Rentrée scolaire: Alléger les souffrances des écoliers des zones rurales!!!

Tunis, UNIVERSNEWS (Education) – La rentrée est synonyme de calvaire dans les zones rurales. Il faut attendre mi-septembre pour pouvoir pratiquer des horaires tels que 8h–14h, sans risquer littéralement sa vie. Des écoliers sont obligés de parcourir de grandes distances à pied par manque de transport, panne de transport, absence de rigueur des chauffeurs. Certains élèves sont contraints de faire de l’auto-stop, d’aller à pied, notamment dans certaines localités du Sud et de l’Ouest du pays. D’autres sont obligés alors de se rabattre sur les transports privés grevant une seconde fois le budget familial déjà fortement érodé par la cherté de la vie.
Ils sont nombreux aussi à monter dans des camions et des tracteurs pour aller à l’école. D’ailleurs, d’après la section régionale de la LTDH de Kairouan, 4.500 élèves font chaque jour plus de 5 km à pied à l’aller comme au retour pour se rendre à leurs écoles. Le déplacement quotidien entre l’école et le domicile familial, une routine anodine pour certains, est une aventure sisyphéenne pour plusieurs enfants qui habitent dans des sites enclavés, notamment pendant la saison hivernale quand le mercure tombe au-dessous de zéro. Le parcours du combattant commencé le matin se poursuit en fin de journée en rentrant.
Mohamed Ali, jeune élève, parcourt chaque jour 3kms à vélo de son village à son école primaire. Il se dit chanceux car d’autres marchent une heure et demi, coupent par des champs, s’égarent et arrivent en cours épuisés. Arrivé à destination, il cache son vélo en espérant le retrouver à la sortie. Aller à l’école devient ainsi une préoccupation quotidienne… Il est vrai que les pannes des bus sont devenues monnaie courante et certains écoliers sont obligés de rater leurs cours… Ces désagréments se répètent avec un parc de bus qui a atteint un niveau d’amortissement critique. Vitres cassées, des sièges en lambeau, des portières automatiques qui s’ouvrent difficilement… Mais tous ces élèves n’ont pas le choix, pour arriver à l’heure à l’école ou arriver tout court, il faut emprunter ces moyens de transport.
La déperdition scolaire : une réalité
Si le problème de transport est parfois réglé à coup de menaces et de sit-ins, il reste néanmoins d’autres soucis auxquels fait face l’écolier dans une zone rurale : absence d’enseignants, manque de classes, insuffisance du matériel pédagogique, manque d’eau potable, de bloc sanitaire … Ce sont autant de facteurs récurrents que des motifs qui découragent les parents dont certains ont déscolarisé leurs enfants. Tous ces problèmes se répercutent négativement sur la scolarité de certains élèves, sachant qu’ils risquent carrément la déperdition scolaire.
Cette lacune est à l’origine de l’abandon des études par une partie des élèves, notamment les fillettes, dans certaines régions enclavées du pays. Les jeunes écoliers des zones rurales sont encore et toujours confrontés à différents défis qui les poussent, malgré eux, à quitter les bancs de l’école avant même l’achèvement des cycles de l’enseignement obligatoire (primaire et secondaire collégial), et de ce fait, se convertir dans le travail domestique ou agricole, ou carrément se marier à un âge précoce pour les filles. Il est vrai que les conditions pénibles du déplacement des élèves vers leurs écoles, les retards, les absences dues aux mauvaises conditions climatiques et l’attitude de ces élèves à rater les cours de l’après-midi afin de rentrer chez eux avant le coucher de soleil constituent également un facteur de poids.
D’après les dernières statistiques, le gouvernorat de Kairouan détient le taux le plus élevé d’analphabétisme à l’échelle nationale, à savoir 35%. Et les délégations les plus touchées sont Bouhajla (46,3%) et El Ala (43,3%). Exerçant depuis plus de dix ans dans une petite école d’un village, un instituteur atteste d’une baisse tout aussi significative du nombre d’enfants scolarisés et ce, en un temps relativement court. Les effectifs des enseignants ont emprunté la même courbe descendante que ceux des élèves. Résultat des courses : certains instituteurs sont contraints de recourir au jumelage des classes.
Alors que de par le monde, l’on favorise l’apprentissage des technologies de l’information et de la communication dès l’école primaire, certains de nos élèves ne possèdent aucun livre scolaire. Combien d’enfants resteront à la maison ce 15 septembre ? Combien d’élèves devront parcourir des kilomètres pour avoir accès à l’enseignement ? Il est temps d’atténuer la souffrance quotidienne de ces jeunes écoliers. La scolarisation constitue la première étape de la vie en société. Alors, n’oublions pas les écoliers de nos zones rurales. (M.S)