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Jean-Claude Versini | Quête et enquête à Sidi Ali El Mekki

Malgré la consonance étrangère du nom, l’auteur de ces deux romans dont il est ici question est un enfant du pays. En effet, Jean-Claude Versini, qui appartient à une grande famille corse, né en 1939, et a grandi, parmi nous, en Tunisie, et précisément, à Porto Farina (Ghar El-Melh) où son père occupait, à l’époque, la fonction de gardien du «Fort de Lazaret».

Salah El Gharbi *

Même si le jeune homme quitta la Tunisie après l’indépendance et qu’il s’engagea dans la Marine française, il garda en lui la nostalgie du pays, témoin de son enfance et de sa jeunesse, mais aussi, de son premier amour.

Etant accaparé par ses responsabilités, aussi bien familiales que professionnelles, il fallait attendre les années quatre-vingts, lors d’une visite d’affaires au pays, pour que, l’esprit stimulé par les réminiscences de l’enfance et par les souvenirs des êtres et des lieux, pour que Jean-Claude Versini se laissât enchanter et se décider à revenir se ressourcer dans ce ravissant petit coin de notre pays.

A la recherche du temps perdu

Depuis, rendre visite à Ghar El-Melh, devint une sorte de pèlerinage annuel, l’occasion de retrouver les vieux copains et d’aller sur les traces de sa jeunesse, à la recherche du temps perdu, jusqu’au jour où cette âme artiste se décida de ravir cette nostalgie à l’épreuve du temps. Et ce fut le début d’une expérience éditoriale avec la publication de deux récits autobiographiques : ‘‘L’enfant du Lazaret’’ (2007), œuvre qui allait être adaptée au cinéma en 2017, par Kamel Ben Ouanes, (‘‘Kantaoui-Films’’) et ‘‘Bizerte, les ados de l’Indépendance’’, récit paru aux éditions Nirvana, en 2009.

Après ‘‘Pavlo’’, paru en 2023, dont l’action a pour cadre la guerre en Ukraine, rendue à travers le témoignage d’un jeune adolescent, condamné à s’exiler en Pologne, Versini enchaîne avec ‘‘Enquêtes dans la neige et le sable’’ (Ed. Le livre et la plume, 2025). Cet ouvrage captivant comporte le récit de deux intrigues policières. Si la première, ‘‘Meurtre dans le Vercors’’, dont l’action a lieu à une trentaine kilomètres d’Autrans, tourne autour de la mystérieuse mort d’une femme, la seconde, (‘‘L’affaire de l’A7’’), a pour cadre la Tunisie, et précisément, le Cap Sidi Ali El Mekki.

Avec la seconde «affaire», le cadre s’élargit et la crise prend une plus grande ampleur puisqu’il est question du kidnapping de la fille de l’ambassadeur de France à Tunis, de trafic de cocaïne, et d’une intrigue complexe dans laquelle se trouvent impliqués des personnages appartenant à des plusieurs nationalités.

Un monde de paix, d’amitié et de concorde

Dans ces deux récits d’enquêtes policières, tout en cherchant à alimenter l’intérêt dramatique, l’auteur nous plonge dans deux univers où les différences culturelles sont dépassées au profit d’une sorte de complicité fraternelle. Ainsi, dans la petite commune du Vercors, le cadre du premier récit, l’auteur met en évidence l’entente cordiale et la confiance qui lient entre le Commandant Aurore Poggi (un nom d’origine corse) et son collègue le Capitaine Moncef et qui vont contribuer au succès de leur entreprise. De même, dans le deuxième récit, c’est la coopération aussi bien, entre les institutions française et tunisienne qu’entre les personnes originaires des deux pays qui va contribuer à la résolution de la crise.

Avec ‘‘Pavlo’’, comme avec les ‘‘Enquêtes…’’, tout en offrant à ses lecteurs, deux récits époustouflants, conduits avec minutie, Versini plaide en faveur d’un monde de paix où régneraient l’amitié et la concorde.

De même, en choisissant de situer ces deux intrigues policières, l’une au Vercors, lieu de résidence de l’auteur et l’autre au Cap Sidi Ali El Mekki, Versini semble chercher à rendre hommage à ces deux lieux chers à son cœur. Ainsi, c’est à travers la fiction, qu’il choisit non seulement à nous offrir une leçon de fraternité, mais aussi, à dépasser la distance qui sépare les Alpes et leurs forêts des rivages de Porto Farina. C’est sa manière de réconcilier en lui-même, deux «moi», celui de l’enfant et de l’adolescent d’antan avec l’homme qu’il est devenu, un être plein de générosité et de talent.

* Romancier et essayiste.

‘‘Pavlo’’, Ed. Le livre et la plume, 2023.

‘‘Enquête dans la neige et le sable’’, Ed. Le livre et la plume, 2025.

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Le nettoyage ethnique bat son plein en Cisjordanie

Alors que les foyers de tension, les conflits armés et les crises ne se comptent plus dans le monde et pendant que les yeux sont rivés sur le Groenland que Donald Trump veut annexer et sur l’Iran sur laquelle il maintient une pression maximale, le gouvernement israélien qui fait subir aux Gazaouis l’enfer est simultanément en train de laisser les colons déchaînés se livrer au nettoyage ethnique des Palestiniens en Cisjordanie. (Photo : Des Colons armés israéliens chassent des Palestiniens de leurs leurs maisons à Ras Ein al-Auja, Cisjordanie.)

Imed Bahri

Le journal israélien Haaretz a publié une enquête documentant l’accélération sans précédent de la colonisation et du déplacement forcé dont sont victimes les Palestiniens de Cisjordanie.

Cette enquête est le fruit d’une visite de terrain organisée par l’organisation israélienne de défense des droits humains Peace Now (La Paix Maintenant) pour un groupe de journalistes de Haaretz. L’objectif était de les informer sur la situation dans des zones de Cisjordanie souvent négligées par les médias.

Le journaliste Moshe Gilad présente des témoignages directs de la Cisjordanie occupée révélant une réalité faite de déplacements forcés de Palestiniens, de l’expansion des colonies israéliennes et ce que les organisations israéliennes opposées à l’occupation qualifient d’annexion de facto de terres sans déclaration officielle.

Une interminable Nakba

L’enquête s’ouvre sur une scène humanitaire déchirante dans la région de Ras Ein al-Auja, au nord d’Ariha (Jéricho), où des familles palestiniennes démantelaient leurs maisons et emportaient leurs maigres possessions en prévision de leur départ, une scène que Gilad a comparée à la Nakba de 1948.

Les images de sa visite sur place dépeignent une réalité amère. Des familles palestiniennes sont contraintes de rassembler leurs maigres biens et de partir vers un avenir incertain, sous la menace constante des attaques quotidiennes des colons.

«La scène à notre arrivée était horrible. Des gens rassemblaient leurs quelques affaires et partaient ailleurs. Des hommes peinaient à charger un grand four lourd et deux autres démontaient des murs blancs apparemment destinés à la construction d’une maison dans un lieu inconnu», a décrit le journaliste, ajoutant que ce qu’il avait vu lui avait donné des frissons.

Si Gilad reconnaît que le déplacement est toujours douloureux, il décrit l’atmosphère à Ras Ein al-Auja comme empreinte de désespoir car personne ne savait avec certitude où aller. «Peut-être dans la zone (A) en Cisjordanie», ont dit certains.

L’enquête indique que les déplacements de population ne sont pas seulement le fait de l’armée mais aussi d’une stratégie d’étranglement économique et d’intimidation pratiquée par des colons souvent mineurs et des groupes organisés bénéficiant d’une couverture politique officielle.

«Le pire nettoyage ethnique de l’histoire»

Gilad a noté que la seule personne à s’être exprimée auprès des journalistes de Haaretz était le militant israélien Amir Pansky qui a décrit la situation dans la zone C comme «le pire nettoyage ethnique de l’histoire», filmé en direct. Des crimes sont commis contre des bergers appauvris et privés de ressources essentielles comme les pâturages et l’eau.

Pansky a révélé la présence de centaines de colons dans la zone qui agissent comme une armée. Il a ajouté que tout est planifié et organisé sans aucune improvisation, soulignant que des actes de violence quotidiens et des attaques documentées restent impunis.

Plus tôt ce mois-ci, des informations ont indiqué que plus de 20 familles palestiniennes du village bédouin de Ras Ein al-Auja, dans le centre de la Cisjordanie occupée, ont été contraintes de partir en raison des attaques continues des colons.

Des organisations de défense des droits humains ont signalé que 26 familles ont quitté le village qui abritait depuis des décennies environ 700 personnes issues de plus de 100 familles.

Elles ont expliqué que les familles contraintes de partir jeudi dernier se sont dispersées dans la région à la recherche de refuges plus sûrs, tandis que plusieurs autres familles se préparaient pour quitter le village dimanche.

Les «routes de l’apartheid»

Parallèlement, un mouvement de colonisation s’intensifie, qualifié par les observateurs du mouvement Peace Now d’annexion renforcée. Ces trois dernières années, la Cisjordanie a vu la création d’une centaine de nouvelles fermes de colons dont l’objectif n’est pas tant d’accroître le nombre de colons que de s’accaparer des milliers de dounams (unité de mesure de surface agraire couramment utilisée au Moyen-Orient, équivalant à 1 000 mètres carrés, soit 0,1 hectare) de terre.

Cette prédation, selon Haaretz, s’accompagne de budgets colossaux consacrés à la construction d’un réseau routier distinct, désormais appelé «routes de l’apartheid», destiné à relier les colonies et à faciliter les déplacements des Israéliens, tout en isolant complètement les communautés palestiniennes et en restreignant leurs mouvements derrière des grilles et de longs détours.

Gilad cite deux militants de Peace Now, Hagit Ofran et Yoni Mizrahi, qui affirment avoir du mal à suivre le rythme des changements survenus en Cisjordanie ces derniers mois. Ils confirment que presque chaque semaine, un ou deux nouveaux avant-postes sont établis.

D’après Ofran et Mizrahi, ces trois dernières années ont été marquées par une accélération des expulsions de résidents palestiniens, la construction de centaines de kilomètres de routes et un afflux massif de fonds dans les colonies.

Les données présentées dans l’enquête révèlent l’ampleur de l’expansion des colonies. On compte aujourd’hui 147 colonies et 191 avant-postes non autorisés, abritant quelque 478 000 colons qui cherchent à imposer leur souveraineté sur 2,8 millions de Palestiniens.

Sous le gouvernement actuel, et notamment sous l’impulsion du ministre des Finances Bezalel Smotrich, la construction de 40 000 nouveaux logements a été approuvée rendant plus que jamais impossible la concrétisation de la solution à deux États.

Fin 2018, Smotrich a annoncé l’allocation de plus de 1,1 milliard de shekels (375 millions de dollars) à un nouveau plan de colonisation visant à consolider les colonies existantes ou à en créer de nouvelles. Ce budget comprend 660 millions de shekels (296 millions de dollars) pour la création de 17 nouvelles colonies et 338 millions de shekels (106 millions de dollars) pour le développement de 36 avant-postes agricoles et de colonies.

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Les manuels scolaires tunisiens sont-ils imprégnés de rhétorique antisémite ?

Selon un rapport de l’Institut pour le suivi de la paix et de la tolérance culturelle dans l’éducation scolaire (Impact-se), il y aurait «un fossé important entre les réformes sociales modernes et la persistance d’une rhétorique antisémite» dans les manuels scolaires tunisiens, rapporte le journal Times of Israel. (Ph. Manifestation propalestinienne à Tunis).

L’étude a examiné et analysé 80 manuels scolaires, du CP à la Terminale, dans de nombreuses matières, en les comparant aux normes de l’Unesco en matière de paix et de tolérance dans l’éducation et a «constaté que si la Tunisie promeut avec succès l’égalité des sexes et la tolérance interculturelle, ces valeurs sont appliquées de manière sélective», écrit le journal israélien, qui évoque ce qu’il qualifie de «stéréotypes inquiétants» en présentant les Juifs comme «avides et conspirateurs».

«Un manuel scolaire de première (11e année) dépeint un marchand juif comme fourbe, affirmant que de tels traits sont inhérents à tous les Juifs», écritTimes of Israel, qui relève, par ailleurs, dans les manuels, une hostilité envers Israël comme un thème récurrent. «Le programme scolaire présentant le sionisme comme un projet colonialiste et désignant Israël comme ‘‘l’entité sioniste’’», s’émeut l’auteur de l’article, qui feint d’ignorer les centaines de massacres commis par l’Etat d’Israël, depuis sa fondation, en 1948, et même bien avant, contre la population palestinienne dont il a confisqué les terres et les biens.

Tout en dénonçant l’amalgame entre Israéliens et Juifs, comme celui entre musulman et terroriste, ou Palestiniens et terroristes, dont pullulent les médias et les manuels scolaires israéliens, nous ne pouvons que stigmatiser, à notre niveau, le fait colonial israélien, dénoncer les crimes de guerre commis par Israël, par ailleurs condamnés par la Cour internationale de justice, et réaffirmer haut et fort, dans nos médias et nos manuels scolaires, le droit des Palestiniens à un Etat libre sur leur territoire historique.

Israël pourra continuer à massacrer les Palestiniens et à imposer sa colonisation par les armes généreusement fournies par les pays occidentaux, mais son narratif colonial ne passera jamais, en tout cas pas en Tunisie et dans les autres pays arabes qui considèrent l’Etat hébreu comme une «tumeur maligne» dans le corps du monde arabe. 

Latif Belhedi

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La Tunisie cherche à faciliter une solution politique en Libye

La volonté de la Tunisie d’accueillir des réunions de haut niveau avec la participation de toutes les parties prenantes libyennes afin de promouvoir un cadre global et inclusif pour une solution politique à la crise dans ce pays est soutenue par les parties états-uniennes et nord-africaines.

Latif Belhedi

«Seuls les Libyens sont capables de déterminer leurs propres choix, conformément à la volonté du peuple libyen», a déclaré le président de la république Kaïs Saïed, selon un communiqué du Palais de Carthage publié le 26 janvier 2026. La Tunisie qui propose sa médiation entre les parties à la crise libyenne, offre d’accueillir un processus inclusif afin que «les Libyens puissent librement choisir leur avenir», a ajouté Saïed, qui a souligné, lors de deux rencontres distinctes, le même jour, avec le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, et son homologue égyptien, Badr Abdelatty, que la Tunisie «possède toutes les capacités et l’expertise nécessaires pour traduire la volonté du peuple libyen en réalité».

Une conférence inter-libyenne à Tunis

S’adressant au ministre algérien, Saïed a réaffirmé la position adoptée par la Tunisie depuis 2020, selon laquelle «la solution à la crise en Libye ne peut être que libyenne-libyenne». Le chef de l’État a également noté que «l’internationalisation des questions nationales ne fait que les compliquer davantage », précisant que «les consultations sont importantes, mais elles ne constituent pas une fin en soi, mais plutôt un outil pour aider le peuple libyen à réaliser ses aspirations, car il est le seul à pouvoir décider de son propre destin sans ingérence extérieure». Le chef de l’État a expliquéà Attaf que, selon lui, « seuls les Libyens sont capables de prendre leurs propres décisions conformément à la volonté du peuple libyen », réaffirmant « l’engagement de la Tunisie envers l’unité, la sécurité et la stabilité de la Libye ».

Le peuple libyen est «capable de construire lui-même l’avenir qu’il souhaite», a déclaré le président tunisien, recevant le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelaty, au palais présidentiel de Carthage. Il a confirmé que la situation en Libye est «une question exclusivement nationale, et non internationale». Selon le président tunisien Saïed, «l’administration en place depuis 2011 n’a pas répondu aux aspirations du peuple libyen en matière de sécurité, d’unité et de stabilité». Dans ce contexte, le chef de l’État a réaffirmé «la volonté de la Tunisie d’accueillir une conférence inclusive, où les Libyens pourront librement choisir les solutions qu’ils jugent les plus appropriées».

Les Etats-Unis à la manœuvre

L’importance de trouver une solution politique interne en Libye, par le consensus et le dialogue entre les différentes composantes de la scène politique, était également au cœur des discussions entre le ministre des Affaires étrangères, Mohammed Ali Nafti, et le conseiller principal du président américain Donald Trump pour les affaires arabes, le Moyen-Orient et l’Afrique, Massad Boulos, le 26 janvier, lors d’une visite officielle en Tunisie après des passages à Tripoli et Benghazi.

La Tunisie, selon un communiqué de presse, a confirmé «son engagement à continuer de soutenir les efforts visant à parvenir à l’accord politique nécessaire en Libye».

Dans ce contexte, M. Boulos a exprimé son soutien à la réunion du Mécanisme consultatif tripartite sur la Libye avec l’Égypte et l’Algérie. Kyle Liston, secrétaire d’État adjoint par intérim pour l’Afrique du Nord et la péninsule arabique, David Linfield, chef de cabinet de M. Boulos, et Bill Bazzi, ambassadeur des États-Unis en Tunisie, ont participé à cette réunion. Suite à l’arrivée récente de l’ambassadeur Bill Bazzi à Tunis, «les États-Unis se réjouissent de renforcer leur coopération économique et sécuritaire avec la Tunisie et de travailler ensemble à la recherche de solutions aux défis régionaux», a déclaré le conseiller du président Trump dans un message publié sur X, avant de quitter Tunis pour Alger.

Par ailleurs, Nafti, Attaf et Abdelatty ont publié une déclaration commune à l’issue de la réunion tripartite qui s’est à Tunis, en présence de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la Libye et cheffe de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (Manul), Hannah Tetteh.

Unité territoriale et protection des ressources

Dans leur déclaration, les trois ministres ont souligné que «l’intérêt suprême de la Libye et des Libyens est au cœur du processus tripartite, qui vise à soutenir et à renforcer tous les efforts régionaux et internationaux pour répondre aux aspirations du peuple libyen grâce à une solution politique globale garantissant l’unité du territoire et la protection des ressources nationales». Ils ont réaffirmé que «la pleine appropriation du processus politique par le peuple libyen est un principe fondamental et inviolable, et que la solution doit être menée par les Libyens, sans exclure aucune partie». Ils ont précisé que l’objectif ultime est de «construire un État uni doté d’institutions stables, capable d’assurer la sécurité, le développement et la prospérité, ainsi que de préserver les ressources du pays».

Plus précisément, Nafti, Attaf et Abdelatty ont appelé toutes les parties libyennes à «privilégier le dialogue, à surmonter les divisions et à œuvrer pour l’unification des institutions militaires et de sécurité», tout en soutenant les travaux du Comité militaire conjoint.

Les ministres tunisien, algérien et égyptien ont également appelé à «intensifier les efforts pour organiser des élections présidentielles et législatives simultanées, mettre fin aux divisions et renforcer les institutions de l’État ».

La déclaration en douze points souligne la nécessité de préserver la Libye des rivalités régionales et internationales et de rejeter toute ingérence étrangère dans ses affaires intérieures, afin de permettre aux Libyens de définir et d’approuver librement leurs propres accords. Dans ce contexte, l’appel au retrait des mercenaires et des combattants étrangers de tout le territoire libyen a été réitéré. Les ministres ont également exprimé leur volonté de «consulter les dirigeants libyens» et ont insisté sur l’importance de «renforcer les liens économiques internes pour favoriser un développement socio-économique global», créant ainsi un «environnement propice» à la conclusion d’un accord politique.

Enfin, la déclaration souligne que «la sécurité et la stabilité de la Libye sont étroitement liées à la sécurité arabe et à la stabilité de la région sahélienne», et appelle à une intensification des consultations et de la coordination régionales.

Les ministres des trois pays voisins de la Libye ont également réitéré la nécessité d’un «plan d’action clair pour une solution politique libyenne-libyenne sous les auspices des Nations Unies, avec des phases définies et intégrant toutes les mesures pratiques demandées par le peuple libyen».

La volonté de la Tunisie d’accueillir des réunions de haut niveau avec la participation de toutes les parties prenantes libyennes afin de promouvoir un cadre global et inclusif pour une solution politique à la crise a également été saluée.

La Libye demeure plongée dans une profonde instabilité politique et institutionnelle, caractérisée par la présence de deux centres de pouvoir parallèles et parfois opposés, l’un à l’ouest (Tripoli) et l’autre à l’est du pays (Benghazi), et par l’absence d’une autorité centrale unifiée. Le processus politique mené par l’Onu progresse lentement, tandis que les groupes armés, les acteurs extérieurs et les intérêts régionaux continuent d’influencer le paysage sécuritaire. Malgré des périodes de calme relatif, des tensions latentes persistent, de même que des difficultés à organiser des élections nationales et un équilibre fragile qui rend incertaine la voie vers une stabilisation durable.

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Des centaines de migrants portés disparus en Méditerranée centrale

Des centaines de migrants pourraient être portés disparus en mer ou présumés morts suite à plusieurs naufrages meurtriers survenus ces derniers jours en Méditerranée centrale, a averti l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

L’OIM s’est dite «profondément préoccupée» par ces informations. «Plusieurs embarcations seraient impliquées dans ces naufrages au cours des dix derniers jours, et les premières informations laissent penser que des centaines de personnes pourraient être portées disparues en mer ou présumées mortes», indique l’organisation dans un communiqué publié lundi 26 janvier 2026.

L’OIM a averti que les conditions météorologiques difficiles entravaient considérablement les opérations de recherche et de sauvetage. Son porte-parole, Jorge Galindo, a déclaré que «trois naufrages avaient été signalés les 23 et 25 janvier», faisant potentiellement au moins 104 victimes.

Les embarcations concernées auraient quitté la Tunisie et la Libye, selon Merna Abdelazim, analyste de données au sein du Projet Migrants Disparus de l’OIM.

L’OIM a indiqué être encore en train de vérifier les informations, mais a confirmé trois décès à Lampedusa, en Italie, à la suite d’une opération de recherche et de sauvetage d’une embarcation partie de Sfax, en Tunisie. «Parmi les victimes figurent des jumelles d’environ un an, décédées d’hypothermie peu avant le débarquement», précise le communiqué, ajoutant qu’un homme est également décédé d’hypothermie.

Des rescapés de la même opération ont rapporté qu’une autre embarcation, partie du même endroit au même moment, n’était jamais arrivée à destination.

L’agence enquête également sur la disparition de neuf embarcations parties de Tunisie entre le 14 et le 21 janvier, avec au total environ 380 personnes à bord.

«On craint déjà que des centaines de personnes soient portées disparues au cours des premières semaines de 2026», indique le communiqué de l’OIM, prévenant que «le bilan final pourrait être bien plus lourd».

«Bien que l’OIM soit toujours en attente de confirmation officielle, l’ampleur du nombre de victimes signalées laisse présager une nouvelle tragédie majeure en Méditerranée centrale», a déclaré l’agence.

Ces incidents, survenus alors que le cyclone Harry frappait la Méditerranée, «soulignent une fois de plus les conséquences mortelles des réseaux de passeurs et de trafiquants de migrants qui continuent d’opérer en toute impunité, envoyant délibérément des personnes en mer sur des embarcations surchargées et de mauvaise qualité», a déclaré l’agence.

«Le transport de migrants sur des embarcations surchargées et de mauvaise qualité constitue un acte criminel», a-t-elle insisté.

«Organiser des départs alors qu’une violente tempête s’abattait sur la région rend ce comportement encore plus répréhensible, car des personnes ont été sciemment envoyées en mer dans des conditions les exposant à un risque de mort quasi certain», a-t-elle ajouté.

Ces derniers incidents, a-t-elle précisé, «mettent en évidence l’urgence pour la communauté internationale d’intensifier ses efforts pour démanteler ces réseaux criminels et prévenir de nouvelles pertes de vies humaines».

L’OIM a souligné que la Méditerranée centrale demeure le couloir migratoire le plus meurtrier au monde, avec au moins 1 340 personnes qui y ont perdu la vie rien que l’année dernière.

Entre 2014 et fin 2025, plus de 33 000 migrants sont morts ou ont disparu en Méditerranée, selon le projet Migrants disparus de l’OIM.

I. B.

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A La Marsa | «Peintres européens du XXᵉ siècle en Tunisie»

La Galerie d’art Alexandre Roubtzoff, sise au 12 rue Imam Abou Hanifa, Marsa Plage, présente une exposition consacrée aux «Peintres européens du XXᵉ siècle en Tunisie». Le vernissage est fixé au samedi 31 janvier 2026 à 18 heures et les œuvres resteront exposées jusqu’au 18 février 2026.

Outre le peintre franco-russe Alexandre Roubtzoff (1884–1949), l’exposition propose des œuvres de Natacha Markoff (1911–2008), Maurice Picard (1886–1941), Camille Leroy (1905–1995), Pierre Gourdault (1880–1915), Georges Massa (1917–2013), Léo Nardus (1868–1955), Raymond Feuillatte (1901–1971), Émile Leuze-Hirschfeld (1884–1973), Louise‑Marie Peyer (1897–1975), Lionello Lévy (1921–1992), Émile Compard (1900–1977), Lucien Charles Timsit (1910–2007), André Delacroix (1878–1934), Gaétan Mifsud (1905–1990), Albert Marquet (1875–1947), Félix Guyot‑Guillain (1878–1960), Ernest Guérin (1887–1952), Georges Le Mare (1866–1942) et Robert Hue (1909–1977).

Ces artistes européens ont été profondément séduits par la lumière unique de la Tunisie, par la richesse et la diversité de ses paysages des médinas animées aux ports baignés de soleil, des plages aux scènes de vie quotidienne ainsi que par le mode de vie tunisien, fait de simplicité, de convivialité et d’un rapport direct à la nature. Cette immersion a profondément nourri leur inspiration et a durablement marqué leur langage plastique, donnant naissance à des œuvres sensibles, lumineuses et empreintes d’authenticité.

Les œuvres exposées proviennent de collectionneurs passionnés, qui ont patiemment constitué leurs ensembles au fil des années, guidés par l’amour de l’art, le respect des artistes et un regard averti.

Réunies avec soin et discernement tout au long de leurs vies, ces œuvres forment aujourd’hui un corpus cohérent et rare, offrant un témoignage exceptionnel de la rencontre artistique et humaine entre l’Europe et la Tunisie au XXᵉ siècle, et mettant en lumière le rôle essentiel de la Tunisie comme terre d’inspiration, de création et de dialogue culturel.

L’exposition cherche à partager ce parcours artistique unique et à faire admirer des œuvres qui reflètent la beauté et la richesse culturelle de la Tunisie.

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Tunisie | Verdicts dans l’affaire de l’évasion de 5 terroristes

​La Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près le tribunal de première instance de Tunis a rendu son verdict dans l’affaire de l’évasion de cinq détenus terroristes de la prison civile de Mornaguia.

​De lourdes condamnations ont été prononcées, tard dans la soirée du mardi 27 janvier 2026, contre les évadés qui ont écopé d’une peine de 38 ans de prison chacun, indique Mosaïque FM, en citant une source proche du dossier.

Le verdict a également visé les complices des responsables et agents pénitentiaires accusés de manquements à la sécurité, qui ont été reconnus coupables et condamnés à des peines variant entre 3 et 8 ans de prison ferme.

Y. N.

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Décès de Souad Guellouz | La littérature tunisienne perd l’une de ses pionnières

Avec douleur et tristesse, le ministère des Affaires culturelles a annoncé ce  mardi 27 janvier 2026 le décès de l’écrivaine Souad Guellouz. Elle s’éteint en laissant derrière elle un héritage littéraire immense, marqué par son rôle de pionnière du roman féminin en Tunisie.

Née en 1937 et originaire de Metline, dans le gouvernorat de Bizerte, Souad Guellouz a embrassé la carrière d’écrivaine dès 1957, en débutant son parcours en langue française, elle s’est imposée comme une fervente défenseuse de l’identité tunisienne à travers ses écrits, rappelle le ministère des Affaires culturelles.

Au fil des décennies, elle a enrichi la bibliothèque nationale de récits profonds et de poésie délicate. Parmi ses œuvres les plus emblématiques, on retient : « La vie est simple » , « Les Jardins du Nord » , « Myriam ou le rendez-vous de Beyrouth » (lauréat du prestigieux prix Comar d’Or), « Un rien d’arc-en-ciel » (Recueil de poésie).

Dans son communiqué, le ministère présente ses plus sincères condoléances à la famille de la défunte ainsi qu’à l’ensemble de la communauté culturelle tunisienne.

Y. N.

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Affaire Omar Laabidi | Les peines confirmées en cassation

Les peines prononcées dans l’affaire du décès du supporter du Club Africain, Omar Laabidi, ont été confirmées, ce mardi 27 janvier 2026, par la Cour de Cassation.

La Cour de cassation a décidé de rejeter tous les pourvois contre la décision de la cour d’appel de Tunis, qui avait prononcé une peine d’un an de prison avec sursis contre douze agents de sécurité impliqués dans cette affaire.

Notons qu’en rejetant les pourvois (tant sur la forme que sur le fond), la Cour confirme définitivement les jugements de la Cour d’appel à l’encontre des accusés.

On notera que cette affaire remonte à 2018, lorsque le jeune Omar Labidi est mort noyé à la suite d’ une poursuite policière aux alentours du stade olympique de Radès.

Y. N.

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Pêcheurs disparus à Teboulba | Un deuxième corps repêché

Les secouristes ont repêché le corps sans vie d’un deuxième pêcheur, parmi les 5 disparus depuis le naufrage de leur bateau la semaine dernière au large de Teboulba.

C’est ce qu’affirme Radio Teboulba, ce mardi 27 janvier 2026, sachant qu’à ce jour, on compte un seul rescapé dans ce drame, qui a pu rejoindre la terre ferme à la nage atteignant l’île de Kuriat.

Jeudi dernier, un premier corps sans vie avait été repêché et alors que les recherches se poursuivent, un autre a été découvert ce jour. On compte désormais deux décès et deux personnes toujours portées disparues.

Y. N.

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Prévisions météo pour cette nuit en Tunisie

​La situation météorologique en Tunisie connaîtra, cette nuit, des pluies localisées, des rafales de vent et une baisse des températures, selon l’Institut national de la météorologie (INM).

​Dans son bulletin météo, l’INM indique que le ciel sera marqué par des nuages passagers sur la majeure partie du pays sauf au Nord, où des pluies éparses sont prévues, prenant un caractère orageux localisé sur l’extrême Nord-Ouest du territoire.

La vigilance est de mise pour les activités maritimes et les usagers de la route dans certaines zones, ajoute encore la même source qui annonce des vents forts près des côtes, sur les hauteurs, ainsi que dans le Sud où des phénomènes de sable et de poussière sont à prévoir.

Les températures afficheront entre 8°C et 11°C dans les régions Ouest et entre 12°C et 16°C dans le ​reste du pays.

Y. N.

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Tunis | Un an de prison pour l’homme d’affaires Chafik Jarraya

L’homme d’affaires Chafik Jarraya a de nouveau comparu devant la Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière, relevant du Tribunal de première instance de Tunis.

Poursuivi dans une affaire de falsification, Chafik Jarraya a écopé, ce mardi 27 janvier 2026, d’une peine d’un an de prison ferme qui s’ajoute à d’autres condamnations dans des affaires de corruption.

Pour rappel, l’homme d’affaires est poursuivi dans 19 autres affaires qui lui ont valu une première condamnation à 101 ans prison qui, en appel a été réduite à quatre ans, en mai dernier.

Chafik Jarraya avait été arrêté en mai 2017, accusé de complot contre l’État, haute trahison et intelligence avec une armée étrangère avant d’obtenir un non-lieu dans cette affaire dans laquelle les hauts cadres sécuritaires Imed Achour et Saber Laajili avaient également été poursuivis.

Ces derniers ont alors été libérés, mais Chafik Jarraya est resté depuis en détention pour d’autres affaires de corruption, de falsifications de contrats de vente de biens confisqués.

Y. N.

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Sidi Bou Saïd | D’une gestion d’urgence à un plan d’action structurel 

La colline de Sidi Bou Saïd, l’un des sites les plus emblématiques de la région de Tunis et un haut lieu du patrimoine architectural et paysager tunisien, est de nouveau la proie des intempéries et de l’instabilité du terrain. Suite aux fortes pluies tombées la semaine dernière sur le nord et le centre de la Tunisie, provoquant des inondations et d’importants dégâts matériels, la municipalité du village arabo-andalous a averti les habitants des risques de glissements de terrain et de coulées de boue.

Le colonel Mounir Riabi, directeur régional de la Protection civile, a tiré la sonnette d’alarme quant à la fragilité persistante du terrain et à la menace que représentent les mouvements de terrain pour les habitations et les habitants, d’autant que de nouvelles vagues de fortes pluies attendues au cours des prochains jours pourraient aggraver la situation.

Les interventions ponctuelles ne suffisent plus et une approche globale est nécessaire, s’appuyant sur des études géotechniques approfondies, des solutions robustes et une surveillance continue de la zone, a souligné le colonel Riabi.

Ces derniers jours, plusieurs familles ont dû quitter temporairement leur domicile par mesure de sécurité, tandis que les fortes pluies ont mis en évidence la vulnérabilité du versant et la forte exposition de la zone à l’instabilité hydrogéologique.

La zone la plus à risque semble être le versant de la colline surplombant la mer, où se trouve la célèbre villa de l’ancien baron d’Erlanger, classée monument historique et abritant, depuis 1991, le Centre des musiques arabes et méditerranéenne (Cmam).

Parallèlement, la municipalité de Sidi Bou Saïd a annoncé des fermetures préventives de routes «jusqu’à nouvel ordre», interdisant la circulation des véhicules et des piétons sur certains tronçons jugés les plus vulnérables.

Ces restrictions interviennent dans un contexte météorologique qui, dans la région du Grand Tunis et le nord-est du pays, a provoqué des inondations localisées, des perturbations du trafic et des glissements de terrain, nécessitant le renforcement des équipes de protection civile.

Les intempéries ont été particulièrement violentes et l’Institut météorologique national a émis de multiples alertes, avec des niveaux élevés dans plusieurs régions, signalant des conditions exceptionnelles et un impact important sur les infrastructures de drainage.

Géologiquement, Sidi Bou Saïd repose sur un système de pentes côtières et de falaises sensibles à la saturation en eau : l’eau de pluie, s’infiltrant dans le sous-sol, augmente la pression interstitielle et réduit la friction interne, favorisant les glissements de terrain, en surface ou en profondeur, notamment là où le réseau de drainage est insuffisant ou en présence de charges urbaines et de vibrations liées à la circulation.

Ce n’est pas une situation inédite et le phénomène est connu depuis plusieurs décennies. Les services de protection civile et les autorités locales indiquent qu’il est nécessaire de passer d’une gestion d’urgence à un plan d’action structurel : consolidation ciblée, drainage en profondeur, réduction des facteurs d’instabilité et surveillance continue des déformations du sol, afin de prévenir que de nouvelles pluies ne déclenchent des glissements de terrain plus importants dans cette zone densément urbanisée à forte valeur touristique.

Dans l’attente de décisions opérationnelles et de financements, les autorités continuent d’appeler à la prudence : limiter les déplacements dans les zones réglementées, respecter les consignes municipales et signaler rapidement toute fissure, tout affaissement et toute anomalie du sol pouvant annoncer de nouveaux glissements de terrain.

I. B.

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Tunisie | Évasion de poissons des installations aquacoles

Les fortes vagues et l’instabilité atmosphérique liées au cyclone méditerranéen «Harry» auraient endommagé plusieurs cages d’élevage au large de la presqu’île du Cap Bon, en Tunisie. Ce phénomène a provoqué la fuite des poissons d’élevage vers la mer et entraîné une augmentation des prises le long de la côte nord-est tunisienne.

Les pêcheurs de Nabeul, Hammamet (Cap Bon) et Ghar El Melh (entre Tunis et Bizerte) ont récemment enregistré des prises exceptionnellement importantes d’espèces aquacoles courantes, notamment le bar, la dorade et le maigre, tandis que les prix de détail ont chuté brutalement, estimés à environ 10 dinars le kilo.

Les mêmes sources attribuent ce phénomène aux dégâts subis par les cages flottantes, les systèmes d’ancrage et les filets des fermes piscicoles de la région, endommagés par les fortes vagues et les vents violents des récentes tempêtes.

De nombreux messages circulent sur les réseaux sociaux faisant état de ventes et de témoignages sur des poissons «s’échappant des cages» après la tempête, notamment le long du littoral entre Cap Bon et la zone de Ghar El Melh.

Le cyclone méditerranéen «Harry» a frappé la Tunisie la semaine dernière, provoquant de fortes pluies, des rafales de vent et des problèmes hydrogéologiques dans plusieurs régions du nord et du centre, incitant les autorités à renouveler leurs appels à la prudence. À l’heure actuelle, aucune estimation officielle n’est disponible concernant l’étendue des dégâts causés aux installations aquacoles ni la quantité de poissons qui se sont échappés en mer.

I. B.

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UGTT | Du tournant historique de 1978 à l’impasse bureaucratique de 2026

Aujourd’hui plus que jamais, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) doit choisir : l’autonomie réelle et le conflit social assumé, ou l’effacement progressif. Entre le tournant historique du 26 janvier 1978 et l’impasse du 21 janvier 2026, la centrale syndicale donne à voir une transformation profonde de son rapport à la mobilisation, au pouvoir et à elle-même. Le prochain congrès de mars 2026 sera-t-il capable de tourner la page ? (Ph. Marche de l’UGTT à Tunis le 21 août 2025).

Moncef Ben Slimane *

Le 26 janvier 1978 demeure l’un des épisodes les plus symboliques de l’histoire sociale et politique de notre pays. Cette date correspond à la première grève générale nationale déclenchée par l’UGTT, annonçant une rupture ouverte avec le pouvoir destourien.

Rappelons qu’à la fin des années 1970, la politique économique libérale menée par le gouvernement de Hédi Nouira provoqua une nette détérioration du pouvoir d’achat et accentua les inégalités entre ceux qui ont profité du climat affairiste et ceux en qui ont payé les conséquences sociales.

Face à l’échec des négociations salariales et aux pressions croissantes exercées sur ses militants et ses structures, l’UGTT décida alors de recourir à la grève générale.

Les semaines qui précèdent le 26 janvier 1978, date de la grève, voient le pouvoir mobiliser tous ses moyens contre la centrale syndicale. Des attaques de commandos appartenant à la milice du Parti socialiste destourien (PSD) sont lancées contre les locaux des Unions régionales : comme à Tozeur le 20 janvier, à Sousse le 21 et à Zaghouan le même jour.

Le 20 janvier, le Comité central du PSD adopte une résolution qui constitue une véritable déclaration de guerre à la liberté syndicale. Le texte est sans ambiguïté : le PSD et le gouvernement posent un ultimatum à l’UGTT, sommée de «purger ses rangs» de plusieurs dizaines de responsables jugés indésirables par les autorités.

Sur le plan médiatique, les journaux La Presse et Al Amal des mercredi 25 et jeudi 26 janvier 1978 publient des articles incendiaires. La radio et la télévision multiplient les appels aux militants du PSD «afin qu’ils descendent dans la rue et brisent par tous les moyens la grève».

Pour que les choses soient parfaitement claires, les médias précisent à l’intention de ces «militants du parti» que «la police sera, le 26 janvier, à leur disposition pour les aider à briser ce mouvement insurrectionnel qui vise à détruire le régime et à s’emparer du pouvoir».

Dès l’après-midi du 25 janvier, le siège de la rue Mohamed Ali est encerclé par des forces de police lourdement armées. Près de 200 dirigeants et responsables syndicaux, retranchés à l’intérieur, sont empêchés de sortir jusqu’à l’aube du 27 janvier, moment où ils sont tous arrêtés et conduits dans les locaux du ministère de l’Intérieur.

L’état d’urgence est proclamé le jour même. Il restera en vigueur jusqu’au 20 mars 1978.

Le secrétaire général de l’UGTT, Habib Achour, est arrêté le 28 janvier, tout comme 240 responsables et dirigeants syndicaux.

Le 2 février, des éléments exclus de l’UGTT depuis plusieurs années pour certains, et pour d’autres n’y ayant jamais appartenu, se réunissent avec Tijani Abid, seul «rescapé»  du Bureau exécutif (BE), qui a trahi son organisation. Ils proclament la mise en place d’un «BE provisoire».

Le 25 février est organisé un «Congrès» dont les travaux ne durent, en tout et pour tout, que trois heures. Tijani Abid est alors élu secrétaire général.

La répression ne connaît pas de répit. Les grandes villes du pays sont paralysées. Les forces de sécurité, sous la direction de Zine El-Abidine Ben Ali, ainsi que les milices du PSD sous celle Mohamed Sayah, sont massivement engagées. Les affrontements se multiplient. Les tirs à balles réelles font près de 400 morts et plus de 2 500 blessés.

Si la grève générale du 26 janvier 1978 est violemment réprimée, ses conséquences politiques sont considérables. Elle impose durablement la question de l’autonomie syndicale au cœur du débat national et annonce les grandes mobilisations sociales qui secoueront la Tunisie, plus tard en 1986, et jusqu’à nos jours.

La résistance des «légitimes» face à «l’UGTT officielle»

La grève générale du 26 janvier 1978 s’inscrit profondément dans la mémoire collective comme la date de la rupture entre le pouvoir et le mouvement syndical. Elle rappelle, à une échelle plus large, le 5 février 1972 et la lutte de l’Union générale des étudiants tunisiens (Uget) pour son autonomie. Officiellement, après le parachutage de Tijani Abid à la tête de l’UGTT, le calme est rétabli. Sur le terrain, la contestation se replie, sans pour autant s’éteindre.

Les syndicalistes qualifiés de «légitimes», par opposition aux «imposés» de l’UGTT officielle, réorganisent leur action dans la discrétion. Réseaux de coordination et de solidarité avec les victimes de la répression deviennent les principaux moyens de résistance. Plusieurs structures nationales et internationales manifestent leur soutien, parfois au prix de lourds risques.

Cette mobilisation dépasse rapidement les frontières nationales. En France, Khemais Chammari organise et anime le «Collectif du 26 janvier», qui apporte un soutien politique et financier déterminant à l’UGTT légitime et aux familles des syndicalistes emprisonnés.

Des organisations syndicales étrangères réagissent à leur tour. La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) relaie la situation tunisienne sur la scène internationale, tandis que des syndicats européens et arabes expriment leur solidarité avec l’UGTT.

Si ces actions ne modifient pas immédiatement le rapport de force, elles empêchent l’isolement total des structures légitimes de l’UGTT. Elles redonnent du souffle à une résistance qui adopte des modalités de lutte moins visibles, mais plus durables.

Les syndicalistes – dont certains issus de groupes politiques de gauche – ayant accepté de reconnaître et de «collaborer» avec le BE de Tijani Abid font fausse route et sont progressivement marginalisés.

Avec le recul, le 26 janvier apparaît comme bien plus qu’un épisode de confrontation sociale et de violence politique. Il constitue un moment de vérité, révélant les limites d’un pouvoir fondé sur la contrainte et sur l’inféodation des organisations de la société civile.

Au-delà des événements, le cœur du conflit réside dans la défense de l’autonomie de la centrale syndicale. En mettant fin à la tradition de la double appartenance à la direction de l’UGTT et au PSD, l’UGTT affirme son droit d’agir comme une organisation indépendante de l’État et du parti au pouvoir.

L’UGTT aujourd’hui : l’heure du choix

Par-delà les déclarations incendiaires ou les appels à l’unité, l’UGTT traverse aujourd’hui une crise qui engage son avenir ainsi que son passé et ses acquis. Ce qui se joue n’est pas seulement un conflit interne ou le sort d’une grève générale, mais une question autrement plus grave : l’UGTT peut-elle encore incarner une force syndicale autonome démocratique et crédible ?

Il faut d’abord souligner que le marasme dans lequel se trouve le BE de l’UGTT a été précédé d’un problème plus profond encore : le déficit de sa légitimité suite à un mandat supplémentaire obtenu, lors du «Congrès extraordinaire non électif» de juillet 2021, au prix d’un amendement — pour ne pas dire détournement — de l’article 20 du règlement intérieur, qui fixe les règles de durée et de renouvellement des responsabilités.

Ce contournement statutaire n’est pas un détail technique car il mine la crédibilité morale et syndicale de la direction et affaiblit toute décision qu’elle prend au nom des travailleurs. En manipulant ses propres règles, le BE a ouvert une brèche dangereuse : celle d’une UGTT perçue non plus comme une organisation régie par la volonté et les aspirations de ses adhérents, mais comme un appareil bureaucratique soucieux de la propre reproduction de ses dirigeants.

Les tribulations autour de la grève générale du 21 janvier 2026 sont un tournant. Présentée initialement comme une réponse légitime à l’effondrement du pouvoir d’achat et à la fermeture du dialogue social, elle a été déclarée puis suspendue et à la fin transférée au prochain congrès sans explications convaincantes pour les bases syndicales.

Est-il sérieux de demander aux congressistes de mars 2026 de décider du sort d’une grève générale alors qu’ils ne sont ni statutairement ni réglementairement habilités à le faire ? Tout responsable de l’UGTT débutant sait qu’une grève générale exige la présence dans un Conseil national ou une Commission administrative des représentants des régions et des secteurs qui sont seuls capables de la décider, de la préparer et de l’exécuter.

Ces gesticulations ont non seulement démobilisé adhérents et responsables syndicaux, mais elles ont aussi renforcé l’idée que la grève générale ne pouvait être qu’un instrument au service des pratiques bureaucratiques et des guerres de clans et de chefs.

Dans ce contexte, l’autonomie syndicale ne peut être évaluée uniquement à l’aune des déclarations des leaders du BE. Une autonomie proclamée peut parfaitement coexister avec une dépendance invisible, plus subtile mais tout aussi contraignante.

Quelles conditions pour sortir de l’impasse ?

Aujourd’hui plus que jamais, la centrale syndicale doit choisir : l’autonomie réelle et le conflit social assumé, ou l’effacement progressif.

Entre le tournant historique du 26 janvier 1978 et l’impasse du 21 janvier 2026, l’UGTT donne à voir une transformation profonde de son rapport à la mobilisation, au pouvoir et à elle-même. Le prochain congrès de mars 2026 sera-t-il capable de tourner la page ?

Ceux qui ont à cœur l’UGTT, son passé et son avenir, ne peuvent qu’espérer que cette page sombre soit véritablement et démocratiquement tournée, comme le furent celles qui l’ont précédée : la direction de Tijani Abid de 1978, le congrès de Gafsa de 1981, ou encore le soutien du BE à la candidature anticonstitutionnelle de Ben Ali en 2009.

Débloquer aujourd’hui la situation syndicale implique que l’UGTT soit capable de renouer avec son rôle national irremplaçable et indispensable au progrès du pays et du peuple tunisien.

Des centaines de milliers de syndicalistes ne se reconnaîtront jamais dans une nouvelle UGTT en mars 2026, manipulée par la bureaucratie ou ballotée par la guerre des clans et des chefs.

Croire qu’un congrès organisé à la hâte pourrait déboucher sur une nouvelle direction crédible relève de l’illusion. Un tel congrès ne produirait que de simples doublures, un clone du BE sortant.

Un dépassement sérieux et efficace de la crise exige 4 conditions :

1) le retour à l’activité et le rétablissement dans leurs droits des syndicalistes punis suite à leur opposition à l’amendement de l’article 20 ;

2) la présentation, par le BE sortant, d’un rapport moral sincère et responsable, mettant en lumière les erreurs commises et les leçons tirées ;

3) la limitation des mandats à la tête du Bureau exécutif ainsi que des structures nationales et régionales ;

4) la fin du monopole du contrôle du BE sur les avantages accordés aux responsables (voitures de fonction, primes et indemnités, honoraires d’études et d’expertise…).

Cette dernière proposition est importante, car mettra un terme au clientélisme syndical garantira l’autonomie des structures et renforcera durablement la démocratie interne de l’UGTT.

L’annonce de la date officielle de mars 2026 pour le congrès a déclenché des discours pour la consommation de masse de ceux qui vendent « une UGTT de rêve». Espérons que ce prochain rendez-vous de l’UGTT avec l’histoire, ne soit pas une lutte de listes de candidats au BE ou un compromis opportuniste sur une liste, mais qu’il soit un véritable tournant démocratique de l’UGTT.

* Ex-SG du Syndicat de l’enseignement supérieur.

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Amen Bank met l’IA au cœur de la transformation des entreprises

Longtemps perçue comme une technologie réservée aux géants mondiaux, l’intelligence artificielle (IA) s’impose désormais comme un levier stratégique incontournable pour les entreprises tunisiennes. Performance, compétitivité, gestion des risques, innovation : l’IA redessine en profondeur les modèles économiques. C’est autour de ces enjeux qu’Amen Bank a réuni experts et décideurs pour une réflexion pragmatique sur l’IA au service du développement économique et financier.

Latif Belhedi

L’IA n’est plus une promesse lointaine ni un simple effet de mode. Elle est désormais au cœur des stratégies de transformation des entreprises, y compris en Tunisie. Consciente de ces mutations profondes, Amen Bank a organisé, lundi 26 janvier 2026, une rencontre stratégique dédiée à l’IA, placée sous le thème : « L’intelligence artificielle au service du développement économique et financier des entreprises tunisiennes ». Une initiative visant à dépasser le discours technologique pour explorer des usages concrets, créateurs de valeur et adaptés aux réalités du tissu économique national.

Décider mieux, anticiper plus loin 

Réunissant experts, décideurs et acteurs économiques, cette matinée d’échanges a permis de mettre en lumière le rôle croissant de l’IA comme levier de performance opérationnelle, d’optimisation des décisions et d’innovation. Au-delà du discours technologique, l’accent a été mis sur des applications accessibles et directement exploitables par les entreprises, quel que soit leur secteur d’activité.

Néji Ghandri, président du directoire d’Amen Bank, a dressé un constat sans détour : « Nous vivons aujourd’hui une période de transformation profonde et rapide. Les entreprises font face à une pression croissante : durcissement de la réglementation, intensification de la concurrence, exigences accrues des clients et nécessité de prendre des décisions plus rapides et plus fiables ».

Dans ce contexte, l’IA s’impose, selon lui, comme un outil stratégique capable de transformer l’information en valeur, d’anticiper les risques et de répondre de manière plus fine aux besoins spécifiques de la clientèle. Une dynamique qui s’inscrit dans un mouvement mondial d’investissement massif. D’après les estimations de Gartner, les dépenses mondiales liées à l’IA devraient dépasser 1 500 milliards de dollars en 2025, en intégrant les infrastructures, les logiciels, les modèles, le conseil et les équipements.

« Ces investissements colossaux traduisent une attente claire en matière de retour sur investissement, mais aussi la nécessité d’arbitrages économiques précis. L’industrialisation de l’IA repose en effet sur l’équilibre entre les coûts de développement des modèles, leur exploitation à grande échelle et les besoins croissants en puissance de calcul. Un enjeu qui soulève des questions centrales pour la Tunisie, notamment en matière de cloud, d’infrastructures, de souveraineté numérique et de conformité réglementaire », a expliqué M. Ghandri.

Mais au cœur de cette transformation se trouve un actif devenu stratégique : la donnée. « Qu’elle soit opérationnelle, financière, client ou sectorielle, la donnée constitue la matière première essentielle de l’intelligence artificielle. Sa qualité, sa gouvernance, sa profondeur historique et sa sécurité conditionnent directement la fiabilité des analyses et des décisions qui en découlent. À cela s’ajoutent des exigences fortes en matière de compliance, de protection des données et de cybersécurité, désormais indissociables de tout projet d’IA », a-t-il encore précisé.

Concrètement, les applications sont déjà multiples : détection de tendances comportementales grâce au machine learning, analyse automatisée des documents et des interactions clients via le traitement du langage naturel, ou encore exploitation de volumes massifs de données rendue possible par des infrastructures GPU de plus en plus performantes. 

Pour l’économie tunisienne, ces avancées ouvrent des perspectives concrètes : meilleure anticipation des attentes clients, optimisation de la performance financière, réduction des risques, soutien à l’innovation et création de nouvelles opportunités de valeur. Mais, comme l’a souligné M. Ghandri, l’IA ne génère de valeur durable que si elle est correctement gouvernée, avec une implication forte des équipes dirigeantes.

« À travers cette initiative, Amen Bank réaffirme son rôle de partenaire de long terme des entreprises tunisiennes. Un rôle qui dépasse le simple financement pour englober l’accompagnement stratégique, l’aide à la décision et la construction collective de solutions innovantes… Notre ambition est de faire de l’intelligence artificielle un catalyseur réel de transformation et de performance», a-t-il conclu, appelant à une approche pragmatique, responsable et collaborative de l’innovation.

Agir dès maintenant…

Par ailleurs, et à l’heure où l’IA générative s’invite dans tous les discours et s’impose progressivement dans les outils du quotidien, une question centrale demeure : les entreprises sont-elles prêtes à en faire un véritable levier stratégique ?

Pour Nozha Boujemaa, experte internationale en IA, la réponse est nuancée, mais lucide : l’IA ne crée de valeur que si elle est comprise, appropriée et gouvernée avec responsabilité.

En effet, l’experte a insisté sur un principe fondamental : passer du statut de simple consommateur à celui d’acteur. Une transition qui ne s’improvise pas et qui nécessite, notamment pour les entreprises qui démarrent, un accompagnement structuré. « Se faire accompagner au départ est essentiel », souligne-t-elle, plaidant pour une externalisation intelligente, encadrée par des équipes internes réellement impliquées. L’objectif n’est pas de déléguer aveuglément à des consultants, mais de comprendre, apprendre et s’approprier progressivement les usages.

Selon Mme Boujemaa, l’histoire industrielle offre un parallèle éclairant. À l’image de certains pays qui ont d’abord importé des savoir-faire avant de développer leurs propres compétences, les entreprises doivent accepter une phase d’apprentissage, tout en veillant à ne pas rester durablement dépendantes. « Il n’y a que l’entreprise elle-même qui connaît réellement ses besoins, ses contraintes et sa culture », rappelle-t-elle.

Et contrairement aux idées reçues, l’IA générative ne se limite pas à des cas d’usage spectaculaires ou futuristes. Bien au contraire. Les applications les plus répandues aujourd’hui concernent les tâches quotidiennes : veille informationnelle, synthèse de documents, génération de rapports, recommandations, aide à la décision.

Finalement et non moins important, l’experte appelle à une responsabilité collective face à un cadre encore en construction. Standards, certifications, métriques : les repères font encore défaut à l’échelle mondiale. Dans ce contexte, chaque organisation doit assumer ses choix en cohérence avec ses valeurs, ses obligations légales et son impact social.

« L’IA n’est pas une question de technologie, mais de responsabilité », conclut l’experte, appelant les entreprises à agir dès maintenant, avec discernement, pour ne pas subir demain une transformation qu’elles auraient pu anticiper.

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La Tunisie renforce sa coopération transfrontalière avec l’Italie

Depuis 2007, la Tunisie est un acteur central des programmes européens de coopération transfrontalière, tant à travers sa participation au programme bilatéral Italie–Tunisie, que dans le cadre d’une coopération à l’échelle méditerranéenne à travers les différentes éditions du programme « Bassin Maritime Méditerranée », aujourd’hui dénommé Interreg Next Med.

Forte de près de vingt années d’engagement commun, cette coopération soutient l’action conjointe entre la Tunisie et l’Union européenne et constitue aujourd’hui un levier de développement territorial, en renforçant les liens, en bâtissant des ponts de coopération et en favorisant l’échange d’expertises entre les administrations et les institutions publiques, les universités, les centres de recherche et les pôles de compétitivité, ainsi que les chambres de commerce et d’industrie, les groupements professionnels et les organisations nationales des deux rives de la Méditerranée.

À l’occasion du lancement des nouveaux projets Interreg Next financés en Tunisie, les programmes Interreg Next Med et Interreg Next Italie–Tunisie, en collaboration avec le ministère de l’Économie et de la Planification et le soutien du projet Interreg Tesim Next, organisent un événement conjoint le 28 janvier 2026, de 9h30 à 17h00, au Radisson Blu Hotel & Convention Center.

La dynamique de coopération transfrontalière entre la Tunisie et l’Union européenne se traduit aujourd’hui par des résultats significatifs.

La Tunisie compte 43 partenaires impliqués dans 37 projets Interreg Next Med et 72 partenaires engagés dans 30 projets Interreg Next Italie–Tunisie, confirmant son rôle de partenaire clé dans l’espace euro-méditerranéen.

Ces projets couvrent des thématiques stratégiques telles que les transitions verte et digitale, l’efficacité énergétique, la formation et l’inclusion sociale, la santé, l’innovation, ainsi que le développement économique local. Au total, les partenaires tunisiens des projets Next bénéficient d’une contribution financière de l’Union européenne s’élevant à 25 millions d’euros.

L’événement du 28 janvier sera l’occasion de dresser un bilan de cette coopération, d’en illustrer l’impact sur le territoire tunisien et de mettre en lumière la contribution des projets Interreg Next à la construction d’une Méditerranée plus intelligente, plus verte et plus sociale.

Les échanges permettront également d’ouvrir une réflexion sur l’avenir de la coopération transfrontalière entre la Tunisie et l’Union européenne, notamment dans la perspective du prochain cycle de programmation européen 2028–2034.

Interreg Next Med est un programme de coopération transnationale de l’Union européenne réunissant 15 pays de l’espace euro-méditerranéen. Doté d’un budget de plus de 292 millions d’euros, il soutient des projets conjoints dans des domaines clés tels que l’adaptation au changement climatique, l’innovation, l’inclusion, le développement des PME, la formation, la santé et la gouvernance locale. L’autorité de gestion du programme est la Région autonome de Sardaigne (Italie). Consultez le site web du programme pour plus d‘informations :

Le programme Interreg Next Italie–Tunisie vise à renforce la coopération transfrontalière entre la Sicile (9 provinces) et la Tunisie afin de répondre à des défis socio-économiques et environnementaux communs. Doté d’un budget de 35 millions d’euros, le programme soutient des actions en faveur de l’innovation et de la compétitivité, de la transition verte ainsi que du développement du tourisme et de la culture. L’autorité de gestion est la Région Sicile (Italie).

Les programmes Interreg NEXT sont mis en œuvre dans le cadre de l’initiative Interreg de l’Union européenne, sous la responsabilité de la Direction générale de la politique régionale et urbaine (DG Regio) de la Commission européenne.

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Crise de confiance mondiale dans les monnaies imprimables

L’accélération, sans précédent, ces dernières années de l’érosion du pouvoir d’achat est devenue une réalité quotidienne dans le monde entier. Les salaires réels progressent plus lentement que le coût de la vie, lorsque leur croissance n’est pas simplement négative, tandis que les ménages constatent que l’épargne accumulée perd continuellement de sa valeur. Pour les investisseurs de long terme, il devient clair que la monnaie ne préserve plus la valeur dans le temps. Cette inquiétude générale nourrit une remise en cause plus profonde du système monétaire contemporain, fondé sur des monnaies imprimables « à volonté », dont l’émission dépend davantage des contraintes budgétaires et financières des États que de la création de richesse réelle. Comme l’écrivait John Maynard Keynes, « la monnaie est un lien entre le présent et le futur ». Lorsque ce lien se distend, ce n’est pas seulement un mécanisme économique qui se fragilise, mais la capacité d’une société à se projeter dans le temps, à transformer l’épargne en investissement et la promesse politique en contrat crédible.

Yahya Ould Amar *

Dans ce contexte, la confiance qui soutient les monnaies fiduciaires (billets et pièces) s’effrite. La multiplication des crises, l’accumulation des dettes publiques et le recours répété à la création monétaire comme solution par défaut ont progressivement affaibli la crédibilité des promesses économiques.

Lorsque la monnaie peut être produite sans ancrage tangible et sans contrainte effective, elle cesse d’apparaître comme une réserve de valeur fiable et tend à devenir un instrument d’ajustement politique.

Cette évolution pose une question centrale pour les années à venir, un système monétaire reposant sur la capacité illimitée à actionner la planche à billets peut-il encore remplir durablement ses fonctions fondamentales, ou doit-il être réformé afin d’introduire des mécanismes de discipline capables de restaurer la confiance, de protéger l’épargne et de réancrer la monnaie dans des limites économiques crédibles ?

Quand la dette ne crée plus de richesse

L’économie mondiale a progressivement substitué à la dynamique de la croissance réelle une logique d’expansion des bilans publics et privés. La dette mondiale est estimée entre 350-355 mille milliards de dollars en ce mois de janvier 2026, représentant près de 300% du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial – une mesure de la richesse – contre environ 210 % au début des années 2000.

Dans le même temps, la croissance réelle moyenne mondiale est restée inférieure à 3 % sur la période 2015–2025, malgré des politiques monétaires exceptionnellement accommodantes.

Cette divergence se reflète dans le rendement macroéconomique de la dette. Aux États‑Unis, les données du Bureau of Economic Analysis et de la Réserve fédérale (Banque Centrale) indiquent qu’un dollar de dette supplémentaire générait en moyenne entre 0,60 et 0,70 dollar de PIB additionnel au début des années 2000, contre moins de 0,30 dollar dans la période récente. En zone euro, où la dette publique moyenne dépasse désormais 90 % du PIB, plusieurs grandes économies ont enregistré une croissance réelle annuelle inférieure à 1 % sur la dernière décennie, signalant une dissociation croissante entre accumulation financière et capacité de production réelle.

Ce phénomène s’apparente à ce que certains économistes qualifient de trappe de l’endettement, un régime dans lequel l’accumulation financière ne génère plus un surplus de capacité productive, mais alimente principalement la valorisation des actifs existants. Dans ce cadre, la croissance devient une variable résiduelle, dépendante non de l’innovation ou du capital humain, mais de la tolérance des marchés à l’expansion continue des bilans publics et monétaires.

Cette trajectoire rappelle une régularité historique en économie, lorsque le ratio de dette publique par rapport au PIB dépasse durablement certains seuils, la croissance potentielle tend à s’affaiblir de manière persistante. L’endettement cesse alors d’être un pont vers l’avenir pour devenir un héritage transmis au présent, dont le service mobilise une part croissante des ressources productives.

L’endettement comme substitut à la croissance

Depuis plus d’une décennie, l’endettement est devenu une variable d’ajustement structurelle des politiques économiques, pas pour financer des investissements productifs à long terme, mais pour stabiliser des équilibres budgétaires fragilisés par une croissance insuffisante et des dépenses publiques rigides. Cette évolution a transformé la dette en condition permanente de fonctionnement des États.

Depuis 2008, les politiques dites d’assouplissement quantitatif, qui consistent pour les banques centrales à créer de la monnaie afin de racheter massivement des obligations d’État et des actifs financiers aux banques et aux investisseurs, ont conduit à une multiplication sans précédent de la base monétaire et des agrégats de liquidité.

Aux États‑Unis, la masse monétaire M2 (billets + Pieces + Epargne liquide) a été multipliée par 3 entre 2008 et 2025, tandis que la zone euro a suivi une trajectoire comparable sous l’effet des programmes de rachats d’actifs de la Banque centrale européenne, dont le bilan est passé de moins de 2 000 milliards d’euros à plus de 7 500 milliards. Ce mécanisme a permis de maintenir des taux d’intérêt durablement bas et de contenir les crises financières en finançant des dettes, mais il a aussi réduit la capacité des autorités monétaires à intervenir autrement que par de nouvelles injections de liquidité, rendant le système financier structurellement dépendant de la création monétaire publique.

Cette évolution s’accompagne d’une dissociation croissante entre l’abondance monétaire et la performance économique réelle. Alors que la croissance mondiale est restée en moyenne inférieure à 3 % sur la période 2015-2025, la valorisation des actifs financiers et immobiliers a progressé à des rythmes nettement supérieurs, traduisant une orientation de la liquidité vers les marchés d’actifs plutôt que vers l’investissement productif. Dans plusieurs économies, l’expansion rapide de la masse monétaire a coïncidé avec une hausse du coût de la vie et une pression sur les salaires réels, sans amélioration proportionnelle de la productivité.

Selon la Banque des règlements internationaux, la part de la dette publique mondiale détenue ou refinancée indirectement par les banques centrales a atteint des niveaux historiquement élevés depuis 2020, renforçant l’interdépendance entre politiques budgétaires et politiques monétaires dans plusieurs économies.

Crise de confiance

La dissociation entre création monétaire et croissance réelle se traduit par des signaux de marché de plus en plus explicites. Entre début 2023 et janvier 2026, le prix de l’or a progressé de plus de 170%, franchissant des sommets historiques à plus de 5000 dollars l’once, tandis que l’argent a enregistré une hausse cumulée dépassant 332% sur la même période. Ces records traduisent une préférence accrue pour des actifs perçus comme des réserves de valeur face à l’érosion du pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires.

Cette dynamique se reflète également dans les stratégies officielles. Depuis 2022, les banques centrales ont acquis plus de 1 000 tonnes d’or par an, un niveau sans précédent dans l’histoire moderne. Parallèlement, plusieurs monnaies de pays émergents ont subi des dépréciations marquées face aux principales devises. Entre 2022 et 2025, plusieurs monnaies d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie ont perdu entre 20 et 40 % de leur valeur nominale, sous l’effet combiné du resserrement financier mondial, du poids de la dette extérieure libellée en devises fortes et de déficits courants persistants. Cette fragilité alimente une crainte de perte durable de pouvoir d’achat et renforce la perception d’une tension structurelle sur la crédibilité des monnaies imprimables.

Dans une perspective plus longue, ce mouvement rappelle l’observation de Fernand Braudel selon laquelle les sociétés se tournent vers des formes de richesse « hors du temps politique » lorsque la stabilité institutionnelle devient incertaine. L’or n’est alors pas seulement un actif financier, mais une référence symbolique à une valeur qui échappe aux cycles électoraux et aux arbitrages budgétaires de court terme.

Géopolitique et instabilité monétaire

La résurgence des politiques protectionnistes, la remise en cause des chaînes de valeur mondiales et l’usage des instruments commerciaux comme leviers stratégiques introduisent une incertitude durable dans les anticipations des entreprises et des investisseurs. Les annonces de barrières tarifaires, de restrictions technologiques ou de sanctions financières se traduisent par des ajustements immédiats sur les marchés de change, révélant la sensibilité accrue des monnaies aux décisions politiques.

Dans ce contexte, l’économie mondiale évolue dans un état de déséquilibre structurel marqué par une croissance potentielle affaiblie et des pressions inflationnistes sectorielles persistantes. Les monnaies fiduciaires se trouvent prises dans une triple tension, celle de l’endettement élevé des États, de la nécessité de préserver le pouvoir d’achat intérieur et de la volatilité induite par les chocs géopolitiques. Cette combinaison fragilise leur rôle de repère stable pour le commerce et l’épargne.

Le modèle monétaire fiduciaire

Le modèle monétaire fiduciaire repose sur un socle immatériel, celui de la confiance dans la solidité des institutions et la prévisibilité des politiques publiques. Lorsque cette crédibilité se fragilise, la valeur monétaire devient plus sensible aux anticipations qu’aux fondamentaux productifs. En l’absence d’ancrage tangible, l’expansion monétaire ne rencontre d’autre limite que la tolérance des agents économiques à l’inflation, à la dépréciation externe et à la volatilité financière.

La stabilité de la monnaie est une condition de la liberté économique, une monnaie imprimable donc manipulable « à volonté » affaiblit la capacité des individus à planifier, à épargner et à contracter sur le long terme. Dans cette perspective, l’instabilité monétaire ne constitue pas seulement un déséquilibre macroéconomique, mais une contrainte sur l’autonomie économique des sociétés.

Ce cadre montre un paradoxe structurel, celui d’un endettement qui progresse plus rapidement que la richesse qu’il est censé financer. La dette, soutenue par la création monétaire, permet de différer les ajustements réels mais au prix d’une pression cumulative inflationniste et sur la valeur externe des devises. À moyen terme, cette dynamique tend à déplacer le coût de l’équilibre économique vers les détenteurs de monnaie et d’épargne, à travers l’érosion du pouvoir d’achat.

Perspectives pour l’avenir des monnaies

Les évolutions récentes suggèrent que l’avenir des systèmes monétaires ne s’inscrira pas dans une rupture brutale mais dans une recomposition progressive des ancrages de confiance. Face aux limites des monnaies exclusivement fiduciaires, les États et institutions peuvent explorer des formes d’adossement partiel à des valeurs réelles, qu’il s’agisse de réserves accrues de métaux précieux, de paniers de matières premières stratégiques ou de dispositifs hybrides associant actifs réels et règles de discipline monétaire renforcées.

Cette recomposition implique également la nécessité d’instaurer des garde‑fous institutionnels empêchant le recours discrétionnaire et répété à la création monétaire, qui conduit naturellement à la dilution de la valeur de la monnaie et à un transfert progressif du coût de l’ajustement vers les détenteurs d’épargne.

La généralisation de la monnaie électronique ouvre la possibilité d’introduire des mécanismes de contrainte et de traçabilité directe sur l’expansion monétaire. Les monnaies numériques de banque centrale permettent d’associer l’émission de nouvelles unités monétaires à des règles programmées, telles que des plafonds quantitatifs ou des conditions macroéconomiques prédéfinies, rendant plus visibles et plus vérifiables les choix de politique monétaire. Cette capacité technique ne saurait toutefois se substituer à une gouvernance crédible. Sans discipline budgétaire et sans cadre institutionnel garantissant la prévisibilité des décisions, la monnaie programmable risque de devenir un outil de contrôle plus qu’un instrument de stabilité. La confiance durable ne naît pas de la technologie seule, mais de la cohérence entre règles d’émission, soutenabilité des finances publiques et responsabilité politique dans l’usage du pouvoir monétaire.

Enfin, l’avenir des monnaies imprimables touche au cœur du contrat social qui lie les États à leurs citoyens et les économies nationales au système mondial. Une monnaie est une promesse de stabilité entre le présent et l’avenir, un lien de confiance entre l’effort productif et la valeur conservée. Lorsque cette promesse est discréditée, les comportements d’épargne, d’investissement et de travail se transforment, révélant une société qui doute de la capacité de ses institutions à préserver la valeur de ce qu’elle produit.

Entre la contrainte de dettes accumulées, la fragmentation géopolitique et les limites d’une création monétaire devenue structurelle, le système fiduciaire est placé devant une exigence de réinvention.

L’enjeu est de redéfinir des cadres où la flexibilité nécessaire à la gestion des chocs s’accompagne de bornes crédibles à l’expansion monétaire. De cette capacité à réancrer la monnaie dans des règles lisibles, des institutions responsables et une discipline budgétaire durable dépend la confiance des sociétés dans la valeur du temps qu’elles investissent, des richesses qu’elles créent et de l’avenir qu’elles transmettent.

Une monnaie stable est une promesse tenue entre générations ; une monnaie instable est une dette transmise dans le temps. Un ordre monétaire qui ne parvient plus à convertir la confiance en investissement productif cesse d’être un moteur de développement pour devenir un simple mécanisme de préservation des équilibres passés, appelant, à terme, une refondation de ses principes et de sa légitimité.

* Economiste, banquier et financier.

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Saïd Mekbel | Un journalisme debout face à la peur

Plonger dans ‘‘Saïd Mekbel – Chroniques d’une vie (1963-1994)’’ (Éditions Chiheb, Alger, 2025), c’est entrer dans un monde où écrire relevait autant de courage que d’engagement. Ce livre, établi par son fils Nazim Mekbel, rassemble près de deux cents billets choisis parmi les quelque 1 500 textes écrits par Saïd Mekbel, sous les pseudonymes El Ghoul puis Mesmar Dj’ha, accompagnés de dessins, photographies et notes manuscrites, offrant une mémoire visuelle et intime de l’homme.

Djamal Guettala 

Pour ma part, j’ai reçu le livre deux jours avant ma rencontre avec Nazim Mekbel à la librairie L’île aux Mots à Marseille. Recevoir un livre édité en Algérie procure toujours une joie particulière, mais celui-ci avait une dimension intime et inédite : il m’a permis de découvrir ce que je ne connaissais pas de l’homme, ses billets écrits avant ma naissance, pendant mon enfance et ma jeunesse. Relire tout cela aujourd’hui, en tant qu’adulte contribuant moi-même comme chroniqueur au Matin d’Algérie, c’est percevoir le journalisme dans un temps où la peur et la violence façonnaient chaque mot.

La plume qui traverse le temps

Saïd Mekbel débute sa carrière à Alger Républicain, critique de cinéma, puis chroniqueur satirique. Avec la création du quotidien Le Matin, il adopte le pseudonyme Mesmar Dj’ha – le « clou qui dérange partout où il est planté ».

Son style, à la fois ironique et incisif, est illustré par la chronique suivante :

Billet choisi “Et mon stylo ?”

« Hier, dans un autobus bondé, je me trouvais debout près d’un jeune homme d’une trentaine d’années, visiblement soucieux d’impressionner une jeune fille. À un moment, il prétend être Mesmar Dj’ha, alias Saïd Mekbel, et assure user d’un pseudonyme pour publier ses billets. Pour appuyer ses dires, il énumère plusieurs titres, récite même un de mes textes. La jeune fille, surprise et admirative, lui dit qu’elle lit Mesmar Dj’ha tous les jours. Comblé, l’homme griffonne un autographe au dos d’une carte :

— « À Saïd Mekbel, fraternellement, Mesmar Dj’ha », me dit-il en me tendant la carte.

Je décline mon identité. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais à l’arrêt suivant, le prétendu admirateur accompagne la jeune fille… et emporte le stylo que j’avais posé dans ma pochette.

Le stylo, simple objet, devient symbole : celui d’une plume admirée, imitée, mais que l’on ne peut usurper. Et moi, auteur véritable, je reste spectateur de ma propre légende. »

Les carnets et les dessins

Au-delà de l’humour et de l’observation sociale, Mekbel tenait un carnet manuscrit glaçant en 1994, où il consigne les assassinats, de journalistes, d’ingénieurs, de civils :

« 27 oct 1994 : Benchour Med Salah, journaliste à l’APS, assassiné à Baraki…

18 octobre 1994 : Deux ingénieurs, un Italien et un Français assassinés dans la région de Khenchela… »

Ces listes, mécaniques et précises, racontent la terreur et le poids du quotidien. Le 3 décembre 1994, le GIA revendique son assassinat via un tract faxé à la rédaction du Matin, signé Mohammed Saïd : « Mekbel, mécréant notoire… renégat… propagandiste du pouvoir…

La plume de Saïd Mekbel illustre parfaitement la mort. Il est responsable de la mort de dizaines de milliers d’innocents. »

Dans ces carnets, les dessins prolongent la plume :

«Avril 1991 – schéma d’atome pour illustrer la logique électorale : siège de député au noyau, candidats gravitant autour.

Novembre 1990 – un couple face à la pénurie, mimant l’absurde quotidien.

Juin 1990 – critique de l’absurdité politique : « ‘voter contre sans être pour  » ou  »voter pour sans être avec » ».

Chaque croquis est une chronique graphique, un regard acéré sur la société.

L’ultime témoignage

Ironie tragique : le dernier billet, publié le jour de son assassinat, est un témoignage poignant et universel : « Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c’est lui.

Ce père qui recommande à ses enfants de ne pas dire dehors le méchant métier qu’il fait, c’est lui.

Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c’est lui…

Cet individu pris dans une rafle de quartier et qu’un coup de crosse propulse au fond du camion, c’est lui.

C’est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d’arriver à son travail. Et lui qui quitte, le soir, son travail sans être certain d’arriver à sa maison.

Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c’est lui.

C’est lui qu’on menace dans les secrets d’un cabinet officiel, le témoin qui doit ravaler ce qu’il sait, ce citoyen nu et désemparé…

Cet homme qui fait le vœu de ne pas mourir égorgé, c’est lui.

Ce cadavre sur lequel on recoud une tête décapitée, c’est lui.

C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autre que ses petits écrits, lui qui espère contre tout, parce que, n’est-ce pas, les roses poussent bien sur les tas de fumier.

Lui qui est tous ceux-là et qui est seulement journaliste. » (Saïd Mekbel, 3 décembre 1994).

Ce texte est un testament, une démonstration de courage et de lucidité, et l’ultime hommage aux victimes dont il parlait chaque jour.

Entre mémoire et présent

Le livre est également un album visuel : Mekbel enfant à l’école Maudet, Béjaïa ; à Alger Républicain avec Henri Alleg et l’équipe de journalistes ; réunions du Matin, soirées, cartes de presse depuis 1963 ; dernière photographie connue, quelques jours avant son assassinat, au restaurant El Bahdja, Alger.

Dans son épilogue, Nazim Mekbel explique sa démarche : « Le tri par thèmes, la contextualisation de chaque chronique… Un tel ouvrage n’est jamais terminé, ainsi va l’écriture de l’histoire. » Il ajoute : « Ses manuscrits du dernier trimestre 1994 apportent un éclairage précieux… Ils lèvent le voile sur son combat et sa survie en tant que citoyen et journaliste libre. »

Recevoir ce livre à Marseille, juste avant notre rencontre à la librairie L’île aux Mots, m’a rappelé que certaines plumes, une fois brisées, ne se remplacent pas. Mais elles demeurent, vivantes dans les mots, dans les billets, dans les dessins et dans le regard des lecteurs.

Relire Mekbel aujourd’hui, c’est entendre sa voix ironique et lucide, traverser l’histoire de l’Algérie contemporaine, sentir l’engagement et le courage qui continuent de nourrir le journalisme.

‘‘Saïd Mekbel – Chroniques d’une vie (1963-1994)’’ est un document vivant, un acte de mémoire et une leçon de résistance, indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à la presse, à l’histoire et à la vérité.

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