Lese-Ansicht

Es gibt neue verfügbare Artikel. Klicken Sie, um die Seite zu aktualisieren.

ANME | 40 ans au cœur de la transition énergétique tunisienne

Quarante ans après sa création, l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME) célèbre un parcours qui épouse l’histoire énergétique contemporaine de la Tunisie. À la Cité de la Culture de Tunis, décideurs publics, experts internationaux, industriels et acteurs de la société civile se sont réunis, mercredi 20 mai 2026, pour une conférence nationale sous le thème : «40 ans d’engagement pour l’énergie durable : bilan et perspectives de la transition énergétique en Tunisie».

Lotfi Sahli

Créée en 1985, l’ANME (appelée autrefois Agence de maîtrise de l’énergie, AME) est née dans un contexte marqué par les chocs pétroliers et la nécessité pour la Tunisie de rationaliser sa consommation énergétique. Dès ses premières années, l’agence avait lancé des programmes pionniers de maîtrise de l’énergie dans l’industrie et le bâtiment, tout en encourageant les premières expériences d’électrification rurale par l’énergie solaire. Cette période avait posé les bases d’une nouvelle culture énergétique nationale fondée sur l’efficacité, la sobriété et l’anticipation stratégique.

Les années 1990 ont constitué une deuxième étape déterminante. L’ANME a progressivement structuré un véritable cadre réglementaire autour des audits énergétiques obligatoires, des contrats-programmes et des mécanismes d’incitation fiscale destinés aux entreprises économes en énergie.

Intégration du photovoltaïque au réseau national

Les campagnes de sensibilisation auprès des ménages et des collectivités locales ont également commencé à modifier les comportements de consommation. Cette décennie a surtout permis d’installer durablement la question énergétique dans les politiques publiques tunisiennes.

Au début des années 2000, l’agence est entrée dans une phase d’expansion et de modernisation. Le programme Prosol a transformé le paysage du solaire thermique en Tunisie et fait du pays une référence régionale dans ce domaine.

Les premiers projets éoliens d’envergure ont été accompagnés par l’ANME, tandis que les réflexions sur l’intégration du photovoltaïque au réseau national ont commencé à prendre forme. Cette étape a aussi été marquée par l’ouverture vers les partenariats euro-méditerranéens et les financements internationaux.

Après 2010, l’ANME a dû faire face à des défis plus complexes : hausse de la dépendance énergétique, volatilité des prix internationaux et impératifs climatiques. L’agence a alors participé à l’élaboration de la stratégie tunisienne de transition énergétique à l’horizon 2030 puis 2050, tout en développant des programmes liés à la mobilité électrique, aux bâtiments intelligents et à l’efficacité énergétique industrielle. Le Fonds de transition énergétique a renforcé les capacités d’investissement dans les projets durables.

La manifestation organisée à Tunis a justement permis de retracer ces différentes étapes. La journée inaugurale a débuté par une cérémonie officielle marquée par des allocutions institutionnelles réunissant responsables gouvernementaux, partenaires internationaux et anciens dirigeants de l’agence. Un documentaire retraçant quarante années d’action de l’ANME a ensuite été projeté devant les participants, avant un échange consacré aux grandes mutations énergétiques vécues par la Tunisie depuis les années 1980.

Moncef Ben Abdallah et Nafaa Baccari.

Les mécanismes d’appui à la transition énergétique

    Les travaux de la journée ont été composés de plusieurs séances plénières et tables rondes consacrées au bilan de la maîtrise de l’énergie, aux défis de la transition énergétique et aux nouvelles perspectives technologiques. Les intervenants ont débattu de l’essor des énergies renouvelables, de l’intégration des startups dans l’innovation énergétique, de la mobilité électrique et des nouvelles solutions de financement vert. Des représentants d’organisations régionales et internationales spécialisées dans l’énergie ont également pris part aux discussions, donnant à cette rencontre une dimension méditerranéenne et africaine.

    Aujourd’hui, jeudi 21 mai, la conférence se poursuivra avec une deuxième journée centrée sur les perspectives d’avenir. Les débats aborderont les mécanismes d’appui à la transition énergétique, le financement climatique et les partenariats internationaux. Les institutions financières internationales, dont la Banque européenne d’investissement, la KfW, la BAD et le Fonds vert pour le climat, présenteront leurs mécanismes de soutien aux projets énergétiques tunisiens.

    La clôture officielle devrait être marquée par des hommages aux anciens dirigeants de l’agence, un échange entre le premier PDG de l’ancienne AME et celui de l’actuelle ANME, ainsi que la présentation d’un rapport final traçant les grandes orientations de la feuille de route énergétique tunisienne pour les décennies à venir.

    À travers cette célébration, l’ANME ne commémore pas seulement un anniversaire institutionnel. Elle cherche surtout à réaffirmer le rôle stratégique de la transition énergétique dans l’avenir économique et environnemental de la Tunisie, à un moment où la souveraineté énergétique et la lutte contre le changement climatique deviennent des enjeux majeurs pour tout le bassin méditerranéen.

    L’article ANME | 40 ans au cœur de la transition énergétique tunisienne est apparu en premier sur Kapitalis.

    Les Tunisiens connaissent-ils les ressources de leur sous-sol ?

    Il paraît qu’en Tunisie, le pétrole coule sous les sables du Sud. Il paraît — car personne ne vous le dira officiellement. Ni Bourguiba ne l’a dit clairement. Ni Ben Ali. Ni la Troïka. Ni Nidaa. Ni Ennahdha. Ni Qalb Tounes. Ni Kais Saïed, le président qui parle de souveraineté nationale à longueur de discours, mais dont les gouvernements successifs depuis 2019 maintiennent les citoyens dans une ignorance souveraine sur l’état de leurs ressources nationales. (Photo : le champ gazier Nawara à Tataouine).

    Moktar Lamari, Ph.D.

    L’omerta a ses idéologues à gauche, à droite, au centre et au palais de Carthage. C’est le seul vrai consensus national : ne rien dire aux Tunisiens sur leur propre sous-sol.

    Alors permettez-moi, chiffres à la main, de commettre ce que les cercles du pouvoir tunisien appellent une indiscrétion — et que les démocraties normales appellent simplement information publique.

    Gouvernorat de Tataouine : le Koweït tunisien qu’on a décidé d’ignorer

    Commençons par le Sud, cette Tunisie oubliée qui produit et qui souffre simultanément. Le gouvernorat de Tataouine concentre à lui seul 46% de la production nationale de pétrole brut et 27% du gaz naturel. En clair : presque la moitié du pétrole tunisien sort des terres d’une région qui n’a ni université digne de ce nom, ni hôpital équipé, ni autoroute. Voilà le paradoxe tunisien dans toute sa splendeur sarcastique.

    Le champ Nawara — opéré conjointement par l’autrichien OMV et l’Etap (50% chacun) — a atteint son pic en 2022 à 1 milliard de mètres cubes (bcm) de gaz naturel, soit l’équivalent d’environ 1 000 millions de litres d’équivalent pétrole annuellement.

    À un prix moyen de 5 dollars le million de BTU, Nawara représentait au pic environ 500 millions de dollars de valeur brute annuelle. Depuis, le champ s’effondre : -48% de production enregistrés en 2025 selon l’Onem. Nawara tousse. Et Tunis se tait.

    Le champ onshore Sabria (Etap 55%, Serinus Energy 45%), le complexe Anaguid East (OMV/Etap, en développement), les concessions Jinane et Benefsej Sud — toutes arrêtées pour maintenance en septembre 2025 — complètent ce tableau sudiste.

    Le gouvernorat de Kébili, voisin et également producteur, contribue au même ensemble géologique du bassin de Ghadames, sans que le citoyen de Douz ou de Matmata sache jamais combien de barils partent chaque matin de ses terres vers les ports méditerranéens.

    Gouvernorat de Sfax et le Golfe de Gabès : l’offshore qu’on sous-exploite

    En mer, le champ Ashtart (Etap 50%, Perenco 50%) peut produire jusqu’à 30 000 barils/jour, soit 4,8 millions de litres quotidiens. Valorisés à 72 dollars le baril — cours BMI 2026 — cela représente 2,16 millions de dollars par jour, soit 788 millions de dollars annuels à pleine capacité. Mais le champ a été arrêté entre juin et juillet 2025. Pour maintenance. Sans communiqué officiel. Sans transparence. Dans l’ombre, comme il se doit.

    Le champ Didon (permis Zarat, Etap 100%) peut atteindre 20 000 barils/jour. Le champ Cercina (Etap 51%, Panoro UK 49%) produit 8 000 barils/jour.

    Ensemble, le Golfe de Gabès représente l’un des derniers bastions offshore tunisiens — avec des infrastructures vieillissantes que ni le budget de l’État ni l’appétit des investisseurs étrangers ne suffisent à renouveler.

    En juillet 2024, Tunis a décidé de ne pas renouveler les concessions des champs Rahmoura et Ashtart expirés, préférant l’opération directe par l’Etap. Résultat : des champs qui ne produisent plus rien, au nom de la souveraineté. C’est ce qu’on appelle, en économie politique, couper son nez pour faire peur à son visage.

    Bizerte : une raffinerie de 1963 pour une Tunisie de 2026

    Le gouvernorat de Bizerte abrite la seule raffinerie du pays, gérée par la Stir depuis 1963 — soit l’année où John Kennedy était encore vivant et où la Tunisie venait à peine d’enterrer le beylicat. Capacité nominale : 34 000 barils/jour, soit 5,4 millions de litres/jour. Taux d’utilisation réel en 2025 : 52,5% seulement. En 2023, production en chute de 26,4% suite à un arrêt dont les causes officielles restent, vous l’aurez deviné, non explicitées.

    Pendant ce temps, la Tunisie importe 84 500 barils/jour de produits raffinés nets en 2026 — soit 13,4 millions de litres quotidiens achetés à l’Italie, à la Russie, à Malte, à la Bulgarie et à la Roumanie. Coût : environ 2,7 milliards de dollars par an. Ce que la Tunisie ne raffine pas chez elle, elle le paie à l’étranger. En toute souveraineté.

    Et le projet de deuxième raffinerie à Skhira (2 milliards de dollars, 120 000 b/j initialement, avec QatarEnergy) ? Suspendu sine die. Le sous-sol libyen devait fournir le brut. La politique libyenne a fourni le chaos. Résultat : zéro.

    Le Gazoduc Transmed : 370 km de tuyau dont le Tunisien ignore l’existence

    Le pipeline Transmed — officiellement baptisé Enrico Mattei par l’Italie — traverse 370 kilomètres de territoire tunisien, de la frontière algérienne jusqu’à Cap Bon, avant de plonger sous la Méditerranée vers la Sicile. Capacité technique totale du réseau : 33 bcm/an.

    La Tunisie perçoit en contrepartie du transit un droit en nature — du gaz algérien — qui constitue une part significative de ses importations énergétiques.

    Car voici le comble : la Tunisie produit 1,0 bcm de gaz en 2026, mais en consomme 5,0 bcm. Elle importe donc 3,9 bcm, quasi exclusivement d’Algérie. À 5 dollars le MMBTU moyen, ces importations coûtent environ 600 millions de dollars annuellement. En 2035, BMI projette des importations de 5,5 bcm — la dépendance s’aggrave pendant que la production nationale s’effondre à 0,8 bcm. La Tunisie sera alors capable de couvrir à peine 12,6% de sa propre consommation gazière. Le reste : importé, facturé, payé en devises rares.

    La production nationale : les chiffres qu’on ne cite jamais

    Voici les données brutes, celles que ni le palais de Carthage, ni le ministère de l’Industrie, ni les partis d’opposition n’ont jamais eu la courtoisie d’expliquer au citoyen :

    Pétrole brut 2024 : 30 200 barils/jour = 4,8 millions de litres/jour. Valeur au prix de 80,70 $/b : environ 890 millions de dollars annuels.

    Pétrole brut 2026 (estimé) : 27 700 b/j = 4,4 millions de litres/jour. Valeur à 78 $/b : environ 789 millions de dollars annuels. Soit 100 millions de dollars de moins qu’en 2024, en deux ans seulement.

    – Pétrole brut 2035 (projeté) : 22 500 b/j = 3,6 millions de litres/jour. Valeur à 70 $/b : environ 575 millions de dollars annuels. La trajectoire est univoque : vers le bas.

    – Les réserves prouvées en pétrole : 410 millions de barils en 2026, tombant à 380 millions en 2035. Les réserves en gaz : 60 bcm aujourd’hui, 50 bcm en 2035. Chaque année, la Tunisie pompe sans remplacer. Elle mange son capital sans le renouveler. C’est ce qu’on appelle, en comptabilité nationale, manger les meubles.

    L’omerta : pourquoi ce silence organisé ?

    Posons la question frontale : pourquoi cette omerta systémique sur les ressources énergétiques tunisiennes ?

    Premièrement, le secret protège les rentes. Quand le citoyen ne sait pas combien de barils partent de Tataouine, il ne peut pas calculer ce que l’État en tire, ce qui revient aux compagnies étrangères, et ce que l’Etap — dont les rapports financiers arrivent avec deux ans de retard — verse réellement au Trésor. L’opacité est la mère de toutes les rentes.

    Deuxièmement, le silence évite les questions sociales. Quand les habitants de Tataouine — qui produisent 46% du pétrole national — réclament leur part du développement régional, la réponse officielle est le gaz lacrymogène, pas la transparence budgétaire. L’omerta évite d’avoir à justifier pourquoi la région qui pompe souffre pendant que la capitale consomme.

    Troisièmement, les partis politiques sont tous complices. Ennahdha a gouverné sans publier un seul bilan énergétique accessible au grand public. La Troïka idem. Nidaa Tounes idem. Et Kais Saied, qui a concentré tous les pouvoirs depuis 2021, n’a pas fait produire par ses services aucun rapport national sur l’état des ressources énergétiques, aucune stratégie publiée, aucun débat parlementaire digne de ce nom— le parlement étant vidé de sa substance. L’omerta transcende les clivages politiques : c’est le seul vrai programme national.

    Quatrièmement, le nouveau Code des Hydrocarbures attend toujours. En février 2025, le gouvernement a examiné un projet. Dix-huit mois plus tard, le texte n’est toujours pas soumis au Conseil des ministres. Pendant ce temps, les IOCs quittent le pays — Shell a abandonné Miskar et Hasdrubal en 2021-2022 — et les licences d’exploration tombent de 20 en 2021 à 15 en 2025. Le secteur se vide de ses investisseurs pendant qu’on réfléchit à la législation qui les attirerait.

    Épilogue : omerta rime avec défiance

    La Tunisie est à genoux économiquement. Son ratio dette/PIB dépasse 80%. L’accord FMI a été rejeté en avril 2025. La BCT maintient son taux directeur à 8% pour contenir l’inflation. Le dinar s’érode. Et pendant ce temps, le sous-sol tunisien continue de se vider à 27 700 barils/jour, sans stratégie de remplacement, sans transparence, sans débat national.

    Le gouvernement ne fait rien pour mériter la confiance du citoyen. Et le citoyen, faute d’information, ne peut même pas formuler les bonnes questions. C’est la boucle parfaite de l’omerta d’État : un peuple qu’on appauvrit en secret, avec son propre pétrole.

    Jusqu’à quand ? La réponse appartient aux Tunisiens — à condition qu’on leur donne enfin les chiffres pour décider.

    * Economiste universitaire.

    Source principale : BMI/Fitch Solutions, Tunisia Oil & Gas Report, May 2026, 91 pages, Fitch Solutions Group Limited, Londres, ISSN 2058-0762, copy deadline avril 2026.

    Données complémentaires : Etap (Rapport annuel 2024), Onem, EIA, Opep Secondary

    L’article Les Tunisiens connaissent-ils les ressources de leur sous-sol ? est apparu en premier sur Kapitalis.

    ❌