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Forum d’affaires Tunisie-Italie les 24 et 25 juin à Tunis

La ville de Tunis accueillera le Forum d’affaires Tunisie-Italie qui se déroulera les 24 et 25 juin 2026 au siège de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica). Outre des présentations institutionnelles, le programme comprendra une séance plénière sur les opportunités commerciales et d’investissement entre les deux pays et sur le soutien financier au partenariat économique bilatéral.

Des tables rondes thématiques approfondies suivront, portant sur les secteurs suivants : transition énergétique et numérique ; industries de pointe (technologies et investissements dans les secteurs pharmaceutique, automobile, technologique et des matières premières critiques), et l’innovation et le développement durable (secteurs traditionnels – textile, agriculture, aquaculture – face aux défis actuels et futurs).

Selon l’Agence italienne pour le commerce extérieur (ITA), co-organisatrice de l’événement, le programme comprendra également une présentation des programmes de développement des infrastructures de transport et de logistique de la Tunisie et des opportunités qu’ils offrent aux entreprises italiennes.

La réunion du 24 juin se conclura par une réunion de réseautage, tandis que la matinée suivante sera consacrée à des rencontres B2B entre entreprises des deux pays.

D’après le communiqué de presse de l’ITA, les entreprises italiennes inscrites au forum bilatéral auront la possibilité de participer à la 22e édition du Tunisia Investment Forum (TIF), qui se tiendra les 25 et 26 juin à Tunis. Cette initiative internationale, organisée par l’Agence pour la promotion de l’investissement extérieur (Fipa), vise à promouvoir le pays comme une porte d’entrée idéale vers le continent africain.

Un fort potentiel pour renforcer davantage

Des centaines d’entreprises italiennes sont implantées en Tunisie, mais selon l’Italian Trade & Investment Agency (ICE), il existe «un fort potentiel pour renforcer davantage ce partenariat économique dans divers secteurs, de l’industrie de pointe à l’énergie, des infrastructures au textile, un secteur où la présence entrepreneuriale italienne est traditionnelle et solide».

La Tunisie est également un partenaire stratégique de l’Italie dans le cadre du plan Mattei, en plus des liens historiques, culturels et géographiques qui unissent les deux pays.

Les échanges bilatéraux ont atteint 6,5 milliards d’euros en 2025, dont environ 3,4 milliards d’euros d’exportations italiennes.

Selon les données publiées par Info mercati stranieri, au cours des deux premiers mois de cette année, les échanges commerciaux entre les deux pays se sont élevés à environ 1,08 milliard d’euros (en hausse de 5,5 % par rapport à la même période en 2025), dont 560 millions d’euros d’exportations italiennes. L’Italie est le deuxième marché de destination des exportations tunisiennes et, par conséquent, le deuxième fournisseur du pays.

Par ailleurs, selon les dernières données de l’Institut national de la statistique (INS), du 1er janvier à fin avril 2026, les échanges commerciaux entre l’Italie et la Tunisie ont atteint 7 413 milliards de dinars (environ 2,18 milliards d’euros).

Toujours selon l’INS, au cours des quatre premiers mois de l’année, les exportations italiennes vers la Tunisie se sont élevées à 3 869 milliards de dinars (environ 1,15 milliard d’euros), soit une hausse d’environ 5,24 % par rapport aux 3 677 milliards de dinars (1,08 milliard d’euros) enregistrés sur la même période en 2025.

Les exportations tunisiennes vers l’Italie, quant à elles, ont atteint 3 543 milliards de dinars (1,042 milliard d’euros), soit une augmentation de 10,7 % par rapport aux 3 201 milliards de dinars (941 millions d’euros) des quatre premiers mois de 2025, d’après les mêmes données.

Parmi les principaux produits italiens importés d’Italie, l’INS mentionne les matières premières énergétiques (pétrole raffiné), les métaux, les tissus, le cuir et les peaux, les appareils de câblage, les matières plastiques et les produits en plastique, les moteurs, les générateurs et les transformateurs, les produits chimiques et pharmaceutiques, les installations et les machines.

I. B. (d’après Agenzia Nova).

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Deux tortues relâchées en mer à Monastir

Deux tortues marines d’espèces différentes, une caouanne et une verte, ont été relâchées en mer au large de Monastir. Ce geste symbolique souligne la nécessité de préserver les espèces marines menacées et de promouvoir la biodiversité marine locale.

Cette initiative a eu lieu lors d’une visite du ministre de l’Environnement, Habib Abid, à la réserve protégée de l’île de Kuriat, au large de Monastir, samedi 23 mai 2026. Elle s’inscrit dans le cadre des efforts déployés pour renforcer la gestion participative des réserves marines et mettre en lumière leur rôle dans le maintien de l’équilibre écologique, à l’occasion de la Journée mondiale de la biodiversité.

Kuriat est l’une des plus importantes réserves marines de Tunisie, avec La Galite, Zembra, Zembretta et Kneiss, grâce à sa riche biodiversité marine.

Cette réserve protégée est considérée comme le seul site de nidification des tortues marines du pays. Elle abrite environ 110 espèces d’oiseaux marins et préserve les herbiers marins naturels qui contribuent à protéger les plages de l’érosion marine.

La Tunisie compte 44 parcs nationaux et réserves naturelles, 41 zones humides et 46 zones importantes pour la conservation des oiseaux.

Le ministère de l’Environnement s’emploie à consolider ces acquis par la création de nouvelles aires protégées et l’élaboration d’une loi visant à préserver les ressources naturelles.

Le programme de sensibilisation a suscité l’intérêt de tous les groupes d’âge, notamment grâce au lancement du personnage de Léo, ambassadeur de l’environnement. Ce héros guide les enfants dans un parcours éducatif les incitant à adopter des comportements responsables pour protéger la Méditerranée de la pollution plastique. Cette initiative a été menée conjointement par le ministère de l’Environnement et l’association Notre Grand Bleu, dans le cadre du projet BeMed+, mis en œuvre en partenariat avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour lutter contre la pollution plastique.

I. B.

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Saison méditerranéenne | Symposium sur le climat à Tunis

La Cité des Sciences de Tunis accueillera le 6 juin 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, un symposium scientifique intitulé «Climat : repenser, agir, innover», qui vise à sensibiliser le public aux enjeux climatiques et à encourager une action climatique renforcée par le dialogue et la collaboration entre les principaux acteurs.

Universitaires, représentants des secteurs public et privé, organisations de la société civile et jeunes sont invités à participer à des discussions visant à promouvoir des initiatives climatiques concrètes et efficaces.

Le programme comprend des conférences, des ateliers et des expositions de projets axés sur l’adaptation au changement climatique, la résilience, l’innovation et l’action climatique.

Ce symposium est organisé dans le cadre du projet de coopération internationale «Saison méditerranéenne : Urgence environnementale», en collaboration avec l’Institut français de Tunis et plusieurs institutions scientifiques et de recherche nationales.

Cette initiative intervient à un moment où les institutions tunisiennes cherchent à renforcer les liens entre la recherche, l’éducation, la société civile et les politiques publiques environnementales. La Journée mondiale de l’environnement 2026, promue par le Programme des Nations Unies pour l’environnement, est consacrée au changement climatique, avec une campagne mondiale axée sur l’urgence d’agir.

Ce sujet est d’une importance capitale pour la Tunisie. Selon le rapport de la Banque mondiale sur le climat et le développement en Tunisie, la rareté de l’eau, l’érosion côtière, les risques d’inondation et la dépendance énergétique aux combustibles fossiles demeurent parmi les principaux défis climatiques et de développement du pays. Le rapport indique également que la demande en eau pourrait dépasser l’offre de 28 % d’ici 2050 dans le scénario climatique le plus pessimiste.

I. B.

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Le partenariat tuniso-suisse moteur d’innovation et d’emploi

L’Ambassadeur Josef Renggli a eu le plaisir de visiter LA PRATIQUE ÉLECTRONIQUE, entreprise tunisienne à Beni Khiar spécialisée dans la fabrication de cartes électroniques et partenaire industriel de la société CLA-VAL, acteur de référence mondial dans la régulation des réseaux d’eau

Lors de cette rencontre, Monsieur Van Buel, directeur général de CLA-VAL et Walid Ben Amor, CEO de La PRATIQUE ÉLECTRONIQUE, ont présenté un partenariat exemplaire : boîtiers plastiques, tuyauterie et cartes électroniques fabriqués en Tunisie, ainsi qu’un bureau d’études dédié à la R&D sur place.

Une collaboration tuniso-suisse qui illustre concrètement le potentiel industriel tunisien et sa capacité à s’intégrer dans des chaînes de valeur internationales exigeantes — au service de l’emploi et de l’innovation locale.

Communiqué

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Terres en friche | Le rendez-vous manqué du foncier tunisien

Il y a soixante-dix ans, presque jour pour jour, la Tunisie indépendante faisait ce que beaucoup de nations n’osent pas : elle s’attaquait à la terre. Pas avec une pioche, mais avec un décret. Le 31 mai 1956, à peine deux mois après l’indépendance, Bourguiba et ses juristes liquidaient la Djemaïa des Habous. Un an plus tard, le décret du 18 juillet 1957 abolissait définitivement les habous privés et mixtes. Environ un million d’hectares fut ainsi remis dans le circuit économique.

Moktar Lamari, Ph.D

Grande ambition. Beau geste. Et pourtant, soixante-dix ans après, une large partie de la terre tunisienne reste figée, stérile, et invisible aux yeux des marchés. La terre promise n’a pas tenu toutes ses promesses.

Terres collectives, terres en friche

Pour comprendre ce paradoxe, il faut d’abord saisir ce qu’était le habous — ce système juridico-religieux par lequel une personne se dépouillait d’un bien foncier, le consacrait à perpétuité à une œuvre pieuse ou charitable, et le sortait irrémédiablement du marché. Baux perpétuels (l’enzel), locations à rente variable (le kirdar), terres figées dans une mainmorte séculaire — voilà le décor. Les habous représentaient plus du tiers des terres cultivables en Tunisie au moment de leur abolition.

En langage économique contemporain, on appellerait cela un gigantesque problème d’allocation inefficiente des ressources, illustré par le théorème de Coase : quand les droits de propriété sont flous ou aliénés, les transactions mutuellement bénéfiques n’ont pas lieu, et la richesse collective en pâtit.

La réforme de 1956-1957 avait donc une logique imparable. Parmi les réformes visant à libérer les forces vives du pays et à booster l’économie figuraient en bonne place l’abolition du régime des terres habous, aux côtés du Code du statut personnel, de la création de la Banque centrale et du dinar tunisien.

Les errements du juridisme a-économique

C’était un projet de modernisation global, cohérent, presque vertigineux. À juste titre, l’économiste Hernando de Soto aurait reconnu là les prémices de sa thèse centrale : transformer le capital mort en capital vif, donner un titre, une valeur marchande, une capacité de levier à des actifs qui dormaient dans le silence juridique.

Et pourtant. L’État tunisien, en absorbant les terres habous dans son domaine, n’a pas seulement libéré la terre — il l’a changée de prison. D’une mainmorte religieuse, on est passé à une mainmorte étatique, bureaucratique, lente, et parfois corrompue.

La superficie des terres agricoles en Tunisie est estimée à 10 millions d’hectares répartis entre propriété privée, terres domaniales (dites amiri) d’un demi-million d’hectares, et terres collectives tribales d’environ 3 millions d’hectares.

Terres dominicales, un crime d’État

Au cours des deux dernières décennies, la mauvaise gestion des terres agricoles domaniales s’est aggravée.

L’État a cessé de vendre, a commencé à louer sans stratégie, et les terres les plus fertiles ont été confiées à des locataires dont la priorité était rarement l’investissement à long terme.

Mais le vrai scandale économique — le serpent de mer du foncier tunisien — ce sont les terres collectives. Celles-ci constituaient un casse-tête chronique pour l’État jusqu’à ce qu’il décide de tenter d’y répondre par une loi d’août 2016 réglementant leur système primaire de gestion. Néanmoins, cette loi n’a pas abordé les questions en profondeur et n’a pas fourni de solutions claires dans les cas complexes.

3 millions d’hectares dans l’indivision

Trois millions d’hectares, soit 30 % de l’ensemble du foncier agricole tunisien, restent dans l’indivision tribale, soumis à des droits collectifs flous, non immatriculés, non cessibles, non mobilisables comme garantie bancaire. Trois millions d’hectares qui baillent aux corneilles, pendant que la Tunisie importe des céréales et que ses jeunes partent en mer.

En termes économiques, l’indivision est l’ennemi juré de l’investissement. Quand une parcelle appartient à une collectivité de cent héritiers disséminés entre Tunis, Paris et Montréal, nul ne peut décider d’y planter des oliviers, d’y forer un puits ou d’y construire un hangar agricole.

C’est la tragédie des communs revisitée par Garrett Hardin, augmentée d’un contentieux successoral et d’une administration foncière sous-staffée.

L’insuffisance de la mise en valeur des exploitations due à l’existence de conflits inhérents à la copropriété et à l’indivision, et l’absence d’une législation permettant de préserver le capital foncier des unités de production et d’éviter le morcellement, constituent des facteurs de blocage du développement des exploitations.

Une équation cruelle

Morcellement + indivision + insécurité foncière = investissement nul.  L’équation est cruelle, mais elle est vraie.

Les chiffres donnent le vertige. Le secteur agricole contribue à hauteur de 9 % du PIB, représente 7,5 % du total des investissements, 8 % des importations et 9 % des exportations totales.

Pour un pays disposant de 10 millions d’hectares de terres agricoles, c’est une performance anémique. Environ 75 % des terres agricoles exploitées ont une superficie inférieure à 10 hectares. Les petits agriculteurs constituent l’épine dorsale du secteur, mais sont les plus pauvres et les moins capables d’obtenir des fonds.

Et pendant ce temps, la croissance tunisienne plafonne à 1,4 % en 2024, avec un chômage des jeunes de moins de 25 ans culminant à 40,5 % — des jeunes qui, pour beaucoup, vivent dans des régions rurales entourées de terres qui ne leur appartiennent pas, ne leur rapportent rien, et ne peuvent pas être mobilisées pour financer leur avenir.

La brèche et les incohérences

On dira que la réforme de 1956 fut une nécessité historique — et c’est vrai. En brisant la mainmorte religieuse, Bourguiba a ouvert une brèche dans une immobilité séculaire. Mais la brèche s’est refermée d’elle-même, faute d’avoir été prolongée par une politique foncière cohérente, courageuse et continue.

Malgré les campagnes organisées pour encourager l’immatriculation, la moitié des terres seulement ont été immatriculées. L’État a été plutôt lent dans la privatisation des terres collectives. Soixante-dix ans de lenteur, c’est un luxe que la Tunisie ne peut plus se payer.

Que faire ? Cinq chantiers s’imposent, sans délai.

1- Premier chantier : accélérer l’apurement foncier. Environ 340 000 hectares à vocation arboricole n’ont pas encore été attribués à titre individuel, sans compter les terres pastorales collectives.

Un programme national d’immatriculation accéléré, doté de moyens humains et budgétaires réels, doit être lancé — non pas comme vœu pieux dans un Plan d’Action Annuel, mais comme priorité de l’exécutif.

2- Deuxième chantier : créer un mécanisme de sortie d’indivision simplifié. Dans de nombreux pays méditerranéens, des procédures judiciaires ou administratives allégées permettent à une majorité qualifiée d’indivisaires de décider d’une mise en valeur ou d’une cession. La Tunisie a besoin d’un équivalent : pragmatique, encadré, respectueux des droits de chacun.

3- Troisième chantier : permettre la mobilisation du foncier comme garantie bancaire. Une terre immatriculée mais non mobilisable est un capital mort de Soto : elle existe sur le papier, elle ne produit rien dans la réalité. Ouvrir l’accès au crédit agricole par une réforme des sûretés réelles foncières est une condition sine qua non de la modernisation agricole.

4- Quatrième chantier : redonner à la société civile et aux collectivités locales un rôle dans la gestion des terres collectives, en sortant de la logique purement centralisatrice héritée de 1956. Les conseils de gestion des terres collectives existent sur le papier ; il faut leur donner une autonomie réelle, des ressources, et une obligation de résultats.

5- Cinquième chantier : lancer une fiscalité du foncier agricole non exploité. En France, en Espagne, au Maroc, des mécanismes fiscaux pénalisent la mise en jachère délibérée des terres arables. En Tunisie, ne rien faire avec sa terre ne coûte rien. Cela devrait changer.

Casser une institution sans la remplacer

Il faut ici rendre justice à Bourguiba et aux juristes de 1956 : ils ont eu l’audace rare de trancher dans le vif d’une institution millénaire. Mais l’économie du développement enseigne une vérité têtue — il ne suffit pas de casser l’ancienne cage pour que l’oiseau s’envole. Il faut encore lui apprendre à voler dans un espace ouvert, balisé, sécurisé.

Soixante-dix ans après le décret libérateur, des millions d’hectares tunisiens attendent encore que quelqu’un leur tende cette main- là. Ni mainmorte religieuse, ni mainmorte étatique — une main vivante, investisseuse, citoyenne.

La terre est là. Elle est fertile. Elle est tunisienne. Il ne lui manque qu’un titre, un droit, et une décision politique digne de 1956.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur: E4T.

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Renforcer les échanges énergétiques entre la Tunisie et l’Algérie

La discussion des moyens de renforcer l’intégration énergétique algéro-tunisienne et de satisfaire les besoins du réseau électrique tunisien durant l’été 2026 ont été au centre de la rencontre, le dimanche 24 mai 2026, à Alger, entre le PDG par intérim du groupe algérien Sonelgaz, Abdelhamid Rais, et le PDG de la Société tunisienne d’électricité et de gaz (Steg), Faycel Tarifa.  

Selon un communiqué publié par Sonelgaz, et rapport par l’agence algérienne APS cette réunion a permis d’évaluer l’état actuel de la coopération bilatérale et d’explorer les pistes de son expansion, afin de relever les défis énergétiques actuels et d’améliorer la coordination entre les réseaux algérien et tunisien.

Les discussions ont porté sur les mécanismes de renforcement des échanges énergétiques, notamment dans les régions frontalières, afin de garantir un approvisionnement continu et de répondre aux besoins de la Tunisie lors des pics de consommation.

Par ailleurs, les deux parties ont évoqué le développement de la coopération technique et l’intensification des échanges d’expertise, ainsi que l’exploration de nouveaux projets de collaboration visant à élever le partenariat bilatéral à un niveau plus intégré.

Les deux parties ont réaffirmé leur engagement à poursuivre leurs efforts conjoints et à renforcer le partenariat entre leurs entreprises, conformément aux transitions énergétiques et afin d’améliorer la stabilité et la sécurité du système régional d’électricité et de gaz.

Rappelons que l’Algérie est le principal fournisseur d’énergie de la Tunisie, couvrant la majorité de ses besoins en gaz naturel, notamment pour faire tourner ses centrales électriques et répondre à la demande intérieure, et une part significative de sa consommation d’électricité. Ce partenariat stratégique permet à Tunis de pallier le déclin de sa production nationale d’énergie, qui couvre moins de 50% de ses besoins, et d’assurer sa sécurité énergétique. 

En plus des importations directes, la Tunisie perçoit une redevance sur le transit du gazoduc qui achemine le gaz algérien vers l’Italie via son territoire.

Les réseaux électriques algérien et tunisien sont interconnectés, ce qui permet des transferts réguliers d’énergie pour sécuriser les deux pays et réduire les coûts. Lors des pics de demande ou des pannes techniques sur le réseau tunisien, l’Algérie augmente régulièrement ses volumes livrés pour garantir l’approvisionnement du pays voisin.

I. B.

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Toyota réduit sa production de 83 000 véhicules

Toyota Motor réduira sa production à l’étranger d’environ 83 000 véhicules d’ici novembre 2026, accentuant ainsi les réductions déjà annoncées en raison du blocus prolongé du détroit d’Ormuz et des tensions au Moyen-Orient.

Le groupe japonais avait initialement prévu de réduire sa production à l’étranger de 38 000 unités entre mai et novembre, mais le ralentissement de la logistique dans la région suite aux attaques américano-israéliennes contre l’Iran l’a contraint à revoir ses plans. Toyota a informé ses principaux fournisseurs que cette décision est liée à la baisse de la demande au Moyen-Orient et à la hausse des prix du carburant. Les réductions concerneront principalement les modèles essence destinés aux marchés du Moyen-Orient et d’Asie, notamment les SUV RAV4 produits en Chine et la gamme IMV destinée aux marchés émergents.

L’entreprise avait déjà réduit sa production au Japon de 40 000 véhicules destinés au Moyen-Orient en mars et avril.

Sur le marché intérieur, Toyota réduira également sa production d’environ 1 500 véhicules entre juin et septembre par rapport à son plan d’avril, en diminuant l’assemblage des modèles Probox et Corolla Touring en raison de la baisse de la demande, tout en augmentant la production et les exportations de Prius hybrides et d’autres véhicules électrifiés. Selon le quotidien Nikkei, toute nouvelle détérioration de la situation au Moyen-Orient et sur le marché pétrolier pourrait contraindre le groupe à revoir à la baisse ses prévisions de bénéfices.

I. B.

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Tunisie | Nouveau record de cash en circulation

Le montant des billets et monnaies en circulation en Tunisie a dépassé, le vendredi 22 mai 2026, la barre historique de 29 milliards de dinars, indique la Banque centrale de Tunisie (BCT).

Il est à rappeler que chaque année durant la fête de l’Aid Al-Adha cet agrégat connaît une augmentation de pas moins d’un milliard de dinars puisque les achats de moutons se font exclusivement en espèces.

Des solutions de paiement électronique et de caisses bancaires ambulantes sur les marchés du bétail s’imposent.

I. B.

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Quand Tunisie Telecom se laisse pirater…  

Suite à une cyberattaque survenue le week-end dernier, les clients de Tunisie Telecom ont reçu une notification via l’application de l’opérateur dénonçant la situation politique et économique du pays. Des hackers ont réussi un grand coup dans un secteur censé être, de par sa vocation, très protégé ce qui suscite des interrogations sur la sécurité des données nationales d’une façon générale.

Le message, relayé sur les réseaux sociaux et par la presse, était intitulé «Un cri pour la Tunisie : la liberté n’est pas un crime» et condamnait un «net recul des libertés» et une «crise économique suffocante». «Des promesses et des slogans, mais pour quel résultat ?», interrogeait-on.

Après le piratage, de nombreux Tunisiens, surpris, ont immédiatement partagé des captures d’écran du message sur Facebook. L’opérateur de télécommunications s’est empressé de publier un communiqué mentionnant uniquement des travaux de maintenance sur l’une de ses applications.

Mais il a ensuite reconnu la cyberattaque dans un communiqué publié dans la nuit de samedi à dimanche.

«Tunisie Telecom confirme que son application numérique MyTT a été la cible d’une cyberattaque aujourd’hui, qui a été immédiatement détectée et neutralisée avec succès en un temps record grâce aux mécanismes de protection et de surveillance en place, sans aucun impact sur la sécurité des données ni sur la continuité du service», a écrit l’opérateur. Et d’ajouter : «Tunisie Telecom souligne que la notification reçue par certains clients n’est pas liée aux activités de l’entreprise ni aux objectifs de cette application purement commerciale, conçue avant tout pour servir nos clients».

Cependant, le mal est fait et les hackers ont frappé un grand coup, alors que l’opinion publique s’attend à ce que des têtes tombent après cette méprise, car si le fleuron national des technologies de la communication se laisse ainsi prendre, quelle assurance pourrait-on avoir concernant la sécurité des données nationales dans les autres secteurs ?

I. B.

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États-Unis | Le clan Trump s’offre l’immunité fiscale à vie !

L’État de droit ne cesse d’être piétiné par le président américain Donald Trump. Ce dernier a retiré sa plainte contre l’administration fiscale en contrepartie d’une immunité fiscale à vie pour lui, sa famille et ses entreprises. Il a également créé un fonds doté de 1,8 milliard de dollars pour indemniser ses partisans poursuivis sous Joe Biden après l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021. Ce n’est plus le président qui se soumet au droit mais le droit qui devient un gadget entre ses mains afin de servir ses intérêts. Comme dans la plus grotesque dictature du tiers-monde…

Imed Bahri  

Le New York Times a rapporté que l’administration Trump est entrée dans une phase inédite d’extension de l’immunité présidentielle suite à la décision très controversée du procureur général par intérim Todd Blanche qui n’est autre que l’ancien avocat personnel de Trump ! Cette mesure va au-delà du concept traditionnel de grâce présidentielle puisqu’elle accorde non seulement une protection contre les poursuites pénales mais aussi une immunité préventive contre toute enquête ou réclamation financière ou fiscale future.

Le juriste et ancien magistrat Jeffrey Toobin explique que le document publié par le Département de la Justice empêche définitivement le gouvernement américain de poursuivre le président Trump, les membres de sa famille ou ses entreprises dans des affaires financières et fiscales liées à des périodes antérieures, que ces affaires soient connues actuellement ou qu’elles puissent être révélées ultérieurement.

Selon l’auteur, cela met effectivement fin aux longues enquêtes que le fisc américain (IRS) menait sur les finances de Trump, des enquêtes qui auraient pu lui coûter des centaines de millions de dollars si elles avaient abouti à des conclusions défavorables.

Un clan au-dessus de la loi ! 

Le danger de ce document réside non seulement dans le classement sans suite des affaires en cours mais aussi dans l’impossibilité pour toute administration future de les rouvrir même si des preuves de violations financières ou fiscales venaient à apparaître.

Cette situation exceptionnelle où la famille Trump se trouve au-dessus des règles qui régissent le reste de la société américaine est un phénomène que Toobin décrit comme l’émergence d’une «nouvelle classe juridique» bénéficiant d’une immunité quasi permanente.

Pour parvenir à cette mesure, Trump et ses fils ont déposé plainte contre le fisc américain (IRS) suite à la fuite de leurs déclarations de revenus. Ils ont réclamé des milliards de dollars. Dans un second temps, il y a eu l’amnistie accordée au clan Trump en échange de l’abandon de leurs poursuites judiciaires contre l’administration fiscale. 

L’affaire était entachée d’un conflit d’intérêts flagrant puisque Trump était à la fois le plaignant et le supérieur hiérarchique du directeur de l’agence gouvernementale poursuivie.

Par conséquent, l’auteur conclut qu’il ne s’agissait pas d’un «accord à l’amiable» entre deux parties égales mais bien d’un abus de pouvoir exécutif visant à protéger le président et ses intérêts financiers.

Du clientélisme au service de Trump 

Par ailleurs, Toobin évoque un autre caprice trumpien à savoir la création d’un nouveau fonds fédéral d’environ 1,8 milliard de dollars, baptisé «Fonds anti-politisation», dont l’objectif est d’indemniser les personnes que l’administration considère comme victimes d’enquêtes gouvernementales injustes sous l’ère Biden.

Les bénéficiaires probables de ce fonds sont les personnes impliquées dans la prise d’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, après que Trump leur a accordé une grâce à son retour au pouvoir. Cela confère au président une influence politique et financière considérable car il peut ainsi distribuer des fonds publics à ses alliés par le biais d’un comité dont il contrôle de fait les membres.

L’auteur estime que ces développements constituent un prolongement d’une décision antérieure de la Cour suprême des États-Unis accordant aux présidents une large immunité pour leurs actes officiels accomplis dans l’exercice de leurs fonctions. Cependant, cette nouvelle mesure va encore plus loin car elle inclut les affaires civiles, financières et fiscales et non plus seulement les affaires pénales.

Toobin met en garde contre le risque de créer un précédent dangereux au sein du système politique américain car de futurs présidents pourraient s’arroger le droit de se soustraire ainsi que leurs familles à toute responsabilité future. Il estime que cette situation témoigne d’une profonde mutation du concept de la présidence américaine où la loi est désormais façonnée pour servir le président et sa famille au lieu de constituer un cadre général applicable à tous sans discrimination.

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L’IA et l’ingénieur de demain

Pour tirer pleinement profit de l’évolution rapide de l’Intelligence artificielle (IA), la Tunisie doit mettre en place un Observatoire national de l’IA, placé sous la tutelle de la plus haute autorité gouvernementale. Il aurait pour mission principale d’anticiper les mutations technologiques, d’accompagner les politiques publiques liées à l’IA, de promouvoir une approche innovante, éthique et durable au service du développement global et d’assurer la coordination et la synergie entre les différentes institutions et parties prenantes concernées. (Photo: Mohsen Gharsi, doyen des ingénieurs tunisiens).

Taoufik Halila & Mohamed Férid Herelli *

Dans le cadre du cycle es Samedis de l’Ingénieur, le doyen des ingénieurs, Mohsen Gharsi, a accueilli, le samedi 22 mai 2026 à la Maison des ingénieurs, Sofiene Hemissi, ministre des Technologies de l’information et de la communication, en présence d’une pléiade d’ingénieurs venus de toutes les régions de la Tunisie. Cet événement a offert un espace d’échange, de réflexion et de prospective sur les grands défis de notre époque.

L’intervenant, lui-même ingénieur de formation, a captivé l’auditoire par une allocution à la fois spontanée et inspirante. Il a mis en lumière les axes prioritaires pour préparer les jeunes générations aux défis majeurs de l’intelligence artificielle (IA), tout en soulignant l’importance de concilier innovation technologique, maîtrise des outils numériques et amélioration continue de la qualité des services publics. L’objectif : apporter des réponses concrètes aux préoccupations quotidiennes des citoyens et contribuer à un mieux-être collectif.

De son côté, le Doyen des ingénieurs a rappelé avec force que les nations qui n’investissent pas dès aujourd’hui dans l’intégration et la maîtrise des applications de l’IA risquent d’être rapidement dépassées par les mutations en cours et de rester en marge des grandes transformations technologiques et économiques mondiales.

Cette journée a également été marquée par une parfaite organisation de l’équipe de communication l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT) à travers des panels d’intervenants de très haut niveau, particulièrement enrichissants.

Un nouveau modèle d’ingénieur

Ainsi, le XXIe siècle marque une rupture comparable aux grandes révolutions industrielles qui ont transformé les civilisations humaines. Après la mécanisation, l’électricité et l’ère numérique, nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle phase dominée par l’IA, la robotique avancée, les méga données, les biotechnologies et les systèmes intelligents autonomes. Cette transformation n’est pas seulement technologique, elle est économique, sociale, culturelle, géopolitique et même philosophique.

Dans ce contexte, l’ingénieur devient une figure centrale de la société contemporaine. Pourtant, le profil classique de l’ingénieur spécialisé dans une seule discipline technique ne répond plus aux exigences du monde actuel. Les défis contemporains – changement climatique, crises énergétiques, cybersécurité, transition numérique, souveraineté technologique, sécurité alimentaire, santé mondiale – exigent un nouveau modèle d’ingénieur : créatif, multidisciplinaire, éthique et visionnaire.

En effet, l’enseignement supérieur scientifique se voit confier une mission résolument tournée vers l’avenir : préparer des générations capables non seulement d’utiliser les technologies intelligentes, mais surtout de concevoir une société durable, équitable et innovante.

L’université moderne doit devenir un laboratoire d’anticipation du futur et un moteur de transformation socio-économique.

L’IA : une mutation civilisationnelle

L’IA représente aujourd’hui l’un des bouleversements les plus profonds de l’histoire contemporaine. Son impact dépasse largement l’automatisation des tâches. Elle modifie les modes de production, les systèmes de communication, les structures du travail, les mécanismes de décision, les modèles économiques et les relations humaines.

L’IA possède une capacité unique : apprendre, analyser, prédire et parfois prendre des décisions autonomes à partir de quantités massives de données. Cette capacité transforme progressivement tous les secteurs de l’économie mondiale.

L’apparition de l’IA générative accélère encore cette révolution en touchant désormais la recherche scientifique, l’éducation, la médecine, la création artistique, l’ingénierie, la finance et les médias. Nous assistons à l’émergence d’une économie fondée sur la connaissance, les données et l’innovation permanente.

Les nations les plus avancées investissent massivement dans l’IA, les semi-conducteurs, le calcul de haute performance, la cybersécurité, les technologies quantiques, la robotique et les biotechnologies. La compétition mondiale ne repose plus uniquement sur les ressources naturelles, mais sur le capital intellectuel, la recherche scientifique, la maîtrise des données et la capacité d’innovation.

Dans cette nouvelle donne, les universités et les centres de recherche deviennent des instruments stratégiques de souveraineté nationale.

De l’ingénieur technicien à l’ingénieur stratège

L’ingénieur du futur ne sera plus seulement un spécialiste des calculs techniques. Il devra devenir analyste de systèmes complexes, innovateur, gestionnaire de projets intelligents, entrepreneur, chercheur et médiateur entre technologie et société. Son rôle consistera à concevoir des solutions globales intégrant performance technologique, durabilité environnementale, impact social, sécurité numérique et responsabilité éthique. Ce qui exige des compétences fondamentales tournées vers le futur.

– L’ingénieur moderne devra maîtriser l’IA, la data science, la programmation avancée, le cloud computing, le cybersécurité, l’Internet des objets, la robotique, la simulation numérique et le calcul scientifique.

– Face à l’automatisation croissante, les qualités humaines prennent une importance stratégique : créativité, pensée critique, capacité d’adaptation, intelligence émotionnelle, leadership, travail collaboratif et communication scientifique. Les machines peuvent calculer rapidement, mais l’humain conserve la capacité d’interprétation, d’innovation et de jugement éthique.

– L’ingénieur du futur devra réfléchir aux conséquences humaines des technologies : protection des données personnelles, biais algorithmiques, surveillance numérique, dépendance technologique, exclusion sociale et responsabilité environnementale. La formation scientifique ne peut plus être séparée de la réflexion philosophique et éthique.

À ce propos, il y a lieu de rappeler, la recommandation de la Fédération internationale des organisations des travailleurs de la métallurgie (Fiom), qui a suggéré d’appliquer la règle (40-40-20) soit, sur 220 jours de travail par an, les ingénieurs actifs consacreraient 100 jours aux travaux pratiques en atelier ou sur chantier, 100 jours de travail au bureau, et 20 jours participation à des stages, séminaires de formation continue et recyclage pour actualiser leurs connaissances.

Transformer les modèles pédagogiques

Dans l’enseignement supérieur, le modèle traditionnel fondé sur les cours magistraux et la mémorisation devient insuffisant. Les écoles d’ingénieurs et les universités doivent évoluer vers l’apprentissage par projets, les laboratoires expérimentaux, les simulations numériques, l’enseignement hybride, les plateformes intelligentes et les environnements collaboratifs. L’étudiant doit devenir un acteur engagé à part entière de sa formation.

L’université du futur doit être connectée à l’écosystème économique : entreprises technologiques, centres de recherche, startups, industries innovantes et institutions publiques. Les établissements doivent encourager l’incubation de projets, les brevets, la recherche appliquée, les startups universitaires et l’entrepreneuriat scientifique.

La science moderne est universelle. Les universités et écoles d’ingénieurs doivent renforcer les partenariats internationaux, les doubles diplômes, la mobilité étudiante, les laboratoires collaboratifs et les réseaux scientifiques mondiaux. Les pays qui investissent dans la coopération scientifique augmentent leur capacité d’innovation.

 Comment devenir avant-gardiste dans le domaine scientifique ?

Être avant-gardiste signifie anticiper les mutations futures avant qu’elles ne deviennent dominantes.

Anticiper les métiers du futur : les établissements doivent identifier les professions émergentes : ingénieur en IA, architecte Cloud, spécialiste cyber sécurité, ingénieur biomédical, expert en énergie verte, data scientist, ingénieur robotique, spécialiste des villes intelligentes. Former aujourd’hui pour les besoins de demain constitue un enjeu stratégique majeur.

Introduire la culture de la recherche  finalisée dès les premières années : la recherche scientifique  finalisée ne doit plus être réservée aux doctorants. Les étudiants doivent participer tôt aux projets expérimentaux, compétitions technologiques, publications, conférences scientifiques et hackathons. Cette culture stimule l’innovation et l’autonomie intellectuelle.

Les grandes innovations naissent souvent de la rencontre entre plusieurs disciplines : IA et médecine, informatique et agriculture, robotique et environnement, data science et économie, ingénierie et sciences sociales… Le cloisonnement académique doit être dépassé.

Les secteurs prioritaires du futur sont l’IA et les technologies numériques, qui représentent le cœur de la transformation mondiale : IA générative, automatisation industrielle, vision par ordinateur, systèmes autonomes, analyse prédictive…

Aussi, la protection des infrastructures numériques devient-elle essentielle pour les États et les entreprises. Les besoins futurs concernent la cryptographie, la sécurité des données, l’intelligence défensive et la protection des réseaux critiques.

Le changement climatique impose, quant à lui, une transformation profonde des systèmes énergétiques : énergie solaire, hydrogène vert, réseaux intelligents, stockage énergétique, mobilité électrique…

L’IA révolutionne, également, la médecine grâce au diagnostic assisté, à la médecine personnalisée, à la bio-informatique, à la robotique médicale et à la génomique.

L’agriculture du futur utilisera drones, capteurs intelligents, IA climatique, irrigation intelligente et agriculture de précision.

Les usines intelligentes reposeront sur la robotique collaborative, la maintenance prédictive, l’automatisation avancée, la fabrication additive et les jumeaux numériques.

Défis socio-économiques pour les pays en développement

Les pays émergents font face à plusieurs difficultés : fuite des cerveaux, insuffisance des investissements scientifiques, fracture numérique, chômage des diplômés et dépendance technologique.

Cependant, l’IA offre aussi une opportunité historique de rattrapage technologique. Pour réussir cette transition, plusieurs priorités s’imposent : modernisation des universités, financement de la recherche, création de pôles technologiques, partenariat université-industrie et soutien aux startups innovantes.

L’université du futur ne doit plus être uniquement un lieu d’enseignement. Elle doit devenir centre de production du savoir, incubateur d’innovation, laboratoire social, acteur du développement durable et moteur de compétitivité économique. La société de demain sera construite autour de la connaissance scientifique.

Vers une civilisation de l’intelligence augmentée

L’objectif n’est pas de remplacer l’humain par la machine, mais de construire une intelligence augmentée où l’IA assiste la créativité humaine, la technologie améliore la qualité de vie, la science sert le développement durable et l’innovation réduit les inégalités. Le défi majeur réside dans la capacité des systèmes éducatifs à préparer cette transition de manière responsable et inclusive.

L’IA constitue une révolution globale qui redéfinit profondément le rôle de l’ingénieur et la mission de l’enseignement supérieur. Les universités sont appelées à devenir des espaces d’anticipation stratégique capables de former des générations créatives, multidisciplinaires et éthiquement responsables.

L’ingénieur de demain devra maîtriser les technologies intelligentes tout en comprenant les enjeux humains, environnementaux et géopolitiques du monde contemporain. Être avant-gardiste signifie aujourd’hui investir dans la recherche, l’innovation, la coopération scientifique et le développement des compétences du futur.

Les sociétés qui réussiront seront celles qui placeront la science, l’éducation et l’intelligence collective au cœur de leur projet de développement. L’avenir ne dépendra pas uniquement des machines intelligentes, mais surtout de la capacité humaine à orienter la technologie vers le progrès de la civilisation.

Enfin, pour tirer pleinement profit de l’évolution rapide de l’IA, il apparaît indispensable de mettre en place un Observatoire national de l’IA, placé sous la tutelle de la plus haute autorité gouvernementale.

Cette structure aurait pour mission principale d’assurer la coordination et la synergie entre les différentes institutions et parties prenantes concernées, tout en veillant à l’élaboration d’une vision stratégique claire et prospective. Elle contribuerait également à anticiper les mutations technologiques, à accompagner les politiques publiques liées à l’IA et à promouvoir une approche innovante, éthique et durable au service du développement national.

* Conseillers du Doyen des Ingénieurs Tunisiens (OIT).

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La Tunisie classée 8e pays africain utilisant l’IA générative  

La Tunisie arrive à la 8e place des pays africains où l’on utilise le plus l’IA générative au 1er trimestre 2026, selon un rapport intitulé «Global AI Diffusion – Q1 2026 Trends and Insights» publié le 1er mai 2026 par le géant technologique américain Microsoft.

Le rapport révèle que l’Afrique du Sud, la Namibie, la Libye et le Gabon occupent les 4 premières places africaines ex aequo en matière d’usage des outils d’intelligence artificielle (IA) générative tels que ChatGPT, Gemini, Claude ou Copilot au premier trimestre 202.

Le rapport mesure la diffusion de l’IA dans le monde en s’appuyant sur la proportion de personnes âgées de 15 à 64 ans ayant utilisé une solution d’IA générative (GenAI) entre le 1er janvier et le 31 mars 2026 à partir de données télémétriques agrégées et anonymisées de Microsoft.

Ces données sont ensuite ajustées pour tenir compte des différences en matière de parts de marché des systèmes d’exploitation et des appareils connectés, du taux de pénétration d’Internet et de la population nationale.

En Afrique du Sud, 23,1% de la population s’est servie de l’IA générative au 1er premier trimestre de l’année en cours. Le pays arc-en-ciel est suivi de la Namibie, 2e avec un taux d’utilisation de 15,1%, de la Libye et du Gabon, 3e (15%), de l’Egypte et le Botswana,5e (14,8%), du Sénégal, 7e (13,9%) et de la Tunisie, 8e (13,5%). L’Algérie se classe 9e (13,2%) et le Maroc 12e (11,7%).

Il convient aussi de préciser que, selon ce même rapport, les Emirats arabes unis sont le leader mondial de l’adoption de la GenAI avec 70,1% de leur population utilisant cette technologie, talonnés par Singapour 2e (63,4%), la Norvège 3e (48,6%), l’Irlande 4e (48,4%) et la France 5e (47,8%).

Voici, par ailleurs, leclassement des pays africains où l’on utilise le plus l’IA générative au 1er trimestre 2026 tel que publié par le journal économique panafricain Ecofin.

1-Afrique du Sud (23,1% de la population)

2-Namibie (15,1%)

3-Libye (15%)

  -Gabon (15%)

5-Egypte (14,8%)

  -Botswana (14,8%)

7-Sénégal (13,9%)

8- Tunisie (13,5%)

9-Algérie (13,2%)

10-Zambie (13,1 %)

    -Côte d’Ivoire, (13,1 %)

12-Maroc (11,7%)

13-Gambie (11,4%)

14-Angola (10,9%)

    -Madagascar (10,9%)

    -Malawi (10,9%)

    -Mozambique (10,9%)

18-Bénin (10,1%)

    -Burkina Faso (10,1%)

    -Ghana (10,1%)

    -Guinée (10,1%)

    -Guinée-Bissau (10,1%)

    -Liberia (10,1%)

    -Mali (10,1%)

    -Mauritanie (10,1%)

    -Niger (10,1%)

    -Nigeria (10,1%)

    -Sierra Leone (10,1%)

    -Togo (10,1%)

30-Lesotho (9,8%)

31-Kenya (8,7%)

    -Cameroun (8,7%)

    -Centrafrique (8,7%)

    -Tchad (8,7%)

    -Congo (8,7%)

    -RD Congo (8,7%)

37-Zimbabwe (8,5%)

38-Burundi (7,6%)

    -Erythrée (7,6%)

    -Ethiopie (7,6%)

    -Somalie (7,6%)

    -Soudan du Sud (7,6%)

    -Soudan (7,6%)

    -Tanzanie (7,6%)

    -Ouganda (7,6%)

46-Rwanda (7,2%)

I. B.

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 Aziz Mebarek | «Le private equity en Afrique est loin de la maturité »  

AfricInvest, fondé en 1994 par les Tunisiens Aziz Mebarek et Ziad Oueslati, pionniers du private equity africain, gère aujourd’hui 22 fonds, compte 170 investissements dans 25 pays africains et pèse plus de 2 milliards de dollars d’actifs.

Dans un entretien avec l’Agence Ecofin, réalisé en marge de la conférence annuelle de l’African Private Equity and Venture Capital Association (Avca), dont il est cofondateur, Aziz Mebarek, ingénieur des ponts et chaussées qui a contribué à structurer toute une classe d’actifs sur le continent, pose un diagnostic sans complaisance : 30 ans après la création de l’industrie, les capitaux privés déployés en Afrique restent à 5 milliards de dollars, contre 125 milliards en Europe et au Royaume-Uni pour une population plus de deux fois supérieure. «Cela part de zéro. Ce n’est pas mal, mais cela reste très insuffisant au regard du potentiel du continent et de ce qui se fait ailleurs», explique-t-il, ajoutant que l’écart est l’ordre de grandeur de l’effort à accomplir.

«Nous sommes loin de la maturité, et loin d’avoir réduit la dépendance vis-à-vis des investisseurs historiques. Pour moi, l’élan sera pris quand plus de 50 % des capitaux levés viendront de l’épargne africaine. Il faudra plusieurs années, plusieurs décennies pour y arriver. Mais une prise de conscience s’installe sur la nécessité de regarder cette classe d’actifs depuis le continent», explique encore Aziz Mebarek.

I. B.

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Les enseignements de Ned Phelps que la Tunisie continue d’ignorer

Edmund “Ned” Phelps nous a quittés la semaine dernière, à 92 ans, avec la sérénité des grands esprits qui ont eu le temps de voir l’Histoire leur donner raison. Économiste américain né à Evanston en 1933, lauréat du Prix Nobel d’économie en 2006, Phelps fut l’un des rares savants à avoir compris, avant tout le monde, pourquoi l’inflation est une bête aussi vicieuse que sournoise. Sa thèse, formulée dans deux articles publiés en 1967 et 1968 — quand la Tunisie était encore dans l’euphorie de son indépendance économique — a révolutionné la macroéconomie mondiale. En Tunisie, on ne le lit guère, on ne le cite pas. Et ça se voit. Un économiste, un vrai…

Moktar Lamari, Ph.D. *

Qu’a-t-il dit, ce géant aux cheveux blancs qui jouait de la trompette en terminale ? Essentiellement ceci : l’inflation n’est pas seulement un problème de monnaie en circulation, c’est d’abord un problème d’anticipations. Autrement dit, si les gens s’attendent à ce que les prix montent demain, ils agissent dès aujourd’hui comme si les prix avaient déjà monté — les travailleurs réclament des hausses de salaires, les managers gonflent leurs marges, et la spirale est enclenchée. L’inflation nourrit l’inflation. C’est la boucle infernale, ou si vous préférez en tunisien : «Ennâr tzid ennâr» — le feu attise le feu.

Phelps a démontré, contre l’orthodoxie keynésienne de son époque, qu’il est illusoire de vouloir acheter du chômage en bas en payant de l’inflation en haut. Un banquier central qui maintient artificiellement l’emploi au-dessus de son niveau naturel finit inévitablement par déclencher une surchauffe inflationniste. Le remède devient le poison.

L’anticipation rationnelle

Sa conclusion était limpide : la meilleure politique monétaire est celle qui ancre solidement les anticipations d’inflation, quitte à accepter une hausse temporaire du chômage. C’est inconfortable politiquement. C’est néanmoins la seule voie économiquement crédible. Ce cadre conceptuel n’est pas resté dans les bibliothèques. Il est devenu la colonne vertébrale du ciblage d’inflation que pratiquent aujourd’hui toutes les grandes banques centrales du monde — la Fed américaine, la BCE européenne, la Banque d’Angleterre. Et c’est précisément ce cadre intellectuel qui a permis aux banques centrales du Nord de piloter un atterrissage en douceur après les turbulences inflationnistes du Covid-19. Phelps, depuis sa chaise à Columbia, avait souri : il l’avait dit en 1967.

Avant ces contributions majeures, l’économiste avait aussi développé la «règle d’or» de la formation du capital : pour maximiser la consommation des générations futures, le taux d’épargne doit égaler la part du revenu allant au capital. Simple à énoncer, difficile à appliquer — surtout quand un pays dilapide son capital productif dans les dépenses courantes et les subventions électorales.

Ses 4 vérités

Que peut-on retenir de Ned Phelps pour les économistes du gouvernement tunisien et de la Présidence ? Quatre enseignements, nets et sans filtre :

Premier enseignement : les anticipations comptent plus que les décisions. Ce que les agents économiques croient que vous ferez demain détermine leur comportement aujourd’hui. Si les Tunisiens anticipent que l’État va monétiser sa dette, que le dinar va se déprécier, que les prix vont grimper — ils agissent en conséquence, et leurs anticipations deviennent réalité. La communication de politique économique n’est pas un luxe de riches : c’est un outil de stabilisation à coût zéro, si tant est qu’on ait quelque chose de crédible à communiquer.

Deuxième enseignement : on ne peut pas acheter de la croissance avec de l’inflation. Les promesses de relance par l’argent facile ne tiennent pas. Injecter des dinars sans contrepartie productive, c’est taxer les pauvres par l’érosion de leur pouvoir d’achat. Phelps l’a démontré mathématiquement. Carthage n’a pas besoin de le démontrer empiriquement — le pays a déjà payé ce prix.

Troisième enseignement : la crédibilité institutionnelle est un capital. Une banque centrale perçue comme indépendante ancre les anticipations. Une banque centrale perçue comme le trésorier de l’État alimente les doutes, et donc l’inflation. Ce capital se construit sur des décennies. Il se détruit en une décision.

Quatrième enseignement : le chômage d’équilibre n’est pas une malédiction à combattre par la planche à billets. Il se combat par les réformes structurelles — formation, flexibilité du marché du travail, qualité de l’investissement productif. Phelps y a consacré toute sa vie intellectuelle tardive, notamment dans son livre ‘‘Mass Flourishing de 2013’’ : la prospérité durable naît de la créativité, de l’initiative, du défi relevé — pas de la rente, pas de la subvention, pas de la commande publique gonflée.

Qu’aurait dit Phelps à Kais Saied ?

Et maintenant, parlons de la Banque Centrale de Tunisie. Franchement, sans ménagement — comme Phelps l’aurait voulu.

La BCT commet, en ce moment même (et depuis au moins cinq ans), trois infractions majeures à la doctrine de cet économiste que le monde entier cite en référence. Première infraction : elle finance directement le Trésor tunisien, contournant ainsi le marché et se transformant en imprimante à billets honoris causa.

Phelps avait été explicite : lorsque la banque centrale cède aux pressions du Trésor, elle perd sa crédibilité anti-inflationniste, et avec elle, sa capacité même à ancrer les anticipations. La BCT ne joue plus le rôle d’un arbitre monétaire. Elle est devenue partie prenante du problème budgétaire qu’elle est censée isoler. Deuxième infraction : elle ne communique pas de cible d’inflation crédible et transparente. Le ciblage d’inflation — héritage direct des travaux de Phelps — suppose un engagement public, chiffré, assumé, et un bilan régulier.

La BCT publie des communiqués, organise des conférences de presse protocolaires, mais ne s’engage sur rien de précis, ne s’explique sur rien de difficile, et ne rend de comptes à personne. Les anticipations inflationnistes des ménages et des entreprises tunisiennes sont donc libres de vagabonder — ce qu’elles font allègrement, autour de 7 à 9% depuis trois ans.

Troisième infraction : la BCT maintient des taux d’intérêt réels négatifs ou nuls dans un contexte d’inflation persistante, protégeant les banques commerciales qui préfèrent prêter à l’État sans risque plutôt que financer l’économie productive. Résultat : l’investissement privé s’effondre, la formation brute de capital fixe plafonne à des niveaux historiquement bas, et la Tunisie s’endette pour consommer.

Phelps, lui, avait plaidé toute sa vie pour que l’épargne soit orientée vers la production, pas vers la rente souveraine. Il avait passé sa vie à expliquer, avec la patience des vrais pédagogues, que la stabilité monétaire n’est pas une contrainte imposée par les méchants marchés — c’est la condition sine qua non du bien-être des citoyens ordinaires.

Les pauvres ne se protègent pas de l’inflation avec des actifs immobiliers ou des comptes en devises. Ils la subissent, nue et directe, dans le couffin du marché et à la caisse du pharmacien. Il est mort à 92 ans, la conscience tranquille. La BCT, elle, a encore du chemin à faire — si tant est qu’elle décide, un jour, d’emprunter le bon.

* Economiste universitaire.

Blog de l’auteur : E4T.  

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L’Algérie ambitionne d’exporter du blé vers la Tunisie et le Maroc

Transformer une partie du Sahara algérien en un nouveau pôle agricole capable, à long terme, non seulement de réduire la dépendance du pays aux importations de blé, mais aussi d’exporter des céréales vers la Tunisie et le Maroc : tel est le défi que s’est lancé l’Algérie avec le projet d’envergure développé dans la région désertique de Timimoun par le groupe BF Spa, premier groupe agroalimentaire italien, via sa filiale BF International.

Latif Belhedi

Il va sans dire que l’Algérie et son partenaire italien sont en train de puiser l’eau nécessaire à l’irrigation des champs de céréales dans l’aquifère du Sahara (ou Système aquifère du Sahara septentrional – SASS), l’immense réserve d’eau souterraine partagée entre l’Algérie, la Libye et la Tunisie.

S’étendant sur plus d’un million de km2 , ce système dont l’exploitation est censée être gérée collégialement entre les trois pays concernés, renferme des volumes considérables d’eau fossile et donc non renouvelable. Il va donc sans dire qu’en y pompant sans compter pour une l’irrigation massive d’énormes superficies de céréales, on risque de l’épuiser rapidement et d’en priver les générations futures. Nos «amis et voisins» algériens et italiens ont-ils consulté la Libye et la Tunisie avant de se lancer dans un projet aussi délirant ? Qu’on nous permette d’en douter…    

36 000 hectares à exploiter

Pour venir au projet, il s’agit de l’une des initiatives agricoles sahariennes les plus ambitieuses actuellement en cours en Afrique du Nord. Ce plan s’inscrit dans le cadre des efforts plus larges déployés par l’Algérie pour renforcer sa sécurité alimentaire suite aux chocs subis ces dernières années sur les marchés agricoles internationaux, de la guerre en Ukraine aux tensions affectant les chaînes d’approvisionnement mondiales. Giovanni Mazzotti, chef de projet agricole chez BF International, a présenté la portée et les objectifs de l’initiative dans les médias algériens.

Selon Mazzotti, le choix de l’Algérie par le groupe italien s’explique à la fois par les liens historiques entre Rome et Alger et par deux facteurs stratégiques : le déficit structurel important de la production de blé et la disponibilité de vastes terres agricoles au Sahara.

Le projet Timimoun couvre environ 36 000 hectares, dont 22 000 à 24 000 hectares irrigables, une fois exclues les zones impropres à l’irrigation. Le défi réside cependant non seulement dans la culture du blé, mais aussi dans la mise en place d’un écosystème productif complet dans une zone désertique dépourvue d’infrastructures de base.

Tout créer à partir de zéro

Mazzotti explique que le projet a été lancé entre fin septembre et début octobre, une période déjà considérée comme légèrement postérieure au calendrier agricole idéal. Cela a contraint le groupe italien à accélérer rapidement toutes les opérations nécessaires : forage de puits, installation de systèmes d’irrigation, aménagement de chemins agricoles et organisation des entreprises intervenant sur le terrain. «En quelques mois seulement, nous avons dû tout créer de zéro», explique le responsable italien. Le groupe a installé avec succès 40 systèmes d’irrigation pivotants importés d’Italie, capables chacun de couvrir environ 40 hectares, pour une surface cultivée initiale d’environ 1 600 hectares. Une partie des semis a eu lieu pendant la période agronomique optimale, entre mi-octobre et mi-novembre, tandis qu’environ 60 % des cultures ont été semées plus tard que prévu en raison du temps nécessaire à la mise en place des infrastructures.

Néanmoins, le premier cycle de production a permis de recueillir des données cruciales sur le comportement agronomique du Sahara : qualité de l’eau, caractéristiques du sol et adaptation des variétés céréalières au milieu désertique. Selon Mazzotti, travailler des terres vierges prend inévitablement du temps : «Plus la terre est cultivée et travaillée, plus sa capacité à répondre aux besoins de production s’améliore.» D’après le groupe italien, il faudra entre 24 et 36 mois pour stabiliser pleinement les performances agricoles de la zone.

L’objectif opérationnel est de mener à bien le programme en trois à quatre ans, en atteignant un rendement moyen d’environ 60 quintaux par hectare, un niveau considéré comme très compétitif dans le contexte saharien.

Si ces résultats sont atteints, ils pourraient avoir un impact significatif sur le marché intérieur algérien. L’Algérie demeure l’un des principaux importateurs de blé au monde et s’efforce depuis des années de réduire sa dépendance aux approvisionnements étrangers, considérés comme stratégiquement sensibles d’un point de vue politique et social.

Un transfert de technologie

«Aujourd’hui, notre projet est entièrement axé sur le marché intérieur, mais à l’avenir, l’Algérie pourrait même devenir exportatrice de blé vers des pays voisins comme la Tunisie et le Maroc», a déclaré M. Mazzotti. Un aspect essentiel du projet réside dans le transfert de technologie italienne vers l’Algérie. BF a introduit des semences développées par SIS (Società italiana sementi), une entreprise du groupe spécialisée dans la production de blé dur et de blé tendre. Parmi les variétés déjà disponibles sur le marché algérien figure «Ciccio», qui, selon M. Mazzotti, est aujourd’hui l’une des variétés les plus productives du pays.

L’opérateur italien a souligné que de nombreuses variétés de céréales actuellement utilisées en Algérie proviennent de programmes de sélection des années 1980 et 1990, dont les rendements sont aujourd’hui clairement limités. Selon BF, l’introduction de nouvelles semences permettrait d’accroître non seulement la production de céréales, mais aussi celle de paille pour l’alimentation animale. Outre les semences, le groupe a importé des tracteurs, du matériel agricole, des moissonneuses-batteuses et des engrais italiens innovants, notamment des engrais liquides introduits pour la première fois sur le marché algérien.

M. Mazzotti a également insisté sur le fait qu’une partie de la mécanisation agricole utilisée en Algérie est technologiquement obsolète, ce qui entraîne des pertes de récolte.

Le responsable agricole de BF a enfin souligné le rôle crucial de l’eau dans le développement de l’agriculture désertique. «Sans eau, une agriculture durable au Sahara est impossible», a-t-il déclaré. Parallèlement, le climat désertique offre certains avantages agronomiques : l’absence quasi totale d’humidité réduit la propagation des maladies et des ravageurs, limitant ainsi le recours aux produits phytosanitaires chimiques. Selon M. Mazzotti, la priorité actuelle du groupe est d’optimiser l’utilisation des terres qui lui sont attribuées. Ce n’est que plus tard, et en fonction des décisions des actionnaires, que BF pourrait également développer des activités liées à l’élevage. Cependant, le directeur a précisé qu’une filière d’élevage intégrée ne pourra être mise en place qu’une fois la production de fourrage suffisante assurée.

Avec Agenzia Nova.

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Tunisie | Pour une économie politique de l’investissement

Pendant que la Nouvelle-Zélande signe des pactes d’urgence avec Singapour pour sécuriser vivres et carburants, pendant qu’Australie et Japon mutualisent leurs terres rares et leurs engrais, pendant que l’Union européenne constitue discrètement des stocks stratégiques de fertilisants, la Tunisie, elle, stocke quoi ?  Ses complaintes. Ses décrets. Et ses excuses.

Moktar Lamari, Ph.D *

Le Financial Times titrait ce matin sur ce qu’il appelle la «nouvelle mode du thésaurisation», ce réflexe de nations prévoyantes qui anticipent une ère de rareté globale. Des gouvernements lucides — Wellington, Canberra, Bruxelles — ont compris que le monde post-mondialisation ne pardonnera pas l’impréparation. Ils investissent dans les molécules : cuivre, eau, lithium, béton, terres agricoles. 

Ils misent sur le Hard Asset, Local Operations — ce que les Anglo-Saxons appellent désormais le trade Halo. 

Pendant ce temps, la Tunisie mise sur quoi ? Sur la rente de position géographique, sur les transferts de la diaspora, et sur la bienveillance du l’Union européenne (UE). Autrement dit, sur la charité organisée.

Le chiffre qui gifle : 12 % de FBCF/PIB

Voici la vérité nue, sans anesthésie : la formation brute de capital fixe (FBCF) de la Tunisie a chuté de près de 25 % du PIB dans les années 2000 à moins de 12 % aujourd’hui. 

En vingt ans, la Tunisie a réduit de moitié sa capacité à se doter de machines, d’infrastructures, d’usines, de recherche et développement. C’est le taux d’investissement d’une économie en dépression, pas en transition.

À titre de comparaison : le Maroc investit autour de 30 % de son PIB. L’Éthiopie, pays parmi les plus pauvres du continent, dépasse 35 %. La Chine, au même stade de son décollage économique, était à 40 %. Et la Tunisie ? Elle se gargarise de ses plages et de son «potentiel». Le potentiel non investi, c’est un moteur qui rouille dans un garage fermé.

La rente de la sieste

Il existe en Tunisie une économie politique de la siesta — structurelle, culturelle, institutionnelle. On préfère la fiesta de la consommation importée à la sueur de la production locale. On applaudit la demande, on punit l’offre. On subventionne le gaspillage énergétique, on taxe l’initiative entrepreneuriale. On protège les rentes des incumbents ** — publics ou privés — on décourage les entrants.

Jeff Currie, stratégiste chez Carlyle, cité dans le FT, note que les investisseurs ont été si éblouis par les services numériques qu’ils ont négligé pendant des décennies les actifs physiques — énergie, matériaux, agriculture. L’erreur est coûteuse. 

La réalité physique finit toujours par prendre sa revanche, selon l’expression de Robert Rubin, ex-secrétaire américain au Trésor. En Tunisie, cette revanche n’est pas une menace future : elle est déjà là, quotidienne, sous forme de délestages, de pénuries de médicaments, d’écoles qui s’effondrent et de routes que les pluies emportent.

Pas de salut sans investissement

Le modèle de Solow — accessible dans n’importe quel manuel de licence — est formel : la croissance à long terme d’une économie dépend de son stock de capital et de sa productivité totale des facteurs. 

Il n’y a pas d’alternative. Ni la démagogie, ni le nationalisme économique, ni les discours sur la souveraineté ne remplacent une grue sur un chantier ou un brevet déposé dans un laboratoire.

Kais Saïed a raison de parler de souveraineté. Mais la souveraineté sans capital fixe, c’est un drapeau planté sur des ruines. 

La vraie indépendance économique passe par deux passerelles incontournables, et aucune oraison populiste ne peut les court-circuiter : la productivité d’abord, l’investissement ensuite — ou plutôt simultanément. L’une nourrit l’autre. Une économie productive attire le capital. Un capital bien alloué génère de la productivité. 

La Tunisie a besoin des deux, maintenant, ensemble.

Une politique de l’offre, pas de la demande

L’erreur stratégique des quinze dernières années est d’avoir cherché la croissance par la demande — augmentations salariales dans la fonction publique, subventions généralisées, crédit à la consommation — sans jamais réformer l’appareil productif. C’est une politique procyclique dans les bons moments et catastrophique dans les crises. 

La Tunisie a besoin d’un choc de l’offre : réduction des délais administratifs d’obtention des permis de construire et d’investir, réforme foncière, fiscalité favorable au réinvestissement des bénéfices, zones économiques spéciales réellement fonctionnelles, et un système bancaire qui prête aux PME plutôt qu’aux bons du Trésor.

Une politique contracyclique et proactive, c’est investir dans les infrastructures quand l’activité ralentit, réformer quand la pression sociale est gérable, innover quand le monde se réorganise. Pas attendre. Pas gérer la pénurie. La prévenir.

Le monde change : la Tunisie somnole

La crise du détroit d’Ormuz, les tensions sur les terres rares, le réarmement logistique des nations sérieuses — tout cela recompose la géoéconomie mondiale à une vitesse vertigineuse. Des pays émergents repositionnent leur appareil productif, diversifient leurs sources d’énergie, sécurisent leurs chaînes d’approvisionnement. 

La Tunisie, elle, attend son prochain rapport du FMI.

Il est temps de dire aux Tunisiens ce que personne n’ose dire avec clarté : la prospérité ne se réclame pas, elle se produit. Elle ne vient pas de Bruxelles, ni de Washington, ni du Golfe. Elle vient du travail mieux organisé, de l’innovation systématique, de l’investissement courageux dans les secteurs à haute valeur ajoutée — numérique, agroalimentaire, pharmaceutique, énergies renouvelables, tourisme culturel premium.

L’ère de la rareté globale est une opportunité pour les nations qui produisent. Elle est une sentence pour celles qui consomment à crédit.

La Tunisie a tous les ingrédients d’un rebond : une population jeune, une position géographique stratégique, une diaspora compétente, un tissu d’entrepreneurs résilients. 

Ce qu’elle n’a pas encore, c’est une politique d’investissement crédible, une gouvernance économique cohérente, et un leadership qui dit aux citoyens la vérité : on ne sort pas de la crise par la siesta.

Le réveil est une question de survie nationale. Et il a déjà trop tardé. 

* Economiste universitaire.

** Le titulaire actuel d’une fonction, d’un emploi ou d’un poste politique et qui cherche à conserver son mandat.

Blog de l’auteur : E4T.

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FMI | Le médecin qui prescrit l’austérité aux malades de la pauvreté

Depuis huit décennies, le Fonds monétaire international (FMI) prétend soigner les crises de balance des paiements comme on traite une fièvre, par une réduction de la dépense, une compression de la demande et une discipline budgétaire présentée comme morale avant même d’être économique. Le problème est que la discipline est prescrite, trop souvent, au mauvais moment, au mauvais patient et avec le mauvais diagnostic. À un pays frappé par une flambée importée de l’énergie, une sécheresse, une guerre ou une panique des capitaux, on demande de couper dans les dépenses publiques, les subventions vitales, l’investissement et parfois la santé. Le médecin appelle cela stabilisation. Le malade, lui, appelle cela asphyxie.

Yahya Ould Amar *

La grande erreur du FMI est qu’il traite des économies pauvres comme si elles souffraient d’un excès de demande, alors qu’elles souffrent souvent d’un manque d’offre, d’un manque de devises, d’un manque d’infrastructures, d’un manque d’assurance contre les chocs et, surtout, d’un manque d’État. L’austérité peut corriger une économie en surchauffe. Elle devient destructrice lorsqu’elle est imposée à une économie déjà comprimée, où chaque unité monétaire publique retirée détruit plus d’une unité monétaire de revenu privé.

Le vice de diagnostic : confondre désordre budgétaire et choc de survie

Lorsque le multiplicateur budgétaire – qui mesure l’effet d’une variation de la dépense publique ou de la fiscalité sur le Produit Intérieur Brut (PIB) – est supérieur à 1, la réduction de la dépense publique fait baisser le PIB plus vite qu’elle ne réduit le déficit. Autrement dit, une coupe budgétaire réduit l’activité plus fortement que l’économie initialement recherchée, rendant l’austérité contre-productive. L’endettement du pays mesuré par le ratio dette sur PIB se détériore, puisque la dette baisse peu et le PIB s’effondre.

L’austérité prétend sauver la solvabilité ; elle peut fabriquer l’insolvabilité. C’est l’ironie centrale, on administre un traitement censé rassurer les créanciers, mais qui détruit la capacité future de remboursement.

L’erreur est de croire que la soutenabilité se mesure seulement par la coupe budgétaire, alors qu’elle dépend d’abord de la croissance économique, de la cohésion sociale, des recettes futures et de la capacité productive.

Le FMI a lui-même reconnu, à travers les travaux de Blanchard et Leigh, que les multiplicateurs budgétaires utilisés dans plusieurs programmes avaient été sous-estimés. Cette reconnaissance aurait dû conduire à une révolution de méthode en calibrant les programmes selon l’état réel de l’économie, la profondeur de la récession, la structure des importations, la capacité de protection sociale, le niveau d’informalité, et non selon une feuille de calcul universelle.

Dans les pays riches, une crise systémique déclenche des plans de soutien, des garanties, des stabilisateurs automatiques, parfois des politiques monétaires non conventionnelles.

Dans les pays pauvres, la même crise déclenche fréquemment une mission du FMI, puis des objectifs de déficit, puis des coupes. Autrement dit, les économies qui disposent le moins d’amortisseurs sont celles auxquelles on demande de se priver d’amortisseurs. C’est une inversion de la logique de l’assurance, plus le risque est élevé, moins la protection est permise.

La pauvreté n’est pas une variable d’ajustement

Une économie pauvre n’est pas une petite économie riche. C’est un système à seuils, où la moindre coupe peut provoquer des pertes irréversibles, un enfant retiré de l’école, un traitement médical interrompu, une entreprise informelle qui ferme, un agriculteur qui vend son outil de production, une famille qui bascule vers la pauvreté chronique. Les modèles qui raisonnent seulement en agrégats voient une dépense diminuée ; la réalité sociale voit un capital humain détruit.

L’austérité imposée aux pays pauvres réduit la croissance potentielle. Elle produit de «l’hystérèse», le choc d’aujourd’hui devient une faiblesse permanente, irratrapable. Un État qui coupe dans la santé affaiblit la productivité future ; un État qui coupe dans l’éducation réduit les recettes fiscales de demain ; un État qui coupe dans l’investissement énergétique reste dépendant des importations qui provoqueront la prochaine crise. La vraie question est combien coûtera l’absence d’une dépense publique.

Le FMI raisonne trop souvent comme si toute dépense était suspecte et toute coupe vertueuse. Une macroéconomie moderne doit distinguer la dépense qui nourrit la rente de la dépense qui achète du temps, protège le capital humain et accroît la capacité productive. Une subvention universelle mal ciblée peut être inefficace ; un transfert ciblé aux ménages vulnérables peut empêcher l’effondrement de la demande intérieure. Un déficit destiné à financer des importations courantes peut accroître la vulnérabilité extérieure ; un déficit orienté vers l’énergie solaire, l’irrigation, la logistique ou autres investissements similaires peut, au contraire, constituer un véritable actif souverain.

La discipline budgétaire intelligente consiste à couper ce qui entretient la rente, protéger ce qui évite l’effondrement, et investir dans ce qui réduit la dépendance au prochain choc.

Lorsqu’un pays importateur de pétrole subit une flambée internationale des prix, son déficit augmente mécaniquement. Exiger alors le même objectif nominal de déficit revient à punir un pays pour un prix mondial qu’il ne contrôle pas. Une macroéconomie sérieuse doit raisonner en déficit structurel, corrigé du cycle et des termes de l’échange. Ce que les pays avancés revendiquent pour eux-mêmes doit cesser d’être refusé aux pays en développement.

L’enjeu est aussi politique. Une réforme économiquement correcte peut devenir économiquement fausse si elle détruit la confiance sociale nécessaire à son application. Supprimer les subventions sans mécanisme crédible de compensation est une rupture de contrat social. Un programme qui stabilise les comptes au prix d’une explosion sociale est un programme mal conçu, car l’instabilité politique détruit à son tour l’investissement, les recettes et la monnaie.

Le cœur du problème : une institution d’assurance devenue tribunal de discipline

Le FMI devait être l’assureur de dernier ressort du système monétaire international. Dans une architecture juste, il mutualiserait les chocs, prêterait contra-cycliquement et empêcherait qu’un choc externe ne devienne une dépression interne. Mais l’institution s’est souvent comportée comme un tribunal de discipline budgétaire, où le prêt arrive avec une présomption de culpabilité. Le pays en crise doit prouver qu’il n’a pas mérité sa crise.

Cette présomption est économiquement contestable. Dans un monde de taux d’intérêt mondiaux déterminés hors des frontières des pays en développement, de prix alimentaires et énergétiques fixés sur des marchés oligopolistiques, de chaînes logistiques fragiles et de monnaies faibles face au dollar, une large part de la crise est importée. Faire porter tout l’ajustement au budget national revient à demander au patient de payer pour la maladie du système.

L’asymétrie est d’autant plus forte que la gouvernance du Fonds reflète encore l’ordre économique d’après-guerre. Les pays qui subissent le plus les programmes ne disposent pas du pouvoir de les redéfinir. Ce déséquilibre transforme la technique en politique, derrière une cible de déficit se cache une certaine vision de l’État, de la protection sociale, du rythme des réformes et de la souveraineté économique.

Le débat oppose deux conceptions de la responsabilité : la responsabilité comptable, qui exige de couper aujourd’hui, et la responsabilité historique, qui refuse de détruire les capacités de demain.

La question des surcharges révèle cette contradiction morale et économique. Faire payer plus cher les pays qui empruntent davantage et plus longtemps peut sembler logique dans une banque commerciale ; cela devient absurde dans une institution de stabilisation. C’est comme augmenter la prime d’assurance au moment précis où la maison brûle. Ces pénalités retirent des ressources aux pays quand leur besoin de liquidité est maximal, aggravent la contrainte extérieure et nourrissent le ressentiment politique contre l’ordre multilatéral.

Il faut cesser de confondre conditionnalité et punition. Une conditionnalité intelligente devrait protéger les dépenses critiques, imposer la transparence, combattre les rentes, élargir l’assiette fiscale, améliorer les entreprises publiques, moderniser la gestion de la dette, mais elle ne devrait jamais transformer un choc exogène en cure d’appauvrissement collectif.

Ce que l’économie du développement enseigne, c’est que les pays ne sortent pas de la pauvreté par la contraction permanente de leur demande intérieure. Ils en sortent par l’accumulation de capital humain, l’apprentissage productif, la diversification, la montée en gamme, la stabilité institutionnelle et l’accès au financement. L’austérité peut être un pont temporaire vers la crédibilité ; elle devient une prison lorsqu’elle empêche de construire des hôpitaux, routes, écoles, ports, réseaux électriques, systèmes d’irrigation, ….

Pour une nouvelle doctrine : soigner la solvabilité par la croissance

La refondation du FMI devrait partir d’un principe simple, la dette d’un pays pauvre ne se stabilise durablement ni par l’écrasement social ni par l’illusion comptable, mais par l’augmentation de sa capacité à produire, exporter, taxer équitablement et protéger sa population contre les chocs. La solvabilité est une croissance rendue crédible.

Il faut distinguer deux austérités. L’austérité corrective, lorsqu’elle réduit les rentes, les privilèges fiscaux, les dépenses improductives et les déficits de convenance. Et l’austérité primitive, lorsqu’elle coupe dans les dépenses qui permettent à une société de rester productive, instruite, soignée, nourrie et stable. La première peut être nécessaire. La seconde est une destruction de capital déguisée en discipline.

Une nouvelle doctrine pourrait reposer sur cinq règles.

Premièrement, toute crise exogène – choc énergétique, pandémie, catastrophe climatique, guerre régionale – devrait déclencher automatiquement une clause de suspension ou d’assouplissement des objectifs nominaux.

Deuxièmement, les cibles budgétaires devraient être structurelles et non mécaniques, corrigées du cycle, de l’inflation importée et des termes de l’échange.

Troisièmement, les dépenses de protection du capital humain devraient être sanctuarisées : santé primaire, éducation de base, nutrition, transferts ciblés et sécurité alimentaire.

Quatrièmement, les investissements réduisant la vulnérabilité externe – énergie renouvelable, eau, agriculture, logistique, … – devraient bénéficier d’une règle d’or, car ils diminuent le risque futur.

Cinquièmement, chaque programme devrait comporter une clause de révision du multiplicateur, si la contraction est plus forte que prévu, les objectifs s’ajustent automatiquement au réel.

Cette doctrine exigerait de mesurer les effets réels, distinguer la dépense utile de la dépense clientéliste, publier les écarts entre prévisions et résultats, rendre les gouvernements responsables de la qualité de l’investissement, et rendre le FMI responsable de la qualité de ses diagnostics. La vraie rigueur est l’obligation de résultat.

Les pays en développement doivent aussi changer de posture. Ils ne doivent pas arriver à Washington en simples demandeurs de décaissement, mais avec une stratégie de négociation, des scénarios macroéconomiques alternatifs, estimation nationale des multiplicateurs, cartographie sociale des coupes, hiérarchisation des dépenses productives, plan de compensation ciblée et coalition régionale lorsque les chocs sont communs. Un pays qui négocie avec des chiffres subit moins les chiffres des autres.

Le XXIe siècle a besoin d’un FMI capable de distinguer l’austérité qui corrige d’une austérité qui tue, la dépense qui gaspille d’une dépense qui sauve, la discipline qui bâtit d’une discipline qui brise.

L’enjeu touche à la légitimité même du multilatéralisme. Si l’ordre international demande aux pays pauvres de rester ouverts aux chocs mondiaux – souvent provoqués par les puissants – il doit leur offrir autre chose que des leçons de frugalité lorsque ces chocs les frappent.

Le FMI fut une invention nécessaire du monde de 1944. Mais le monde de 2026 n’est plus celui de Bretton Woods. Il est plus jeune, plus endetté, plus climatique, plus fragmenté, plus multipolaire. Il exige une institution qui ne soigne pas la dette en détruisant la croissance économique, qui ne confonde pas pauvreté et indiscipline, qui ne prescrive pas la saignée à ceux qui manquent déjà de sang.

Il faut donc le dire sans nuance inutile, l’austérité n’est pas une science quand elle ignore le cycle économique, les chocs, les seuils sociaux et les pertes irréversibles. Elle devient une morale déguisée en modèle. Un médecin digne de ce nom ne récite pas un protocole ; il regarde le patient, comprend la maladie et adapte le traitement. Le monde émergent ne demande pas l’impunité budgétaire. Il demande une médecine économique qui restaure les capacités vitales au lieu d’épuiser les dernières réserves du patient.

* Economiste, banquier et financier.

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Hausse des exportations tunisiennes de fruits

La valeur des exportations de fruits tunisiens, du 1er janvier jusqu’au 19 mai 2026, a atteint environ 45,8 millions de dinars, soit une hausse significative par rapport à la même période l’an dernier (2025), où les recettes s’élevaient à 38,5 millions de dinars.

Cette progression est imputable à une augmentation notable des ventes à l’Inde. Les importations indiennes, jusqu’à fin mai, se sont limitées à l’achat de 146 tonnes de baies sauvages, d’une valeur de 4,5 millions de dinars, confirmant le potentiel d’exportation prometteur de certains fruits à forte valeur ajoutée qui nécessitent une attention et des investissements accrus dans les prochains mois.

Selon les données statistiques publiées par l’agence Tap auprès de le Groupement interprofessionnel des fruits (Gifruits), au cours des cinq premiers mois de cette année, des quantités variables de variétés de fruits ont été promues sur environ 23 marchés dans le monde, absorbant 12 types de fruits caractérisés par leur goût et leur saveur souhaitables sur plusieurs marchés mondiaux.

Les indicateurs ont révélé une disparité dans la répartition géographique des exportations, tant par marché que par volume.

Le marché libyen est resté le premier acheteur de fruits tunisiens en volume, absorbant 1 967 tonnes pour une valeur de 9,601 millions de dinars.

Les Émirats arabes unis se sont classés deuxièmes en volume avec 543 tonnes, mais premiers en valeur, avec 12,143 millions de dinars.

Le marché français a importé 338 tonnes pour une valeur de près de 4,800 millions de dinars, suivi par l’Italie avec 167 tonnes (515 000 dinars) et l’Inde avec 146 tonnes (4,578 millions de dinars).

Les pêches, les prunes et les abricots dominent les recettes d’exportation.

Parmi les variétés de fruits exportées, certaines ont généré des revenus exceptionnels grâce à leurs prix élevés sur les marchés internationaux. Les prunes, en particulier, ont rapporté les recettes les plus importantes, totalisant 20,343 millions de dinars, malgré des exportations de seulement 701 tonnes.

La Tunisie a également exporté des fraises pour une valeur de 12,554 millions de dinars, avec des volumes d’exportation atteignant environ 604 tonnes.

Les pêches ont dominé les exportations en termes de volume, atteignant 1 418 tonnes et générant des recettes de 7,511 millions de dinars.

Les exportations d’abricots ont atteint 654 tonnes, générant des recettes d’environ 3,797 millions de dinars.

À l’inverse, d’autres produits ont enregistré des volumes et des recettes inférieurs durant cette période, notamment les pastèques (185 tonnes, d’une valeur de 515 000 dinars), les melons (59 tonnes, d’une valeur de 208 000 dinars) et les nectarines (34,7 tonnes, d’une valeur de 374 000 dinars).

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Wafra, un projet agricole tuniso-italien

L’Italie attache une importance cruciale à son partenariat avec la Tunisie dans le secteur agricole, considéré comme l’un des piliers stratégiques de la coopération bilatérale et de la présence italienne en Méditerranée, a déclaré l’ambassadeur d’Italie à Tunis, Alessandro Prunas, lors d’une visite à la nouvelle société italo-tunisienne Wafra Agricole, située dans le gouvernorat de Béja, au nord-ouest du pays.

Le diplomate a cité le projet «Tanit» comme un exemple emblématique de l’engagement italien dans ce secteur. Il l’a décrit comme «le plus grand projet de coopération jamais lancé par l’Italie en Tunisie» et une initiative phare du Plan Mattei visant à renforcer la sécurité alimentaire tunisienne.

Cette visite a permis de mettre en lumière un modèle de collaboration fondé sur l’initiative privée et le transfert d’expertise entre les deux rives de la Méditerranée.

Wafra Agricole est née de la rencontre entre l’entrepreneuse italienne Irene Bonassisa, PDG du groupe Bonassisa, et le dirigeant tunisien Mondher Ben Ayed, fondateur du groupe technologique TMI. Cette coentreprise a pour ambition de développer une agriculture innovante et durable en Tunisie, en s’appuyant sur l’intégration de l’expertise industrielle et l’innovation technologique.

Ce projet associe l’expertise industrielle et juridique du Groupe Bonassisa – entreprise historique des Pouilles active dans les secteurs du pétrole, du gaz et de la sécurité alimentaire – à l’expertise technologique de Ben Ayed, entrepreneur originaire de Sfax et formé aux États-Unis.

L’entreprise a déjà lancé une production agricole sur environ 200 hectares dans la région de Béja, l’une des principales zones céréalières de Tunisie, où elle pratique une agriculture durable basée sur l’irrigation solaire informatisée, la réduction de la consommation d’eau et l’utilisation d’engrais naturels.

«Des entreprises comme Wafra Agricole illustrent la contribution des synergies du secteur privé à la promotion de l’innovation et du développement durable, grâce à l’utilisation de technologies agricoles italiennes, l’échange d’expertise et la valorisation des savoir-faire partagés», a souligné M. Prunas.

I. B. (avec Agenzia Nova).  

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