé et apprend à apprécier ce qui est déjà présent dans ta vie.

Construis ta propre définition du bonheur.

La conversation avec un ami, le sourire d’un enfant, la chaleur du soleil, un livre qui t’émeut, une musique qui réveille un souvenir : ces moments n’ont pas besoin d’être coûteux pour être précieux.

Ton Papy qui a tant rêvé de toi 

Post-Scriptum : Je dédie ce poème que j’ai écris en pensant toi et que tu liras peut-être un jour à tes petits camarades de classe pour leur faire savoir quel Papy tu aurais eu si la vie n’en a pas voulu autrement :

A mon petit-fils imaginaire

Je rêvais de toi, doux trésor d’avenir,  

De tes rires légers, de tes jeux sans finir.  

Mais le destin, capricieux et secret,  

A choisi pour moi une autre destinée.  

*

Dans mes rêves, je te vois courir,  

Sous un ciel bleu, sans jamais souffrir. 

Je t’imagine, joyeux et innocent,  

Tel un oiseau volant dans un ciel éclatant,  

*

Je n’aurais pas vu tes premiers pas,  

Ni vu briller tes yeux sur le monde d’ici-bas.  

Je t’aurais offert mille caresses,  

Des mots doux pour apaiser tes tristesses,  

*

Je t’aurais raconté des histoires d’autrefois,  

Chacune de mes aventures, un peu de moi.  

Je t’aurais appris à voir la beauté,  

Dans chaque simple geste, dans chaque être aimé.  

*

Mais tu n’es pas venu de mon vivant, et pourtant,  

Dans mon cœur, tu es déjà présent.  

Je porte en moi ta douce absence,  

Comme un amour pur, une éternelle présence.  

Papy Sadok

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Les «Marabouts» de Dali Belkadhi, en face de la mer

Après treize années de retrait et de silence créatif, Mohamed Ali Belkadhi a signé ce samedi 17 octobre 2026 son grand retour avec le vernissage de son exposition «Marabouts : Balade entre identité et modernité» à l’atelier-galerie En face c’est la mer (Espace Verand’Art, 9 rue Sotusas à Salammbô). Une méditation plastique d’une grande finesse où le sacré traditionnel devient l’écrin de nos modernités profanes. Dans le Silence du Dôme en face de la mer…

Manel Albouchi

Il faut d’abord franchir le seuil et laisser le regard s’acclimater au blanc. Dans l’espace dépouillé de Verand’Art, règne une immobilité presque sacrée. Au fond, c’est l’inauguration d’une niche : l’atelier-galerie En face c’est la mer, un autel dénué de tout dogme. C’est dans cet écrin de chaux pure que se sont alignés les cadres de Mohamed Ali Belkadhi, dit Dali.

Après treize ans d’absence – ce long intervalle où mûrissent les visions profondes -, cet «artiste plasticien de l’imaginaire», Prix National de Photographie, ne revient pas pour imposer une doctrine, mais pour ouvrir des passages. Sa série «Marabouts» déploie une frise de fenêtres découpées avec une extrême délicatesse.

La coupole et le croissant

Chaque passe-partout est percé d’une arche à dôme, surmontée d’un croissant de lune. La silhouette évoque immédiatement la Koubba, ce sanctuaire maghrébin de plan carré surmonté d’une coupole. Mais, vue de près, la ligne refuse tout figement : d’un cadre à l’autre, l’arche s’adoucit, le dôme s’arrondit imperceptiblement, traduisant le geste vivant de la main qui taille le vide. Au-dessus, la lune revient, fidèle, comme pour nous rappeler la grande loi des métamorphoses : toute rencontre naît d’une éclipse, et la présence a besoin de l’absence pour advenir.

Sous ces dômes protecteurs, le beau, le bizarre et le profane célèbrent de sombres noces. Directement sur le mur blanc, les mots tracés à l’encre accompagnent chaque œuvre et en déclarent la technique : sérigraphie, photo, acrylique ou collage. L’œil voyage ainsi de la précision glacée d’un code à barres noir et blanc aux lambeaux déchirés d’une affiche, de la douceur charnelle d’Isabelle La Belle nue sous des zébrures graphiques à la convulsion d’une géométrie noire sous un rouge sang névrotique. Et tout au bout, l’urgence éthique s’impose comme un cri vif jeté face à la mer : Free Palestine.

Au-dessus du bruit

La force singulière de cette exposition réside dans sa capacité de juxtaposition : l’architecture sacrée du marabout devient la demeure du profane. Quel art subtil que celui qui sait enfermer la modernité la plus brutale (la consommation, la rue, le désir, le bruit social et les luttes politiques) dans le contenant rassurant de la tradition !

À première vue, l’exposition ausculte le monde contemporain et ses frictions. Mais à mesurer l’apaisement qui se dégage du lieu, on comprend que l’arche agit aussi comme une enveloppe psychique, un cadre contenant capable d’accueillir le chaos sans jamais rompre.

Dali Belkadhi nous montre avec ces Marabouts que si l’architecture extérieure de l’être est une façade presque fixe, son sanctuaire intime demeure un univers infini où le profane et le sacré ne s’opposent plus, mais contemplent ensemble le même horizon. L’artiste ne cherche pas à fuir la laideur ou le bruit du siècle ; il les transfigure.

Ce long silence prend alors tout son sens : il fallait ce temps de retrait pour transformer le flux impétueux de la vie en une forme sereine.

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À qui les terres agricoles ukrainienne ont-elles été bradées ?

La moitié des terres agricoles arables en Ukraine ont été bradées, à des oligarques ukrainiens et à des entreprises occidentales, notamment européennes. On comprend mieux, en sachant cela, les raisons de l’obstination des États de l’Union européenne (UE) à poursuivre la guerre entre l’Ukraine et la Russie, tant que ce sont les Ukrainiens qui meurent sous les bombes russes et qui voient leur pays détruit.

Habib Glenza, à Lödz. 

Deux rapports secrets, le premier de The Oakland Institute et le second la chaîne Telegram ukrainienne, Rezident, ont révélé que la moitié des terres agricoles arables en Ukraine ont été bradées au profit d’oligarques ukrainiens et d’entreprises occidentales, notamment européennes, ce qui explique les vraies raisons de la poursuite du conflit russo-ukrainien et surtout de l’opposition des pays de l’UE à la paix en Ukraine. En effet, la défaite de l’Ukraine suite à un arrangement entre Poutine et Trump signifierait une perte des terres bradées à des entreprises européennes. Aussi l’UE mise-t-elle sur une victoire de l’Ukraine pour préserver les intérêts des entreprises européennes dans ce pays. Par conséquent, l’UE s’endette pour soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Cependant vaincre un pays très vaste qui compte 17 millions de km2 et qui possède un arsenal nucléaire de plus de 6000 ogives est utopique.

La Russie possède un complexe militaire qui fabrique toutes ses armes grâce à une énergie abondante et bon marché et à ses propres usines d’acier, contrairement à l’Ukraine qui dépend entièrement de l’aide militaire occidentale et surtout des armes et du système satellitaire américain Starlink. Sans l’aide financière et militaire des pays occidentaux, l’Ukraine s’effondrerait au bout des quelques mois

Contrairement aux politiciens européens, Donald Trump a finalement compris que le conflit russo-ukrainien ne rapporte aux États-Unis que des dépenses, évaluées jusqu’à ce jour à plus de 150 milliards de dollars, entre-temps l’économie chinoise avance à pas de géant sans que la Chine tire une seule cartouche. Pour lui, l’intérêt américain passe avant tout.

Des terres agricoles cédées par l’Etat à des investisseurs étrangers à bas prix

Les législateurs ukrainiens ont permis la vente de terres agricoles à des investisseurs étrangers sans restriction, permettant désormais aux entreprises et aux particuliers étrangers de devenir propriétaires d’une part importante des terres arables du pays, rapporte la chaîne Telegram ukrainienne Rezident. Il est déjà connu que trois entreprises ont acquis 17 millions d’hectares de terres ukrainiennes, soit plus de la moitié de toutes les terres agricoles du pays (42,7 millions d’hectares). Sachant que les terres en temps de guerre sont vendues à des entreprises étrangères à des prix considérablement réduits. 

«En fin de compte, voilà ce que nous avons aujourd’hui : plus de la moitié des terres arables ukrainiennes ont été bradées à des entreprises étrangères, car c’est, premièrement, l’un des rares actifs qui peut rapporter un peu d’argent, et deuxièmement, cela garantit que les entreprises feront du lobbying pour leurs actifs auprès des gouvernements occidentaux. Même si l’on suppose hypothétiquement que le conflit cesse maintenant, l’Ukraine a déjà cessé d’être la propriétaire de ses terres. Ce qui se passe est une méthode purement coloniale, caractéristique du monde occidental», résume la chaîne Rezident. 

En Ukraine, Volodymyr Zelensky a pris ses fonctions de Premier ministre en mai 2019, peu de temps après l’approbation de la loi originaire de la réforme agraire de mars 2019, ce qui a permis la vente de terres agricoles mais n’a pas envisagé d’acquisition ou de transfert aux paysans. Sous son mandat, il a assoupli la «Loi de réforme agraire» en juillet 2021,  permettant aux particuliers d’acheter des terres agricoles, qui représentent 70 % du pays et qui sont des plus fertiles au monde. Il a permis également la vente de «terre noire» (engrais favorable à l’environnement, qui empêche le compactage du sol, etc.). De plus, la loi définit que seuls les particuliers peuvent acheter jusqu’à 100 hectares. La Banque mondiale et le FMI ont fait pression pour que les terres puissent être acquises par des étrangers, ce qui permettrait à l’Ukraine de bénéficier de futurs prêts.

Le gouvernement de Zelensky a développé la deuxième étape de la réforme agraire, en janvier 2024, sous cette pression, permettant aux investisseurs individuels et aux entreprises étrangères d’acheter jusqu’à 10 000 hectares de terres. Ceci a suscité de vives critiques, principalement de la part d’agriculteurs de taille moyenne en Ukraine. Ils soutiennent qu’une grande partie du territoire est entre les mains de citoyens et d’entreprises étrangères (Monsanto, Dupont, Cargill, Black Rock, Blackstone et autres), pouvant être source d’incertitudes quant à l’avenir de l’État, à son intégrité territoriale et aux intérêts des gens ordinaires, puisque l’agriculture joue un rôle important dans l’économie de l’Ukraine.

Cela pourrait conduire à une réduction de la place de l’agriculture dans l’économie du pays, à une perte d’emplois, à un  déplacement de la population de son habitat, à la détérioration économique et au manque de contrôle de la part de l’État sur la gestion de la terre. D’autre part, les investisseurs étrangers n’y voient que leurs avantages et leurs bénéfices, mais de telles transactions peuvent générer des conséquences dangereuses pour le pays.

Un autre problème central serait la perte de contrôle des ressources stratégiques de l’État. La terre a non seulement une valeur historique et culturelle, mais c’est aussi le facteur de production le plus important, qui a une relation directe avec l’économie nationale et la garantie de la sécurité alimentaire du pays.

La plupart des détracteurs de cette deuxième étape de la réforme agraire, qui permet la vente des terres à des étrangers, souligne la nécessité d’établir des mécanismes de contrôle et des restrictions strictes pour défendre les intérêts du pays. De l’avis de ces détracteurs, l’achat de terrains par des étrangers peut conduire à la désintégration de la société ukrainienne.

Qui sont les principaux acquéreurs ?

Les plus grands détenteurs de terres sont un mélange d’oligarques locaux et d’intérêts étrangers, principalement européens et nord-américains. Ces entreprises sont généralement des holdings qui gèrent leurs activités par l’intermédiaire de filiales locales.

Les oligarques:

• Avec 582 062 hectares, c’est Kernel qui détient le plus de terres et est également le plus grand producteur et exportateur d’huile de tournesol. Son propriétaire, Andriy Verevskyi, est la 16ᵉ personne la plus riche d’Ukraine.

• UkrLandFarming vient en seconde place avec 403 370 hectares. Fondée par l’oligarque Oleg Bakhmatyuk, qui était la 28ᵉ personne la plus riche d’Ukraine en 2016 et qui a depuis perdu une grande partie de ses terres et de ses biens à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie. Sa société est spécialisée dans la production de céréales, d’œufs, de lait et de viande.

• En troisième position, avec 360 238 hectares, MHP est le plus grand producteur et exportateur de poulets en Ukraine. La société a été fondée par son PDG actuel, Yuriy Kosyuk, la dixième personne la plus riche du pays.

• Avec 264 270 hectares, Astara est le plus grand producteur de sucre d’Ukraine et est également actif dans la production de lait industriel et la transformation du soja. Son fondateur et actuel PDG, Viktor Ivanchuk, est la 95ᵉ personne la plus riche du pays.

• Le fondateur de Nibulon, Oleksiy Vadatursky, était la 24ᵉ personne la plus riche d’Ukraine, mais il est décédé en juillet 2022 à la suite d’un tir de missile russe. Nibulon cultive des céréales pour l’exportation sur 82 500 hectares.

• System Capital Management (SCM) est une importante holding financière et industrielle contrôlée par l’homme le plus riche d’Ukraine, Rinat Akhmetov. SCM possède plusieurs filiales agricoles, notamment HarvEst, qui produit du blé, du tournesol, des légumineuses, du maïs et du bétail. L’entreprise gère 26 000 hectares de terres, ayant perdu le contrôle de plus de 100 000 hectares à cause de la guerre.

Les entreprises étrangères:

Plusieurs entreprises étrangères contrôlent de grandes surfaces agricoles dans le pays. Les trois plus importantes sont :

• NCH Capital, une société de capital-investissement basée aux États-Unis qui investit pour le compte d’importants fonds de pension américains, de dotations universitaires et de fondations. C’est le cinquième plus grand détenteur foncier du pays, avec 290 749 hectares, et opère en Ukraine par l’intermédiaire de la société AgroProsperis.

• PIF Saudi, détenue par le Fonds souverain d’Arabie saoudite, exploite 228 654 hectares par l’intermédiaire de la Saudi Agriculture and Livestock Investment Company (“Salic”) et de sa filiale ukrainienne, Continental Farmers Group.

• TNA Corporate Solutions, une autre société basée aux États-Unis, appartient à l’homme d’affaires américain Nicholas Piazza. Elle contrôle 295 624 hectares par l’intermédiaire de plusieurs filiales, dont Pivden Agro Invest, Podillya Agroprodukt, Hetmanski et Prydniprovske. La plupart des terres louées par la TNA proviennent de transferts effectués ces dernières années par UkrLandFarming.

Les actionnaires étrangers associés aux oligarques :

• NN Investment Partners Holdings N.V. est une société d’investissement privée basée aux Pays-Bas, qui détient des parts dans Kernel et Astarta. En avril 2022, elle a été rachetée par la banque d’investissement américaine Goldman Sachs et a été regroupée avec Goldman Sachs Asset Management. Au fil des ans, Goldman Sachs a été impliquée dans une série de controverses, notamment en jouant un rôle central dans la crise financière de 2008, et en prenant part au scandale de corruption 1MDB, d’une valeur de plusieurs milliards d’euros.

• Kopernik Global Investors LLC est une société d’investissement privée basée aux États-Unis qui gère 4,97 milliards de dollars d’actifs. Elle détient des parts dans Kernel, MHP et Astarta. Elle est le troisième investisseur privé en Ukraine en 2020. Gestionnaire de fonds «à contre-courant», elle est spécialisée dans la recherche d’entreprises à travers le monde qu’elle considère comme sous-évaluées dans des contextes marqués par l’instabilité politique et économique.

• Heptagon Capital LLP est une société d’investissement privée basée à Londres, qui gère 12,36 milliards de dollars d’actifs. Elle détient des actions de Kernel, MHP et Astarta. Avec Kopernik Global Investors LLC, elle gère le Kopernik Global All-Cap Equity Fund, qui détient des participations dans l’agriculture, la production d’huile de palme, l’extraction d’or et d’argent, la production d’uranium et le gaz naturel.

• Norges Bank Investment Management possède des parts dans Kernel et MHP. Elle gère le Norwegian Government Pension Fund Global – également connu sous le nom de Oil Fund – qui est le fonds souverain de la Norvège. Avec plus de 1,4 trillion de dollars d’actifs, elle est le plus grand propriétaire individuel du marché boursier mondial, contrôlant 1,5 % de toutes les actions des sociétés cotées en bourse dans le monde. En 2020, Norges Bank Investment Management était le quatrième investisseur en Ukraine.

• Hamblin Watsa Investment Counsel Ltd est une filiale à 100 % de Fairfax Financial Holdings Ltd, une société de gestion financière basée à Toronto. Détenant près de 31 % des actions d’Astarta, elle est le plus grand actionnaire de l’entreprise après son fondateur, ce qui lui confère un pouvoir important dans l’entreprise. Fairfax Financial Holdings Ltd. contrôle également 70 % de FFH Ukraine, la société holding de trois compagnies d’assurance ukrainiennes, et détient une part de 10 % dans Ovostar Union, un producteur d’œufs ukrainien.

• La société américaine de capital-investissement NCH Capital a été fondée en 1993 par George Rohr et Morris Tabacinic, deux hommes d’affaires américains fortement impliqués dans la frénésie de privatisation qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique. Ils ont créé une série de fonds pour louer ou acheter à bas prix des fermes dans la région, dans le but de les regrouper pour en faire de grandes exploitations de céréales et de soja. Ils ont ainsi réussi à constituer une banque de terres de 700 000 hectares en Ukraine et en Russie. Après avoir obtenu des investissements de la part d’institutions financières occidentales de premier plan, elle a fait transiter ces fonds par des sociétés offshore situées dans des paradis fiscaux tels que Chypre et les îles Caïmans, et par des joint-ventures avec des entreprises locales afin de s’approprier les terres. L’entreprise est accusée d’acquisition illégale de terres, d’évasion fiscale et d’activités financières illicites. NCH Capital a joué un rôle clé dans la promotion de la réforme agraire en Ukraine : en 2015, son fondateur et PDG George Rohr a participé aux réunions de haut niveau impliquant le président ukrainien et le secrétaire américain au Commerce qui ont conduit l’Ukraine à accepter un plan de réforme du FMI, comme condition à deux garanties de prêt d’un milliard de dollars du gouvernement américain

Sources :

1- The Oakland Institute

2- la chaîne Telegram ukrainienne Rezident.

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La Tunisie et le fardeau du non-Maghreb

Alors que la Tunisie traverse une phase critique de restructuration institutionnelle et macroéconomique, sa vulnérabilité stratégique est exacerbée par les pressions multidirectionnelles de ses voisins terrestres. De l’Uti Possidetis Juris à l’asymétrie prétorienne : pourquoi le paradigme militaro-rentier condamne l’intégration de l’espace maghrébins de Casablanca à Tobrouk.

Elyes Kasri *

La Tunisie est prise en étau entre deux faillites structurelles distinctes mais tout aussi corrosives : à l’est, la déliquescence d’un modèle de non-État libyen miné par les factions, et à l’ouest, un État militaro-sécuritaire algérien rigidifié, dont la survie systémique dépend de l’invocation permanente du mythe de l’ennemi extérieur pour masquer la confiscation des libertés publiques et la spoliation des richesses de son propre peuple.

Dans cette configuration, la principale menace pour Tunis n’est pas uniquement d’ordre conventionnel, mais idéologique. C’est la pénétration de cet anti-modèle, de part et d’autre des frontières terrestres, qui vient chahuter le discours politique national et obscurcir la rationalité des arbitrages macroéconomiques et démocratiques que la Tunisie doit impérativement opérer pour préserver son autonomie et sa survie.

Privée par le découpage territorial colonial de richesses naturelles assurant sa résilience face à la tempête qui pointe à l’horizon, la Tunisie est dans l’obligation vitale de neutraliser ces influences afin de maintenir une gouvernance civile ouverte et une flexibilité économique, seules variables d’ajustement et de survie viables.

En science politique, la paralysie de l’Afrique du Nord répond au concept de «Non-Maghreb», un cas d’école où les choix souverains des régimes bloquent l’émergence d’un marché commun.

Cette intégration régionale est aujourd’hui une impossibilité systémique, car la direction militaro-politique algérienne, à l’instar des structures de pouvoir libyennes, a érigé le dilemme de sécurité, l’hégémonisme et l’opacité frontalière en vecteurs de survie systémique.

Ce verrouillage institutionnel condamne à l’immobilité un espace géographique prédisposé à former un continuum d’intégration transnationale, s’étendant de Casablanca jusqu’à Tobrouk, l’avant-poste oriental de la Cyrénaïque.

La mise en commun des ressources face à la captation de la rente

En théorie des relations internationales, le succès de l’Union européenne valide les thèses du libéralisme institutionnel. En 1951, la création de la Ceca par la France et l’Allemagne a transféré la souveraineté du charbon et de l’acier à une autorité supranationale, neutralisant le potentiel belligène de ces ressources pour en faire des biens publics régionaux.

À l’opposé, les élites militaro-politiques issues des découpages coloniaux en Afrique du Nord appréhendent leurs territoires et les gisements du Sahara comme un «butin de guerre» exclusif. La nomenclature militaire refuse toute délégation de souveraineté ou synergie multilatérale qui introduirait de la transparence douanière. La rente énergétique doit demeurer centralisée afin de consolider les circuits de redistribution clientélistes, de financer l’appareil de coercition et d’assurer le contrôle social.

L’autoritarisme rentier d’Alger et de Tripoli

L’examen en politique comparée de l’Algérie et de la Libye révèle des homologies structurales frappantes, nées d’une même culture institutionnelle.

Des constructions territoriales ex nihilo : les deux entités ont été unifiées administrativement par les puissances coloniales (la France pour l’Algérie, l’Italie pour la Libye), agglomérant des régions historiques dotées de dynamiques propres.

Le syndrome hollandais et la déliquescence institutionnelle : sous le régime militaire de Mouammar Kadhafi, la Libye a poussé à l’extrême la logique de l’État rentier. L’afflux des capitaux pétroliers a servi à financer des réseaux d’allégeance tribaux et des interventions subversives extérieures, au détriment de l’édification d’institutions étatiques pérennes ou d’un tissu économique diversifié.

La doctrine de l’hégémonisme asymétrique : pour Tripoli comme pour Alger, l’intégration régionale n’a jamais été conçue sous l’angle de la coopération horizontale, mais comme un instrument de projection de puissance. Cette vision conflictuelle a systématiquement torpillé les mécanismes multilatéraux de l’Union du Maghreb Arabe (Uma) dès lors que les décisions échappaient aux impératifs de ces deux régimes.

La Tunisie, victime de spoliation territoriale et d’actes de déstabilisation

Dans cette configuration géopolitique, la Tunisie subit de plein fouet les externalités négatives de ce voisinage rentier. Historiquement, le pays a été privé de territoires stratégiques riches en ressources hydriques et en hydrocarbures par des voisins agissant en conservateurs stricts des tracés coloniaux les plus avantageux.

Au-delà de ce préjudice territorial, la Tunisie a fait l’objet de manœuvres récurrentes de déstabilisation visant à entraver l’émergence d’un modèle politique civil et autonome. Le complot terroriste de Gafsa en janvier 1980 illustre parfaitement cette hostilité structurelle. Pour les oligarchies prétoriennes environnantes, la stabilité et l’ancrage institutionnel de l’État tunisien ont régulièrement été perçus comme une menace pour leur propre monopole narratif.

L’émergence des «zones de non-État»

La détérioration sécuritaire des confins sahariens dresse un réquisitoire contre le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation (uti possidetis juris), adopté par l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1964. Conçu pour figer les tracés coloniaux et prévenir les conflits, ce dogme juridique sert aujourd’hui, en plus du blanchiment du pillage colonial, de couverture à une faillite de la souveraineté empirique.

D’un côté, les périphéries frontalières avec la Libye et l’Algerie se sont muées en «zones de non-État», caractérisées par une absence de gouvernance civile et de services publics. Ce vide institutionnel favorise le développement d’une contrebande systémique (carburants, substances psychotropes) qui altère les équilibres douaniers et économiques des pays limitrophes.

Pour sa part, la Libye post-2011 expose la phase terminale de cette déliquescence : l’effondrement du pouvoir centralisé a conduit à une implosion systémique, morcelant le territoire en fiefs contrôlés par des milices et des seigneurs de guerre rivalisant pour la captation de la rente. Les frontières coloniales y ont perdu leur fonction de filtrage, devenant des espaces de transit pour la criminalité transnationale et la prolifération d’armements vers le Sahel et le Maghreb central.

L’externalisation des flux migratoires comme arme géopolitique

Cette absence de coopération se manifeste également dans la gestion des flux migratoires. En l’absence de structures multilatérales de régulation, la Libye des factions et l’Algérie rentière appréhendent les dynamiques migratoires subsahariennes à travers le prisme du fait accompli et de la contrainte asymétrique.

L’expulsion systématique et unilatérale de contingents de migrants par l’appareil sécuritaire algérien vers les frontières tunisiennes, couplée aux réseaux de traite humaine tolérés en territoire libyen, s’apparente à une stratégie d’externalisation des tensions d’infrastructure. Ces pratiques saturent les capacités d’accueil de la Tunisie et importent artificiellement des crises humanitaires et sécuritaires exogènes dans son espace domestique.

La variable démocratique comme condition de l’intégration

Après un demi-siècle d’échecs et de revers qui font du Maghreb la région la plus dysfonctionnelle du continent africain et du monde, force est d’admettre que l’intégration régionale requiert comme une condition sine qua non une homogénéité des régimes politiques, fondée sur l’État de droit, la séparation des pouvoirs et la responsabilité des gouvernants devant le souverain populaire.

Ainsi, le blocage du Maghreb relève plutôt d’une incompatibilité systémique. Qu’il s’agisse de l’autoritarisme prétorien à Alger ou du vide institutionnel milicien à Tripoli, ces régimes dépendent du maintien d’un état de tension permanent et de l’invocation d’un péril extérieur pour légitimer leur contrôle sur l’allocation des ressources.

Pour la Tunisie, s’aligner sur des mécanismes de repli autoritaire sous l’influence de cet anti-modèle environnant serait une erreur stratégique majeure.

L’avenir de Tunis dépend de sa capacité à préserver son capital institutionnel et sa connectivité internationale, afin de se positionner comme le pivot d’une future refondation multilatérale, le jour où les conditions d’une transition démocratique seront réunies de Casablanca à Tobrouk.

Tunis comme vigie du continuum maghrébin

La paralysie de l’axe Casablanca-Tobrouk démontre ainsi que le «Non-Maghreb» n’est pas une fatalité géographique, mais le produit d’un verrouillage doctrinaire. Elle valide un axiome fondamental de la science politique contemporaine : l’homogénéité démocratique est le préalable absolu à tout édifice régional durable.

Sans institutions transparentes, sans reddition de comptes et sans une souveraineté rendue aux citoyens, les traités interétatiques ne sont que des chiffons de papier condamnés à être déchirés par les paranoïas sécuritaires et les calculs des oligarchies rentières. L’histoire européenne l’a prouvé ; le drame maghrébin le confirme.

Céder à la tentation de cet anti-modèle — qu’il prenne les traits du chaos milicien ou de la rigidité despotique et kleptocrate militaro-sécuritaire — reviendrait pour la Tunisie à importer une faillite annoncée.

En dépit des contingences inhérentes à son parcours, des turbulences de sa transition et des complexités de sa quête démocratique actuelle, la Tunisie ne doit pas abdiquer. Elle conserve, de par sa profondeur historique et ses acquis sociétaux, un rôle naturel de vigie civilisationnelle et démocratique en Afrique du Nord.

Face à cet étau rentier et autoritaire, la Tunisie doit opposer l’asymétrie de sa propre force : celle d’un État civil résolu, d’un capital humain agile et d’une connectivité internationale assumée.

C’est en prédisposant son exception institutionnelle et en refusant la contagion du repli que Tunis se positionnera non pas comme une victime passive de son voisinage, mais comme le phare intellectuel et le pivot incontournable de la future refondation du Maghreb. Le jour où les peuples briseront enfin leurs chaînes autoritaires, c’est vers cette vigie qu’ils se tourneront pour réinventer l’union tant rêvée par plusieurs générations maghrébines.

* Ancien ambassadeur.

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Mohsen Marzouk n’assistera pas aux obsèques de sa mère

Mohsen Marzouk a annoncé hier, samedi 17 octobre 2026, dans un poste Facebook, le décès de sa mère, Salha El Abdi, «le grand olivier qui nous a nourris de son huile, nous a protégés des loups de la nuit, nous a appris le principe et la connaissance et nous a hissés sur la colline pour qu’on ne perde pas la voie du soleil», a-t-il écrit sur le ton de la poésie, l‘affaire de sa vie à côté de la politique.  

«Elle est décédée paisiblement dans son sommeil au terme d’une vie entièrement vouée au combat qu’elle a mené seule, entourée de ses trois enfants, après le décès de son époux alors qu’elle n’avait pas atteint ses trente ans», écrit encore l’ancien ministre-conseiller politique au cabinet du président Béji Caïd Essebsi, fondateur et président du parti Machrou Tounes. «Je ne serais pas à ses côtés pour creuser la terre avec mes mains et la livrer à la poussière et à l’obscurité, mais elle ne sera pas seule, puisqu’elle sera entourée de Rakia et Sarhane», son frère et sa sœur qui accompagneront la défunte à sa dernière demeure.

Marzouk a voulu rappeler ainsi qu’il a quitté la Tunisie au lendemain de la prise de pouvoir de Kaïs Saïed et le début des procès politiques et qu’il vit aujourd’hui en exil, à l’instar de nombreux anciens responsables politiques tunisiens.

I. B.    

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Si Hamadi Kedidi, gardien du feu culturel

Aujourd’hui, j’ai envie de rendre hommage à un homme. Un homme comme on en rencontre de moins en moins. Un homme qui, à lui seul, semble porter l’énergie, la passion, l’enthousiasme et l’obstination de toute une génération. Si Hamadi Kedidi. Et, à travers lui, un hommage est rendu à ceux qui refusent de laisser mourir la culture….

Hichem Ben Azzouz *

Je ne l’ai connu personnellement que très récemment. Pourtant, son nom, son aura, sa réputation m’étaient parvenus bien des années auparavant, à travers les conversations de quelques intellectuels, artistes et amis de Sousse. On me parlait de cet homme infatigable, toujours présent, toujours à l’initiative de quelque chose, toujours occupé à réunir des gens, à organiser une rencontre, une conférence, une projection, un débat, une manifestation culturelle. Un homme qui ne s’arrête jamais. Et lorsque j’ai enfin fait sa connaissance, j’ai compris que sa réputation était encore en deçà de la réalité.

Car Si Hamadi est de cette espèce humaine devenue presque introuvable ; les agitateurs culturels, les éveilleurs de consciences, les passeurs de savoir, les semeurs d’idées, les rassembleurs de bonnes volontés, les militants de l’intelligence et de la beauté. Il est tout cela à la fois. Animateur, organisateur, provocateur d’idées, agitateur de consciences, militant passionné, homme de dialogue, de rencontres, de transmission, de mémoire et d’avenir.

Homme de dialogue, de rencontres et de transmission

Il est partout. À Sousse, bien sûr, mais son engagement déborde largement les frontières de sa ville. Car la culture, pour lui, n’a jamais été une affaire de territoire, de prestige ou de mondanités. Elle est une manière d’habiter le monde. Une manière de résister. Une manière de rester vivant. Et surtout, une manière de ne pas laisser les autres s’endormir.

Si Hamadi me rappelle ma jeunesse. Cette époque lointaine où, jeune étudiant, je croyais profondément que l’engagement culturel pouvait transformer la société, peut-être davantage encore que l’engagement politique. Nous pensions alors qu’un livre pouvait ouvrir une brèche dans un mur. Qu’un film pouvait bouleverser une conscience. Qu’une pièce de théâtre pouvait déranger un pouvoir. Qu’un débat pouvait faire vaciller les certitudes les mieux installées. Nous croyions que la culture n’était pas un luxe réservé à quelques privilégiés, mais une nécessité vitale, aussi essentielle que le pain, la liberté ou la dignité. Nous avions cette naïveté magnifique de croire que les idées pouvaient changer le monde.

Puis les années ont passé. Les enthousiasmes se sont émoussés. Les idéaux ont rencontré les désillusions. Les engagements se sont heurtés aux indifférences, aux calculs, aux renoncements, aux petites lâchetés quotidiennes. Nous avons vu tant de militants se fatiguer, tant d’intellectuels se retirer, tant de voix se taire. Nous avons vu la culture devenir parfois un simple décor, une activité de circonstance, une affaire de cérémonies, de discours officiels et de photographies. Nous avons vu les institutions s’essouffler, les responsables se dérober, les bonnes volontés se décourager. Et nous avons fini, pour beaucoup d’entre nous, par nous résigner un peu.

Il continue alors que tant d’autres ont baissé les bras

Pas lui. Si Hamadi, lui, continue. Il continue malgré les années, malgré les difficultés, malgré les déceptions, malgré les portes fermées, malgré les promesses non tenues, malgré l’indifférence de ceux qui devraient être les premiers à soutenir ses initiatives. Il continue malgré les absences, les pertes, les départs, les démissions. Il continue malgré cette froideur terrible qui gagne parfois nos sociétés, lorsque chacun se replie sur ses préoccupations, ses intérêts, son petit confort personnel. Il continue alors que tant d’autres ont baissé les bras. Il continue avec une énergie qui semble défier le temps, avec l’enthousiasme d’un étudiant de vingt ans, avec la ferveur d’un jeune militant qui viendrait de découvrir que le monde peut encore être changé.

Et c’est peut-être cela qui me touche le plus chez cet homme. Il n’a pas laissé les années vieillir ses convictions. Il n’a pas laissé les désillusions tuer son enthousiasme. Il n’a pas laissé la médiocrité ambiante lui dicter sa conduite. Il n’a pas laissé le cynisme devenir une forme de sagesse. Car il existe une fatigue plus grave que celle du corps ; c’est celle de l’âme. Cette fatigue qui nous fait dire, un jour, que cela ne sert plus à rien, que les gens ne changent pas, que personne ne s’intéresse plus à rien, qu’il vaut mieux s’occuper de soi et laisser le monde suivre son cours. Si Hamadi semble avoir décidé de ne jamais céder à cette fatigue-là. Et quelle leçon !

Dans une époque où l’on confond si souvent visibilité et engagement, notoriété et mérite, agitation médiatique et véritable action culturelle, cet homme nous rappelle une vérité simple ; que la culture ne vit pas seulement grâce aux artistes, aux écrivains ou aux intellectuels. Elle vit aussi grâce à ceux qui leur ouvrent des portes, leur tendent une chaise, leur offrent un public, organisent une rencontre, allument une lumière dans une salle et invitent les autres à venir écouter. Ces hommes-là sont indispensables. Et pourtant, on parle si peu d’eux. Ils ne sont pas toujours sur les affiches. Ils ne reçoivent pas nécessairement les distinctions. Ils ne cherchent pas forcément à occuper le devant de la scène. Mais sans eux, combien de livres resteraient fermés ? Combien de films ne seraient jamais projetés ? Combien d’idées ne rencontreraient jamais leur public ? Combien de jeunes talents demeureraient invisibles ?

Un bâtisseur de l’ombre qui rend la lumière possible

Si Hamadi appartient à cette famille des bâtisseurs de l’ombre qui rendent la lumière possible. Et je voudrais aujourd’hui lui dire combien son engagement me touche personnellement. Non seulement parce que je suis écrivain et cinéaste, et que je mesure ce que nous devons à ces passeurs passionnés. Mais aussi parce qu’il me réconcilie avec quelque chose que je croyais avoir perdu en chemin. Une certaine idée de la culture. Une certaine idée du militantisme. Une certaine idée de la générosité humaine. Cette conviction ancienne que l’on peut encore agir sans attendre de récompense, donner sans calculer, rassembler sans exclure, transmettre sans posséder. Que l’on peut consacrer une grande partie de son existence à faire vivre les idées des autres, simplement parce qu’on croit à leur nécessité. Et qu’il existe une forme de bonheur, peut-être la plus noble, à voir les autres penser, créer, découvrir, s’émouvoir.

Cher Si Hamadi, je ne connais pas encore toute votre histoire. Je ne connais pas toutes les batailles que vous avez menées, toutes les déceptions que vous avez traversées, toutes les nuits passées à préparer des manifestations auxquelles certains ne prendront même pas la peine d’assister. Je ne connais pas le nombre de portes auxquelles vous avez frappé, de coups de téléphone passés, de rendez-vous sollicités, de refus essuyés. Mais j’en devine quelque chose. Parce que je sais ce qu’il faut de patience, d’obstination, de courage et, surtout, d’amour pour continuer à croire en la culture lorsque tant de choses autour de nous semblent conspirer contre elle.

Et je voudrais vous dire ceci : vous faites partie de ces hommes qui empêchent une société de mourir intérieurement. On mesure souvent la vitalité d’un pays à ses routes, à ses bâtiments, à ses investissements, à ses performances économiques. On oublie qu’un pays peut posséder tout cela et être profondément pauvre. Pauvre de pensée. Pauvre d’imagination. Pauvre de curiosité. Pauvre de débats. Pauvre de cette capacité à s’émerveiller, à se remettre en question, à rencontrer l’autre. Et inversement, une société peut traverser les pires difficultés et conserver une extraordinaire vitalité grâce à quelques hommes et femmes qui refusent de laisser s’éteindre ses foyers de culture.

Gardiens d’u feu d’un fragile menacé par les vents contraires

Vous êtes, cher Si Hamadi, l’un de ces gardiens du feu. Un feu modeste parfois, fragile souvent, menacé par les vents contraires, mais que vous continuez d’alimenter avec une fidélité admirable. Je me demande même si le véritable militantisme n’est pas finalement celui-là ; non pas celui qui prétend changer le monde en un jour, mais celui qui, jour après jour, pendant des décennies, refuse simplement de l’abandonner.

Vous me rappelez qu’il n’est jamais trop tard pour croire encore. Qu’on peut vieillir sans devenir vieux. Qu’on peut avoir traversé tant d’épreuves sans perdre le goût des autres. Qu’on peut continuer à s’indigner, à s’enthousiasmer, à proposer, à inventer, à réunir, à rêver. Et surtout, qu’on peut rester jeune non pas malgré les années, mais grâce à ce que l’on a su préserver en soi.

Alors aujourd’hui, je voulais simplement vous dire merci. Merci pour Sousse. Merci pour la Tunisie. Merci pour les artistes, les écrivains, les cinéastes, les intellectuels, les jeunes et les moins jeunes que vous continuez de réunir autour de cette chose si fragile et si précieuse qu’on appelle la culture. Merci de nous rappeler, par votre exemple, que l’engagement n’est pas une posture, encore moins une profession de foi, mais une fidélité quotidienne à ce que l’on croit juste et nécessaire. Merci de ne pas avoir démissionné. Merci de ne pas avoir cédé. Merci de continuer à croire, même lorsque tant d’autres ne croient plus.

Chapeau bas, Si Hamadi. Très bas. Et permettez-moi de terminer par un vœu. Que la vie vous soit douce. Qu’elle vous rende un peu de tout ce que vous avez donné aux autres. Qu’elle vous épargne autant que possible les peines, les désillusions et les ingratitudes. Qu’elle vous offre encore de longues années de santé, de rencontres, de découvertes, de livres, de films, de débats passionnés et de salles pleines. Et surtout, qu’elle vous conserve cette jeunesse intérieure que tant d’hommes perdent bien avant d’avoir vieilli.

Car notre pays a besoin de gens comme vous. Pas seulement pour organiser des événements culturels. Mais pour nous rappeler que la résignation n’est pas une fatalité, que l’indifférence n’est pas une sagesse et que l’espérance demeure, elle aussi, une forme d’engagement.

Je ne vous connais que depuis peu, cher Si Hamadi, mais j’ai l’étrange sentiment de retrouver en vous un vieux compagnon de cette jeunesse où nous pensions encore que la culture pouvait sauver quelque chose du monde. Peut-être avions-nous tort de croire qu’elle pouvait le changer. Mais vous me rappelez aujourd’hui que nous aurions encore davantage tort de cesser d’y croire.

Avec toute mon admiration, mon affection et ma profonde reconnaissance.

* Romancier. Prix Comar d’or du roman tunisien 2026.

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Tunisie | L’agrégation des frustrations et des colères

Des milliers de Tunisiens ont défilé dans la capitale, samedi 17 octobre 2025, pour protester contre le président Kaïs Saïed, dénonçant la dégradation des conditions de vie et les restrictions imposées aux libertés politiques. Au-delà du nombre de manifestants, qui était tout de même assez important et aurait même pu l’être davantage si les forces de sécurité n’ont pas bouclé certaines artères menant au centre-ville de Tunis, le pouvoir ne peut faire comme si rien ne s’était passé et poursuivre dans sa politique de fermeté et de fermeture qui ont mené à la situation de blocage actuelle où se trouve le pays sur fond de crise économique et sociale et de colère touchant désormais pratiquement toutes les couches de la société.   

Ridha Kefi

On notera d’abord que la marche de protestation a drainé militants et citoyens de toutes obédiences politiques pour une fois unis dans un même élan de protestation contre le pouvoir en place.

On notera aussi que cette marche s’est déroulée dans le calme et la discipline, les manifestants comme les agents de l’ordre, qui étaient très nombreux, ont évité les contacts physiques et les heurts, contrairement aux manifestations qui eurent lieu, le même jour, dans plusieurs villes de France, et qui ont été marquées par des violences, des pillages, des destructions, des incendies, des blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre et plus de 1200 arrestations.

Autre leçon : les neuf organisations de la société civile ayant appelé à manifester – soutenues par les partis politiques, lesquels ont su mobiliser leurs militants et faire taire leurs divergences doctrinales et leurs différends politiques –, ont prouvé une grande capacité de mobilisation. Pour une fois, libéraux, nationalistes, islamistes et progressistes de gauche ont défilé ensemble, côte à côte, estimant peut-être que le blocage actuel dans le pays ne sert les intérêts d’aucune frange de la population.

Un sphinx nommé UGTT

L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la puissante centrale syndicale que le pouvoir issu du coup de force du 25 juillet 2021 avait cru avoir muselé et définitivement réduit à l’impuissance, a été hier au four et au moulin, prouvant par la même occasion sa capacité à rassembler les oppositions et agréger les forces sociales dans un même élan de protestation politique et de revendication sociale.

Tunis et les autres villes de l’intérieur ont certes connu ces derniers mois plusieurs marches de protestation, mais la mobilisation d’hier a été de loin la plus importante, en nombre et en portée, les divergences politiques habituelles n’ayant pas empêché les forces d’opposition d’agréger leurs forces et de scander les mêmes slogans réclamant la libération des détenus politiques et d’opinion et la levée des restrictions pesant sur les droits syndicaux. Les pancartes portant des slogans tels que «Pas de démocratie sans libertés» et «Pas de dignité avec la pauvreté» illustraient les revendications politiques et économiques au cœur de cette manifestation où des avocats, des médecins, des journalistes et des chômeurs se sont côtoyés en exprimant les mêmes revendications.

Desserrer la vis qui enserre la vie publique

Dans un contexte de blocage politique et de difficultés économiques durables, marquées par une croissance atone ne dépassant guère 2,5%, une inflation dépassant 5%, un endettement autour de 83%, un déficit budgétaire de 5,2%, un chômage persistant autour de 15%, une érosion du pouvoir d’achat, et surtout une absence de visibilité et de perspective d’avenir, la succession des mouvements de protestation et l’agrégation des colères ne présage rien de bon. Ce qui apelle la responsabilité du pouvoir exécutif (dans toutes ses composantes) et requiert un début d’ouverture de sa part ou, tout au moins, un desserrage de la vis qui enserre la vie publique et la maintient dans un étau étouffant.

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Le poème du dimanche | ‘‘Sonnet’’ de Alfred de Musset

Alfred de Musset peut être considéré comme une figure majeure du romantisme français, en vogue au cours de la première moitié du 19e siècle.

Né en 1810 à Paris, poète et dramaturge. Il publie à 19 ans son premier recueil, ‘‘Contes d’Espagne et d’Italie’’.

Connu pour sa liaison avec George Sand, sa vie de dandy, légère et quasi-débauchée, le mène à écrire des poèmes lyriques tourmentés et tristes.

Sa poésie est un chant d’amour et de douleur. Sa métrique, reste classique, apporte avec de nouveaux thèmes dont la théâtralité est manifeste. Il décède jeune, en 1857,à Paris.

Tahar Bekri

Que j’aime le premier frisson d’hiver! le chaume

Sous le pied du chasseur, refusant de ployer!

Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume

Au fond du vieux château s’éveille le foyer ;

C’est le temps de la ville…Oh! lorsque, l’an dernier,

J’y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,

Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume

(J’entends encore au vent les postillons crier),

Que j’aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine

Sous ses mille falots assise en souveraine !

J’allais revoir l’hiver. – Et toi, ma vie, et toi!

Oh ! dans tes longs regards j(allais tremper mon âme ;,

Je saluai tes murs – Car, qui m’eût dit, madame,

Que votre cœur si tôt avait changé pour moi ?

Contes d’Espagne et d’Italie,1829.

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Début de la marche à Tunis pour une Tunisie libre et digne  

Des milliers de Tunisiennes et de Tunisiens ont répondu à l’appel des neufs organisations nationales, dont l’UGTT, le SNJT, l’Ordre des avocats, la LTDH et le FTDES, pour une marche de protestation à Tunis, ce samedi 17 octobre 2026, sous le slogan rassembleur : «La Tunisie d’abord, et le peuple avant tout» (ou «Travail, liberté, dignité nationale»).

Le rassemblement a commencé au milieu de la matinée devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), place Mohamed Ali, au centre-ville de la capitale, et la foule des manifestants a grossi au fil des heures et s’est rassemblée devant le théâtre municipal de Tunis. La marche pacifique se déroule encore ans heurts notables et les slogans scandés dénoncent le pouvoir en place, incarné par l’hyperprésidence de Kaïs Saïed, et son refus de tout dialogue politique ou social.

Les manifestants protestent aussi contre la détérioration de la situation socio-économique et politique, des libertés publiques et appellent à l’indépendance de la justice et la libération des détenus d’opinion.

I. B.

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Le ténor tunisien Hassen Doss distingué à Rome

Le ténor tunisien Hassen Doss a reçu, à Rome, le Prix international d’Excellence Euro-Méditerranéen 2026 — également connu sous le nom d’«Oscar de la Méditerranée» — pour son parcours artistique et sa contribution à la promotion de la culture, de la coopération et du dialogue entre les peuples des deux rives de la Méditerranée.

La distinction a été remise le 14 octobre, lors de la quatrième édition de cet événement, qui s’est tenu dans la salle Giovanni Spadolini du ministère italien de la Culture. La cérémonie a réuni des représentants de l’ambassade de Tunisie en Italie, des diplomates, des responsables institutionnels ainsi que des personnalités issues des milieux universitaires, culturels et médiatiques.

Le prix a été remis au chanteur lyrique tunisien par Dündar Kesapli, président de l’Association des journalistes de la Méditerranée, à l’origine de cette initiative visant à mettre à l’honneur des personnalités s’étant distinguées dans les domaines de la culture, de l’art, de la diplomatie, des médias, du sport ou de l’engagement social.

« Je suis profondément ému», a déclaré Hassen Doss à l’agence Tap, soulignant la portée symbolique de recevoir une telle distinction en Italie — pays doté d’une immense tradition lyrique — aux côtés de personnalités internationales, telles que l’ancien capitaine de l’AS Rome, Francesco Totti.

Le ténor a qualifié ce prix d’aboutissement d’un long cheminement marqué par l’engagement, la persévérance et le travail.

Formé à l’Institut de musique de Sousse et à l’Institut supérieur de musique de Tunis, Hassen Doss est considéré comme l’un des pionniers de la diffusion du chant lyrique en Tunisie. Au cours de sa carrière, il a contribué à rapprocher le public tunisien de l’opéra, en proposant une fusion originale entre technique vocale lyrique, tradition musicale arabe et sonorités contemporaines. Parmi ses expériences les plus marquantes, on peut citer ses participations au Festival international de Carthage, en 2018 et 2022, ainsi que sa contribution aux versions tunisiennes de ‘‘Carmen’’ de Georges Bizet et de ‘‘La Traviata’’ de Giuseppe Verdi. Son répertoire comprend par ailleurs des airs d’opéra, des chansons italiennes et napolitaines, ainsi que des compositions originales en dialecte tunisien.

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Les exportations alimentaires de la Tunisie augmentent de 19,9 % (9 mois de 2026)

La balance commerciale alimentaire de la Tunisie a enregistré, au cours des neuf premiers mois de l’année 2026, un excédent de 919,8 millions de dinars. Le taux de couverture des importations par les exportations a atteint 116,3 %, tandis que la valeur des exportations alimentaires a progressé de 19,9 % par rapport à la même période de l’année 2025. À fin septembre 2026, l’huile d’olive représentait 61 % et les dattes 9,4 % de la valeur totale des exportations alimentaires.

C’est ce qu’a indiqué le ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid, lors d’une journée d’information organisée par son département en collaboration avec le Conseil bancaire et financier (CBF), le vendredi 16 octobre 2026, à Tunis, et qui visait à faire connaître les mécanismes et les facilités financières et bancaires disponibles pour financer les activités de transformation, de promotion et d’exportation de ces deux produits phares de l’agriculture tunisienne.

Selon Diwan FM, le ministre a souligné la nécessité de renforcer le financement des exportations d’huile d’olive et de dattes, et de développer le partenariat entre le secteur bancaire et financier et les entreprises exportatrices de ces deux filières exportatrices. Le but étant de soutenir la compétitivité des produits tunisiens et d’accroître leur valeur ajoutée sur les marchés mondiaux.

Concernant la campagne 2025-2026, M. Abid a indiqué que les exportations d’huile d’olive ont dépassé 399 400 tonnes durant la période allant de novembre 2025 à octobre 2026, pour une valeur avoisinant les 5,016 milliards de dinars. Cela représente une hausse de 48,7 % en volume et de 39,4 % en valeur par rapport à la campagne précédente. Par ailleurs, l’huile d’olive extra vierge a constitué environ 90 % des quantités exportées, tandis que la part de l’huile conditionnée n’a pas excédé 15 %.

Quant aux exportations de dattes, elles ont franchi pour la première fois la barre du milliard de dinars, atteignant 1,011 milliard de dinars, contre 882,7 millions de dinars lors de la campagne précédente ; les quantités exportées ont, quant à elles, progressé pour atteindre 159 400 tonnes, contre 138 300 tonnes auparavant. Actuellement, les dattes tunisiennes sont exportées vers environ 86 pays à travers les différents continents.

M. Abid a souligné l’importance de fournir des financements adaptés aux différentes étapes de l’activité — de la production et la transformation au stockage, au conditionnement et à la commercialisation —, en particulier au profit des petites et moyennes entreprises (PME). Il a également insisté sur le développement de mécanismes d’assurance des exportations et de couverture contre les risques de change.

Par ailleurs, il a réaffirmé la nécessité de poursuivre les efforts visant à diversifier les marchés extérieurs, à renforcer la promotion des produits tunisiens et à développer les exportations d’huile d’olive conditionnée ainsi que de produits à haute valeur ajoutée.

Il a enfin préconisé une révision des interventions du Fonds de promotion des exportations (Foprodex), afin d’améliorer l’efficacité du soutien accordé aux entreprises.

I. B.

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Marche du 17 octobre à Tunis | L’opposition sera-t-elle entendue ?  

Une marche de protestation est prévue ce samedi 17 octobre 2026 à Tunis, organisée à l’appel d’organisations nationales et de partis politiques de différentes obédiences. Mise sous le slogan : «La Tunisie d’abord, et le peuple avant tout», elle vise à protester contre la détérioration de la situation économique, sociale et politique et la concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif et exiger le respect des droits et des libertés et la libération des détenus politiques et d’opinion. (Photo d’archives: Manifestation anti-Saïed du 20 août 2026).

Latif Belhedi

La marche a été décidée et annoncée, le 29 septembre, suite à une réunion des principales organisations nationales : l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et le Conseil de l’ordre des avocats tunisiens (Coat), qui avaient reçu le Prix Nobel de la Paix en 2015 pour leur rôle dans la réussite du dialogue national avant alors sauvé le pays d’une grave crise politique. Elle a reçu le soutien de plusieurs autres organisations, tel que le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), ainsi que de partis politiques de diverses obédiences dont les militants vont devoir défiler sans arborer leur appartenance partisane, une manière de taire leurs divergences doctrinaires et politiques et présenter le visage d’une opposition unie face aux périls menaçant le pays.   

Cette marche n’est pas la première du genre, elle fait suite à plusieurs autres qui partaient d’un même constat : la détérioration de la situation générale dans le pays marquée par la baisse du pouvoir d’achat, la hausse du chômage et la précarité croissante de franges importantes de la population. Sans oublier la dégradation des services publics (santé, éducation et transport) et les inquiétudes quant aux libertés publiques et individuelles, notamment la liberté d’expression et d’association et le droit de manifester pacifiquement.

Un contexte tendu

Tout en insistant sur l’indépendance de la justice et le droit à un procès équitable et en rejetant toute restriction aux activités politiques, associatives et syndicales, les initiateurs de la marche défendent le droit à un travail décent, à une rémunération équitable et à une vie digne.

La marche d’aujourd’hui intervient dans un contexte tendu. Les relations entre l’UGTT et les autorités sont dégradées depuis des années et le dialogue social est quasiment à l’arrêt. La centrale syndicale a d’ailleurs annoncé une grève générale pour le 21 janvier 2026, invoquant la défense des libertés syndicales.

Estiment ne plus être entendues par le pouvoir politique, aujourd’hui incarné par l’hyperprésidence de Kaïs Saïed, en poste depuis 2019, les organisations nationales ont choisi la rue pour faire entendre leurs voix et leurs revendications.

Il reste cependant à savoir si la mobilisation d’aujourd’hui, quelle que soit son ampleur, trouvera un écho auprès du locataire du palais de Carthage, qui est resté, jusque-là, totalement indifférent aux protestations populaires, assimilant ses opposants à des agents de l’extérieur traitres à la nation, dont il pense être l’unique incarnation.    

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Tunisie | Mesures pour impulser les exportations d’huile d’olive et de dattes

Dorra Borji, directrice générale du commerce extérieur au ministère du Commerce et du Développement des exportations, a affirmé que son département travaille sur une stratégie intégrée visant à soutenir et à développer les exportations d’huile d’olive et de dattes. Cette démarche s’accompagne d’un renforcement des mécanismes de financement et des facilités bancaires destinés aux professionnels actifs dans ces deux secteurs.

Mme Borji, citée par Diwan FM, intervenait lors d’une journée d’information, organisée en collaboration avec le Conseil bancaire et financier (CBF), le vendredi 16 octobre 2026, et qui avait pour objectif de faire connaître les mécanismes et les facilités financières et bancaires disponibles pour financer les activités de transformation, de promotion et d’exportation de ces deux produits phares de l’agriculture tunisienne.

Cette rencontre s’inscrivant dans le cadre de l’évaluation des résultats de la saison écoulée et de la préparation de la nouvelle saison, fait suite à une série de réunions entre les établissements bancaires et les professionnels, au cours desquelles le secteur bancaire a été encouragé à renforcer le financement des filières de l’huile d’olive et des dattes.

Les échanges ont également permis de mettre en lumière l’existence de mécanismes et de facilités financières dont certaines entreprises — notamment les PME — n’avaient pas une connaissance suffisante.

La directrice générale du Commerce extérieur a passé en revue les principaux indicateurs enregistrés durant la saison 2025-2026, indiquant que la valeur des exportations d’huile d’olive a atteint environ 5 milliards de dinars. Et celles de dattes ont franchi, pour la première fois de leur histoire, le seuil du milliard de dinars, pour s’établir à 1,011 milliard de dinars.

Mme Borji a souligné l’importance stratégique de ces deux produits pour le soutien des exportations nationales, précisant que le secteur agroalimentaire constitue le deuxième contributeur aux exportations tunisiennes : l’huile d’olive représente environ 61 % du total des exportations alimentaires, tandis que les dattes en représentent près de 10 %.

Stockage, financement et promotion pour soutenir les exportations

Concernant la stratégie adoptée pour les prochaines campagnes, Mme Borji a indiqué que le plan d’action pour le secteur de l’huile d’olive repose sur trois axes principaux — le stockage, le financement et la promotion — mis en œuvre en coordination avec les différents ministères concernés.

Les établissements bancaires ont, pour leur part, intégré les produits saisonniers parmi leurs priorités en matière de financement, a-t-elle aussi indiqué, en insistant, également, sur la nécessité de poursuivre les efforts visant à diversifier les marchés extérieurs, au-delà des destinations traditionnelles (Europe et Etats-Unis), soulignant que les dattes tunisiennes sont actuellement exportées vers 86 pays à travers différents continents.

Dans ce contexte, Mme Borgi a révélé que le ministère de l’Agriculture a récemment organisé une mission de prospection au Sénégal, dans le but d’explorer de nouvelles opportunités pour les produits tunisiens et de renforcer leur présence sur les marchés africains.

I. B.

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Tunisie | Le financement de la campagne de l’huile d’olive et des dattes sous de bons auspices

Le président du Conseil bancaire et financier (CBF), Néji Ghandri, a affirmé que le secteur bancaire et financier est prêt à accompagner la nouvelle campagne de l’huile d’olive et des dattes, en fournissant les financements nécessaires aux divers acteurs des chaînes de valeur, notamment les agriculteurs, les industriels, les collecteurs et les exportateurs.

Dans une déclaration à Diwan FM, M. Ghandri a précisé que le CBF, en partenariat avec le ministère du Commerce, a organisé, le vendredi 16 octobre 2026, une journée d’information et de sensibilisation à son siège, consacrée au financement des exportations d’huile d’olive et de dattes. L’objectif était de présenter les solutions financières disponibles et d’accompagner les professionnels pour répondre à leurs besoins en financement durant la nouvelle campagne.

M. Ghandri a indiqué que le secteur bancaire a enregistré, au cours de la saison écoulée, un volume record de financements alloués à la filière de l’huile d’olive, atteignant environ 3,2 milliards de dinars.

Il a ajouté que, bien que les données définitives concernant le volume de la récolte et les besoins de la saison en cours ne soient pas encore disponibles, les banques tunisiennes sont prêtes à mobiliser des capacités de financement additionnelles incluant des financements à court terme pour accompagner les opérations d’exportation, ainsi que des financements à moyen terme destinés à l’investissement dans les huileries et les centres de collecte des dattes.

M. Ghandri a également fait état de visites sur le terrain effectuées par des conseillers techniques du secteur bancaire, en collaboration avec les chambres professionnelles, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) ainsi que les professionnels, dans le but de déterminer les besoins réels pour la saison et de définir les ressources financières nécessaires.

Le président du CBF a indiqué que la journée d’information a permis de présenter les produits financiers disponibles et les solutions proposées aux exportateurs d’huile d’olive et de dattes incluant des mécanismes de couverture contre les risques de change, des garanties et des assurances-exportation, ainsi que des crédits à moyen terme destinés à renforcer les capacités opérationnelles et à améliorer la qualité.

Ces solutions couvrent les différentes phases de la chaîne de valeur, de la collecte et du stockage jusqu’à l’exportation, grâce à des financements dédiés au stockage et à des avances sur marchandises, en plus de mécanismes d’assurance visant à atténuer les risques et à protéger les exportateurs.

Concernant les perspectives d’exportation, M. Ghandri a souligné l’importance de s’orienter vers l’exportation d’huile d’olive conditionnée et de renforcer la présence des marques tunisiennes à haute valeur ajoutée, expliquant que le développement de cette stratégie permettrait de soutenir les recettes d’exportation en devises et d’en assurer un flux continu tout au long de l’année, plutôt que de se limiter à la seule période de la récolte.

Le président du CBF a également appelé à diversifier les marchés extérieurs et à se tourner plus activement vers les marchés asiatiques, africains et autres, car l’élargissement de la base des marchés cibles renforcerait la compétitivité des produits tunisiens, améliorerait leurs conditions de vente sur les marchés internationaux et réduirait la dépendance à l’égard d’un marché de consommation unique, a-t-il expliqué.

I. B.

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Tunisie | Bardo Collections fait rimer design contemporain et transformation de déchets

Bardo Collections, une galerie de design contemporain située à Tunis, accueille depuis le 18 septembre 2026 et jusqu’au 2 janvier 2027 l’exposition intitulée «Les Restes Anthropiques» de l’architecte et designer franco-grec Thomas Egoumenides, résident en Tunisie depuis onze ans.

Fondée en 2024 par Khansa Garbi, Selma Feriani et Chacha Atallah, qui en assure la direction artistique, cette galerie basée à La Goulette, cité balnéaire et portuaire située au nord de Tunis, se propose de transformer des déchets industriels en objets de design, en alliant créativité, durabilité environnementale et artisanat local. Elle se consacre à la production, à l’exposition et à la promotion du design de collection issu du «Sud global», avec une attention particulière portée à l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Selon son site officiel, Bardo Collections collabore avec des artistes et des designers, qu’ils soient émergents ou confirmés, en privilégiant l’expérimentation des matériaux, la fabrication locale et la valorisation du patrimoine artisanal.

Parmi les créateurs représentés figurent Aymen Mbarki, Myriame Dachraoui, Fares Thabet et Skander Khlif.

À travers «Bardo Collections Studio», la galerie propose également des services de conception sur mesure destinés aux collectionneurs, aux architectes et aux aménagements d’intérieurs.

Thomas Egoumenides et ses Tables-Anthropes.

Figure centrale de l’exposition actuelle, Thomas Egoumenides récupère des résidus issus de la transformation industrielle du plastique pour les métamorphoser en tables basses, étagères sculpturales, lampes et candélabres. Inspirée par la «Théogonie» d’Hésiode, l’exposition interroge le consumérisme et la possibilité de redonner de la valeur et une fonction à des matériaux délaissés. Cette initiative confirme l’ambition de la galerie : promouvoir un design contemporain ancré dans les cultures méditerranéennes et africaines, capable de conjuguer innovation, mémoire et durabilité.

I. B. (avec Ansa).  

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Nabeul célèbrera le mariage de l’harissa et de la pizza

Ce sera l’un des rendez-vous les plus originaux de la douzième édition du Festival de l’harissa de Nabeul, qui se tiendra du 30 octobre au 1er novembre 2026 dans cette ville côtière tunisienne, considérée comme l’une des capitales de la production de la célèbre sauce à base de piments rouges.

L’événement, organisé par l’Association pour la sauvegarde de la ville de Nabeul (ASVN), accueillera des pizzaiolos italiens experts, invités à proposer une réinterprétation de la pizza napolitaine agrémentée d’une sauce à base d’harissa.

Selon le quotidien La Presse, deux pizzaiolos napolitains sont attendus ; ils animeront des démonstrations gastronomiques visant à mettre en valeur la rencontre entre les traditions culinaires des deux rives de la Méditerranée.

Parmi les nouveautés de cette année, le festival s’étendra au-delà de ses espaces habituels à Dar Nabeul — siège de l’association organisatrice — pour investir l’avenue Habib Bourguiba, en plein centre-ville. Une structure d’exposition y sera installée pour accueillir une trentaine de producteurs et artisans, proposant des dégustations ainsi que la vente d’harissa traditionnelle et de ses diverses variantes.

Le programme culturel et scientifique restera, quant à lui, concentré à Dar Nabeul, avec trois conférences consacrées au patrimoine gastronomique local, des ateliers de préparation artisanale de l’harissa, des démonstrations culinaires, ainsi que des activités autour de la mosaïque, de la calligraphie et de la céramique — un autre fleuron de l’artisanat régional. Des spectacles folkloriques et diverses animations sont également au programme. L’objectif, a expliqué le directeur du festival, Samir Kerkeni, à la radio Diwan FM, est de valoriser l’harissa de Nabeul, de préserver le patrimoine alimentaire régional et de promouvoir de nouveaux usages du produit dans la gastronomie internationale.

Traditionnellement préparée à partir de piments rouges séchés au soleil, d’ail, de sel et de coriandre, l’harissa est l’un des ingrédients les plus emblématiques de la cuisine tunisienne ; elle est utilisée au quotidien comme condiment et entre dans la composition de nombreux plats.

En décembre 2022, l’Unesco a inscrit les savoir-faire, connaissances et pratiques culinaires et sociales liés à l’harissa tunisienne sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reconnaissant ainsi sa valeur culturelle et son rôle dans la transmission des traditions familiales et communautaires.

Le festival de Nabeul, créé en 2015, vise donc à conjuguer la préservation d’un patrimoine gastronomique profondément ancré dans l’identité tunisienne avec la promotion de l’artisanat, du tourisme et de nouvelles opportunités économiques. Dans ce contexte, la pizza à l’harissa devient un symbole du dialogue gastronomique entre la Tunisie et l’Italie.

I. B.

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Tunisie | Siat 2026 met l’accent sur l’innovation agricole  

La modernisation de l’agriculture, les nouvelles technologies, la gestion durable des ressources en eau et la sécurité alimentaire seront au centre de la 16e édition du Salon international des investissements agricoles et de la technologie (Siat), qui se tiendra du 28 au 31 octobre 2026 au Parc des expositions du Kram, à Tunis. La durabilité et la sécurité alimentaire sont également au cœur des débats.

Organisé par l’Agence de promotion des investissements agricoles (Apia), sous la tutelle du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, le salon réunira des entreprises, des investisseurs, des chercheurs, des startups ainsi que des opérateurs tunisiens et internationaux.

L’édition 2026 aura pour thème «Investir dans une agriculture résiliente et intelligente pour renforcer notre souveraineté alimentaire». L’objectif est de promouvoir les investissements productifs, le transfert de technologies et les partenariats internationaux dans un secteur stratégique pour l’économie tunisienne, un secteur de plus en plus exposé aux effets du changement climatique et à la pénurie d’eau.

Sur une surface d’exposition de plus de 10 000 mètres carrés, seront présentées des innovations en matière de mécanisation agricole, d’irrigation intelligente, d’agriculture de précision, de robotique, d’énergies renouvelables et de systèmes de culture hydroponique. Une place sera également accordée aux technologies liées à la transformation agroalimentaire, à la conservation et au conditionnement des produits, ainsi qu’à l’agriculture biologique, à la pêche et à l’aquaculture.

Le programme prévoit, le 29 octobre, un forum international consacré à la finance verte, tandis que le 30 octobre se tiendra la Journée du partenariat agricole, marquée par des rencontres bilatérales entre investisseurs tunisiens et étrangers visant à favoriser des accords commerciaux et des projets conjoints.

Du 29 au 31 octobre, des ateliers, des démonstrations technologiques et des rencontres scientifiques sont également au programme ; ils porteront sur les opportunités d’investissement, la gestion des ressources en eau, la valorisation des filières de production et l’agriculture durable. Une attention particulière sera accordée aux startups et à l’innovation numérique, avec la quatrième édition du concours national «Green’Tic», dédié aux applications des technologies de l’information et de la communication dans le secteur agricole.

I. B. 

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    C’est une France en lambeaux que va laisser Emmanuel Macron

    Alors que le président français Emmanuel Macron vit ses derniers mois à l’Elysée, c’est bien pire qu’une ambiance de fin de règne qui prévaut en France mais celle d’un pays qui se morfond dans de multiples crises dont il a du mal à se sortir. Le fringuant banquier d’affaires élu à seulement 39 ans en 2017 et qui promettait de réformer la France et d’assainir ses finances publiques laisse aujourd’hui un bilan désastreux. Les oligarques qui l’ont porté à l’Elysée, eux, sont plus riches aujourd’hui qu’il ne l’étaient il y a dix ans. Eux, au moins, ne se plaignent pas : la mission pour laquelle ils l’ont destiné a été bien accomplie.  

    Imed Bahri

    Dans le New York Times, Mujtaba Rahman, directeur du cabinet d’analyse en risques politiques Eurasia Group, affirme que la France se trouve aujourd’hui au bord du gouffre. Il dresse un tableau sombre du pays européen dans une analyse intitulée «La France ne maîtrise plus son destin», où il souligne qu’il existe en français un terme qui décrit parfaitement la situation à savoir «engrenage» signifiant une spirale inquiétante. C’est précisément l’état actuel du pays où s’accumulent depuis longtemps de multiples crises, chacune menaçant d’aggraver les autres.

    La première est la crise de la démocratie libérale. Les sondages suggèrent une possible accession de l’extrême droite au pouvoir lors de l’élection présidentielle du printemps prochain.

    La deuxième concerne la mauvaise gestion des finances publiques. La dette publique française a atteint un niveau record de 4 000 milliards de dollars, tandis que le coût des nouveaux emprunts de l’État a grimpé, dépassant désormais ceux de l’Italie et de la Grèce.

    La troisième est celle du mécontentement de la jeunesse. Pour protester contre la dégradation des établissements scolaires et la réduction de leurs perspectives d’avenir, des lycéens français ont bloqué près de la moitié des lycées du pays ces dernières semaines.

    Par leurs affrontements avec la police et leurs pancartes aux slogans percutants, ces jeunes ont attiré l’attention du monde entier. Tout de même, il faut reconnaître les violences et les dérapages qui ont émaillé ce mouvement de protestation.

    Si ces mouvements de contestation tout comme la montée de l’extrême droite sont marquants et révélateurs, c’est la crise financière qui s’avère la plus périlleuse, elle est à la racine de nombreux problèmes du pays et menace de le détruire.

    Un pays au bord du gouffre

    Selon l’auteur, la France se trouve bel et bien au bord du gouffre. Le mouvement des lycéens a débuté mi-septembre dans les banlieues défavorisées de Paris, avant de s’étendre aux établissements publics à travers tout le pays, des grandes métropoles aux petites communes. Les élèves, âgés de 15 à 18 ans, se révoltent contre la longueur des journées scolaires, le surpeuplement des classes, les absences fréquentes des enseignants et la vétusté des établissements scolaires. Ils s’inquiètent également du réchauffement climatique, de la montée de l’extrême droite et de la menace que fait peser l’intelligence artificielle sur les perspectives d’emploi des jeunes. Au cœur de leurs griefs se trouve un manque chronique d’investissement.

    Selon Rahman, il s’agit d’une crise majeure. L’État français consacre pourtant des sommes considérables à l’éducation, environ 100 milliards de dollars par an soit 5,1% du produit intérieur brut (PIB), un taux supérieur à la moyenne de l’Union européenne (UE).

    Que se passe-t-il donc ? Le fait est qu’une part importante de ces fonds —plus d’un quart— n’est pas allouée à la jeunesse mais aux générations plus âgées, pour financer les pensions des enseignants retraités.

    Cela met en lumière l’une des causes profondes des problèmes du pays. Près d’un quart des dépenses publiques totales est consacré aux retraites, tandis qu’un autre quart est alloué aux services sociaux, allant des soins de santé aux allocations chômage.

    Rahman souligne qu’aucun gouvernement français n’est parvenu à équilibrer le budget national depuis 52 ans. Cela étant, la dette publique française, qui s’élève à 119% du PIB, demeure inférieure à celle observée dans certains autres pays, notamment les États-Unis.

    En 2019, le président Macron est parvenu à ramener le déficit annuel en dessous du seuil de 3% du PIB, fixé comme objectif par l’UE. Puis est survenue la pandémie de coronavirus. L’engagement pris par Macron de dépenser autant que nécessaire pour préserver l’économie française durant la période de confinement (le fameux «quoi qu’il en coûte») a entraîné une forte augmentation du déficit, qui a atteint 9,2% du PIB en 2020. La dette cumulée a, quant à elle, progressé de 335 milliards de dollars en une seule année. À cette époque, la France a été plus lente que les autres pays de l’UE à réduire ses mesures de soutien face à la pandémie.

    Par ailleurs, le gouvernement a déboursé 95 milliards de dollars supplémentaires pour protéger le pays contre la hausse des prix de l’énergie, consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

    Par la suite, Macron a perdu le contrôle de la situation bien qu’il ait été réélu en 2022, il n’a pas obtenu de majorité à l’Assemblée nationale. En 2023, il a imposé une réforme modeste du système des retraites, relevant progressivement l’âge légal de départ de 62 à 64 ans. Il a justifié cette mesure en expliquant que la France devait travailler plus longtemps pour financer ses généreuses pensions de retraite et son système de protection sociale. Toutefois, plus de 70% des Français s’y sont opposés, certains avec une grande virulence.

    Les élections européennes du 9 juin 2024 ont été marquées par la victoire historique du Rassemblement national (RN). Menée par Jordan Bardella, la liste du parti d’extrême droite est arrivée largement en tête du scrutin (31,37%). Renaissance, la formation politique de Macron, n’a recueilli que 14,60%.

    Un mélange singulier d’immobilisme et de chaos

    En réponse, Macron a convoqué des élections anticipées en 2024, qui se sont révélées défavorables réduisant ainsi la taille de sa coalition centriste à l’Assemblée nationale, l’empêchant d’avoir une majorité absolue ce qui a rendu le pays ingouvernable.

    Depuis lors, deux Premiers ministres (Michel Barnier et François Bayrou) ont proposé des solutions au problème des dépenses excessives de la France mais ils ont été évincés par une majorité de députés issus de la gauche et de l’extrême droite. Le résultat est un mélange singulier d’immobilisme et de chaos.

    Selon Rahman, Macron porte une part de responsabilité dans ce chaos, tout comme l’opposition —allant de la formation d’extrême gauche La France insoumise (LFI) au RN dirigé par jadis par Marine Le Pen et aujourd’hui par Bardella (président depuis le 5 novembre 2022).

    Ces derniers ont privilégié les manœuvres politiques plutôt que de s’attaquer à la catastrophe financière qui s’aggrave, notamment le poids étouffant des retraites et des autres prestations sociales.

    En février, les socialistes (centre-gauche) ont permis l’adoption du budget de l’année en cours mais à la condition que la réforme des retraites proposée par Macron soit suspendue, condition à laquelle s’est plié le Premier ministre Sébastien Lecornu ce qui lui a permis de sauvegarder son poste. Cet épisode lui a valu beaucoup de critiques lui reprochant de privilégier le prolongement de son bail à Matignon que le sauvetage des finances publiques.

    Lecornu, propose cet automne des ajustements pour le budget 2027 —douloureux certes mais pas brutaux— visant à ramener le déficit à 5% du PIB. Un premier vote crucial est attendu à l’Assemblée nationale le 20 octobre. Si son gouvernement ne parvient pas à faire adopter ce budget, le coût du service de la dette française pourrait grimper en flèche. La France se verrait alors contrainte de solliciter l’aide du Fonds monétaire international (FMI), voire de la Banque centrale européenne (BCE), une perspective qui constituerait un véritable camouflet pour la septième économie mondiale et une fin de mandat humiliante pour Macron.

    Un système politique profondément fragmenté

    Cela étant, souligne Rahman, la France demeure, à bien des égards, une nation puissante et prospère. Toutefois, la méfiance des marchés à l’égard du pays  relève moins de l’économie que de la politique. Les marchés doutent en effet de la capacité d’un système politique profondément fragmenté 

    —de plus en plus dominé par les extrêmes à droite comme à gauche— à valider les réformes difficiles nécessaires pour assainir les finances publiques. Ils craignent que le pays ne sombre dans des troubles sociaux et une paralysie institutionnelle. C’est cette érosion de la confiance qui a propulsé les coûts d’emprunt de la France vers des niveaux records.

    En fin de compte, note Rahman, il n’existe pas de solution miracle. Quel que soit l’issue de l’élection présidentielle de mai, le futur président aura probablement du mal à dégager une majorité parlementaire lors des élections législatives qui suivront en juin, ce qui laisse présager de nouvelles turbulences politiques. 

    Beaucoup s’interrogent sur la volonté réelle de Mme Le Pen, actuellement donnée favorite, d’affronter la crise avec franchise. La semaine dernière, elle a présenté un plan budgétaire quinquennal empreint de préoccupations idéologiques et de calculs tortueux.

    Par ailleurs, et concernant le vote du budget le 20 octobre prochain, Le Pen cherche à démontrer qu’elle est une femme politique aguerrie et non une force de déstabilisation. C’est pourquoi il est fort probable qu’elle donne pour consigne à son groupe parlementaire – fort de 139 députés – de s’abstenir, permettant ainsi l’adoption du budget. Une telle manœuvre pourrait, dans l’immédiat, éviter un effondrement comparable à celui qu’a connu la Grèce au lendemain de la crise financière. Toutefois, la France ne maîtrise plus son propre destin et l’engrenage infernal demeure inéluctable.

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    Perle de la Méditerranée | Une revue consacrée aux îles de la Galite

    Raconter et protéger l’un des écosystèmes insulaires les plus précieux et les moins connus de la Méditerranée. Tel est l’objectif de «Perle de la Méditerranée», une nouvelle revue consacrée à l’archipel tunisien de La Galite, situé au large des côtes septentrionales du pays. Le premier numéro, couvrant la période de janvier à juillet 2026, vient de paraître.

    Cette initiative, annoncée par l’association environnementale tunisienne Méditerranée Action Nature (MAN) et relayée par l’agence de presse TAP, s’inscrit dans le projet «Consolidation d’une gestion efficace et durable de l’archipel de La Galite», financé par le Critical Ecosystem Partnership Fund (CEPF), un fonds international dédié à la conservation de la biodiversité.

    La publication vise à sensibiliser le public à l’importance de la protection des écosystèmes marins et terrestres de l’archipel, à valoriser son patrimoine historique et culturel, et à documenter les actions de conservation menées sur place, tout en favorisant le partage des connaissances entre chercheurs, associations environnementales et institutions.

    Le premier numéro propose plusieurs rubriques thématiques, notamment «Activités environnementales» — consacrée aux programmes et initiatives de protection — et «Sous la loupe», qui examine en détail les caractéristiques des espèces animales et végétales ainsi que des habitats naturels. Un espace est spécifiquement dédié à l’histoire de l’archipel, tandis que la rubrique photographique «Images de La Galite» invite les lecteurs à découvrir les paysages insulaires, la faune marine et la richesse biologique de la zone.

    Situé à environ 46 kilomètres au nord du Cap Negro, l’archipel comprend l’île principale de La Galite et plusieurs îlots environnants. Cette zone, qui se distingue par une grande biodiversité marine et terrestre, constitue un patrimoine naturel tunisien majeur, faisant l’objet de programmes de conservation et de suivi environnemental.

    Le projet soutenu par le CEPF, confié à l’association MAN, bénéficie d’un financement d’environ 170 000 dollars pour la période allant de décembre 2025 à décembre 2028.

    Parmi les interventions prévues figurent le renforcement de la participation des acteurs locaux à la gestion de la zone, l’implication des pêcheurs dans le suivi des écosystèmes coralligènes, la promotion de pratiques touristiques durables ainsi que la définition d’actions en faveur de la restauration écologique des milieux terrestres.

    Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un engagement plus large de la Tunisie visant à renforcer la protection de son patrimoine marin.

    Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les aires protégées couvrent actuellement moins de 3 % des eaux marines tunisiennes, alors que le pays a lancé un programme visant à contribuer à l’objectif international de protéger au moins 30 % des écosystèmes terrestres et marins d’ici 2030.

    I. B. (avec Ansa).

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