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 Aziz Mebarek | «Le private equity en Afrique est loin de la maturité »  

AfricInvest, fondé en 1994 par les Tunisiens Aziz Mebarek et Ziad Oueslati, pionniers du private equity africain, gère aujourd’hui 22 fonds, compte 170 investissements dans 25 pays africains et pèse plus de 2 milliards de dollars d’actifs.

Dans un entretien avec l’Agence Ecofin, réalisé en marge de la conférence annuelle de l’African Private Equity and Venture Capital Association (Avca), dont il est cofondateur, Aziz Mebarek, ingénieur des ponts et chaussées qui a contribué à structurer toute une classe d’actifs sur le continent, pose un diagnostic sans complaisance : 30 ans après la création de l’industrie, les capitaux privés déployés en Afrique restent à 5 milliards de dollars, contre 125 milliards en Europe et au Royaume-Uni pour une population plus de deux fois supérieure. «Cela part de zéro. Ce n’est pas mal, mais cela reste très insuffisant au regard du potentiel du continent et de ce qui se fait ailleurs», explique-t-il, ajoutant que l’écart est l’ordre de grandeur de l’effort à accomplir.

«Nous sommes loin de la maturité, et loin d’avoir réduit la dépendance vis-à-vis des investisseurs historiques. Pour moi, l’élan sera pris quand plus de 50 % des capitaux levés viendront de l’épargne africaine. Il faudra plusieurs années, plusieurs décennies pour y arriver. Mais une prise de conscience s’installe sur la nécessité de regarder cette classe d’actifs depuis le continent», explique encore Aziz Mebarek.

I. B.

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Tunisie | Pour une économie politique de l’investissement

Pendant que la Nouvelle-Zélande signe des pactes d’urgence avec Singapour pour sécuriser vivres et carburants, pendant qu’Australie et Japon mutualisent leurs terres rares et leurs engrais, pendant que l’Union européenne constitue discrètement des stocks stratégiques de fertilisants, la Tunisie, elle, stocke quoi ?  Ses complaintes. Ses décrets. Et ses excuses.

Moktar Lamari, Ph.D *

Le Financial Times titrait ce matin sur ce qu’il appelle la «nouvelle mode du thésaurisation», ce réflexe de nations prévoyantes qui anticipent une ère de rareté globale. Des gouvernements lucides — Wellington, Canberra, Bruxelles — ont compris que le monde post-mondialisation ne pardonnera pas l’impréparation. Ils investissent dans les molécules : cuivre, eau, lithium, béton, terres agricoles. 

Ils misent sur le Hard Asset, Local Operations — ce que les Anglo-Saxons appellent désormais le trade Halo. 

Pendant ce temps, la Tunisie mise sur quoi ? Sur la rente de position géographique, sur les transferts de la diaspora, et sur la bienveillance du l’Union européenne (UE). Autrement dit, sur la charité organisée.

Le chiffre qui gifle : 12 % de FBCF/PIB

Voici la vérité nue, sans anesthésie : la formation brute de capital fixe (FBCF) de la Tunisie a chuté de près de 25 % du PIB dans les années 2000 à moins de 12 % aujourd’hui. 

En vingt ans, la Tunisie a réduit de moitié sa capacité à se doter de machines, d’infrastructures, d’usines, de recherche et développement. C’est le taux d’investissement d’une économie en dépression, pas en transition.

À titre de comparaison : le Maroc investit autour de 30 % de son PIB. L’Éthiopie, pays parmi les plus pauvres du continent, dépasse 35 %. La Chine, au même stade de son décollage économique, était à 40 %. Et la Tunisie ? Elle se gargarise de ses plages et de son «potentiel». Le potentiel non investi, c’est un moteur qui rouille dans un garage fermé.

La rente de la sieste

Il existe en Tunisie une économie politique de la siesta — structurelle, culturelle, institutionnelle. On préfère la fiesta de la consommation importée à la sueur de la production locale. On applaudit la demande, on punit l’offre. On subventionne le gaspillage énergétique, on taxe l’initiative entrepreneuriale. On protège les rentes des incumbents ** — publics ou privés — on décourage les entrants.

Jeff Currie, stratégiste chez Carlyle, cité dans le FT, note que les investisseurs ont été si éblouis par les services numériques qu’ils ont négligé pendant des décennies les actifs physiques — énergie, matériaux, agriculture. L’erreur est coûteuse. 

La réalité physique finit toujours par prendre sa revanche, selon l’expression de Robert Rubin, ex-secrétaire américain au Trésor. En Tunisie, cette revanche n’est pas une menace future : elle est déjà là, quotidienne, sous forme de délestages, de pénuries de médicaments, d’écoles qui s’effondrent et de routes que les pluies emportent.

Pas de salut sans investissement

Le modèle de Solow — accessible dans n’importe quel manuel de licence — est formel : la croissance à long terme d’une économie dépend de son stock de capital et de sa productivité totale des facteurs. 

Il n’y a pas d’alternative. Ni la démagogie, ni le nationalisme économique, ni les discours sur la souveraineté ne remplacent une grue sur un chantier ou un brevet déposé dans un laboratoire.

Kais Saïed a raison de parler de souveraineté. Mais la souveraineté sans capital fixe, c’est un drapeau planté sur des ruines. 

La vraie indépendance économique passe par deux passerelles incontournables, et aucune oraison populiste ne peut les court-circuiter : la productivité d’abord, l’investissement ensuite — ou plutôt simultanément. L’une nourrit l’autre. Une économie productive attire le capital. Un capital bien alloué génère de la productivité. 

La Tunisie a besoin des deux, maintenant, ensemble.

Une politique de l’offre, pas de la demande

L’erreur stratégique des quinze dernières années est d’avoir cherché la croissance par la demande — augmentations salariales dans la fonction publique, subventions généralisées, crédit à la consommation — sans jamais réformer l’appareil productif. C’est une politique procyclique dans les bons moments et catastrophique dans les crises. 

La Tunisie a besoin d’un choc de l’offre : réduction des délais administratifs d’obtention des permis de construire et d’investir, réforme foncière, fiscalité favorable au réinvestissement des bénéfices, zones économiques spéciales réellement fonctionnelles, et un système bancaire qui prête aux PME plutôt qu’aux bons du Trésor.

Une politique contracyclique et proactive, c’est investir dans les infrastructures quand l’activité ralentit, réformer quand la pression sociale est gérable, innover quand le monde se réorganise. Pas attendre. Pas gérer la pénurie. La prévenir.

Le monde change : la Tunisie somnole

La crise du détroit d’Ormuz, les tensions sur les terres rares, le réarmement logistique des nations sérieuses — tout cela recompose la géoéconomie mondiale à une vitesse vertigineuse. Des pays émergents repositionnent leur appareil productif, diversifient leurs sources d’énergie, sécurisent leurs chaînes d’approvisionnement. 

La Tunisie, elle, attend son prochain rapport du FMI.

Il est temps de dire aux Tunisiens ce que personne n’ose dire avec clarté : la prospérité ne se réclame pas, elle se produit. Elle ne vient pas de Bruxelles, ni de Washington, ni du Golfe. Elle vient du travail mieux organisé, de l’innovation systématique, de l’investissement courageux dans les secteurs à haute valeur ajoutée — numérique, agroalimentaire, pharmaceutique, énergies renouvelables, tourisme culturel premium.

L’ère de la rareté globale est une opportunité pour les nations qui produisent. Elle est une sentence pour celles qui consomment à crédit.

La Tunisie a tous les ingrédients d’un rebond : une population jeune, une position géographique stratégique, une diaspora compétente, un tissu d’entrepreneurs résilients. 

Ce qu’elle n’a pas encore, c’est une politique d’investissement crédible, une gouvernance économique cohérente, et un leadership qui dit aux citoyens la vérité : on ne sort pas de la crise par la siesta.

Le réveil est une question de survie nationale. Et il a déjà trop tardé. 

* Economiste universitaire.

** Le titulaire actuel d’une fonction, d’un emploi ou d’un poste politique et qui cherche à conserver son mandat.

Blog de l’auteur : E4T.

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La Tunisie à la traîne de nombreux pays africains

La Tunisie, jadis en tête des pays africains en termes de dynamisme économique, est aujourd’hui nettement en dessous des pays les plus dynamiques du continent en matière de croissance économique et d’investissement. Des données chiffrées, collectées par l’économiste Salah Dargouth, brossent un tableau inquiétant de cette chute vertigineuse.

Latif Belhedi

Avec une croissance économique moyenne allant 1,5 et 2,5% au cours des dix dernières années, la Tunisie se trouve largement distancée par les champions du continent, à savoir l’Ethiopie et le Rwanda (~7%), l’Ouganda (~6-7%), le Bénin, la Côte d’Ivoire et la Tanzanie (~6 %) et le Kenya  (~5 %).

Ceci explique en partie cela : la Tunisie est également largement distancée par ces mêmes pays en termes de part de l’investissement dans le PIB : ~13-14 %, contre ~40 % pour la Tanzanie, ~25-26 % pour le Bénin, ~25 % pour le Rwanda, ~23-24 % pour la Côte d’Ivoire, ~22-24 % pour l’Ouganda, ~20-21 % pour l’Ethiopie et ~17-18 % pour le Kenya.

Autrement dit, notre pays investit aujourd’hui proportionnellement beaucoup moins que le Rwanda, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Kenya l’Ouganda et surtout la Tanzanie.

«Le contraste devient encore plus frappant lorsqu’on regarde l’évolution historique», explique Salah Dargouth qui précise : «Dans les années 1990-2010, la Tunisie investissait souvent entre 23 % et 26 % du PIB. En 2010, le taux dépassait encore 26 %. En 2024, il est tombé autour de 13-14 %, soit presque la moitié des décennies 1990-2010. Or, dans la plupart des expériences internationales, un taux d’investissement inférieur à 15% du PIB est généralement insuffisant pour soutenir durablement une forte croissance. De même, les pays qui connaissent des transformations économiques rapides maintiennent souvent des taux supérieurs à 25%. Les “miracles économiques” asiatiques dont bien sûr la Chine ont souvent dépassé 30-35%.»

«Avec une croissance du PIB de 4-5% et un taux d’investissement de 20-30%, le Maroc est aussi un cas intéressant de croissance relativement soutenue et d’investissement élevé en Afrique du Nord», fait également remarquer l’ancien expert de la Banque Mondiale. Il ajoute : «Le Maroc se distingue par un taux d’investissement parmi les plus élevés d’Afrique ; de grands projets d’infrastructure (TGV, ports, autoroutes, énergie solaire, dessalement) ; une industrialisation rapide (automobile, aéronautique, phosphates) ; une forte montée des exportations industrielles ; sans oublier les préparatifs massifs pour la Coupe du Monde 2030.»

Or, enchaîne M. Darghouth : «En comparaison, la Tunisie souffre depuis plusieurs années d’une économie en dormance et d’une croissance lente; d’un faible investissement public et privé ; d’une résistance à attirer les IDE ; d’une administration étouffante et sclérosée ; d’une diabolisation du secteur privé ; et d’une instabilité réglementaire et financière.»

La conclusion est sans appel : «Le contraste entre les deux pays est particulièrement visible dans les infrastructures, la dynamique industrielle et le développement technologique.» 

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Les difficultés structurelles du tourisme tunisien

Au-delà des chiffres encourageants, le secteur touristique tunisien est confronté à des difficultés latentes. Près de 8 milliards de dinars de recettes témoignent d’une certaine vigueur, mais ne garantissent pas l’invulnérabilité.

Michael Trout

Derrière cette croissance se cache une lenteur décisionnelle au sein des organismes censés piloter le secteur. Le soutien public s’est amenuisé au fil du temps, laissant des lacunes autrefois comblées par des investissements réguliers. Routes, hôtels et services, vétustes, ne parviennent plus à répondre à la demande actuelle. Les difficultés pourraient s’aggraver en 2026, alors que les premiers signaux d’alarme commencent à apparaître.

Un moteur économique désormais négligé

Récemment, Mohamed Yahyaoui, président de la Commission du tourisme au Parlement tunisien, a évoqué le manque d’attention dont souffre le secteur lors d’une interview radio. Bien que le tourisme tunisien génère des recettes en devises essentielles et contribue à la stabilité du commerce, il reste négligé. L’attention se relâche, même lorsque les retombées économiques sont évidentes. Les ressources demeurent limitées, malgré un impact mesurable. Sur les ondes, les inquiétudes se sont fait entendre discrètement mais fermement.

Un signe est particulièrement frappant : le secteur a perdu 4 % de son financement cette année, malgré la persistance de problèmes de gestion. Ce n’est pas un hasard, affirme Yahyaoui : cette situation révèle le peu d’importance que les décideurs accordent à un secteur capable de soutenir une reprise économique plus large. Bien que modestes en apparence, ces coupes budgétaires témoignent d’une négligence plus profonde. Ce qui ressemble à un ajustement budgétaire pourrait en réalité être une incapacité à saisir les opportunités à long terme.

Inquiétudes concernant l’été 2026

À l’approche de l’été 2026, des signes d’hésitation apparaissent : les réservations sont inférieures de près de 10 % au rythme de l’année dernière. La demande est particulièrement faible dans les principales régions européennes, notamment en France. Malgré une activité croissante dans la planification des voyages, le nombre de réservations confirmées reste inférieur aux tendances précédentes.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : les pressions économiques en Europe, où la réduction des budgets des ménages entraîne une plus grande prudence en matière de dépenses de loisirs. La hausse des tarifs aériens, qui augmente le coût global des voyages. La concurrence accrue d’autres destinations méditerranéennes comme l’Espagne et la Grèce, qui déploient des promotions agressives.

Cependant, les experts mettent en garde contre une interprétation trop hâtive des chiffres actuels. Les habitudes de réservation penchent désormais vers la spontanéité : les voyageurs attendent plus longtemps, ce qui fausse les anciens indicateurs.

Les observateurs soulignent que ce recul n’est pas un échec, mais une adaptation, façonnée par la nouvelle manière dont les gens envisagent de voyager.

Défis de gouvernance et de coordination

Répartie entre plusieurs ministères – Intérieur, Commerce, Transports, Environnement et Tourisme – la principale difficulté réside dans la dispersion des pouvoirs. Là où une fonction s’arrête, une autre commence, brouillant les frontières, notamment entre le ministère et l’Office national du tourisme.

Bien que censé orienter la politique par le dialogue, le Haut conseil du tourisme fonctionne difficilement dans ces conditions. La lenteur des décisions freine l’élaboration des politiques. Pour y remédier, Yahyaoui suggère une solution : activer pleinement le Haut conseil et organiser des sessions fréquentes.

Une autre option, plus claire grâce à la coordination, consiste à former une équipe interministérielle directement dirigée par le ministre du Tourisme. L’efficacité s’accroît lorsque la structure est au service de la finalité.

Lacunes infrastructurelles et freins à l’investissement

Malgré des progrès visibles, de réels problèmes persistent. De nombreuses villes côtières anciennes souffrent de négligence : l’entretien est insuffisant et les mises à jour sont au point mort. Avec 164 hôtels fermés, le nombre d’établissements accueillant des visiteurs diminue et leur attrait s’estompe progressivement. Des plans obsolètes freinent le développement et les investisseurs hésitent. Près d’un milliard de dinars restent inexploités, bloqués par des stratégies dépassées ; Tabarka est l’une des zones les plus touchées.

Le transport aérien est confronté à des contraintes persistantes. Les petits aéroports régionaux fonctionnent sans soutien suffisant ni planification à long terme, ce qui limite leur rôle dans la réduction de la congestion des grands aéroports et freine la croissance du tourisme local.

Si de nouvelles tendances comme la location de courte durée, les séjours nature et les expériences immersives suscitent un intérêt croissant, elles sont entravées par une réglementation dépassée qui ne parvient pas à s’adapter à l’évolution du secteur.

La reprise reste lente après les fermetures généralisées liées aux crises sanitaires ; les charges financières supplémentaires et la complexité des démarches administratives continuent de dissuader les personnes souhaitant créer ou développer une entreprise.

Opportunités manquées et obstacles juridiques

Malgré les troubles dans les régions méditerranéennes voisines, la Tunisie n’a connu qu’une progression limitée de son attractivité touristique, grâce à un sentiment de sécurité.

Près de 130 propositions de loi visant à moderniser le secteur ont été déposées par des parlementaires. Les résistances proviennent principalement des représentants du gouvernement lorsque les changements touchent à des domaines sensibles comme le droit des investissements.

Des règles obsolètes du Code des investissements freinent encore le développement, affectant autant les entreprises locales qu’internationales. Le progrès est bloqué là où la volonté politique faiblit, même face à des opportunités évidentes.

Malgré les défis, des progrès sont visibles. En 2027, Tunis assumera le rôle de capitale arabe du tourisme, une décision prise lors du 28e Conseil ministériel arabe du tourisme, qui s’est tenu à Bagdad en décembre 2025. À l’avenir, des discussions entre la Commission du tourisme, les agences de voyages et les représentants du ministère visent à élaborer une stratégie ciblée.

Traduit de l’anglais.

Source : Tourisme Rewiew News.

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