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Téléphonie mobile | Comparaison entre l’Italie, l’Europe et la Tunisie

L’agence italienne Agenzia Nova a réalisé une comparaison entre le marché de la téléphonie mobile en Tunisie, en Italie et dans les autres principaux pays européens, révélant des différences significatives concernant les prix des services de données, les volumes de trafic inclus dans les forfaits et les performances des réseaux.

L’analyse, fondée sur des données provenant de Cable.co.uk, d’Ookla Speedtest et des offres des principaux opérateurs nationaux, met en lumière deux marchés aux niveaux de compétitivité et aux structures tarifaires distincts, alors que le déploiement de la 5G transforme rapidement le paysage de la connectivité mobile.

Cette comparaison fait ressortir deux modèles différents. D’un côté, l’Italie, où des années de concurrence intense ont fait chuter le prix unitaire du gigaoctet (Go), avec des offres proposant jusqu’à plusieurs centaines de Go par mois pour moins de 10 euros. De l’autre, la Tunisie, où les prix demeurent abordables en valeur nominale, mais où les forfaits disponibles sont en moyenne plus limités et représentent une part plus importante du revenu local.

Le marché italien parmi les moins chers au monde

Le marché italien constitue l’un des exemples les plus marqués de concurrence dans le secteur européen de la téléphonie mobile. L’arrivée d’Iliad en 2018 a contribué à accélérer la guerre des prix déjà engagée entre opérateurs traditionnels et virtuels, faisant du trafic de données l’une des composantes les plus économiques des services de télécommunications.

Selon les données consultées par Nova, le coût moyen se situe entre 0,08 et 0,09 euro par Go, plaçant l’Italie au deuxième rang mondial en termes de compétitivité-prix, juste derrière Israël.

Les offres les plus répandues sur le marché italien se situent dans une fourchette de 150 à 300 Go par mois, pour des tarifs compris entre 5,99 et 9,99 euros, incluant souvent les appels et les SMS en illimité.

Le paysage concurrentiel comprend des opérateurs disposant de leurs propres infrastructures, tels que Tim, Vodafone, WindTre, Fastweb et Iliad, aux côtés de nombreux MVNO, dont Kena Mobile, ho. Mobile, Very Mobile et Spusu.

La pression concurrentielle a ainsi abouti à une situation où le consommateur italien peut acquérir des volumes de données difficiles à comparer — en termes de rapport quantité/prix — avec ceux disponibles sur de nombreux autres marchés européens.

L’avantage économique ne se limite pas au seul prix. L’Italie dispose d’un réseau 4G/LTE à très large couverture et connaît un déploiement progressif de la 5G, tandis que les débits réels de navigation mobile sont désormais largement suffisants pour le streaming en haute définition, la visioconférence et les services cloud. Les données historiques de Cable.co.uk confirment d’ailleurs la position particulière de l’Italie : lors des précédents relevés internationaux effectués par le site britannique, le pays figurait parmi les marchés les moins chers au monde, avec un prix moyen de 0,12 dollar par Go en 2022 et de 0,09 dollar en 2023. Toutefois, les classements peuvent varier sensiblement d’une édition à l’autre en fonction des forfaits pris en compte et de la méthode de calcul.

Europe : des niveaux variables mais avantageux

La comparaison à l’échelle européenne révèle une forte hétérogénéité. Outre l’Italie, d’autres marchés d’Europe du Sud et de l’Ouest affichent des prix relativement bas, tandis que dans plusieurs pays d’Europe centrale et septentrionale, le coût unitaire du trafic de données peut être nettement plus élevé.

Cet écart ne dépend pas uniquement de la structure industrielle du secteur, mais aussi des niveaux variables de revenu moyen par utilisateur, de la prévalence des contrats à long terme et de l’existence d’offres intégrées combinant téléphonie, internet fixe, télévision et autres services. Un atout majeur pour les consommateurs européens réside par ailleurs dans le dispositif «Roaming Like at Home» (itinérance aux tarifs nationaux), qui permet aux utilisateurs de l’Union européenne (UE) d’utiliser leur forfait national dans les pays de l’espace Schengen sans frais d’itinérance supplémentaires, dans le respect des conditions et limites prévues par la réglementation.

Ce mécanisme crée toutefois une rupture marquée avec la Tunisie : pour un utilisateur italien traversant la Méditerranée, le passage d’un pays de l’UE à un pays hors UE peut radicalement modifier le coût de la connectivité.

Tunisie : un fossé plus large d’accessibilité financière

Le marché tunisien est dominé par les trois principaux opérateurs de réseau — Tunisie Telecom, Ooredoo Tunisie et Orange Tunisie — qui assurent une couverture nationale et se disputent un marché où la demande en trafic de données ne cesse de croître. Les offres analysées par l’agence Nova présentent une structure tarifaire différente de celle observée en Italie. Pour les offres d’entrée de gamme, un forfait d’environ 25 Go peut coûter aux alentours de 30 dinars tunisiens par mois, soit environ 9 euros selon le taux de change indicatif d’un euro pour 3,3 dinars. Le coût unitaire s’établit donc autour de 1,2 dinar, soit environ 0,36 euro par Go.

Pour les gammes supérieures, les forfaits de 42 à 60 Go se situent, à titre indicatif, entre 46 et 60 dinars, soit environ 14 à 18 euros.

Pour les volumes les plus importants, les offres de 100 à 110 Go se situent aux alentours de 72 à 80 dinars (soit 22 à 24 euros), avec des périodes de validité pouvant aller jusqu’à 60 ou 90 jours. Dans ce segment, le coût unitaire descend à environ 0,7 dinar par Go, soit l’équivalent de près de 0,21 euro. Il existe également des offres pour des volumes très élevés. Selon le comparatif, Ooredoo propose des forfaits pouvant atteindre 500 Go pour 250 dinars (environ 76 euros), valables 150 jours, et jusqu’à 1 To pour 500 dinars (environ 152 euros), avec une validité d’un an.

Les offres réellement disponibles sur le marché tunisien peuvent naturellement varier en fonction des promotions, de la durée du contrat et du type de client. L’offre «Giga Klem» d’Orange Tunisie en est un exemple actuel : elle comprend des forfaits allant de 29 à 200 Go, à des prix compris entre environ 29,93 et ​​100,04 dinars par mois, appels inclus.

Toutefois, une comparaison purement nominale risque d’être trompeuse. Un forfait tunisien de 25 Go à environ 30 dinars — soit 9 euros — peut sembler avantageux pour un consommateur européen. En revanche, si l’on compare ce tarif à une offre italienne d’environ 8 euros incluant 150 Go ou plus, la différence saute aux yeux en termes de volume de données accessible.

L’écart est encore plus marqué lorsque l’on rapporte le coût aux revenus moyens : le prix d’une connexion mobile ne représente pas la même part du budget familial en Italie et en Tunisie.

La donnée nominale a donc tendance à masquer un fossé plus large en matière d’accessibilité financière.

En d’autres termes, si le gigaoctet peut paraître relativement bon marché en Tunisie par rapport à de nombreux autres pays, il n’est pas pour autant nécessairement aussi accessible au consommateur tunisien. C’est là un élément clé pour évaluer le niveau réel d’inclusion numérique d’un marché.

Sur le plan technologique, la Tunisie a néanmoins franchi une étape importante. Le pays a lancé la 5G commerciale en février 2025, avec le déploiement opéré par les trois principaux opérateurs. Orange Tunisie a officialisé son service le 14 février 2025, annonçant un déploiement progressif du réseau et la mise en service initiale d’environ 400 sites.

Cette nouvelle technologie exploite notamment les bandes de fréquences 700 MHz et 3,5 GHz, visant à améliorer les débits, la latence et la capacité du réseau.

La 5G ne constitue pas une simple évolution de la téléphonie mobile : elle peut offrir une alternative à la connectivité fixe dans certaines zones, soutenir des services industriels et logistiques, et favoriser des applications liées à la télémédecine, à l’éducation, aux villes intelligentes (smart cities) et à l’Internet des objets (IoT).

Orange Tunisie a par ailleurs mis en place un «5G Lab» dédié à l’expérimentation de nouveaux cas d’usage par des entreprises, des universités et des startups.

La couverture reste toutefois en phase d’extension et présente des disparités territoriales marquées. Les cartes des opérateurs montrent une disponibilité croissante de la 5G dans les zones couvertes, tandis que la qualité du service continue de dépendre de la localisation et de la densité du réseau.

En matière de performances également, les données doivent être interprétées à la lumière de l’évolution rapide de la 5G.

Les relevés d’Ookla montrent en effet une amélioration significative par rapport aux valeurs enregistrées il y a quelques années. Dans les relevés disponibles pour 2026, la Tunisie se situe dans la moitié inférieure du classement mondial en termes de vitesse mobile, tout en affichant des valeurs désormais supérieures aux niveaux historiques.

Une mesure effectuée en mai 2026 attribuait au pays une vitesse de téléchargement mobile d’environ 52,9 Mbit/s, tandis que les données de juin faisaient état d’environ 55,8 Mbit/s. Ce chiffre dépasse l’estimation de 25 à 35 Mbit/s mentionnée dans la comparaison initiale et suggère que le déploiement de la 5G modifie rapidement le paysage des performances en Tunisie.

Dans les grandes villes, on observe également des vitesses nettement supérieures à la moyenne nationale : à Tunis, par exemple, un relevé publié en mai 2026 indiquait une vitesse de téléchargement mobile d’environ 72,6 Mbit/s.

Le rapport entre performances, prix et pouvoir d’achat

Une distinction importante en ressort : le problème en Tunisie ne réside plus uniquement dans la disponibilité du réseau, mais dans son homogénéité territoriale ainsi que dans le rapport entre performances, prix et pouvoir d’achat. L’écart tarifaire revêt une importance particulière pour ceux qui traversent la Méditerranée. Un citoyen italien utilisant sa carte SIM en Tunisie sans forfait d’itinérance (roaming) spécifique peut s’exposer à des coûts bien plus élevés que ceux qu’il supporte habituellement en Italie. Pour les séjours de courte durée, l’achat d’une carte SIM locale ou d’une eSIM internationale peut donc s’avérer plus avantageux. Pour les séjours plus longs, les offres des opérateurs tunisiens permettent d’obtenir des volumes de données bien supérieurs à ceux accessibles via l’itinérance standard. Le choix dépend naturellement de la durée du séjour, de la consommation de données et de la nécessité de conserver son numéro européen actif. Pour un touriste utilisant principalement des applications de cartographie, de messagerie, les réseaux sociaux et le streaming, une carte SIM ou eSIM locale constitue généralement la solution la plus prévisible en termes de coûts.

La comparaison entre l’Italie et la Tunisie dresse donc un tableau plus nuancé que la simple opposition entre «Internet cher» et «Internet bon marché».

L’Italie représente l’extrême en matière de concurrence tarifaire : volumes de données importants, prix mensuels très bas et un marché caractérisé par la présence de nombreux opérateurs et MVNO.

La Tunisie se trouve, quant à elle, dans une phase différente : elle dispose d’une infrastructure mobile avancée pour le contexte nord-africain et a déjà franchi le cap technologique de la 5G, mais elle doit encore pleinement traduire ces progrès infrastructurels en une meilleure accessibilité financière pour les ménages. Selon les experts, le prochain terrain de concurrence ne sera donc pas nécessairement celui de la vitesse. Le véritable critère sera le rapport entre le volume de données, la qualité du réseau et le revenu disponible. Et c’est précisément sur ce point que le fossé entre le marché italien et le marché tunisien apparaît le plus marqué.

Traduit de l’italien.

Source: Agenzia Nova.

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La musique italienne en force dans les festivals d’été tunisiens

La musique italienne comme trait d’union entre les deux rives de la Méditerranée, entre tradition et modernité, grandes scènes et sites archéologiques, symboles de l’histoire partagée entre l’Europe et l’Afrique du Nord. Tel est le fil conducteur de la Semaine de la musique italienne en Tunisie, qui sera clôturée ce soir, samedi 8 août 2026, dans le cadre spectaculaire de l’amphithéâtre romain d’El Jem avec le concert «Napoli nel Mediterraneo» de l’Orchestra Instabile di Arezzo (Oida). (Photo : Concert de Rondo Veneziano à Carthage).

Cette initiative, organisée dans le cadre des célébrations du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre l’Italie et la Tunisie, a permis de présenter, sur les principales scènes estivales du pays, différentes facettes de la musique italienne. Après l’ouverture le 2 août au Festival d’Hammamet avec Mario Biondi — l’une des voix italiennes les plus célèbres à l’international — et le concert du Rondò Veneziano le 4 août au théâtre romain de Carthage, c’est donc El Jem qui accueillera la clôture de la manifestation.

Un parcours traversant des genres, des époques et des langages variés, tout en instaurant un dialogue entre la musique italienne et certains des lieux les plus emblématiques du patrimoine culturel tunisien.

«Napoli nel Mediterraneo» proposera un voyage au cœur de la tradition musicale napolitaine et italienne, allant des célèbres chansons classiques napolitaines aux grands airs d’opéra, en passant par des morceaux issus de la tradition populaire.

Sur la scène de l’amphithéâtre d’El Jem — l’un des monuments romains les mieux conservés au monde —, l’Orchestra Instabile d’Arezzo sera dirigé par le maestro Filippo Zambelli, avec la participation des solistes Gianni Bruschi, Loredana Carannante et Carlo Putelli.

Le choix de Naples comme figure centrale de l’événement revêt une signification particulière dans le cadre d’une manifestation bâtie sur le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. La tradition musicale napolitaine, marquée au fil des siècles par des métissages, des échanges et des influences venus de cultures diverses, devient en effet le symbole d’un espace méditerranéen où les identités ne s’opposent pas, mais se rencontrent et se transforment.

Mario Biondi à Hammamet.

Des siècles de métissages culturels méditerranéens  

«La culture est l’un des piliers du partenariat entre l’Italie et la Tunisie. En intégrant la Semaine de la musique italienne à trois des principaux festivals tunisiens, nous célébrons non seulement le cap des 70 ans de nos relations diplomatiques, mais aussi des siècles de dialogue, d’échanges et de métissages culturels qui ont contribué à façonner nos sociétés et constituent le fondement de la relation privilégiée entre nos peuples», a déclaré l’ambassadeur d’Italie en Tunisie, Alessandro Prunas, à la veille de l’événement.

Le lien entre musique, patrimoine et diplomatie culturelle s’est également manifesté avec éclat à Carthage, où, le 4 août, le concert du Rondò Veneziano a suscité une longue et chaleureuse ovation de la part du public du théâtre romain, dans le cadre de la 60e édition du Festival international de Carthage.

La soirée a revêtu une dimension particulière grâce à la présence du maestro Gian Piero Reverberi, fondateur, compositeur et chef d’orchestre historique du Rondò Veneziano ; il est remonté exceptionnellement sur le podium pour ce qui, selon la production, constituait son ultime concert et sa dernière apparition publique. Sa participation a conféré à cet événement tunisien une valeur artistique et symbolique unique, en faisant un moment appelé à marquer l’histoire de l’ensemble.

Reverberi avait mis un terme à ses activités de concertiste depuis quelques années pour des raisons de santé. Toutefois, quelques jours avant le concert de Carthage, il était remonté sur scène par surprise lors de la première date de la tournée à Bergame, dirigeant certains des derniers morceaux en rappel et recevant, là aussi, une longue ovation.

Le concert «Napoli nel Mediterraneo» de l’Orchestra Instabile di Arezzo (Oida), ce samedi soir, à El Jem.

Après avoir pris connaissance de la portée institutionnelle de la soirée tunisienne — inscrite parmi les initiatives de l’ambassade d’Italie et de l’Institut culturel italien pour célébrer les 70 ans de relations diplomatiques entre les deux pays —, le maestro a décidé de faire une exception et de diriger à nouveau l’orchestre.

Selon la production, sa participation s’est faite à titre entièrement gracieux, comme un geste personnel témoignant de son adhésion à la valeur culturelle et symbolique de l’initiative.

Le Festival international de Carthage constitue, du reste, l’un des principaux carrefours culturels de la Méditerranée. Créé en 1964, il se déroule chaque année en juillet et août dans le célèbre théâtre romain, site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979. Né à l’initiative du ministère des Affaires culturelles pour promouvoir le dialogue interculturel et valoriser le patrimoine historique national, le festival porte chaque été la musique et les arts contemporains au cœur d’un site datant de l’Antiquité.

Au fil des décennies, la manifestation a progressivement renforcé sa dimension internationale, passant du statut d’événement essentiellement local à celui de rendez-vous culturel parmi les plus anciens et les plus reconnus d’Afrique du Nord et du bassin méditerranéen.

C’est Mario Biondi — artiste au rayonnement international affirmé, invité à célébrer le vingtième anniversaire de ‘‘Handful of Soul’’, l’album qui a marqué sa percée sur la scène européenne — qui a inauguré la Semaine de la musique italienne le 2 août au Festival international de Hammamet. Avec un répertoire mêlant soul et jazz, Biondi a incarné la facette la plus contemporaine de la musique italienne exportée à l’étranger, ouvrant ainsi un cycle qui a ensuite mis à l’honneur la musique orchestrale ainsi que les traditions musicales vénitienne et napolitaine.

De Hammamet à Carthage, jusqu’à l’amphithéâtre d’El Jem, la Semaine de la musique italienne ne se présente pas seulement comme une série de concerts, mais comme un itinéraire culturel traversant des lieux et des langages qui témoignent de la profondeur des liens unissant l’Italie et la Tunisie. Un parcours où la musique devient un instrument de diplomatie culturelle tout en s’affirmant comme un langage universel, capable de restituer à la Méditerranée sa vocation historique d’espace de rencontre, d’échange et de métissage.

D’après Agenzia Nova.

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Aswat Nissa lance une plateforme numérique sur le féminicide en Tunisie

Une plateforme numérique destinée à recenser, documenter et suivre les cas de féminicide en Tunisie, sera lancée par l’association féministe Aswat Nissa («Voix de femmes»), le 12 août 2026, à l’occasion de la présentation de son rapport annuel sur les féminicides pour l’année 2025.

Selon l’organisation féministe, cette première plateforme électronique de ce type dans le pays vise à combler le manque de données officielles et de fournir un outil accessible aux chercheurs, aux médias et à la société civile.

Cette initiative voit le jour dans un contexte qu’Aswat Nissa juge marqué par la persistance des meurtres de femmes, l’absence de statistiques officielles exhaustives et des lacunes dans les mécanismes de prévention et de protection.

La plateforme devrait permettre de centraliser les informations sur les différents cas, d’en suivre l’évolution et de rendre les données plus facilement exploitables, notamment pour l’élaboration de politiques publiques de lutte contre les violences fondées sur le genre.

À cette même occasion sera présenté le troisième rapport annuel de l’association sur ce phénomène, après ceux consacrés aux années 2023 et 2024.

Selon le décompte déjà publié par Aswat Nissa au début de l’année, au moins 30 féminicides ont été enregistrés en Tunisie en 2025, contre 26 cas documentés en 2024. L’organisation a souligné à maintes reprises que le chiffre réel pourrait être plus élevé, en raison des difficultés d’accès à l’information et de l’absence de base de données publique complète.

Le rapport sur l’année 2024 avait également mis en évidence la forte dimension familiale et conjugale du phénomène. Sur les 26 cas recensés, 36 % avaient été attribués aux maris des victimes, tandis que d’autres meurtres avaient été commis par des ex-partenaires, des fils, des pères ou d’autres membres de la famille. Seize cas avaient été enregistrés dans le Grand Tunis.

Depuis 2017, la Tunisie dispose de la loi organique n° 58 relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes, considérée, au moment de son adoption, comme l’une des législations les plus avancées de la région. Toutefois, des organisations tunisiennes et internationales ont signalé, au fil des ans, des problèmes liés à sa mise en œuvre, notamment en ce qui concerne l’évaluation des risques, l’accès des victimes à des mesures de protection et la disponibilité de structures d’accueil.

Aswat Nissa entend donc utiliser la nouvelle plateforme non seulement comme une base de données statistiques, mais aussi comme un outil de documentation et de plaidoyer visant à renforcer la prévention, la protection des femmes exposées à la violence et la responsabilité des institutions. Sa présentation est prévue à la veille de la Fête nationale de la femme tunisienne, célébrée chaque année le 13 août, date anniversaire de la promulgation, en 1956, du Code du statut personnel.

I. B.

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Tunisie | Inquiétude dans le secteur du marbre et du granit

Les entreprises tunisiennes du secteur du marbre et du granit redoutent des redressements fiscaux rétroactifs portant sur une période allant jusqu’à 10 ans et exigent des éclaircissements urgents de l’administration fiscale. Le différend ne porte pas sur l’instauration d’un nouvel impôt, mais sur les modalités d’application d’une taxe prévue de longue date par la législation et, surtout, sur la possibilité d’en exiger le paiement au titre d’exercices antérieurs.

Dans une lettre adressée le 3 août 2026 au directeur général des impôts et signée par le président de la chambre professionnelle, Taoufik Ben Saâd, les industriels ont signalé des contrôles fiscaux susceptibles d’entraîner des redressements couvrant jusqu’à dix années en arrière. Ce droit de consommation trouve son fondement juridique dans la loi tunisienne n° 88-62 du 2 juin 1988. Le texte stipule que les produits figurant dans le tableau annexé sont soumis à cette taxe, qu’ils soient importés ou fabriqués localement. La réglementation a été modifiée et complétée à plusieurs reprises par la suite. La question soulevée par les opérateurs concerne donc le périmètre des produits visés, l’assiette de calcul, le moment de l’imposition et, surtout, la réclamation de sommes relatives à des années durant lesquelles, selon la catégorie de produits, la taxe n’avait pas été concrètement appliquée aux ventes des producteurs.

Pour les entreprises, un redressement portant sur plusieurs exercices aurait un impact particulièrement lourd, dans la mesure où la taxe n’avait pas été répercutée sur les prix pratiqués auprès des clients.

Les sommes réclamées devraient donc être directement absorbées par les bilans des entreprises, auxquelles pourraient s’ajouter des charges supplémentaires liées aux pénalités et aux intérêts de retard.

Les industriels redoutent par ailleurs une hausse du prix du marbre local ainsi qu’une perte de compétitivité face aux matériaux alternatifs utilisés dans la construction et les revêtements.

Ce litige concerne une filière fortement implantée dans les régions intérieures du pays. Une étude récente de l’Office de développement du Nord-Ouest sur la filière du marbre à Siliana, fondée sur des données de l’Institut national de la statistique, indique qu’en 2024, les exportations de la catégorie de marbre analysée ont atteint environ 3,68 millions de kilogrammes, pour une valeur de 5,87 millions de dinars (1,77 million d’euros).

La même étude met en évidence, parmi les problèmes structurels du secteur, la complexité des procédures d’ouverture de carrières, les délais d’obtention des autorisations ainsi que la nécessité de renforcer la formation, la transformation industrielle et les capacités d’exportation. Pour les professionnels du marbre et du granit, la priorité est désormais d’obtenir une position claire de l’administration fiscale définissant les modalités et la période d’application du droit de consommation, afin d’éviter — selon eux — que l’incertitude fiscale ne compromette les investissements et la continuité de la production des entreprises.

I. B.

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L’homme à abattre pour le lobby pro-israélien américain

Le puissant lobby pro-israélien américain tentera de mobiliser à nouveau des soutiens pour faire battre Abdulrahman El-Sayed qui a battu une candidate fortement soutenue par l’American Israel Public Affairs Committee (Aipac) lors de la primaire démocrate pour désigner le candidat du parti au poste de sénateur du Michigan. El-Sayed, Américain d’origine égyptienne, est un médecin, épidémiologiste et homme politique âgé de 41 ans. Il est membre du Parti démocrate et appartient à son aile gauche progressiste très critique à l’endroit d’Israël. La perspective de son élection en tant que sénateur inquiète beaucoup Israël et ses relais aux États-Unis.

Imed Bahri

Dans le New York Times, Jennifer Medina et Theodore Schleifer indiquent que le groupe de pression pro-israélien a informé ses alliés qu’il envisageait une campagne de levée de fonds massive pour soutenir le candidat républicain au Sénat lors des élections générales du Michigan cet automne après que la candidate démocrate soutenu par le lobby aux primaires démocrates ait perdu.

Le comité d’action politique de l’Aipac a dépensé 32 millions de dollars dans une tentative infructueuse de soutenir Haley Stevens au détriment du docteur Abdulrahman El-Sayed, un critique virulent d’Israël, lors de la primaire démocrate de l’État. 

80 millions de dollars pour battre El-Sayed

Après la victoire d’El-Sayed, l’organisation n’a pas reculé et semble désormais prête à investir des dizaines de millions de dollars pour soutenir Mike Rogers, le candidat républicain, selon six personnes ayant parlé avec des dirigeants du groupe.

Dans un communiqué, l’Aipac a indiqué que ses sympathisants participeraient à l’élection générale sans toutefois dévoiler de plan précis.

«Nos membres restent déterminés à faire en sorte que les électeurs rejettent le Dr El-Sayed et son programme anti-israélien extrémiste en novembre», a déclaré Deryn Abra Sousa, porte-parole de l’organisation. Dans une interview, Patrick Dorton, porte-parole du United Democracy Project, principal comité politique de l’Aipac, a affirmé qu’aucune décision formelle concernant les dépenses n’avait été prise pour cette élection. Selon les données de la Commission électorale fédérale, l’Aipac disposait d’environ 80 millions de dollars à la fin du mois de juin.

Le journal américain a souligné que soutenir un candidat républicain lors d’une élection générale très disputée, en particulier dans un État clé, constituerait une initiative sans précédent pour l’Aipac, qui s’est longtemps considérée comme non partisane et n’a commencé à financer les élections fédérales qu’en 2022.

Le journal rapporte que de nombreux sympathisants de l’Aipac perçoivent le Dr El-Sayed comme une menace, compte tenu de son rôle central dans la campagne contre Israël et de ses promesses répétées de voter pour couper les fonds alloués à cet État.

Le journal a cité Sam Markstein, directeur politique de la Coalition juive républicaine, dont le conseil d’administration compte plusieurs donateurs de l’Aipac : «L’époque où l’on nous faisait taire et où l’on nous apaisait est révolue. Cela n’arrivera pas ici. Nous ne nous laisserons ni intimider ni diffamer. Nous redoublerons d’efforts et ferons tout ce qu’il faut pour gagner. Nous préférons être respectés et vivre que d’être aimés et mourir».

L’Aipac finance les campagnes des candidats favorables à Israël

Dans son discours de victoire, mercredi 5 août 2026, El-Sayed a cherché à séduire l’électorat juif, tout en continuant de critiquer l’implication de l’Aipac dans les primaires. Il a déclaré : «À tous mes frères et sœurs de confession juive, ou de toute autre confession, ou même à ceux qui ne professent aucune religion, je tiens à ce que vous sachiez que mon engagement envers votre sécurité –envers la sécurité des Juifs– est le même que celui que j’ai envers la sécurité de mes propres filles»

Des militants démocrates et républicains liés à l’organisation ont confié en privé s’attendre à ce que les groupes affiliés à l’Aipac rompent avec la tradition et dépensent des millions de dollars pour soutenir Rogers en novembre.

Six personnes ayant discuté avec la direction de l’Aipac avant les primaires ont déclaré avoir eu la nette impression que l’organisation prévoyait de dépenser des sommes considérables contre le docteur El-Sayed s’il se qualifiait pour l’élection générale. Rogers s’est décrit à plusieurs reprises comme un fervent partisan d’Israël.

De nombreux analystes politiques estimaient que les dépenses de l’Aipac lors des primaires démocrates avaient eu l’effet inverse. El-Sayed semblait gagner en popularité dans les sondages et instrumentalisait l’implication de l’Aipac pour attaquer Stevens.

Selon plusieurs personnes proches de l’organisation, lors de conversations privées, les dirigeants de l’Aipac n’ont exprimé aucun regret quant à leur pari coûteux contre El-Sayed, car ils s’attendaient dès le départ à une course serrée. Dans les derniers jours de la campagne, certains donateurs politiques proches de l’organisation ont adressé leurs critiques non pas à l’Aipac mais à sa candidate, Mme Stevens, ou aux médias. Finalement, El-Sayed l’a emporté de justesse.

Pour l’Aipac, soutenir Israël est un choix politique judicieux pour les politiciens américains des deux partis. Cependant, une nouvelle dynamique politique se dessine, le soutien à Israël est devenu un point faible lors de certaines primaires démocrates. Un sondage récent a montré que près de la moitié des démocrates du Michigan ont une opinion négative de l’Aipac, contre seulement 12% qui ont une opinion favorable.

Avec la victoire de candidats anti-israéliens aux primaires démocrates à New York, en Californie et dans l’Illinois et qui ont de fortes chances d’être élus au Congrès en novembre, la prochaine législature adoptera probablement une position sceptique à l’égard d’Israël.

Le journal américain rappelle que le United Democracy Project de l’Aipac a déjà essuyé des défaites électorales mais n’a jamais dépensé autant d’argent.

Sur les trois cycles électoraux auxquels l’Aipac a participé jusqu’à présent, le lobby n’est intervenu que dans une seule élection générale opposant un candidat démocrate à un candidat républicain. Lors de cette élection, le United Democracy Project a dépensé près de 1,2 million de dollars contre la représentante Summer Lee de Pittsburgh, qui a facilement battu son adversaire républicain. L’Aipac a également envisagé de soutenir Susan Collins, la sénatrice républicaine du Maine, cet automne, mais il est peu probable qu’elle intervienne dans sa campagne.

La primaire sénatoriale du Michigan n’était pas la première élection où les dépenses de l’Aipac ont fait l’objet d’un examen minutieux. Lors des primaires démocrates pour la Chambre des représentants de l’Illinois cette année, plusieurs comités d’action politique affiliés à l’Aipac ont dépensé près de 4,4 millions de dollars pour soutenir la sénatrice sortante Laura Fine. Or, le maire d’Evanston, Daniel Pace, avait vivement critiqué Fine pour avoir accepté le soutien de cette organisation. Pace, juif et proche d’Israël, a remporté la primaire pour ce siège démocrate sûr et a clairement indiqué qu’il œuvrerait à modifier la politique américaine envers Israël s’il était élu au Congrès.

Les politiques américaines dictées par les intérêts d’un gouvernement étranger

Dans le Michigan, fort de sondages lui donnant une avance confortable dans les derniers jours de la campagne des primaires, El-Sayed a quasiment mis l’Aipac au défi de dépenser son argent pour le faire battre, il a déclaré : «Aipac, si vous m’entendez, dépensez et dépensez votre argent, ça me fait plaisir de cramer votre argent ! Ensuite, nous pourrons nous pencher sur les choses sérieuses et nous demander si notre politique étrangère doit être dictée par les intérêts d’un gouvernement étranger». Le journal américain a rapporté que l’AIPAC est de plus en plus encline à prendre des risques comme celui qu’elle envisage dans le Michigan.

Le journal a cité Jeremy Ben-Ami, président de J Street, un groupe libéral pro-israélien qui a toujours critiqué l’Aipac, affirmant que si le comité d’action politique de l’organisation apportait son soutien direct au républicain Rogers, ce serait une «grave erreur politique». Il a ajouté : «Chaque dollar dépensé aggrave un problème que tous ceux qui se soucient d’Israël devraient s’efforcer de résoudre, et non d’attiser. Leur incompréhension de la situation actuelle et du contexte actuel aux États-Unis me révolte et m’attriste».

Ron Weiser, ancien président du Parti républicain au Michigan pendant trois mandats, a fait un don de 125 000 dollars au United Democracy Project durant cette campagne électorale. Il a déclaré que l’Aipac devrait financer la campagne de Rogers, qu’il considère comme un ami, pour deux raisons : «Premièrement, parce que je suis républicain, et deuxièmement, je n’ai pas besoin d’une voix de plus pour réclamer l’arrêt du financement d’Israël et pour les autres mesures annoncées par les socialistes démocrates».

Dans un meeting à Las Vegas, le président Donald Trump qui exècre l’aile gauche du parti démocrate s’en est pris mercredi soir à Abdulrahman El-Sayed : «La saleté, la criminalité, la mort, la destruction, l’humiliation… On perd sa maison, on perd son appartement et c’est exactement là où les communistes nous mèneront, à 100%. Quand je regarde Abdul (diminutif de Abdulrahman, Ndlr), il ne raconte que des conneries. C’est un homme de haine. Il n’aime pas Israël. Il n’aime pas les juifs. Il les hait avec une passion qui lui brûle le cœur. Il n’y peut rien parce qu’il les hait».

El-Sayed lui a répondu sur CNN : «Il se concentre davantage sur moi et sur ce que je vais faire alors que nous traversons une crise du pouvoir d’achat qui est historique. Les gens paient près de 5 dollars l’essence à cause d’une guerre qu’il a déclenchée».

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Trump et l’Iran | L’échec d’une diplomatie du bluff

Cinq mois après le lancement de l’opération Epic Fury, la stratégie américaine conduite par Donald Trump et ses conseillers   de «pression maximale» contre l’Iran s’est muée en impasse politique et militaire. Entre la réticence des alliés du Golfe, l’épuisement des stocks de missiles et l’approche des élections de mi-mandat, Donald Trump se retrouve pris au piège de sa propre diplomatie du bluff.

Dr Abderrahmane Cherfouh *

Lorsque les premiers missiles américains et israéliens ont frappé le sol iranien fin février dans le cadre de l’opération Epic Fury, Donald Trump reprenait une rhétorique qu’il affectionne : celle de la «paix par la force» théâtralisée. Sur ses réseaux sociaux, le président américain promettait au peuple iranien une «libération imminente», affirmant que le moment était venu de se libérer une fois pour toutes du joug des ayatollahs.

Les analystes les plus avertis s’interrogeaient sur la viabilité d’une telle posture : s’agissait-il d’une réelle démonstration de puissance ou des prémices d’un aveuglement stratégique ? Cinq mois plus tard, la réponse ne fait plus de doute. Le calcul trumpien reposait sur une équation simpliste issue du monde des affaires : appliquer une pression maximale par un déluge de feu pour provoquer l’effondrement immédiat du régime ou forcer une capitulation sans condition. Mais la géopolitique des crises de haute intensité ne répond pas aux règles de la négociation immobilière.

La résilience de Téhéran face à l’impuissance de la surenchère

Au lieu de provoquer le soulèvement populaire escompté ou la panique au sommet de l’État théocratique, l’attaque a déclenché un réflexe de survie institutionnel à Téhéran. La République islamique a promptement verrouillé l’appareil sécuritaire intérieur, étouffant toute contestation naissante, tout en déployant une stratégie de riposte asymétrique et régionale.

Face aux ultimatums répétés de Washington promettant «une destruction encore jamais vue dans l’histoire», Téhéran a choisi la fermeté et le harcèlement à distance. L’incapacité de Donald Trump à faire plier le régime est devenue flagrante : la surenchère verbale, dépourvue de stratégie terrestre ou de vision politique à long terme, a fini par étaler les limites du pouvoir militaire américain.

L’évolution du conflit au cours des cinq derniers mois a mis à nu la méthode Trump : une alternance permanente entre menaces apocalyptiques, reculades précipitées et décisions impulsives dictées par l’humeur du moment plutôt que par une doctrine cohérente.

La régionalisation du conflit (mars-avril) : Téhéran réplique en ciblant les infrastructures stratégiques et les bases alliées à travers le Moyen-Orient, étendant l’instabilité bien au-delà des frontières iraniennes.

Illusion du «deal» et le répit éphémère (mai-juin) : Pris de court par l’enlisement et obsédé par les indicateurs économiques, Trump décrète unilatéralement un cessez-le-feu en proclamant prématurément «victoire». Sans accord politique de fond, cette trêve n’a été qu’un mirage.

Crise navale et suspension des frappes (juillet-août) : la reprise des tensions dans le détroit d’Ormuz pousse la Maison-Blanche à ordonner de nouvelles frappes, avant de devoir se résoudre à les suspendre face à l’absence de résultats probants.

Le tournant saoudien et la fracture des alliés du Golfe

L’élément déclencheur du récent changement de cap à Washington ne provient pas d’une prise de conscience interne, mais d’un rappel à la réalité venu du Golfe. Subissant de plein fouet les tirs de missiles et de drones iraniens sur leurs raffineries, leurs ports et leurs aéroports, les monarchies arabes ont exprimé un ras-le-bol stratégique.

Le point de rupture a été atteint lors d’un entretien téléphonique entre Mohammed Ben Salmane et Donald Trump. Le souverain saoudien a demandé sans détour au président américain de cesser immédiatement les bombardements sur l’Iran. Le constat présenté par Riyad était sans appel : faute de succès militaire décisif et sans perspective réelle de changement de régime, poursuivre ces frappes ne faisait que transformer les pays du Golfe en cibles privilégiées, tout en resserrant les rangs de la population iranienne derrière ses dirigeants.

En Europe, la gestion de la crise par Donald Trump a fini de détruire le peu de confiance qui subsistait envers le parapluie diplomatique américain. Dès le lancement d’Epic Fury, les chancelleries européennes (Paris, Berlin, Londres) avaient mis en garde contre les risques d’une escalade incontrôlée.

Aujourd’hui, l’exaspération des dirigeants européens est totale. Face aux revirements incessants de la Maison-Blanche — qui passe en quelques jours de la menace de guerre totale à des appels du pied pour négocier —, l’Europe déplore l’absence complète de concertation et l’aventurisme d’une administration incapable de fixer un cap stratégique clair. La diplomatie européenne se retrouve contrainte de gérer les répercussions sécuritaires et migratoires d’un conflit qu’elle n’a pas voulu et qu’elle ne peut pas enrayer seule.

Limites techniques et asphyxie économique

Sur le plan interne comme international, le coût de cette diplomatie du bluff est devenu insupportable. Sur le terrain militaire comme sur le plan politique domestique, Washington se heurte à des contraintes matérielles et électorales majeures.

Comme l’a analysé Sébastien Boussois, chercheur spécialiste du monde arabe et directeur de l’Institut géopolitique européen, la marge de manœuvre du président américain s’est considérablement réduite : «Donald Trump ne veut pas forcément frapper, n’en a pas forcément les moyens. Il y avait un problème de missiles, puis il avait un problème d’intercepteurs. Et puis, il y a aussi une opinion qui, à l’approche des élections de mi-mandat, risque de commencer à se détourner du président américain».

Ce double verrou — l’épuisement des stocks d’armement de haute précision et la crainte d’un désaveu dans les urnes — paralyse l’action américaine. Parallèlement, en perturbant gravement le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz — canal vital par lequel transite un cinquième du pétrole mondial —, le conflit a provoqué une flambée spectaculaire des cours du baril. Les consommateurs du monde entier paient aujourd’hui au prix fort à la pompe les hésitations de Washington, alimentant une inflation globale qui menace de faire basculer plusieurs économies dans la récession.

Cinq mois après le lancement de l’opération Epic Fury, le bilan de Donald Trump est celui d’une impasse stratégique majeure. En pensant que des coups de bluff répétés, des ultimatums sur les réseaux sociaux et des sautes d’humeur diplomatiques tiendraient lieu de politique étrangère, le président américain a étalé les limites de son leadership.

Désormais contraint par le roi d’Arabie saoudite à suspendre ses frappes, contesté par son opinion publique, désavoué par ses alliés européens et sous la pression d’une crise économique mondiale qu’il a lui-même contribué à alimenter, Trump offre le spectacle d’une puissance paralysée. Les ultimatums non suivis d’effets ont créé l’accoutumance chez l’adversaire et la méfiance chez les alliés. L’étalage de force brute aura, in fine, mis à nu l’incapacité d’un homme à prendre les décisions justes face au temps long et complexe de la géopolitique.

* Médecin algérien basé au Canada.

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Le secteur automobile allemand va mal

Face à la montée irrépressible des voitures chinoises et à la crise énergétique induite par le boycott européen du gaz bon marché russe, certains constructeurs automobiles allemands sont obligés de licencier une partie de leur personnel qui n’est pas lié à la production, d’autres vont jusqu’à licencier des ouvriers de production.

Habib Glenza, à Lodz.

L’effondrement de l’économie allemande a commencé après la décision de l’UE de boycotter le gaz russe, très bon marché. Cette décision lourde de conséquences rentre dans le cadre des sanctions européennes à l’encontre de la Russie. Les droits de douane imposés par Trump et la guerre au Moyen-Orient ont littéralement mis à genoux la première économie européenne, jadis prospère grâce à l’énergie russe bon marché.

Entre-temps les voitures chinoises ont envahi le monde entier avec des prix qui défient toute concurrence.

Pour réduire le coût de production, certains constructeurs allemands sont obligés de licencier une partie du personnel qui n’est pas lié à la production, d’autres vont jusqu’à licencier des ouvriers de production.

Le constructeur BMW prévoit de supprimer 8 000 emplois d’ici fin 2027. C’est l’entreprise qui a annoncé son plan de licenciements qui commencera à être mis en œuvre à partir d’octobre 2026 et s’achèvera à la fin de l’année prochaine.

Un plan de départs volontaires pour réduire les coûts de production 

Les personnes concernées par cette suppression sont tous les employés des usines du constructeur munichois en Allemagne qui n’occupent pas des postes directement liés à la production. Autrement dit, les victimes directes seront les employés de bureau. L’idée est d’offrir à près de la moitié de son personnel en Allemagne la possibilité d’adhérer à un plan de départs volontaires et ainsi d’atteindre l’objectif de 8 000 emplois en moins.

Un plan de réduction des effectifs qui permettra à BMW de réaliser des économies substantielles, le constructeur estimant qu’il réduira ses coûts de personnel 

Actuellement, selon les données publiées par le Wall Street Journal, environ 84 000 des 154 000 employés de BMW travaillent en Allemagne. BMW rejoint ainsi la liste croissante des entreprises du secteur automobile, qui traverse en Allemagne l’une de ses pires périodes.

Volkswagen, Porsche, Audi et Mercedes suppriment des emplois           

Le constructeur automobile munichois emboîte le pas à d’autres comme Volkswagen, Porsche, Audi et Mercedes, qui ont annoncé ces derniers mois des plans de réduction d’effectifs.

Le principal facteur déclencheur de cette crise dans le secteur automobile allemand est le marché chinois, devenu l’un des principaux concurrents des entreprises allemandes.

Les droits de douane imposés par les États-Unis et la crise au Moyen-Orient aggravent également les difficultés auxquelles est confronté le secteur, l’un des piliers historiques de l’économie allemande qui, ces derniers temps, subit des coups de plus en plus durs et s’effondre de plus en plus.

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