Après treize années de retrait et de silence créatif, Mohamed Ali Belkadhi a signé ce samedi 17 octobre 2026 son grand retour avec le vernissage de son exposition «Marabouts : Balade entre identité et modernité» à l’atelier-galerieEn face c’est la mer(Espace Verand’Art, 9 rue Sotusas à Salammbô). Une méditation plastique d’une grande finesse où le sacré traditionnel devient l’écrin de nos modernités profanes.Dans le Silence du Dôme en face de la mer…
Manel Albouchi
Il faut d’abord franchir le seuil et laisser le regard s’acclimater au blanc. Dans l’espace dépouillé de Verand’Art, règne une immobilité presque sacrée. Au fond, c’est l’inauguration d’une niche : l’atelier-galerie En face c’est la mer, un autel dénué de tout dogme. C’est dans cet écrin de chaux pure que se sont alignés les cadres de Mohamed Ali Belkadhi, dit Dali.
Après treize ans d’absence – ce long intervalle où mûrissent les visions profondes -, cet «artiste plasticien de l’imaginaire», Prix National de Photographie, ne revient pas pour imposer une doctrine, mais pour ouvrir des passages. Sa série «Marabouts» déploie une frise de fenêtres découpées avec une extrême délicatesse.
La coupole et le croissant
Chaque passe-partout est percé d’une arche à dôme, surmontée d’un croissant de lune. La silhouette évoque immédiatement la Koubba, ce sanctuaire maghrébin de plan carré surmonté d’une coupole. Mais, vue de près, la ligne refuse tout figement : d’un cadre à l’autre, l’arche s’adoucit, le dôme s’arrondit imperceptiblement, traduisant le geste vivant de la main qui taille le vide. Au-dessus, la lune revient, fidèle, comme pour nous rappeler la grande loi des métamorphoses : toute rencontre naît d’une éclipse, et la présence a besoin de l’absence pour advenir.
Sous ces dômes protecteurs, le beau, le bizarre et le profane célèbrent de sombres noces. Directement sur le mur blanc, les mots tracés à l’encre accompagnent chaque œuvre et en déclarent la technique : sérigraphie, photo, acrylique ou collage. L’œil voyage ainsi de la précision glacée d’un code à barres noir et blanc aux lambeaux déchirés d’une affiche, de la douceur charnelle d’Isabelle La Belle nue sous des zébrures graphiques à la convulsion d’une géométrie noire sous un rouge sang névrotique. Et tout au bout, l’urgence éthique s’impose comme un cri vif jeté face à la mer : Free Palestine.
Au-dessus du bruit
La force singulière de cette exposition réside dans sa capacité de juxtaposition : l’architecture sacrée du marabout devient la demeure du profane. Quel art subtil que celui qui sait enfermer la modernité la plus brutale (la consommation, la rue, le désir, le bruit social et les luttes politiques) dans le contenant rassurant de la tradition !
À première vue, l’exposition ausculte le monde contemporain et ses frictions. Mais à mesurer l’apaisement qui se dégage du lieu, on comprend que l’arche agit aussi comme une enveloppe psychique, un cadre contenant capable d’accueillir le chaos sans jamais rompre.
Dali Belkadhi nous montre avec ces Marabouts que si l’architecture extérieure de l’être est une façade presque fixe, son sanctuaire intime demeure un univers infini où le profane et le sacré ne s’opposent plus, mais contemplent ensemble le même horizon. L’artiste ne cherche pas à fuir la laideur ou le bruit du siècle ; il les transfigure.
Ce long silence prend alors tout son sens : il fallait ce temps de retrait pour transformer le flux impétueux de la vie en une forme sereine.
La moitié des terres agricoles arables en Ukraine ont été bradées, à des oligarques ukrainiens et à des entreprises occidentales, notamment européennes. On comprend mieux, en sachant cela, les raisons de l’obstination desÉtats de l’Union européenne (UE) à poursuivre la guerre entre l’Ukraine et la Russie, tant que ce sont les Ukrainiens qui meurent sous les bombes russes et qui voient leur pays détruit.
Habib Glenza, à Lödz.
Deux rapports secrets, le premier de The Oakland Institute et le second la chaîne Telegram ukrainienne, Rezident, ont révélé que la moitié des terres agricoles arables en Ukraine ont été bradées au profit d’oligarques ukrainiens et d’entreprises occidentales, notamment européennes, ce qui explique les vraies raisons de la poursuite du conflit russo-ukrainien et surtout de l’opposition des pays de l’UE à la paix en Ukraine. En effet, la défaite de l’Ukraine suite à un arrangement entre Poutine et Trump signifierait une perte des terres bradées à des entreprises européennes. Aussi l’UE mise-t-elle sur une victoire de l’Ukraine pour préserver les intérêts des entreprises européennes dans ce pays. Par conséquent, l’UE s’endette pour soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Cependant vaincre un pays très vaste qui compte 17 millions de km2 et qui possède un arsenal nucléaire de plus de 6000 ogives est utopique.
La Russie possède un complexe militaire qui fabrique toutes ses armes grâce à une énergie abondante et bon marché et à ses propres usines d’acier, contrairement à l’Ukraine qui dépend entièrement de l’aide militaire occidentale et surtout des armes et du système satellitaire américain Starlink. Sans l’aide financière et militaire des pays occidentaux, l’Ukraine s’effondrerait au bout des quelques mois
Contrairement aux politiciens européens, Donald Trump a finalement compris que le conflit russo-ukrainien ne rapporte aux États-Unis que des dépenses, évaluées jusqu’à ce jour à plus de 150 milliards de dollars, entre-temps l’économie chinoise avance à pas de géant sans que la Chine tire une seule cartouche. Pour lui, l’intérêt américain passe avant tout.
Des terres agricoles cédées par l’Etat à des investisseurs étrangers à bas prix
Les législateurs ukrainiens ont permis la vente de terres agricoles à des investisseurs étrangers sans restriction, permettant désormais aux entreprises et aux particuliers étrangers de devenir propriétaires d’une part importante des terres arables du pays, rapporte la chaîne Telegram ukrainienne Rezident. Il est déjà connu que trois entreprises ont acquis 17 millions d’hectares de terres ukrainiennes, soit plus de la moitié de toutes les terres agricoles du pays (42,7 millions d’hectares). Sachant que les terres en temps de guerre sont vendues à des entreprises étrangères à des prix considérablement réduits.
«En fin de compte, voilà ce que nous avons aujourd’hui : plus de la moitié des terres arables ukrainiennes ont été bradées à des entreprises étrangères, car c’est, premièrement, l’un des rares actifs qui peut rapporter un peu d’argent, et deuxièmement, cela garantit que les entreprises feront du lobbying pour leurs actifs auprès des gouvernements occidentaux. Même si l’on suppose hypothétiquement que le conflit cesse maintenant, l’Ukraine a déjà cessé d’être la propriétaire de ses terres. Ce qui se passe est une méthode purement coloniale, caractéristique du monde occidental», résume la chaîne Rezident.
En Ukraine, Volodymyr Zelensky a pris ses fonctions de Premier ministre en mai 2019, peu de temps après l’approbation de la loi originaire de la réforme agraire de mars 2019, ce qui a permis la vente de terres agricoles mais n’a pas envisagé d’acquisition ou de transfert aux paysans. Sous son mandat, il a assoupli la «Loi de réforme agraire» en juillet 2021, permettant aux particuliers d’acheter des terres agricoles, qui représentent 70 % du pays et qui sont des plus fertiles au monde. Il a permis également la vente de «terre noire» (engrais favorable à l’environnement, qui empêche le compactage du sol, etc.). De plus, la loi définit que seuls les particuliers peuvent acheter jusqu’à 100 hectares. La Banque mondiale et le FMI ont fait pression pour que les terres puissent être acquises par des étrangers, ce qui permettrait à l’Ukraine de bénéficier de futurs prêts.
Le gouvernement de Zelensky a développé la deuxième étape de la réforme agraire, en janvier 2024, sous cette pression, permettant aux investisseurs individuels et aux entreprises étrangères d’acheter jusqu’à 10 000 hectares de terres. Ceci a suscité de vives critiques, principalement de la part d’agriculteurs de taille moyenne en Ukraine. Ils soutiennent qu’une grande partie du territoire est entre les mains de citoyens et d’entreprises étrangères (Monsanto, Dupont, Cargill, Black Rock, Blackstone et autres), pouvant être source d’incertitudes quant à l’avenir de l’État, à son intégrité territoriale et aux intérêts des gens ordinaires, puisque l’agriculture joue un rôle important dans l’économie de l’Ukraine.
Cela pourrait conduire à une réduction de la place de l’agriculture dans l’économie du pays, à une perte d’emplois, à un déplacement de la population de son habitat, à la détérioration économique et au manque de contrôle de la part de l’État sur la gestion de la terre. D’autre part, les investisseurs étrangers n’y voient que leurs avantages et leurs bénéfices, mais de telles transactions peuvent générer des conséquences dangereuses pour le pays.
Un autre problème central serait la perte de contrôle des ressources stratégiques de l’État. La terre a non seulement une valeur historique et culturelle, mais c’est aussi le facteur de production le plus important, qui a une relation directe avec l’économie nationale et la garantie de la sécurité alimentaire du pays.
La plupart des détracteurs de cette deuxième étape de la réforme agraire, qui permet la vente des terres à des étrangers, souligne la nécessité d’établir des mécanismes de contrôle et des restrictions strictes pour défendre les intérêts du pays. De l’avis de ces détracteurs, l’achat de terrains par des étrangers peut conduire à la désintégration de la société ukrainienne.
Les plus grands détenteurs de terres sont un mélange d’oligarques locaux et d’intérêts étrangers, principalement européens et nord-américains. Ces entreprises sont généralement des holdings qui gèrent leurs activités par l’intermédiaire de filiales locales.
Les oligarques:
• Avec 582 062 hectares, c’est Kernel qui détient le plus de terres et est également le plus grand producteur et exportateur d’huile de tournesol. Son propriétaire, Andriy Verevskyi, est la 16ᵉ personne la plus riche d’Ukraine.
• UkrLandFarming vient en seconde place avec 403 370 hectares. Fondée par l’oligarque Oleg Bakhmatyuk, qui était la 28ᵉ personne la plus riche d’Ukraine en 2016 et qui a depuis perdu une grande partie de ses terres et de ses biens à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie. Sa société est spécialisée dans la production de céréales, d’œufs, de lait et de viande.
• En troisième position, avec 360 238 hectares, MHP est le plus grand producteur et exportateur de poulets en Ukraine. La société a été fondée par son PDG actuel, Yuriy Kosyuk, la dixième personne la plus riche du pays.
• Avec 264 270 hectares, Astara est le plus grand producteur de sucre d’Ukraine et est également actif dans la production de lait industriel et la transformation du soja. Son fondateur et actuel PDG, Viktor Ivanchuk, est la 95ᵉ personne la plus riche du pays.
• Le fondateur de Nibulon, Oleksiy Vadatursky, était la 24ᵉ personne la plus riche d’Ukraine, mais il est décédé en juillet 2022 à la suite d’un tir de missile russe. Nibulon cultive des céréales pour l’exportation sur 82 500 hectares.
• System Capital Management (SCM) est une importante holding financière et industrielle contrôlée par l’homme le plus riche d’Ukraine, Rinat Akhmetov. SCM possède plusieurs filiales agricoles, notamment HarvEst, qui produit du blé, du tournesol, des légumineuses, du maïs et du bétail. L’entreprise gère 26 000 hectares de terres, ayant perdu le contrôle de plus de 100 000 hectares à cause de la guerre.
Les entreprises étrangères:
Plusieurs entreprises étrangères contrôlent de grandes surfaces agricoles dans le pays. Les trois plus importantes sont :
• NCH Capital, une société de capital-investissement basée aux États-Unis qui investit pour le compte d’importants fonds de pension américains, de dotations universitaires et de fondations. C’est le cinquième plus grand détenteur foncier du pays, avec 290 749 hectares, et opère en Ukraine par l’intermédiaire de la société AgroProsperis.
• PIF Saudi, détenue par le Fonds souverain d’Arabie saoudite, exploite 228 654 hectares par l’intermédiaire de la Saudi Agriculture and Livestock Investment Company (“Salic”) et de sa filiale ukrainienne, Continental Farmers Group.
• TNA Corporate Solutions, une autre société basée aux États-Unis, appartient à l’homme d’affaires américain Nicholas Piazza. Elle contrôle 295 624 hectares par l’intermédiaire de plusieurs filiales, dont Pivden Agro Invest, Podillya Agroprodukt, Hetmanski et Prydniprovske. La plupart des terres louées par la TNA proviennent de transferts effectués ces dernières années par UkrLandFarming.
Les actionnaires étrangers associés aux oligarques :
• NN Investment Partners Holdings N.V. est une société d’investissement privée basée aux Pays-Bas, qui détient des parts dans Kernel et Astarta. En avril 2022, elle a été rachetée par la banque d’investissement américaine Goldman Sachs et a été regroupée avec Goldman Sachs Asset Management. Au fil des ans, Goldman Sachs a été impliquée dans une série de controverses, notamment en jouant un rôle central dans la crise financière de 2008, et en prenant part au scandale de corruption 1MDB, d’une valeur de plusieurs milliards d’euros.
• Kopernik Global Investors LLC est une société d’investissement privée basée aux États-Unis qui gère 4,97 milliards de dollars d’actifs. Elle détient des parts dans Kernel, MHP et Astarta. Elle est le troisième investisseur privé en Ukraine en 2020. Gestionnaire de fonds «à contre-courant», elle est spécialisée dans la recherche d’entreprises à travers le monde qu’elle considère comme sous-évaluées dans des contextes marqués par l’instabilité politique et économique.
• Heptagon Capital LLP est une société d’investissement privée basée à Londres, qui gère 12,36 milliards de dollars d’actifs. Elle détient des actions de Kernel, MHP et Astarta. Avec Kopernik Global Investors LLC, elle gère le Kopernik Global All-Cap Equity Fund, qui détient des participations dans l’agriculture, la production d’huile de palme, l’extraction d’or et d’argent, la production d’uranium et le gaz naturel.
• Norges Bank Investment Management possède des parts dans Kernel et MHP. Elle gère le Norwegian Government Pension Fund Global – également connu sous le nom de Oil Fund – qui est le fonds souverain de la Norvège. Avec plus de 1,4 trillion de dollars d’actifs, elle est le plus grand propriétaire individuel du marché boursier mondial, contrôlant 1,5 % de toutes les actions des sociétés cotées en bourse dans le monde. En 2020, Norges Bank Investment Management était le quatrième investisseur en Ukraine.
• Hamblin Watsa Investment Counsel Ltd est une filiale à 100 % de Fairfax Financial Holdings Ltd, une société de gestion financière basée à Toronto. Détenant près de 31 % des actions d’Astarta, elle est le plus grand actionnaire de l’entreprise après son fondateur, ce qui lui confère un pouvoir important dans l’entreprise. Fairfax Financial Holdings Ltd. contrôle également 70 % de FFH Ukraine, la société holding de trois compagnies d’assurance ukrainiennes, et détient une part de 10 % dans Ovostar Union, un producteur d’œufs ukrainien.
• La société américaine de capital-investissement NCH Capital a été fondée en 1993 par George Rohr et Morris Tabacinic, deux hommes d’affaires américains fortement impliqués dans la frénésie de privatisation qui a suivi l’effondrement de l’Union soviétique. Ils ont créé une série de fonds pour louer ou acheter à bas prix des fermes dans la région, dans le but de les regrouper pour en faire de grandes exploitations de céréales et de soja. Ils ont ainsi réussi à constituer une banque de terres de 700 000 hectares en Ukraine et en Russie. Après avoir obtenu des investissements de la part d’institutions financières occidentales de premier plan, elle a fait transiter ces fonds par des sociétés offshore situées dans des paradis fiscaux tels que Chypre et les îles Caïmans, et par des joint-ventures avec des entreprises locales afin de s’approprier les terres. L’entreprise est accusée d’acquisition illégale de terres, d’évasion fiscale et d’activités financières illicites. NCH Capital a joué un rôle clé dans la promotion de la réforme agraire en Ukraine : en 2015, son fondateur et PDG George Rohr a participé aux réunions de haut niveau impliquant le président ukrainien et le secrétaire américain au Commerce qui ont conduit l’Ukraine à accepter un plan de réforme du FMI, comme condition à deux garanties de prêt d’un milliard de dollars du gouvernement américain
Alors que la Tunisie traverse une phase critique de restructuration institutionnelle et macroéconomique, sa vulnérabilité stratégique est exacerbée par les pressions multidirectionnelles de ses voisins terrestres. De l’Uti Possidetis Juris à l’asymétrie prétorienne : pourquoi le paradigme militaro-rentier condamne l’intégration de l’espace maghrébins de Casablanca à Tobrouk.
Elyes Kasri *
La Tunisie est prise en étau entre deux faillites structurelles distinctes mais tout aussi corrosives : à l’est, la déliquescence d’un modèle de non-État libyen miné par les factions, et à l’ouest, un État militaro-sécuritaire algérien rigidifié, dont la survie systémique dépend de l’invocation permanente du mythe de l’ennemi extérieur pour masquer la confiscation des libertés publiques et la spoliation des richesses de son propre peuple.
Dans cette configuration, la principale menace pour Tunis n’est pas uniquement d’ordre conventionnel, mais idéologique. C’est la pénétration de cet anti-modèle, de part et d’autre des frontières terrestres, qui vient chahuter le discours politique national et obscurcir la rationalité des arbitrages macroéconomiques et démocratiques que la Tunisie doit impérativement opérer pour préserver son autonomie et sa survie.
Privée par le découpage territorial colonial de richesses naturelles assurant sa résilience face à la tempête qui pointe à l’horizon, la Tunisie est dans l’obligation vitale de neutraliser ces influences afin de maintenir une gouvernance civile ouverte et une flexibilité économique, seules variables d’ajustement et de survie viables.
En science politique, la paralysie de l’Afrique du Nord répond au concept de «Non-Maghreb», un cas d’école où les choix souverains des régimes bloquent l’émergence d’un marché commun.
Cette intégration régionale est aujourd’hui une impossibilité systémique, car la direction militaro-politique algérienne, à l’instar des structures de pouvoir libyennes, a érigé le dilemme de sécurité, l’hégémonisme et l’opacité frontalière en vecteurs de survie systémique.
Ce verrouillage institutionnel condamne à l’immobilité un espace géographique prédisposé à former un continuum d’intégration transnationale, s’étendant de Casablanca jusqu’à Tobrouk, l’avant-poste oriental de la Cyrénaïque.
La mise en commun des ressources face à la captation de la rente
En théorie des relations internationales, le succès de l’Union européenne valide les thèses du libéralisme institutionnel. En 1951, la création de la Ceca par la France et l’Allemagne a transféré la souveraineté du charbon et de l’acier à une autorité supranationale, neutralisant le potentiel belligène de ces ressources pour en faire des biens publics régionaux.
À l’opposé, les élites militaro-politiques issues des découpages coloniaux en Afrique du Nord appréhendent leurs territoires et les gisements du Sahara comme un «butin de guerre» exclusif. La nomenclature militaire refuse toute délégation de souveraineté ou synergie multilatérale qui introduirait de la transparence douanière. La rente énergétique doit demeurer centralisée afin de consolider les circuits de redistribution clientélistes, de financer l’appareil de coercition et d’assurer le contrôle social.
L’autoritarisme rentier d’Alger et de Tripoli
L’examen en politique comparée de l’Algérie et de la Libye révèle des homologies structurales frappantes, nées d’une même culture institutionnelle.
Des constructions territoriales ex nihilo : les deux entités ont été unifiées administrativement par les puissances coloniales (la France pour l’Algérie, l’Italie pour la Libye), agglomérant des régions historiques dotées de dynamiques propres.
Le syndrome hollandais et la déliquescence institutionnelle : sous le régime militaire de Mouammar Kadhafi, la Libye a poussé à l’extrême la logique de l’État rentier. L’afflux des capitaux pétroliers a servi à financer des réseaux d’allégeance tribaux et des interventions subversives extérieures, au détriment de l’édification d’institutions étatiques pérennes ou d’un tissu économique diversifié.
La doctrine de l’hégémonisme asymétrique : pour Tripoli comme pour Alger, l’intégration régionale n’a jamais été conçue sous l’angle de la coopération horizontale, mais comme un instrument de projection de puissance. Cette vision conflictuelle a systématiquement torpillé les mécanismes multilatéraux de l’Union du Maghreb Arabe (Uma) dès lors que les décisions échappaient aux impératifs de ces deux régimes.
La Tunisie, victime de spoliation territoriale et d’actes de déstabilisation
Dans cette configuration géopolitique, la Tunisie subit de plein fouet les externalités négatives de ce voisinage rentier. Historiquement, le pays a été privé de territoires stratégiques riches en ressources hydriques et en hydrocarbures par des voisins agissant en conservateurs stricts des tracés coloniaux les plus avantageux.
Au-delà de ce préjudice territorial, la Tunisie a fait l’objet de manœuvres récurrentes de déstabilisation visant à entraver l’émergence d’un modèle politique civil et autonome. Le complot terroriste de Gafsa en janvier 1980 illustre parfaitement cette hostilité structurelle. Pour les oligarchies prétoriennes environnantes, la stabilité et l’ancrage institutionnel de l’État tunisien ont régulièrement été perçus comme une menace pour leur propre monopole narratif.
L’émergence des «zones de non-État»
La détérioration sécuritaire des confins sahariens dresse un réquisitoire contre le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation (uti possidetis juris), adopté par l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 1964. Conçu pour figer les tracés coloniaux et prévenir les conflits, ce dogme juridique sert aujourd’hui, en plus du blanchiment du pillage colonial, de couverture à une faillite de la souveraineté empirique.
D’un côté, les périphéries frontalières avec la Libye et l’Algerie se sont muées en «zones de non-État», caractérisées par une absence de gouvernance civile et de services publics. Ce vide institutionnel favorise le développement d’une contrebande systémique (carburants, substances psychotropes) qui altère les équilibres douaniers et économiques des pays limitrophes.
Pour sa part, la Libye post-2011 expose la phase terminale de cette déliquescence : l’effondrement du pouvoir centralisé a conduit à une implosion systémique, morcelant le territoire en fiefs contrôlés par des milices et des seigneurs de guerre rivalisant pour la captation de la rente. Les frontières coloniales y ont perdu leur fonction de filtrage, devenant des espaces de transit pour la criminalité transnationale et la prolifération d’armements vers le Sahel et le Maghreb central.
L’externalisation des flux migratoires comme arme géopolitique
Cette absence de coopération se manifeste également dans la gestion des flux migratoires. En l’absence de structures multilatérales de régulation, la Libye des factions et l’Algérie rentière appréhendent les dynamiques migratoires subsahariennes à travers le prisme du fait accompli et de la contrainte asymétrique.
L’expulsion systématique et unilatérale de contingents de migrants par l’appareil sécuritaire algérien vers les frontières tunisiennes, couplée aux réseaux de traite humaine tolérés en territoire libyen, s’apparente à une stratégie d’externalisation des tensions d’infrastructure. Ces pratiques saturent les capacités d’accueil de la Tunisie et importent artificiellement des crises humanitaires et sécuritaires exogènes dans son espace domestique.
La variable démocratique comme condition de l’intégration
Après un demi-siècle d’échecs et de revers qui font du Maghreb la région la plus dysfonctionnelle du continent africain et du monde, force est d’admettre que l’intégration régionale requiert comme une condition sine qua non une homogénéité des régimes politiques, fondée sur l’État de droit, la séparation des pouvoirs et la responsabilité des gouvernants devant le souverain populaire.
Ainsi, le blocage du Maghreb relève plutôt d’une incompatibilité systémique. Qu’il s’agisse de l’autoritarisme prétorien à Alger ou du vide institutionnel milicien à Tripoli, ces régimes dépendent du maintien d’un état de tension permanent et de l’invocation d’un péril extérieur pour légitimer leur contrôle sur l’allocation des ressources.
Pour la Tunisie, s’aligner sur des mécanismes de repli autoritaire sous l’influence de cet anti-modèle environnant serait une erreur stratégique majeure.
L’avenir de Tunis dépend de sa capacité à préserver son capital institutionnel et sa connectivité internationale, afin de se positionner comme le pivot d’une future refondation multilatérale, le jour où les conditions d’une transition démocratique seront réunies de Casablanca à Tobrouk.
Tunis comme vigie du continuum maghrébin
La paralysie de l’axe Casablanca-Tobrouk démontre ainsi que le «Non-Maghreb» n’est pas une fatalité géographique, mais le produit d’un verrouillage doctrinaire. Elle valide un axiome fondamental de la science politique contemporaine : l’homogénéité démocratique est le préalable absolu à tout édifice régional durable.
Sans institutions transparentes, sans reddition de comptes et sans une souveraineté rendue aux citoyens, les traités interétatiques ne sont que des chiffons de papier condamnés à être déchirés par les paranoïas sécuritaires et les calculs des oligarchies rentières. L’histoire européenne l’a prouvé ; le drame maghrébin le confirme.
Céder à la tentation de cet anti-modèle — qu’il prenne les traits du chaos milicien ou de la rigidité despotique et kleptocrate militaro-sécuritaire — reviendrait pour la Tunisie à importer une faillite annoncée.
En dépit des contingences inhérentes à son parcours, des turbulences de sa transition et des complexités de sa quête démocratique actuelle, la Tunisie ne doit pas abdiquer. Elle conserve, de par sa profondeur historique et ses acquis sociétaux, un rôle naturel de vigie civilisationnelle et démocratique en Afrique du Nord.
Face à cet étau rentier et autoritaire, la Tunisie doit opposer l’asymétrie de sa propre force : celle d’un État civil résolu, d’un capital humain agile et d’une connectivité internationale assumée.
C’est en prédisposant son exception institutionnelle et en refusant la contagion du repli que Tunis se positionnera non pas comme une victime passive de son voisinage, mais comme le phare intellectuel et le pivot incontournable de la future refondation du Maghreb. Le jour où les peuples briseront enfin leurs chaînes autoritaires, c’est vers cette vigie qu’ils se tourneront pour réinventer l’union tant rêvée par plusieurs générations maghrébines.
Mohsen Marzouk a annoncé hier, samedi 17 octobre 2026, dans un poste Facebook, le décès de sa mère, Salha El Abdi, «le grand olivier qui nous a nourris de son huile, nous a protégés des loups de la nuit, nous a appris le principe et la connaissance et nous a hissés sur la colline pour qu’on ne perde pas la voie du soleil», a-t-il écrit sur le ton de la poésie, l‘affaire de sa vie à côté de la politique.
«Elle est décédée paisiblement dans son sommeil au terme d’une vie entièrement vouée au combat qu’elle a mené seule, entourée de ses trois enfants, après le décès de son époux alors qu’elle n’avait pas atteint ses trente ans», écrit encore l’ancien ministre-conseiller politique au cabinet du président Béji Caïd Essebsi, fondateur et président du parti Machrou Tounes. «Je ne serais pas à ses côtés pour creuser la terre avec mes mains et la livrer à la poussière et à l’obscurité, mais elle ne sera pas seule, puisqu’elle sera entourée de Rakia et Sarhane», son frère et sa sœur qui accompagneront la défunte à sa dernière demeure.
Marzouk a voulu rappeler ainsi qu’il a quitté la Tunisie au lendemain de la prise de pouvoir de Kaïs Saïed et le début des procès politiques et qu’il vit aujourd’hui en exil, à l’instar de nombreux anciens responsables politiques tunisiens.
Aujourd’hui, j’ai envie de rendre hommage à un homme. Un homme comme on en rencontre de moins en moins. Un homme qui, à lui seul, semble porter l’énergie, la passion, l’enthousiasme et l’obstination de toute une génération. Si Hamadi Kedidi. Et, à travers lui, un hommage est rendu à ceux qui refusent de laisser mourir la culture….
Hichem Ben Azzouz *
Je ne l’ai connu personnellement que très récemment. Pourtant, son nom, son aura, sa réputation m’étaient parvenus bien des années auparavant, à travers les conversations de quelques intellectuels, artistes et amis de Sousse. On me parlait de cet homme infatigable, toujours présent, toujours à l’initiative de quelque chose, toujours occupé à réunir des gens, à organiser une rencontre, une conférence, une projection, un débat, une manifestation culturelle. Un homme qui ne s’arrête jamais. Et lorsque j’ai enfin fait sa connaissance, j’ai compris que sa réputation était encore en deçà de la réalité.
Car Si Hamadi est de cette espèce humaine devenue presque introuvable ; les agitateurs culturels, les éveilleurs de consciences, les passeurs de savoir, les semeurs d’idées, les rassembleurs de bonnes volontés, les militants de l’intelligence et de la beauté. Il est tout cela à la fois. Animateur, organisateur, provocateur d’idées, agitateur de consciences, militant passionné, homme de dialogue, de rencontres, de transmission, de mémoire et d’avenir.
Homme de dialogue, de rencontres et de transmission
Il est partout. À Sousse, bien sûr, mais son engagement déborde largement les frontières de sa ville. Car la culture, pour lui, n’a jamais été une affaire de territoire, de prestige ou de mondanités. Elle est une manière d’habiter le monde. Une manière de résister. Une manière de rester vivant. Et surtout, une manière de ne pas laisser les autres s’endormir.
Si Hamadi me rappelle ma jeunesse. Cette époque lointaine où, jeune étudiant, je croyais profondément que l’engagement culturel pouvait transformer la société, peut-être davantage encore que l’engagement politique. Nous pensions alors qu’un livre pouvait ouvrir une brèche dans un mur. Qu’un film pouvait bouleverser une conscience. Qu’une pièce de théâtre pouvait déranger un pouvoir. Qu’un débat pouvait faire vaciller les certitudes les mieux installées. Nous croyions que la culture n’était pas un luxe réservé à quelques privilégiés, mais une nécessité vitale, aussi essentielle que le pain, la liberté ou la dignité. Nous avions cette naïveté magnifique de croire que les idées pouvaient changer le monde.
Puis les années ont passé. Les enthousiasmes se sont émoussés. Les idéaux ont rencontré les désillusions. Les engagements se sont heurtés aux indifférences, aux calculs, aux renoncements, aux petites lâchetés quotidiennes. Nous avons vu tant de militants se fatiguer, tant d’intellectuels se retirer, tant de voix se taire. Nous avons vu la culture devenir parfois un simple décor, une activité de circonstance, une affaire de cérémonies, de discours officiels et de photographies. Nous avons vu les institutions s’essouffler, les responsables se dérober, les bonnes volontés se décourager. Et nous avons fini, pour beaucoup d’entre nous, par nous résigner un peu.
Il continue alors que tant d’autres ont baissé les bras
Pas lui. Si Hamadi, lui, continue. Il continue malgré les années, malgré les difficultés, malgré les déceptions, malgré les portes fermées, malgré les promesses non tenues, malgré l’indifférence de ceux qui devraient être les premiers à soutenir ses initiatives. Il continue malgré les absences, les pertes, les départs, les démissions. Il continue malgré cette froideur terrible qui gagne parfois nos sociétés, lorsque chacun se replie sur ses préoccupations, ses intérêts, son petit confort personnel. Il continue alors que tant d’autres ont baissé les bras. Il continue avec une énergie qui semble défier le temps, avec l’enthousiasme d’un étudiant de vingt ans, avec la ferveur d’un jeune militant qui viendrait de découvrir que le monde peut encore être changé.
Et c’est peut-être cela qui me touche le plus chez cet homme. Il n’a pas laissé les années vieillir ses convictions. Il n’a pas laissé les désillusions tuer son enthousiasme. Il n’a pas laissé la médiocrité ambiante lui dicter sa conduite. Il n’a pas laissé le cynisme devenir une forme de sagesse. Car il existe une fatigue plus grave que celle du corps ; c’est celle de l’âme. Cette fatigue qui nous fait dire, un jour, que cela ne sert plus à rien, que les gens ne changent pas, que personne ne s’intéresse plus à rien, qu’il vaut mieux s’occuper de soi et laisser le monde suivre son cours. Si Hamadi semble avoir décidé de ne jamais céder à cette fatigue-là. Et quelle leçon !
Dans une époque où l’on confond si souvent visibilité et engagement, notoriété et mérite, agitation médiatique et véritable action culturelle, cet homme nous rappelle une vérité simple ; que la culture ne vit pas seulement grâce aux artistes, aux écrivains ou aux intellectuels. Elle vit aussi grâce à ceux qui leur ouvrent des portes, leur tendent une chaise, leur offrent un public, organisent une rencontre, allument une lumière dans une salle et invitent les autres à venir écouter. Ces hommes-là sont indispensables. Et pourtant, on parle si peu d’eux. Ils ne sont pas toujours sur les affiches. Ils ne reçoivent pas nécessairement les distinctions. Ils ne cherchent pas forcément à occuper le devant de la scène. Mais sans eux, combien de livres resteraient fermés ? Combien de films ne seraient jamais projetés ? Combien d’idées ne rencontreraient jamais leur public ? Combien de jeunes talents demeureraient invisibles ?
Un bâtisseur de l’ombre qui rend la lumière possible
Si Hamadi appartient à cette famille des bâtisseurs de l’ombre qui rendent la lumière possible. Et je voudrais aujourd’hui lui dire combien son engagement me touche personnellement. Non seulement parce que je suis écrivain et cinéaste, et que je mesure ce que nous devons à ces passeurs passionnés. Mais aussi parce qu’il me réconcilie avec quelque chose que je croyais avoir perdu en chemin. Une certaine idée de la culture. Une certaine idée du militantisme. Une certaine idée de la générosité humaine. Cette conviction ancienne que l’on peut encore agir sans attendre de récompense, donner sans calculer, rassembler sans exclure, transmettre sans posséder. Que l’on peut consacrer une grande partie de son existence à faire vivre les idées des autres, simplement parce qu’on croit à leur nécessité. Et qu’il existe une forme de bonheur, peut-être la plus noble, à voir les autres penser, créer, découvrir, s’émouvoir.
Cher Si Hamadi, je ne connais pas encore toute votre histoire. Je ne connais pas toutes les batailles que vous avez menées, toutes les déceptions que vous avez traversées, toutes les nuits passées à préparer des manifestations auxquelles certains ne prendront même pas la peine d’assister. Je ne connais pas le nombre de portes auxquelles vous avez frappé, de coups de téléphone passés, de rendez-vous sollicités, de refus essuyés. Mais j’en devine quelque chose. Parce que je sais ce qu’il faut de patience, d’obstination, de courage et, surtout, d’amour pour continuer à croire en la culture lorsque tant de choses autour de nous semblent conspirer contre elle.
Et je voudrais vous dire ceci : vous faites partie de ces hommes qui empêchent une société de mourir intérieurement. On mesure souvent la vitalité d’un pays à ses routes, à ses bâtiments, à ses investissements, à ses performances économiques. On oublie qu’un pays peut posséder tout cela et être profondément pauvre. Pauvre de pensée. Pauvre d’imagination. Pauvre de curiosité. Pauvre de débats. Pauvre de cette capacité à s’émerveiller, à se remettre en question, à rencontrer l’autre. Et inversement, une société peut traverser les pires difficultés et conserver une extraordinaire vitalité grâce à quelques hommes et femmes qui refusent de laisser s’éteindre ses foyers de culture.
Gardiens d’u feu d’un fragile menacé par les vents contraires
Vous êtes, cher Si Hamadi, l’un de ces gardiens du feu. Un feu modeste parfois, fragile souvent, menacé par les vents contraires, mais que vous continuez d’alimenter avec une fidélité admirable. Je me demande même si le véritable militantisme n’est pas finalement celui-là ; non pas celui qui prétend changer le monde en un jour, mais celui qui, jour après jour, pendant des décennies, refuse simplement de l’abandonner.
Vous me rappelez qu’il n’est jamais trop tard pour croire encore. Qu’on peut vieillir sans devenir vieux. Qu’on peut avoir traversé tant d’épreuves sans perdre le goût des autres. Qu’on peut continuer à s’indigner, à s’enthousiasmer, à proposer, à inventer, à réunir, à rêver. Et surtout, qu’on peut rester jeune non pas malgré les années, mais grâce à ce que l’on a su préserver en soi.
Alors aujourd’hui, je voulais simplement vous dire merci. Merci pour Sousse. Merci pour la Tunisie. Merci pour les artistes, les écrivains, les cinéastes, les intellectuels, les jeunes et les moins jeunes que vous continuez de réunir autour de cette chose si fragile et si précieuse qu’on appelle la culture. Merci de nous rappeler, par votre exemple, que l’engagement n’est pas une posture, encore moins une profession de foi, mais une fidélité quotidienne à ce que l’on croit juste et nécessaire. Merci de ne pas avoir démissionné. Merci de ne pas avoir cédé. Merci de continuer à croire, même lorsque tant d’autres ne croient plus.
Chapeau bas, Si Hamadi. Très bas. Et permettez-moi de terminer par un vœu. Que la vie vous soit douce. Qu’elle vous rende un peu de tout ce que vous avez donné aux autres. Qu’elle vous épargne autant que possible les peines, les désillusions et les ingratitudes. Qu’elle vous offre encore de longues années de santé, de rencontres, de découvertes, de livres, de films, de débats passionnés et de salles pleines. Et surtout, qu’elle vous conserve cette jeunesse intérieure que tant d’hommes perdent bien avant d’avoir vieilli.
Car notre pays a besoin de gens comme vous. Pas seulement pour organiser des événements culturels. Mais pour nous rappeler que la résignation n’est pas une fatalité, que l’indifférence n’est pas une sagesse et que l’espérance demeure, elle aussi, une forme d’engagement.
Je ne vous connais que depuis peu, cher Si Hamadi, mais j’ai l’étrange sentiment de retrouver en vous un vieux compagnon de cette jeunesse où nous pensions encore que la culture pouvait sauver quelque chose du monde. Peut-être avions-nous tort de croire qu’elle pouvait le changer. Mais vous me rappelez aujourd’hui que nous aurions encore davantage tort de cesser d’y croire.
Avec toute mon admiration, mon affection et ma profonde reconnaissance.
* Romancier. Prix Comar d’or du roman tunisien 2026.
Des milliers de Tunisiens ont défilé dans la capitale, samedi 17 octobre 2025, pour protester contre le président Kaïs Saïed, dénonçant la dégradation des conditions de vie et les restrictions imposées aux libertés politiques. Au-delà du nombre de manifestants, qui était tout de même assez important et aurait même pu l’être davantage si les forces de sécurité n’ont pas bouclé certaines artères menant au centre-ville de Tunis, le pouvoir ne peut faire comme si rien ne s’était passé et poursuivre dans sa politique de fermeté et de fermeture qui ont mené à la situation de blocage actuelle où se trouve le pays sur fond de crise économique et sociale et de colère touchant désormais pratiquement toutes les couches de la société.
Ridha Kefi
On notera d’abord que la marche de protestation a drainé militants et citoyens de toutes obédiences politiques pour une fois unis dans un même élan de protestation contre le pouvoir en place.
On notera aussi que cette marche s’est déroulée dans le calme et la discipline, les manifestants comme les agents de l’ordre, qui étaient très nombreux, ont évité les contacts physiques et les heurts, contrairement aux manifestations qui eurent lieu, le même jour, dans plusieurs villes de France, et qui ont été marquées par des violences, des pillages, des destructions, des incendies, des blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre et plus de 1200 arrestations.
Autre leçon : les neuf organisations de la société civile ayant appelé à manifester – soutenues par les partis politiques, lesquels ont su mobiliser leurs militants et faire taire leurs divergences doctrinales et leurs différends politiques –, ont prouvé une grande capacité de mobilisation. Pour une fois, libéraux, nationalistes, islamistes et progressistes de gauche ont défilé ensemble, côte à côte, estimant peut-être que le blocage actuel dans le pays ne sert les intérêts d’aucune frange de la population.
Un sphinx nommé UGTT
L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la puissante centrale syndicale que le pouvoir issu du coup de force du 25 juillet 2021 avait cru avoir muselé et définitivement réduit à l’impuissance, a été hier au four et au moulin, prouvant par la même occasion sa capacité à rassembler les oppositions et agréger les forces sociales dans un même élan de protestation politique et de revendication sociale.
Tunis et les autres villes de l’intérieur ont certes connu ces derniers mois plusieurs marches de protestation, mais la mobilisation d’hier a été de loin la plus importante, en nombre et en portée, les divergences politiques habituelles n’ayant pas empêché les forces d’opposition d’agréger leurs forces et de scander les mêmes slogans réclamant la libération des détenus politiques et d’opinion et la levée des restrictions pesant sur les droits syndicaux. Les pancartes portant des slogans tels que «Pas de démocratie sans libertés» et «Pas de dignité avec la pauvreté» illustraient les revendications politiques et économiques au cœur de cette manifestation où des avocats, des médecins, des journalistes et des chômeurs se sont côtoyés en exprimant les mêmes revendications.
Desserrer la vis qui enserre la vie publique
Dans un contexte de blocage politique et de difficultés économiques durables, marquées par une croissance atone ne dépassant guère 2,5%, une inflation dépassant 5%, un endettement autour de 83%, un déficit budgétaire de 5,2%, un chômage persistant autour de 15%, une érosion du pouvoir d’achat, et surtout une absence de visibilité et de perspective d’avenir, la succession des mouvements de protestation et l’agrégation des colères ne présage rien de bon. Ce qui apelle la responsabilité du pouvoir exécutif (dans toutes ses composantes) et requiert un début d’ouverture de sa part ou, tout au moins, un desserrage de la vis qui enserre la vie publique et la maintient dans un étau étouffant.
Alfred de Musset peut être considéré comme une figure majeure du romantisme français, en vogue au cours de la première moitié du 19e siècle.
Né en 1810 à Paris, poète et dramaturge. Il publie à 19 ans son premier recueil, ‘‘Contes d’Espagne et d’Italie’’.
Connu pour sa liaison avec George Sand, sa vie de dandy, légère et quasi-débauchée, le mène à écrire des poèmes lyriques tourmentés et tristes.
Sa poésie est un chant d’amour et de douleur. Sa métrique, reste classique, apporte avec de nouveaux thèmes dont la théâtralité est manifeste. Il décède jeune, en 1857,à Paris.
Tahar Bekri
Que j’aime le premier frisson d’hiver! le chaume
Sous le pied du chasseur, refusant de ployer!
Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume
Au fond du vieux château s’éveille le foyer ;
C’est le temps de la ville…Oh! lorsque, l’an dernier,
J’y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
(J’entends encore au vent les postillons crier),
Que j’aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine
Sous ses mille falots assise en souveraine !
J’allais revoir l’hiver. – Et toi, ma vie, et toi!
La Société tunisienne de pédiatrie (STP) apporte son soutien inconditionnel et sa pleine solidarité au Pr Aida Borgi, cible d’une virulente campagne de dénigrement et d’attaques ciblées sur les réseaux sociaux.
Dans un communiqué la STP a vivement condamné toutes les formes de harcèlement, d’intimidation et de violence verbale visant le corps médical et les professionnels de la santé.
Et face à la multiplication des lynchages numériques touchant les praticiens, la Société tunisienne de pédiatrie a tenu à remettre les principes fondamentaux de la médecine au centre du débat et a fermement rappelé que les décisions médicales doivent exclusivement reposer sur des critères scientifiques et cliniques rigoureux, guidés par l’intérêt supérieur du patient.
« Les choix thérapeutiques et la prise en charge médicale ne sauraient en aucun cas être dictés ou influencés par la pression des réseaux sociaux », souligne la STP, qui à l’occasion réaffirme sa solidarité avec l’ensemble des professionnels de santé confrontés à des situations similaires.
Un réseau criminel présumé, spécialisé dans le blanchiment d’argent et l’appropriation illicite de biens, a été démantelé à Sousse et ses membres ont été arrêtés.
Trois individus ont été placés en garde à vue sur instruction du Parquet près le tribunal de première instance de Sousse 2, à la suite d’une opération menée par la brigade de la police judiciaire de Sousse-Nord, rapporte Jawhara FM ce samedi 17 octobre 2026.
Les investigations ont également permis la saisie d’une somme d’argent provenant de transactions suspectes. Une enquête est en cours afin d’identifier l’ensemble des complices potentiels impliqués dans cette affaire.
Le directeur régional de la santé, Moncef Haouani, a fait le point sur le renversement du bus scolaire survenu dans la délégation de Jérissa, dans le gouvernorat du Kef.
Dans une déclaration accordée à Radio Kef, Moncef Haouani a rappelé qu’une élève de 12 ans est décédée dans cet accident, tandis que six de ses camarades ont été blessés.
Trois des blessés ont été admis à l’hôpital régional du Kef, et les autres ont été transférés à l’hôpital local de Tajerouine afin de recevoir les soins nécessaires.
Le directeur régional de la santé assure que l’état des blessés est stable et qu’ils sont désormais hors de danger.
L’activiste politique et homme d’affaires Khayam Turki, cumule désormais plusieurs condamnations assorties de lourdes peines de prison et d’importantes sanctions financières.
La Cour d’appel de Tunis a ainsi confirmé une condamnation à quatre ans de prison ferme et à une amende de 200 000 dinars à l’encontre de Khayam Turki, et ce, dans le cadre d’affaires de fraude et de contentieux fiscaux, selon une source citée par Mosaïque FM, ce samedi 17 octobre 2026.
Cette décision intervient parallèlement à un autre jugement prononcé par la Chambre criminelle spécialisée dans les affaires de corruption financière près le Tribunal de première instance de Tunis, qui l’a condamné à 14 ans de prison ferme, accompagnés d’une amende, pour des accusations de blanchiment d’argent, d’escroquerie et d’exploitation illégale de ses activités professionnelles et sociales.
Ce verdict prévoit également une surveillance administrative pour une durée de cinq ans à l’issue de sa peine ainsi qu’une confiscation de l’ensemble de ses avoirs déposés auprès des établissements financiers tunisiens.
Dans le cadre des efforts visant à renforcer la coopération tuniso-canadienne dans les domaines de la technologie, de l’innovation et de la transformation numérique, M. Kamel Makkes, Consul de la République Tunisienne à Montréal, a pris part, au nom de l’Ambassadeur de Tunisie au Canada, à la 8ème édition du Forum MTL CONNECTE 2026, qui s’est tenue à Montréal du 13 au 16 octobre 2026.
Il a également présidé les travaux de la rencontre des compétences tunisiennes « Tunisia Global Forum », organisée à la succursale Desjardins-Montréal, à l’initiative du Réseau Tuniso-Canadien des Affaires (RTCA).
Cet événement a favorisé le réseautage entre des entrepreneurs, experts et investisseurs tunisiens et canadiens et permis d’explorer de nouvelles pistes de partenariat dans des secteurs porteurs, tels que les technologies de l’information, l’intelligence artificielle et la recherche scientifique.
Lors de cette manifestation, le flambeau a été officiellement transmis à la Tunisie, désignée invitée d’honneur de l’édition 2027 de MTL CONNECTE, en signe de reconnaissance de son potentiel technologique, de la qualité de ses ressources humaines et de son rôle au sein de l’écosystème mondial de l’innovation.
L’Ambassade, en collaboration avec le Réseau Tuniso-Canadien des Affaires (RTCA) et les institutions économiques de soutien, ambitionne de faire de l’édition 2027 une plateforme pour le développement de la coopération, la concrétisation de projets et l’établissement de partenariats durables entre les institutions économiques, universitaires et les centres de recherche en Tunisie et au Canada, au service de l’intérêt commun.
Les unités de la sûreté nationale ont mené des opérations ayant permis d’arrêter des dealers en saisissant une importante quantité de substances illicites.
La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) précise que dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogues, des informations et des investigations ont permis de faire des descentes distinctes à Tunis et à permis, ce qui a abouti à la saisie d’une grande quantité de comprimés psychotropes ainsi que des plaquettes de cannabis.
La police a également saisi une importante somme d’argent et l’enquête se poursuit pour identifier d’éventuels complices et faire la lumière sur l’ensemble des ramifications de ce réseau.
Un temps partiellement nuageux sur l’ensemble du pays est annoncé pour cette nuit, avec des bancs de brume locale attendus en fin de nuit dans les régions du nord et localement au centre.
C’est ce qu’a fait svoir l’Institut national de la météorologie (INM) dans son bulletin météo, en ajoutant que le vent restera faible à modéré dans les différentes régions du pays.
Pour les températures, l’INM prévoit des nocturnes comprises entre 18 et 22°C à travers le pays, avec une baisse à 15°C sur les zones montagneuses de l’ouest.
Des milliers de Tunisiennes et de Tunisiens ont répondu à l’appel des neufs organisations nationales, dont l’UGTT, le SNJT, l’Ordre des avocats, la LTDH et le FTDES, pour une marche de protestation à Tunis, ce samedi 17 octobre 2026, sous le slogan rassembleur : «La Tunisie d’abord, et le peuple avant tout» (ou «Travail, liberté, dignité nationale»).
Le rassemblement a commencé au milieu de la matinée devant le siège de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), place Mohamed Ali, au centre-ville de la capitale, et la foule des manifestants a grossi au fil des heures et s’est rassemblée devant le théâtre municipal de Tunis. La marche pacifique se déroule encore ans heurts notables et les slogans scandés dénoncent le pouvoir en place, incarné par l’hyperprésidence de Kaïs Saïed, et son refus de tout dialogue politique ou social.
Les manifestants protestent aussi contre la détérioration de la situation socio-économique et politique, des libertés publiques et appellent à l’indépendance de la justice et la libération des détenus d’opinion.
Le ténor tunisien Hassen Doss a reçu, à Rome, le Prix international d’Excellence Euro-Méditerranéen 2026 — également connu sous le nom d’«Oscar de la Méditerranée» — pour son parcours artistique et sa contribution à la promotion de la culture, de la coopération et du dialogue entre les peuples des deux rives de la Méditerranée.
La distinction a été remise le 14 octobre, lors de la quatrième édition de cet événement, qui s’est tenu dans la salle Giovanni Spadolini du ministère italien de la Culture. La cérémonie a réuni des représentants de l’ambassade de Tunisie en Italie, des diplomates, des responsables institutionnels ainsi que des personnalités issues des milieux universitaires, culturels et médiatiques.
Le prix a été remis au chanteur lyrique tunisien par Dündar Kesapli, président de l’Association des journalistes de la Méditerranée, à l’origine de cette initiative visant à mettre à l’honneur des personnalités s’étant distinguées dans les domaines de la culture, de l’art, de la diplomatie, des médias, du sport ou de l’engagement social.
« Je suis profondément ému», a déclaré Hassen Doss à l’agence Tap, soulignant la portée symbolique de recevoir une telle distinction en Italie — pays doté d’une immense tradition lyrique — aux côtés de personnalités internationales, telles que l’ancien capitaine de l’AS Rome, Francesco Totti.
Le ténor a qualifié ce prix d’aboutissement d’un long cheminement marqué par l’engagement, la persévérance et le travail.
Formé à l’Institut de musique de Sousse et à l’Institut supérieur de musique de Tunis, Hassen Doss est considéré comme l’un des pionniers de la diffusion du chant lyrique en Tunisie. Au cours de sa carrière, il a contribué à rapprocher le public tunisien de l’opéra, en proposant une fusion originale entre technique vocale lyrique, tradition musicale arabe et sonorités contemporaines. Parmi ses expériences les plus marquantes, on peut citer ses participations au Festival international de Carthage, en 2018 et 2022, ainsi que sa contribution aux versions tunisiennes de ‘‘Carmen’’ de Georges Bizet et de ‘‘La Traviata’’ de Giuseppe Verdi. Son répertoire comprend par ailleurs des airs d’opéra, des chansons italiennes et napolitaines, ainsi que des compositions originales en dialecte tunisien.
La balance commerciale alimentaire de la Tunisie a enregistré, au cours des neuf premiers mois de l’année 2026, un excédent de 919,8 millions de dinars. Le taux de couverture des importations par les exportations a atteint 116,3 %, tandis que la valeur des exportations alimentaires a progressé de 19,9 % par rapport à la même période de l’année 2025. À fin septembre 2026, l’huile d’olive représentait 61 % et les dattes 9,4 % de la valeur totale des exportations alimentaires.
C’est ce qu’a indiqué le ministre du Commerce et du Développement des exportations, Samir Abid, lors d’une journée d’information organisée par son département en collaboration avec le Conseil bancaire et financier (CBF), le vendredi 16 octobre 2026, à Tunis, et qui visait à faire connaître les mécanismes et les facilités financières et bancaires disponibles pour financer les activités de transformation, de promotion et d’exportation de ces deux produits phares de l’agriculture tunisienne.
Selon Diwan FM, le ministre a souligné la nécessité de renforcer le financement des exportations d’huile d’olive et de dattes, et de développer le partenariat entre le secteur bancaire et financier et les entreprises exportatrices de ces deux filières exportatrices. Le but étant de soutenir la compétitivité des produits tunisiens et d’accroître leur valeur ajoutée sur les marchés mondiaux.
Concernant la campagne 2025-2026, M. Abid a indiqué que les exportations d’huile d’olive ont dépassé 399 400 tonnes durant la période allant de novembre 2025 à octobre 2026, pour une valeur avoisinant les 5,016 milliards de dinars. Cela représente une hausse de 48,7 % en volume et de 39,4 % en valeur par rapport à la campagne précédente. Par ailleurs, l’huile d’olive extra vierge a constitué environ 90 % des quantités exportées, tandis que la part de l’huile conditionnée n’a pas excédé 15 %.
Quant aux exportations de dattes, elles ont franchi pour la première fois la barre du milliard de dinars, atteignant 1,011 milliard de dinars, contre 882,7 millions de dinars lors de la campagne précédente ; les quantités exportées ont, quant à elles, progressé pour atteindre 159 400 tonnes, contre 138 300 tonnes auparavant. Actuellement, les dattes tunisiennes sont exportées vers environ 86 pays à travers les différents continents.
M. Abid a souligné l’importance de fournir des financements adaptés aux différentes étapes de l’activité — de la production et la transformation au stockage, au conditionnement et à la commercialisation —, en particulier au profit des petites et moyennes entreprises (PME). Il a également insisté sur le développement de mécanismes d’assurance des exportations et de couverture contre les risques de change.
Par ailleurs, il a réaffirmé la nécessité de poursuivre les efforts visant à diversifier les marchés extérieurs, à renforcer la promotion des produits tunisiens et à développer les exportations d’huile d’olive conditionnée ainsi que de produits à haute valeur ajoutée.
Il a enfin préconisé une révision des interventions du Fonds de promotion des exportations (Foprodex), afin d’améliorer l’efficacité du soutien accordé aux entreprises.
Une marche de protestation est prévue ce samedi 17 octobre 2026 à Tunis, organisée à l’appel d’organisations nationales et de partis politiques de différentes obédiences. Mise sous le slogan : «La Tunisie d’abord, et le peuple avant tout», elle vise à protester contre la détérioration de la situation économique, sociale et politique et la concentration des pouvoirs entre les mains de l’exécutif et exiger le respect des droits et des libertés et la libération des détenus politiques et d’opinion.(Photo d’archives: Manifestation anti-Saïed du 20 août 2026).
Latif Belhedi
La marche a été décidée et annoncée, le 29 septembre, suite à une réunion des principales organisations nationales : l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et le Conseil de l’ordre des avocats tunisiens (Coat), qui avaient reçu le Prix Nobel de la Paix en 2015 pour leur rôle dans la réussite du dialogue national avant alors sauvé le pays d’une grave crise politique. Elle a reçu le soutien de plusieurs autres organisations, tel que le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), ainsi que de partis politiques de diverses obédiences dont les militants vont devoir défiler sans arborer leur appartenance partisane, une manière de taire leurs divergences doctrinaires et politiques et présenter le visage d’une opposition unie face aux périls menaçant le pays.
Cette marche n’est pas la première du genre, elle fait suite à plusieurs autres qui partaient d’un même constat : la détérioration de la situation générale dans le pays marquée par la baisse du pouvoir d’achat, la hausse du chômage et la précarité croissante de franges importantes de la population. Sans oublier la dégradation des services publics (santé, éducation et transport) et les inquiétudes quant aux libertés publiques et individuelles, notamment la liberté d’expression et d’association et le droit de manifester pacifiquement.
Un contexte tendu
Tout en insistant sur l’indépendance de la justice et le droit à un procès équitable et en rejetant toute restriction aux activités politiques, associatives et syndicales, les initiateurs de la marche défendent le droit à un travail décent, à une rémunération équitable et à une vie digne.
La marche d’aujourd’hui intervient dans un contexte tendu. Les relations entre l’UGTT et les autorités sont dégradées depuis des années et le dialogue social est quasiment à l’arrêt. La centrale syndicale a d’ailleurs annoncé une grève générale pour le 21 janvier 2026, invoquant la défense des libertés syndicales.
Estiment ne plus être entendues par le pouvoir politique, aujourd’hui incarné par l’hyperprésidence de Kaïs Saïed, en poste depuis 2019, les organisations nationales ont choisi la rue pour faire entendre leurs voix et leurs revendications.
Il reste cependant à savoir si la mobilisation d’aujourd’hui, quelle que soit son ampleur, trouvera un écho auprès du locataire du palais de Carthage, qui est resté, jusque-là, totalement indifférent aux protestations populaires, assimilant ses opposants à des agents de l’extérieur traitres à la nation, dont il pense être l’unique incarnation.
Dorra Borji, directrice générale du commerce extérieur au ministère du Commerce et du Développement des exportations, a affirmé que son département travaille sur une stratégie intégrée visant à soutenir et à développer les exportations d’huile d’olive et de dattes. Cette démarche s’accompagne d’un renforcement des mécanismes de financement et des facilités bancaires destinés aux professionnels actifs dans ces deux secteurs.
Mme Borji, citée par Diwan FM, intervenait lors d’une journée d’information, organisée en collaboration avec le Conseil bancaire et financier (CBF), le vendredi 16 octobre 2026, et qui avait pour objectif de faire connaître les mécanismes et les facilités financières et bancaires disponibles pour financer les activités de transformation, de promotion et d’exportation de ces deux produits phares de l’agriculture tunisienne.
Cette rencontre s’inscrivant dans le cadre de l’évaluation des résultats de la saison écoulée et de la préparation de la nouvelle saison, fait suite à une série de réunions entre les établissements bancaires et les professionnels, au cours desquelles le secteur bancaire a été encouragé à renforcer le financement des filières de l’huile d’olive et des dattes.
Les échanges ont également permis de mettre en lumière l’existence de mécanismes et de facilités financières dont certaines entreprises — notamment les PME — n’avaient pas une connaissance suffisante.
La directrice générale du Commerce extérieur a passé en revue les principaux indicateurs enregistrés durant la saison 2025-2026, indiquant que la valeur des exportations d’huile d’olive a atteint environ 5 milliards de dinars. Et celles de dattes ont franchi, pour la première fois de leur histoire, le seuil du milliard de dinars, pour s’établir à 1,011 milliard de dinars.
Mme Borji a souligné l’importance stratégique de ces deux produits pour le soutien des exportations nationales, précisant que le secteur agroalimentaire constitue le deuxième contributeur aux exportations tunisiennes : l’huile d’olive représente environ 61 % du total des exportations alimentaires, tandis que les dattes en représentent près de 10 %.
Stockage, financement et promotion pour soutenir les exportations
Concernant la stratégie adoptée pour les prochaines campagnes, Mme Borji a indiqué que le plan d’action pour le secteur de l’huile d’olive repose sur trois axes principaux — le stockage, le financement et la promotion — mis en œuvre en coordination avec les différents ministères concernés.
Les établissements bancaires ont, pour leur part, intégré les produits saisonniers parmi leurs priorités en matière de financement, a-t-elle aussi indiqué, en insistant, également, sur la nécessité de poursuivre les efforts visant à diversifier les marchés extérieurs, au-delà des destinations traditionnelles (Europe et Etats-Unis), soulignant que les dattes tunisiennes sont actuellement exportées vers 86 pays à travers différents continents.
Dans ce contexte, Mme Borgi a révélé que le ministère de l’Agriculture a récemment organisé une mission de prospection au Sénégal, dans le but d’explorer de nouvelles opportunités pour les produits tunisiens et de renforcer leur présence sur les marchés africains.
Le président du Conseil bancaire et financier (CBF), Néji Ghandri, a affirmé que le secteur bancaire et financier est prêt à accompagner la nouvelle campagne de l’huile d’olive et des dattes, en fournissant les financements nécessaires aux divers acteurs des chaînes de valeur, notamment les agriculteurs, les industriels, les collecteurs et les exportateurs.
Dans une déclaration à Diwan FM, M. Ghandri a précisé que le CBF, en partenariat avec le ministère du Commerce, a organisé, le vendredi 16 octobre 2026, une journée d’information et de sensibilisation à son siège, consacrée au financement des exportations d’huile d’olive et de dattes. L’objectif était de présenter les solutions financières disponibles et d’accompagner les professionnels pour répondre à leurs besoins en financement durant la nouvelle campagne.
M. Ghandri a indiqué que le secteur bancaire a enregistré, au cours de la saison écoulée, un volume record de financements alloués à la filière de l’huile d’olive, atteignant environ 3,2 milliards de dinars.
Il a ajouté que, bien que les données définitives concernant le volume de la récolte et les besoins de la saison en cours ne soient pas encore disponibles, les banques tunisiennes sont prêtes à mobiliser des capacités de financement additionnelles incluant des financements à court terme pour accompagner les opérations d’exportation, ainsi que des financements à moyen terme destinés à l’investissement dans les huileries et les centres de collecte des dattes.
M. Ghandri a également fait état de visites sur le terrain effectuées par des conseillers techniques du secteur bancaire, en collaboration avec les chambres professionnelles, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica) ainsi que les professionnels, dans le but de déterminer les besoins réels pour la saison et de définir les ressources financières nécessaires.
Le président du CBF a indiqué que la journée d’information a permis de présenter les produits financiers disponibles et les solutions proposées aux exportateurs d’huile d’olive et de dattes incluant des mécanismes de couverture contre les risques de change, des garanties et des assurances-exportation, ainsi que des crédits à moyen terme destinés à renforcer les capacités opérationnelles et à améliorer la qualité.
Ces solutions couvrent les différentes phases de la chaîne de valeur, de la collecte et du stockage jusqu’à l’exportation, grâce à des financements dédiés au stockage et à des avances sur marchandises, en plus de mécanismes d’assurance visant à atténuer les risques et à protéger les exportateurs.
Concernant les perspectives d’exportation, M. Ghandri a souligné l’importance de s’orienter vers l’exportation d’huile d’olive conditionnée et de renforcer la présence des marques tunisiennes à haute valeur ajoutée, expliquant que le développement de cette stratégie permettrait de soutenir les recettes d’exportation en devises et d’en assurer un flux continu tout au long de l’année, plutôt que de se limiter à la seule période de la récolte.
Le président du CBF a également appelé à diversifier les marchés extérieurs et à se tourner plus activement vers les marchés asiatiques, africains et autres, car l’élargissement de la base des marchés cibles renforcerait la compétitivité des produits tunisiens, améliorerait leurs conditions de vente sur les marchés internationaux et réduirait la dépendance à l’égard d’un marché de consommation unique, a-t-il expliqué.