Les échanges commerciaux entre la Tunisie et l’Algérie ont augmenté de 166% au cours des cinq dernières années pour atteindre environ 2,76 milliards de dollars. Une progression spectaculaire qui s’accompagne toutefois d’un creusement marqué du déséquilibre commercial entre les deux voisins.
Entre 2021 et 2024, le déficit commercial tunisien vis-à-vis de l’Algérie est passé d’environ 1,55 milliard à 4,36 milliards de dinars, soit une hausse proche de 180%. Une évolution largement liée au poids des importations énergétiques en provenance d’Algérie.
L’Algérie est aujourd’hui le quatrième fournisseur de la Tunisie, mais seulement son septième client, selon les données présentées par la représentation commerciale du Centre de promotion des exportations (CEPEX) en Algérie.
Des échanges qui ont changé d’échelle
Le bond enregistré en cinq ans ne repose pas uniquement sur une progression des exportations tunisiennes.
Celles-ci ont fortement augmenté. Elles sont passées de 661,2 millions de dinars en 2021 à 1,694 milliard de dinars en 2024, soit plus du double en trois ans. En 2025, elles ont encore progressé pour atteindre environ 1,8 milliard de dinars.
Mais les importations tunisiennes en provenance d’Algérie ont augmenté encore plus rapidement : de 2,215 milliards de dinars en 2021, elles sont passées à 4,930 milliards en 2022, 5,608 milliards en 2023 puis 6,051 milliards en 2024.
Le déficit commercial tunisien vis-à-vis de l’Algérie s’est ainsi considérablement creusé sur cette période, passant d’environ 1,55 milliard de dinars en 2021 à près de 4,36 milliards en 2024.
Ce déséquilibre doit toutefois être mis en perspective avec la structure très particulière des achats tunisiens. L’énergie représente l’essentiel des importations en provenance d’Algérie. En 2024, les hydrocarbures représentaient environ 90% des importations tunisiennes depuis l’Algérie, qui constitue notamment l’un des principaux fournisseurs de gaz de la Tunisie.
Dans l’autre sens, les exportations tunisiennes sont dominées par les industries mécaniques et électriques, qui représentent 56,53% des ventes sur le marché algérien. Elles sont suivies par les industries manufacturières diverses, avec 31,53%, puis par l’agroalimentaire avec 7,05%.
L’électroménager algérien gagne du terrain en Tunisie
La progression des échanges devient également plus visible sur le marché tunisien.
Ces dernières semaines, plusieurs fabricants algériens d’électroménager ont annoncé de nouvelles opérations d’exportation vers la Tunisie. Des cargaisons ont notamment été acheminées par camions et conteneurs, tandis que des marques algériennes comme Iris, Géant ou Condor cherchent à renforcer leur présence sur le marché tunisien.
Ces mouvements illustrent une diversification progressive des exportations algériennes vers la Tunisie au-delà du poids traditionnel des hydrocarbures.
Plusieurs de ces marques ou produits étaient déjà accessibles sur le marché tunisien, à travers les circuits officiels ou le commerce parallèle. Les nouvelles opérations annoncées témoignent cependant d’une volonté de développer des flux commerciaux structurés entre les deux marchés.
Vers des échanges industriels plus intégrés
Les deux pays cherchent parallèlement à développer des échanges industriels allant au-delà de la simple circulation de marchandises.
Lors d’une mission d’affaires organisée du 22 au 24 septembre 2026 par CONECT International et la Confédération algérienne du patronat citoyen, les opérateurs ont notamment proposé de faciliter l’entrée en Algérie des composants et pièces automobiles fabriqués en Tunisie, parallèlement à un meilleur accès au marché tunisien pour les véhicules assemblés en Algérie.
Les discussions ont également porté sur le développement des postes frontaliers et des capacités de stockage, la création de zones franches frontalières, le rapprochement des normes techniques et l’amélioration de la logistique.
L’objectif affiché dépasse désormais le commerce entre les deux pays. Tunis et Alger envisagent également le développement de chaînes de production communes destinées à certains marchés africains, notamment en utilisant la route transsaharienne.
L’investissement tunisien en Algérie demeure pour sa part relativement limité. Selon les chiffres présentés lors de la rencontre, 43 entreprises tunisiennes sont actuellement implantées dans le pays, principalement dans les industries mécaniques et électriques, les services, le textile et l’agriculture.
Le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), Omar Rekkache, a indiqué que l’agence était disposée à accompagner les investisseurs tunisiens et à faciliter la réalisation de leurs projets en Algérie.
La hausse de 166% des échanges en cinq ans traduit ainsi un rapprochement économique réel. Mais derrière ce chiffre global apparaît une évolution plus contrastée : les exportations tunisiennes ont fortement progressé, tandis que les importations en provenance d’Algérie, largement tirées par l’énergie, ont augmenté encore plus rapidement. Entre 2021 et 2024, le déficit commercial tunisien vis-à-vis de l’Algérie a ainsi progressé de près de 180%.
L’article Tunisie-Algérie : Les échanges ont bondi de 166%, le déficit tunisien de 180% est apparu en premier sur webdo.