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Nouveau choc mondial | Argent rare pour les pays en développement

Depuis plusieurs mois, un signal majeur traverse le marché obligataire américain — c’est-à-dire le marché de la dette des États-Unis — sans être encore pleinement déchiffré par les capitales du Sud global. Elles auraient pourtant tort de le considérer comme une affaire lointaine de banquiers centraux, de traders ou d’économistes spécialisés. Ce signal engage leur avenir financier plus directement, et plus durablement, que celui des États-Unis eux-mêmes.

Yahya Ould Amar *

Pour comprendre ce signal, il faut accepter d’entrer dans le langage technique des marchés parce que c’est précisément dans ces indicateurs, souvent réservés aux salles de marché, que se lit désormais la géopolitique réelle du développement.

Il existe d’abord une courbe des taux classique, qui indique le coût de l’argent selon la durée de l’emprunt — deux ans, cinq ans, dix ans ou plus. Mais les marchés construisent aussi une courbe des taux «forward», qui exprime non pas seulement les taux d’aujourd’hui, mais les taux implicites attendus pour des périodes futures.

Le taux réel forward à «dix ans dans dix ans» des bons du Trésor américain correspond ainsi au taux d’intérêt réel que les marchés anticipent pour un prêt de dix ans commençant dans dix ans. Parce qu’il regarde au-delà des turbulences immédiates ou passagères, il est souvent lu comme un indicateur du niveau auquel les taux réels de long terme pourraient durablement se stabiliser.

Or ce taux réel vient d’atteindre son plus haut niveau depuis plus de vingt ans. Cela signifie que le mouvement actuel ne peut être réduit au choc pétrolier provoqué par la fermeture du détroit d’Ormuz, puisque l’effet de l’inflation est corrigé – le signal est plus profond. Il révèle une transformation structurelle du prix mondial du capital, dans un monde où les grandes puissances financent simultanément leur réindustrialisation, leur réarmement, leur transition énergétique et leur révolution technologique, tandis que l’épargne disponible demeure limitée.

Pour le Sud global, l’enjeu est immense, car il risque de payer, par un argent plus rare et plus cher, la nouvelle puissance productive du Nord.

La grande ruée vers le capital

Pour saisir l’ampleur de ce qui se joue, il faut d’abord comprendre ce que les économistes appellent le taux d’intérêt réel neutre. Ce concept désigne le taux d’intérêt réel compatible avec une économie à son plein potentiel, sans surchauffe ni récession. C’est, en quelque sorte, le taux d’équilibre naturel du capital, ni trop cher pour décourager l’investissement, ni trop bas pour alimenter une bulle.

Pendant trente ans — des années 1990 jusqu’à la pandémie — ce taux neutre mondial a chuté inexorablement. Les banquiers centraux, les fonds de pension et les trésoriers d’État du monde entier s’y sont adaptés, construisant leurs modèles budgétaires, leurs stratégies de dette et leurs projets d’investissement dans un monde structurellement à taux bas. Ce monde est terminé.

Le taux réel forward à dix ans dans dix ans des bonds du Trésor constitue la meilleure approximation en temps réel, du taux d’intérêt réel neutre de long terme que les marchés anticipent. Quand il monte fortement — comme c’est le cas aujourd’hui — cela signifie que les investisseurs collectivement jugent que le taux neutre mondial s’est durablement réinstallé à un niveau structurellement plus élevé.

Il est donc important de comprendre, pourquoi les forces profondes qui déterminent le coût à long terme du capital dans le monde ont changé de régime — et qui paiera le prix de ce changement ?

Quand le Nord aspire l’épargne du monde

La réponse tient à une réalité simple que les grandes puissances financent simultanément leur réindustrialisation, leur réarmement, leur transition énergétique et leur révolution technologique. Toutes ces priorités consomment l’épargne mondiale.

Aux États-Unis, les grands plans industriels, les dépenses de défense et les investissements massifs dans l’intelligence artificielle (IA) mobilisent des centaines de milliards de dollars. En Europe, la guerre en Ukraine a réveillé l’urgence énergétique et militaire. Partout, le rapatriement des chaînes de valeur — relocalisation industrielle de capacités autrefois transférées vers l’Asie — exige de reconstruire usines, infrastructures et compétences.

Le choc de demande de capital est donc immense. Mais il est capté d’abord par les économies qui attirent déjà l’essentiel de l’épargne institutionnelle mondiale.

Le Sud global entre dans cette compétition avec des monnaies plus fragiles, des marchés financiers moins profonds, des notations d’agences dégradées et des primes de risque plus lourdes. Il emprunte plus cher au moment même où le Nord aspire davantage de capital.

Quand la demande de capital augmente plus vite que l’épargne disponible, son prix monte. Ce prix, c’est le taux d’intérêt réel. Et pour les pays en développement, cette hausse survient au pire moment, lorsqu’ils doivent financer à la fois leur industrialisation, leur transition énergétique et leur souveraineté économique.

Le taux neutre, révélateur d’une fracture de croissance potentielle

La hausse du taux réel neutre révèle une fracture plus durable, celle de la croissance potentielle. Ce taux est lié à la capacité d’une économie à croître durablement sans inflation, grâce à sa démographie, son capital et sa productivité. Lorsqu’il augmente, les marchés anticipent donc, implicitement, une économie plus productive demain.

C’est là que l’IA change l’équation. Si elle produit ne serait-ce qu’une partie des gains annoncés, les pays qui en maîtrisent les infrastructures — puissance de calcul, semi-conducteurs, modèles de fondation, données, applications industrielles — verront leur croissance potentielle s’élever.

Mais le problème est géographique. L’essentiel des investissements de l’IA se concentre aux États-Unis, en Chine et dans quelques économies avancées. L’Afrique, l’Asie du Sud et l’Amérique latine risquent fortement de rester à la périphérie – non productrices de cette révolution, mais clientes de technologies conçues ailleurs.

Le Sud global pourrait ainsi subir la hausse du coût mondial du capital sans bénéficier des gains de productivité qui la justifient. Il achèterait l’IA des autres, en paierait le prix financier, mais n’en capterait pas les dividendes.

Quand la dette devient une mécanique de dépendance

La soutenabilité budgétaire obéit à une règle simple, formulée par Evsey Domar qui indique que lorsque le taux d’intérêt réel payé sur la dette publique dépasse durablement le taux de croissance réelle de l’économie, le ratio dette/PIB augmente mécaniquement, sauf à dégager des excédents budgétaires politiquement difficiles à maintenir (fiscalité…).

Cette contrainte pèse déjà sur les États-Unis eux-mêmes. Un taux réel forward à dix ans dans dix ans de trois et demi pour cent est difficilement compatible avec une économie dont la croissance réelle de long terme est estimée autour de deux et demi pour cent.

C’est précisément pour cette raison que les marchés commencent à émettre des signaux sur la solvabilité américaine — dont le plus troublant est que les obligations souveraines chinoises libellées en dollars se négocient désormais quarante points de base en dessous des bons du Trésor américain de maturité comparable. Le marché dollar lui-même juge implicitement la Chine plus solvable que les États-Unis dans leur propre monnaie.

Mais pour le Sud global, l’équation est autrement plus insupportable. Une économie africaine qui croit à un taux réel de 4 %, mais empruntant en dollars à 6 ou 8 % en termes réels, voit sa dette diverger par simple mécanique financière. Ce n’est pas nécessairement une faute de gestion, c’est l’arithmétique.

La contradiction fondamentale du financement climatique

Ici réside une hypocrisie structurelle que la diplomatie internationale préfère ne pas formuler trop clairement, mais qui devient chaque année plus intenable.

Les engagements de financement climatique du G7 — cent milliards de dollars par an dans un premier temps, trois cents milliards dans les engagements plus récents — ont été conçus dans un monde à taux zéro ou négatifs, où les institutions multilatérales pouvaient lever des fonds à très faible coût et les recycler en financements concessionnels (prêts à taux inférieurs aux taux de marché). Ce monde n’existe plus. Les institutions de Bretton Woods — FMI, Banque mondiale et banques régionales de développement — opèrent sur des bilans et des mandats conçus dans l’ère de l’abondance monétaire post-2008. Leur capacité de prêt concessionnel est structurellement insuffisante face à l’ampleur des besoins dans un environnement de taux réels durablement élevés.

La transition énergétique que les pays du G7 demandent au Sud global — abandonner les énergies fossiles, sauter directement vers les renouvelables, atteindre la neutralité carbone selon des calendriers négociés dans des salles climatisées de Paris, Londres ou New York — coûtera, selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de 2000 milliards de dollars par an dans les économies en développement d’ici 2030. À un taux réel de financement de six à huit pour cent, le coût actualisé de cet effort devient mathématiquement insoutenable pour la majorité des budgets souverains concernés.

Pendant ce temps, le capital privé institutionnel — fonds de pension, compagnies d’assurance, véhicules d’infrastructure — qui était censé être mobilisé par effet de levier observe que le taux réel sans risque de référence américain est à trois et demi pour cent. Pour qu’il investisse dans une centrale solaire au Sahel, avec son risque de change (la perte potentielle liée aux fluctuations de la monnaie locale face au dollar), son risque politique, ses incertitudes réglementaires et son risque de construction, il faudra lui offrir un rendement ajusté du risque significativement supérieur. Ce rendement implique des tarifs d’électricité que les économies concernées ne peuvent pas absorber. Le bouclage financier est brisé — structurellement, pas accidentellement.

La géographie du taux neutre comme nouvelle carte de la vulnérabilité

Il faut insister sur un point que les économistes des institutions internationales tendent à oublier, le taux neutre mondial n’est pas une réalité unique que tous les pays subissent également.

Le taux réel américain est le plancher implicite du système. Au-dessus, les marchés empilent des primes de risque (des majorations de taux exigées pour compenser le risque supplémentaire perçu) qui varient selon la solidité institutionnelle, la profondeur des marchés locaux, la liquidité des actifs, la crédibilité de la politique monétaire et la dynamique de la dette.

Ce que la hausse actuelle du taux neutre américain fait, concrètement, c’est déplacer vers le haut toute cette architecture de primes. Un pays qui empruntait à quatre pour cent en réel emprunte désormais à six pour cent en réel, voire plus. La différence, sur un horizon de dix à vingt ans, est la différence entre une trajectoire de développement soutenable et une décennie perdue consacrée à rembourser — ou à renégocier — une dette excessive.

Ce sont, ironiquement, les pays qui ont le mieux géré leur politique économique — ceux qui ont accédé aux marchés internationaux, réduit leur dépendance aux dons et aux prêts bilatéraux, développé leurs marchés obligataires domestiques — qui sont les plus directement exposés à cette transmission. Ils avaient joué selon les règles du système libéral. Le système vient de changer les règles.

Quatre réponses pour ne pas subir le nouvel ordre du capital

Face à cette nouvelle géographie du capital, le Sud global ne peut se contenter de demander de meilleures conditions. Il doit imposer une autre architecture financière.

Le premier impératif est d’exiger une recapitalisation massive des banques multilatérales de développement, assortie d’une réforme réelle de leur gouvernance. Le G7 ne peut mobiliser des milliers de milliards pour sa réindustrialisation et son réarmement tout en laissant sous-financées les institutions censées porter le développement, ni conserver des droits de vote hérités d’un ordre conçu avant la décolonisation d’une grande partie du Sud global.

Le second est une indexation rigoureuse et contraignante des conditionnalités climatiques imposées au Sud global sur la réalité des conditions de financement. L’injonction d’abandonner le charbon d’ici 2030 formulée dans un monde à taux zéro n’a plus le même sens dans un monde à taux réel de plus de six pour cent. Les délais, les montants et les instruments doivent être recalibrés en conséquence — pas dans les discours, dans les engagements contractuels.

Le troisième, relève de la souveraineté économique des pays concernés eux-mêmes. Le développement systématique des marchés obligataires en monnaie locale (permettant à un État d’emprunter auprès d’investisseurs dans sa propre devise, éliminant le risque de change), la réduction de l’exposition au financement externe en dollars, la construction de partenariats financiers diversifiés — incluant, avec discernement, les nouvelles institutions multilatérales non occidentales — ne sont plus des options idéologiques. Elles sont des nécessités prudentielles dans un monde où le coût de financement de référence vient d’être durablement réévalué à la hausse.

Le quatrième impératif est de distinguer radicalement la dette qui entretient la dépendance de la dette qui construit la puissance. Dans un monde de taux réels élevés, chaque dollar emprunté doit être orienté vers des actifs capables d’accroître la productivité future : énergie, ports, logistique, irrigation, éducation technique, infrastructures numériques…

Enfin, le Sud global doit comprendre que la hausse des taux réels américains n’est pas un simple accident de marché, c’est le signal d’un monde où le capital devient plus rare, plus cher et plus capté par les priorités du Nord — réindustrialisation, défense, IA, transition énergétique. Si rien ne change, les pays du Sud financeront indirectement la puissance des autres tout en voyant se refermer l’espace financier nécessaire à leur propre développement. La souveraineté économique se jouera dans la capacité à accéder à un capital long, stable et soutenable.

Le Sud global doit dès lors cesser de subir le prix mondial de l’argent, il lui faut réformer l’ordre financier multilatéral, bâtir ses propres marchés de capitaux et refuser que l’accès au capital devienne le nouveau visage de l’inégalité mondiale.

* Economiste, banquier et financier.

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L’Iran bat Trump à son propre jeu, celui de l’art du deal

La guerre pourrait se terminer avec un Iran plus confiant, plus radical et disposant de nouvelles ressources pour reconstruire son programme nucléaire

Gideon Rachman *

«La pire chose que vous puissiez faire dans une négociation est d’avoir l’air désespéré de la conclure. Ça donne à l’autre l’impression de sentir le sang, et alors vous êtes mort. La meilleure chose à faire est de négocier en position de force, et la capacité de pression est la plus grande force que vous puissiez avoir.»

Tel était le principe énoncé par Donald Trump (ou son prête-plume) dans «The Art of the Deal», publié en 1987 [en français Le plaisir des affaires, puis Trump par Trump].

Trump aurait peut-être dû relire son propre livre avant de poster le 5 avril : «Ouvrez ce putain de détroit, bande de fous furieux, sinon vous vivrez en enfer.» Aux yeux d’un observateur non averti, cette exigence semblait un tantinet désespérée – d’autant que Trump n’a pas donné suite à ses menaces de déchaîner une violence infernale contre l’Iran.

L’Iran dans une position plus forte qu’avant la guerre.

La triste réalité est que, dans les pourparlers pour mettre fin à la guerre, c’est Téhéran qui a eu la haute main. La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran a exercé une pression intense sur l’économie mondiale. Alors que les prix de l’essence augmentaient aux USA, la cote de popularité de Trump dans les sondages s’effondrait. Le résultat est qu’au moment où j’écris ces lignes, les USA semblent prêts à accepter un accord qui – à long terme – menace de laisser l’Iran dans une position plus forte qu’avant le début de cette guerre.

L’essence de l’accord qui se dessine est que l’Iran accepte d’ouvrir le détroit sans percevoir de péage. En échange, il bénéficie d’un allègement progressif des sanctions – y compris le dégel de milliards de dollars d’avoirs. L’Iran fera des promesses de restreindre son programme nucléaire. Mais les détails feront l’objet de négociations futures – cette question reste donc essentiellement non résolue.

Trump a insisté sur le fait qu’il n’était pas pressé et n’accepterait jamais un mauvais accord. Mais la réaction des Républicains faucons à l’accord émergent était révélatrice.

Le sénateur Ted Cruz a suggéré qu’il pourrait s’agir d’une «erreur désastreuse» car elle laisserait l’Iran «capable d’enrichir de l’uranium et de développer des armes nucléaires, et d’avoir un contrôle effectif sur le détroit d’Ormuz».

Le sénateur Roger Wicker, président de la commission des forces armées du Sénat, a averti que l’accord émergent «ne vaudrait pas le papier sur lequel il est écrit».

Le gouvernement israélien, qui a joué un rôle crucial en persuadant Trump d’entrer en guerre en premier lieu, sera poli en public à propos de tout accord – non seulement parce que Benjamin Netanyahou doit bientôt affronter les électeurs. Mais la réalité est que le leader israélien a présenté la guerre comme une opportunité unique de provoquer un changement de régime en Iran.

Le régime iranien toujours en place – plus confiant, plus radical

Il voit maintenant le conflit se terminer alors que le régime iranien est toujours en place – plus confiant, plus radical et avec de nouvelles ressources financières pour reconstruire son programme nucléaire et son réseau de mandataires dans tout le Moyen-Orient.

Eli Groner, ancien directeur général du cabinet de Netanyahou, affirme que le fait que l’Iran puisse désormais fermer le détroit d’Ormuz à tout moment à l’avenir «est une victoire bien plus profonde et plus stratégique que n’importe quelle réussite militaire marquant des points». Son résumé tenait en un mot : «Désastre.»

Tout en atténuant potentiellement la situation financière et économique désastreuse de la république islamique, l’accord est susceptible de faire pencher l’équilibre régional des forces en faveur de l’Iran. Comme l’a observé Dan Shapiro, ancien ambassadeur usaméricain en Israël, sur X : «L’Iran a acquis une capacité de pression significative pour l’avenir en démontrant qu’il peut contrôler le détroit, en attaquant ses voisins et les bases américaines dans la région et en causant des dégâts importants, et en encaissant les coups les plus durs des USA et d’Israël et en survivant. »

Shapiro estime néanmoins que Trump est dans une telle impasse qu’accepter un mauvais accord qui ouvre le détroit serait une meilleure option que de continuer la guerre.

Compte tenu des risques croissants d’une crise énergétique et d’une récession mondiales, ce calcul est compréhensible. Les Etats-Unis ont également des souvenirs récents de guerres – y compris le Vietnam et l’Afghanistan – qui ont duré beaucoup trop longtemps, alors que les Etats-Unis luttaient en vain pour améliorer une position perdante.

Si et quand Trump acceptera un mauvais accord, ce sera parce qu’il n’a pas d’alternative viable. La proposition du sénateur Wicker était «de permettre aux forces armées qualifiées de l’Amérique de finir de détruire les capacités militaires conventionnelles de l’Iran, puis de rouvrir le détroit». Mais une tentative de sécuriser le détroit par des moyens militaires aurait probablement nécessité le déploiement de troupes au sol et l’acceptation de lourdes pertes états-uniennes. Même alors, les Iraniens auraient pu menacer le transport maritime avec des drones ou des missiles.

Les menaces occasionnelles de Trump de déchaîner «l’Enfer» sur le régime iranien manquaient de crédibilité – en raison de son évidente réticence à s’engager dans une guerre terrestre et du danger de représailles iraniennes contre les États du Golfe et leurs infrastructures énergétiques.

Dans le jargon des analystes militaires, la vulnérabilité du Golfe a donné à l’Iran une «dominance de l’escalade». Le président américain – qui se compare obsessionnellement à l’ancien président Barack Obama – aimait railler l’accord nucléaire que l’administration Obama a conclu avec l’Iran en 2015. Trump l’a qualifié de «l’une des pires et des plus unilatérales transactions que les USA aient jamais conclues» et a affirmé : «Jamais, jamais, jamais de ma vie je n’ai vu une transaction aussi incompétente que notre accord avec l’Iran.» Mais Trump lui-même négocie désormais un accord qui ressemble, à bien des égards, à pire que celui négocié par Obama – en partie à cause du savoir latent que l’Iran peut toujours fermer le détroit d’Ormuz, quand bon lui semble. Sacré exploit de la part du maître de l’art du deal.

Source : Financial Times.

* Chroniqueur principal des affaires étrangères au Financial Times.

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Toyota réduit sa production de 83 000 véhicules

Toyota Motor réduira sa production à l’étranger d’environ 83 000 véhicules d’ici novembre 2026, accentuant ainsi les réductions déjà annoncées en raison du blocus prolongé du détroit d’Ormuz et des tensions au Moyen-Orient.

Le groupe japonais avait initialement prévu de réduire sa production à l’étranger de 38 000 unités entre mai et novembre, mais le ralentissement de la logistique dans la région suite aux attaques américano-israéliennes contre l’Iran l’a contraint à revoir ses plans. Toyota a informé ses principaux fournisseurs que cette décision est liée à la baisse de la demande au Moyen-Orient et à la hausse des prix du carburant. Les réductions concerneront principalement les modèles essence destinés aux marchés du Moyen-Orient et d’Asie, notamment les SUV RAV4 produits en Chine et la gamme IMV destinée aux marchés émergents.

L’entreprise avait déjà réduit sa production au Japon de 40 000 véhicules destinés au Moyen-Orient en mars et avril.

Sur le marché intérieur, Toyota réduira également sa production d’environ 1 500 véhicules entre juin et septembre par rapport à son plan d’avril, en diminuant l’assemblage des modèles Probox et Corolla Touring en raison de la baisse de la demande, tout en augmentant la production et les exportations de Prius hybrides et d’autres véhicules électrifiés. Selon le quotidien Nikkei, toute nouvelle détérioration de la situation au Moyen-Orient et sur le marché pétrolier pourrait contraindre le groupe à revoir à la baisse ses prévisions de bénéfices.

I. B.

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Tunisie | Pour une économie politique de l’investissement

Pendant que la Nouvelle-Zélande signe des pactes d’urgence avec Singapour pour sécuriser vivres et carburants, pendant qu’Australie et Japon mutualisent leurs terres rares et leurs engrais, pendant que l’Union européenne constitue discrètement des stocks stratégiques de fertilisants, la Tunisie, elle, stocke quoi ?  Ses complaintes. Ses décrets. Et ses excuses.

Moktar Lamari, Ph.D *

Le Financial Times titrait ce matin sur ce qu’il appelle la «nouvelle mode du thésaurisation», ce réflexe de nations prévoyantes qui anticipent une ère de rareté globale. Des gouvernements lucides — Wellington, Canberra, Bruxelles — ont compris que le monde post-mondialisation ne pardonnera pas l’impréparation. Ils investissent dans les molécules : cuivre, eau, lithium, béton, terres agricoles. 

Ils misent sur le Hard Asset, Local Operations — ce que les Anglo-Saxons appellent désormais le trade Halo. 

Pendant ce temps, la Tunisie mise sur quoi ? Sur la rente de position géographique, sur les transferts de la diaspora, et sur la bienveillance du l’Union européenne (UE). Autrement dit, sur la charité organisée.

Le chiffre qui gifle : 12 % de FBCF/PIB

Voici la vérité nue, sans anesthésie : la formation brute de capital fixe (FBCF) de la Tunisie a chuté de près de 25 % du PIB dans les années 2000 à moins de 12 % aujourd’hui. 

En vingt ans, la Tunisie a réduit de moitié sa capacité à se doter de machines, d’infrastructures, d’usines, de recherche et développement. C’est le taux d’investissement d’une économie en dépression, pas en transition.

À titre de comparaison : le Maroc investit autour de 30 % de son PIB. L’Éthiopie, pays parmi les plus pauvres du continent, dépasse 35 %. La Chine, au même stade de son décollage économique, était à 40 %. Et la Tunisie ? Elle se gargarise de ses plages et de son «potentiel». Le potentiel non investi, c’est un moteur qui rouille dans un garage fermé.

La rente de la sieste

Il existe en Tunisie une économie politique de la siesta — structurelle, culturelle, institutionnelle. On préfère la fiesta de la consommation importée à la sueur de la production locale. On applaudit la demande, on punit l’offre. On subventionne le gaspillage énergétique, on taxe l’initiative entrepreneuriale. On protège les rentes des incumbents ** — publics ou privés — on décourage les entrants.

Jeff Currie, stratégiste chez Carlyle, cité dans le FT, note que les investisseurs ont été si éblouis par les services numériques qu’ils ont négligé pendant des décennies les actifs physiques — énergie, matériaux, agriculture. L’erreur est coûteuse. 

La réalité physique finit toujours par prendre sa revanche, selon l’expression de Robert Rubin, ex-secrétaire américain au Trésor. En Tunisie, cette revanche n’est pas une menace future : elle est déjà là, quotidienne, sous forme de délestages, de pénuries de médicaments, d’écoles qui s’effondrent et de routes que les pluies emportent.

Pas de salut sans investissement

Le modèle de Solow — accessible dans n’importe quel manuel de licence — est formel : la croissance à long terme d’une économie dépend de son stock de capital et de sa productivité totale des facteurs. 

Il n’y a pas d’alternative. Ni la démagogie, ni le nationalisme économique, ni les discours sur la souveraineté ne remplacent une grue sur un chantier ou un brevet déposé dans un laboratoire.

Kais Saïed a raison de parler de souveraineté. Mais la souveraineté sans capital fixe, c’est un drapeau planté sur des ruines. 

La vraie indépendance économique passe par deux passerelles incontournables, et aucune oraison populiste ne peut les court-circuiter : la productivité d’abord, l’investissement ensuite — ou plutôt simultanément. L’une nourrit l’autre. Une économie productive attire le capital. Un capital bien alloué génère de la productivité. 

La Tunisie a besoin des deux, maintenant, ensemble.

Une politique de l’offre, pas de la demande

L’erreur stratégique des quinze dernières années est d’avoir cherché la croissance par la demande — augmentations salariales dans la fonction publique, subventions généralisées, crédit à la consommation — sans jamais réformer l’appareil productif. C’est une politique procyclique dans les bons moments et catastrophique dans les crises. 

La Tunisie a besoin d’un choc de l’offre : réduction des délais administratifs d’obtention des permis de construire et d’investir, réforme foncière, fiscalité favorable au réinvestissement des bénéfices, zones économiques spéciales réellement fonctionnelles, et un système bancaire qui prête aux PME plutôt qu’aux bons du Trésor.

Une politique contracyclique et proactive, c’est investir dans les infrastructures quand l’activité ralentit, réformer quand la pression sociale est gérable, innover quand le monde se réorganise. Pas attendre. Pas gérer la pénurie. La prévenir.

Le monde change : la Tunisie somnole

La crise du détroit d’Ormuz, les tensions sur les terres rares, le réarmement logistique des nations sérieuses — tout cela recompose la géoéconomie mondiale à une vitesse vertigineuse. Des pays émergents repositionnent leur appareil productif, diversifient leurs sources d’énergie, sécurisent leurs chaînes d’approvisionnement. 

La Tunisie, elle, attend son prochain rapport du FMI.

Il est temps de dire aux Tunisiens ce que personne n’ose dire avec clarté : la prospérité ne se réclame pas, elle se produit. Elle ne vient pas de Bruxelles, ni de Washington, ni du Golfe. Elle vient du travail mieux organisé, de l’innovation systématique, de l’investissement courageux dans les secteurs à haute valeur ajoutée — numérique, agroalimentaire, pharmaceutique, énergies renouvelables, tourisme culturel premium.

L’ère de la rareté globale est une opportunité pour les nations qui produisent. Elle est une sentence pour celles qui consomment à crédit.

La Tunisie a tous les ingrédients d’un rebond : une population jeune, une position géographique stratégique, une diaspora compétente, un tissu d’entrepreneurs résilients. 

Ce qu’elle n’a pas encore, c’est une politique d’investissement crédible, une gouvernance économique cohérente, et un leadership qui dit aux citoyens la vérité : on ne sort pas de la crise par la siesta.

Le réveil est une question de survie nationale. Et il a déjà trop tardé. 

* Economiste universitaire.

** Le titulaire actuel d’une fonction, d’un emploi ou d’un poste politique et qui cherche à conserver son mandat.

Blog de l’auteur : E4T.

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