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Vers un protocole national de prise en charge des victimes de violences sexuelles : de l’accueil au suivi psychologique

L’Unité médico-judiciaire (Injed) de l’hôpital Charles Nicolle a organisé, les 18 et 19 juin 2026, un séminaire international placé sous le thème : «Vers une réponse médico-légale et psychologique harmonisée aux violences sexuelles : standards, coordination et approche intégrée».

Organisé sous l’égide du ministère de la Santé et en partenariat avec le projet «SILA», programme de lutte contre les violences basées sur le genre en Tunisie, cofinancé par l’Union européenne dans le cadre du Programme d’appui à l’inclusion sociale (PAIS), cet événement vise à établir les bases d’un protocole national de prise en charge médico-légale et psychologique des victimes de violences sexuelles, afin d’harmoniser les pratiques sur l’ensemble du territoire national.

À cette occasion, le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, a souligné que la protection des victimes de violences sexuelles dépasse le seul cadre sanitaire ou judiciaire. «La protection des victimes de violences sexuelles n’est pas seulement une exigence médicale ou judiciaire, c’est un devoir national et un indicateur de la maturité de nos institutions», a-t-il affirmé.

Dans son allocution d’ouverture, le ministre a insisté sur la portée stratégique de l’élaboration d’un protocole national harmonisé de prise en charge médico-légale et psychologique. «Il ne s’agit pas d’un simple document technique, mais d’un cadre national de référence destiné à harmoniser les pratiques, à renforcer la qualité des interventions, à assurer leur traçabilité et à garantir l’équité des prises en charge, quelle que soit la région où la victime se présente», a-t-il expliqué.

Poursuivant son intervention, il a estimé que la prise en charge des victimes de violences sexuelles requiert une approche scientifique, globale et multidisciplinaire. Selon lui, celle-ci ne peut se limiter ni à un acte médical isolé ni à une procédure judiciaire dissociée du parcours de soins. «Elle suppose, au contraire, une articulation rigoureuse entre plusieurs dimensions, l’accueil de la victime, l’examen médical, le soutien psychologique, le recueil des preuves, la traçabilité médico-légale, les mesures de protection immédiate, l’accompagnement social, ainsi que l’accès effectif à la justice», a-t-il souligné.

Le ministre a également rappelé que la Tunisie a fait le choix souverain de consolider son arsenal juridique et institutionnel dans ce domaine. Cette orientation s’est notamment traduite par l’adoption de la loi organique n°2016-61 du 3 août 2016 relative à la prévention et à la lutte contre la traite des personnes, ainsi que par le renforcement des dispositions prévues par le Code de la protection de l’enfant.

Par ailleurs, il a souligné que la Tunisie a consacré ses engagements internationaux à travers la ratification de plusieurs instruments majeurs, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), la Convention relative aux droits de l’enfant, le Protocole de Palerme ainsi que la Convention de Lanzarote sur la protection des enfants contre l’exploitation et les abus sexuels.

Un protocole national attendu pour septembre 2026

De son côté, le chef du service de médecine légale de l’hôpital Charles Nicolle, le Dr Mohamed Allouche, a indiqué que, dans le cadre de l’élaboration du protocole national, une mission d’évaluation a été menée au sein de l’ensemble des services de médecine légale du pays.

«Une attention particulière a également été accordée aux six gouvernorats qui ne disposent pas de structures de médecine légale, afin d’identifier les modalités de prise en charge des victimes, notamment sur le plan psychologique», a-t-il précisé, soulignant que les constats issus de cette évaluation serviront de socle à la rédaction du protocole national.

Selon le Dr Allouche, ce futur référentiel a vocation à harmoniser les pratiques de prise en charge sur l’ensemble du territoire tunisien, afin de garantir aux victimes un niveau équivalent d’accompagnement médico-légal et psychologique, quel que soit le lieu où elles se présentent.

S’agissant de son contenu, il a expliqué que le protocole s’articule autour de plusieurs axes structurants. Le premier concerne les modalités d’accueil des victimes, l’information qui leur est délivrée ainsi que le recueil de leur consentement éclairé. Le deuxième axe, de nature plus technique, porte sur l’examen clinique, la recherche des traces de violences sexuelles et leur documentation. Le troisième volet est consacré aux prélèvements médico-légaux, notamment aux échantillons permettant le dépistage des infections sexuellement transmissibles, ainsi que la réalisation d’analyses génétiques.

Par ailleurs, un axe essentiel est dédié à l’accompagnement psychologique des victimes, considéré comme une composante indissociable du parcours de prise en charge.

«Cinq des huit axes prévus ont déjà été finalisés. L’achèvement du protocole est prévu pour septembre 2026, avant sa présentation au ministre de la Santé, qui donnera son aval à son lancement officiel», a-t-il révélé.

Les diplomates européens plaident pour une approche globale et coordonnée

Le séminaire international a réuni de hautes autorités tunisiennes ainsi que des représentants diplomatiques de l’Union européenne, du Royaume de Belgique et du Royaume d’Espagne.

À ce titre, l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Giuseppe Perrone, a souligné que cette rencontre constitue «une étape fondamentale dans la lutte contre les violences sexuelles», dans la mesure où elle vise à promouvoir de nouveaux standards nationaux en matière de prise en charge des victimes.

«Ce qu’il faut, c’est une approche globale et intégrée pour faire en sorte que les victimes de violences ne soient ni isolées ni marginalisées, mais qu’elles puissent retrouver leur capacité d’agir et devenir, à leur tour, des actrices engagées dans la lutte contre les violences sexuelles», a-t-il déclaré.

L’ambassadeur a toutefois mis en garde contre l’ampleur préoccupante du phénomène chez les plus jeunes. «D’après les données qui m’ont été présentées, près des deux tiers des cas de violences concernent des mineurs. Ce sont des chiffres particulièrement alarmants», a-t-il relevé.

Dans ce contexte, il a plaidé pour le renforcement des actions de prévention et de sensibilisation au sein de la société, tout en insistant sur la nécessité d’assurer un suivi individualisé et centré sur les victimes.

De son côté, l’ambassadeur de Belgique en Tunisie, François Dumont, a rappelé que la Belgique, à travers son agence de coopération internationale et en partenariat avec la coopération espagnole, soutient depuis plusieurs années le projet «SILA», financé par l’Union européenne et consacré à la lutte contre les violences faites aux femmes.

Il a souligné que la Tunisie dispose déjà d’un important arsenal législatif en matière de lutte contre les violences, constituant une base solide pour renforcer davantage la protection des victimes. Cependant, il a souligné la nécessité de consolider la coopération et l’échange d’expériences entre l’ensemble des acteurs concernés afin d’améliorer la prise en charge des victimes à toutes les étapes de leur parcours.

Selon lui, l’un des principaux défis reste le silence entourant les violences, notamment celles faites aux femmes, souvent alimenté par la crainte de ne pas bénéficier d’un accompagnement suffisant ou d’une protection effective lors du dépôt de plainte. «Ces obstacles sont en partie liés à des pesanteurs culturelles observées dans de nombreux pays, et ne sont pas spécifiques à la Tunisie», a-t-il expliqué.

Nouha MAINSI

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Stress, anxiété et fatigue mentale : un mal silencieux qui touche de plus en plus de Tunisiens

Fatigue persistante, difficultés de concentration, irritabilité, troubles du sommeil ou sentiment permanent de pression. Ces manifestations sont devenues familières pour de nombreux Tunisiens. Longtemps relégués au second plan derrière les préoccupations économiques ou sociales, le stress et l’anxiété s’imposent aujourd’hui comme de véritables enjeux de santé publique.

Si ces troubles ont toujours existé, de nombreux spécialistes observent une augmentation des situations de mal-être psychologique au cours des dernières années. Les transformations rapides de la société, les incertitudes économiques, les exigences professionnelles croissantes et l’omniprésence des outils numériques contribuent à installer un climat de tension permanente qui affecte une partie grandissante de la population. Contrairement à certaines maladies visibles, le stress chronique et la fatigue mentale évoluent souvent dans la discrétion. Ils s’installent progressivement, parfois sans que les personnes concernées prennent immédiatement conscience de leur impact sur leur santé et leur qualité de vie.

Une société confrontée à de multiples sources de pression

Le quotidien de nombreux Tunisiens est aujourd’hui marqué par une accumulation de préoccupations. Les difficultés liées au coût de la vie, les responsabilités familiales, l’incertitude professionnelle ou encore les contraintes administratives créent un environnement propice au développement du stress. Les jeunes ne sont pas épargnés. Entre les études, la recherche d’emploi, les projets d’émigration ou les inquiétudes concernant leur avenir professionnel, beaucoup ressentent une pression importante dès le début de leur vie adulte.

Les parents, quant à eux, doivent souvent faire face à un équilibre difficile entre obligations professionnelles et responsabilités familiales. Les dépenses liées à l’éducation, au logement ou à la santé constituent autant de sources d’inquiétude qui peuvent alimenter un état de tension prolongé. Même les retraités ne sont pas totalement à l’abri. L’isolement, les problèmes de santé ou les préoccupations financières peuvent également affecter leur bien-être psychologique.

Quand le stress devient chronique

Le stress n’est pas nécessairement négatif. Dans certaines situations, il permet à l’organisme de mobiliser ses ressources pour faire face à un défi ou à une urgence. Le problème apparaît lorsque cet état d’alerte devient permanent. Un stress prolongé peut progressivement épuiser les capacités d’adaptation de l’organisme. Les premiers signes sont souvent banalisés : fatigue persistante, sommeil de mauvaise qualité, maux de tête fréquents ou difficultés de concentration.

Avec le temps, d’autres symptômes peuvent apparaître. Certaines personnes deviennent plus irritables, d’autres ressentent une inquiétude constante ou perdent progressivement leur motivation. Les médecins soulignent également les conséquences physiques du stress chronique. L’hypertension artérielle, les troubles digestifs, certaines douleurs musculaires ou encore l’affaiblissement des défenses immunitaires peuvent être favorisés par une exposition prolongée au stress.

L’impact des réseaux sociaux et de l’hyperconnexion

L’évolution des modes de vie joue également un rôle important. Les smartphones et les réseaux sociaux ont profondément modifié notre rapport au temps, à l’information et aux autres. Aujourd’hui, de nombreuses personnes restent connectées en permanence. Les notifications, les messages professionnels en dehors des horaires de travail et l’accès continu à l’actualité réduisent les moments de déconnexion nécessaires à l’équilibre psychologique.

Les réseaux sociaux peuvent également alimenter un sentiment de comparaison permanente. Face à des images de réussite, de voyages ou de vies idéalisées, certains utilisateurs développent un sentiment d’insatisfaction ou d’échec qui accentue leur anxiété.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Chez les adolescents et les jeunes adultes, cette pression sociale numérique est devenue un sujet de préoccupation croissant pour les spécialistes de la santé mentale.

Un sujet encore entouré de tabous

Malgré une évolution progressive des mentalités, les troubles psychologiques restent parfois difficiles à évoquer ouvertement. De nombreuses personnes hésitent encore à consulter un psychologue ou un psychiatre, par crainte du regard des autres ou parce qu’elles considèrent leur souffrance comme un signe de faiblesse. Cette situation conduit certains individus à minimiser leurs symptômes pendant de longues périodes. Ils continuent à fonctionner normalement en apparence, tout en accumulant fatigue et détresse psychologique.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    Les spécialistes rappellent pourtant que la santé mentale fait partie intégrante de la santé globale. Consulter un professionnel lorsqu’on traverse une période difficile ne devrait pas être perçu différemment que consulter un médecin pour un problème physique.

Une fatigue mentale qui affecte la qualité de vie

L’une des conséquences les plus fréquentes du stress chronique est la fatigue mentale. Contrairement à la fatigue physique, celle-ci ne disparaît pas nécessairement après une nuit de sommeil. Les personnes concernées décrivent souvent une impression d’épuisement permanent, une difficulté à prendre des décisions ou à accomplir des tâches pourtant simples auparavant. La concentration diminue, la mémoire devient moins performante et la motivation s’effrite progressivement. Dans certains cas, cette situation peut affecter les relations familiales, les performances professionnelles ou les résultats scolaires.

Les entreprises et les institutions commencent d’ailleurs à prendre conscience de l’impact économique de ces troubles. L’absentéisme, la baisse de productivité ou le risque d’épuisement professionnel représentent aujourd’hui des enjeux importants dans de nombreux secteurs.

Mieux prévenir pour mieux protéger

Face à cette réalité, les spécialistes insistent sur l’importance de la prévention. L’activité physique régulière, un sommeil de qualité, une alimentation équilibrée et la limitation du temps passé devant les écrans figurent parmi les recommandations les plus fréquemment formulées. Le maintien d’une vie sociale active et la capacité à exprimer ses difficultés jouent également un rôle protecteur important. Mais la responsabilité ne repose pas uniquement sur les individus. Les experts estiment que les employeurs, les établissements scolaires et les institutions publiques ont également un rôle à jouer dans la promotion du bien-être psychologique.

Un défi de santé publique pour les années à venir

Le stress, l’anxiété et la fatigue mentale ne constituent plus des problématiques marginales. Ils concernent aujourd’hui toutes les catégories de la population et reflètent les transformations profondes que connaît la société moderne. Alors que les rythmes de vie s’accélèrent et que les incertitudes se multiplient, la santé mentale apparaît comme l’un des grands défis sanitaires des prochaines années. La reconnaissance de cette réalité constitue déjà une première étape essentielle.

Car derrière les statistiques et les études se trouvent des milliers de personnes qui, chaque jour, tentent de concilier obligations, responsabilités et aspirations personnelles dans un environnement souvent exigeant. Comprendre cette souffrance silencieuse et lui accorder l’attention qu’elle mérite est devenu une nécessité pour construire une société plus équilibrée et plus résiliente.

Leila SELMI

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 Célébration du 60e anniversaire de l’Association de jumelage Cologne -Tunis

La ville de Cologne, en Allemagne, vient d’accueillir la célébration du 60e anniversaire de la création de l’association Städtepartnerschaftsverein Köln–Tunis.

Cette association de jumelage entre Tunis et Cologne a été fondée le 12 juin 1966, soit deux ans jour pour jour après l’accord de jumelage entre les deux villes, signé le 12 juin 1964. Depuis sa création, elle est restée très active dans le rapprochement tuniso-allemand en organisant des événements culturels ainsi que des échanges entre les deux villes.

Belle brochette en présence

La célébration du 60e anniversaire de cette association a été fêtée en grandes pompes lors d’une cérémonie grandiose, qui s’est déroulée à la « Maison Belge de Köln », et qui a été rehaussée par la présence de l’ambassadeur de Tunisie à Berlin, Wacef Chiha, du consul général de Tunisie à Düsseldorf, Mustapha Ziri, du maire de Cologne, Torsten Burmester, du président de l’association Cologne-Tunis, Raouf Khammassi, ainsi que de plusieurs éminentes personnalités allemandes et tunisiennes, sans oublier des membres historiques du réseau d’échanges entre les deux villes.

Cette cérémonie a constitué une réelle opportunité pour les participants de discuter des perspectives de développement de la coopération entre Cologne et Tunis, lesquelles apparaissent particulièrement prometteuses.

Larges perspectives à renforcer 

Fortes d’une longue tradition d’amitié et d’échanges, les deux villes peuvent en effet renforcer leur partenariat dans des domaines stratégiques tels que la transition écologique, la numérisation des services publics, l’innovation urbaine, la gestion durable des ressources, ainsi que les échanges universitaires, culturels et associatifs.

La diplomatie de proximité en exemple 

Cette célébration de la création de l’association Städtepartnerschaftsverein Köln–Tunis a constitué ainsi un exemple concret de l’efficacité de la diplomatie de proximité, capable de contribuer au renforcement des relations entre la Tunisie et l’Allemagne et d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération au service du développement, du dialogue interculturel et de la prospérité partagée.

Mohamed Sahbi RAMMAH

 

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Mondial 2026 : le Maroc domine l’Écosse et se rapproche de la qualification

La sélection marocaine de football s’est imposée, vendredi au stade de Boston, face à son homologue écossaise sur le score de 1 but à 0, lors de la deuxième journée du groupe C de la Coupe du monde 2026.

Les Lions de l’Atlas ont inscrit l’unique but de la rencontre dès la 2e minute de jeu grâce à Ismael Saibari, auteur d’une frappe du pied droit logée en pleine lucarne après un service de Brahim Díaz.

Grâce à ce succès, le Maroc prend provisoirement les commandes du groupe C avec 4 points. L’autre rencontre de la poule opposera, plus tard dans la nuit, le Brésil à Haïti au stade de Philadelphie.

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Plan de Développement 2026-2030 : la voie ouverte à une nouvelle conception du développement ?

Par Mondher AFI

Le 15 juin 2026, lors du Conseil des ministres tenu au Palais du gouvernement à la Kasbah sous la présidence de la Cheffe du gouvernement SarraZaâfrani Zenzri, agissant au nom du Président de la République, Kaïs Saïed, le projet de loi relatif au Plan de Développement 2026-2030 a été examiné et débattu. Cet événement dépasse, en vérité, le cadre d’une simple étape administrative.

Il s’inscrit dans une démarche de réflexion relative aux modalités par lesquelles l’État peut accompagner les transformations économiques, sociales et territoriales dans un contexte international marqué par des évolutions rapides et des incertitudes croissantes.

La mondialisation contemporaine ne peut plus être appréhendée à travers les schémas interprétatifs qui ont prévalu durant la phase d’expansion et d’intensification des échanges mondiaux à la fin du XXᵉ siècle et au début du XXIᵉ siècle.

Loin de constituer un processus linéaire et homogène de convergence économique et d’intégration croissante des marchés, elle apparaît aujourd’hui comme un phénomène historique complexe, multidimensionnel et profondément contradictoire. Sa nature évolutive, la diversité de ses manifestations et l’enchevêtrement de ses dimensions économiques, politiques, technologiques, culturelles et géostratégiques rendent particulièrement difficile toute définition définitive ou univoque.

Les crises climatiques, les rivalités géopolitiques, les perturbations des chaînes logistiques mondiales, les révolutions technologiques successives ainsi que les vulnérabilités croissantes dans les domaines de l’énergie, de l’alimentation et des ressources stratégiques ont profondément ébranlé les certitudes qui ont longtemps accompagné le discours dominant sur la mondialisation. Celle-ci n’apparaît plus comme un processus linéaire conduisant mécaniquement vers davantage de prospérité, de stabilité et d’interdépendance harmonieuse. Au contraire, l’intensification des connexions mondiales a révélé une réalité plus paradoxale : à mesure que les flux s’accélèrent, les fragilités se propagent, à mesure que les réseaux s’étendent, les risques se systématisent et à mesure que les interdépendances se renforcent, les capacités de contrôle se réduisent.

Cette évolution met en lumière une caractéristique fondamentale de la mondialisation contemporaine : son caractère profondément conflictuel et controversé. Il ne s’agit pas d’un phénomène homogène mais d’un ensemble de dynamiques souvent contradictoires dont les effets varient selon les espaces, les acteurs et les rapports de force. Derrière l’apparente universalité des échanges se dissimulent des asymétries croissantes de pouvoir, de savoir et de capacité d’influence. Dès lors, le débat ne porte plus uniquement sur les conséquences de la mondialisation mais sur sa nature même, sur les mécanismes qui la structurent et sur les fondements idéologiques qui ont longtemps présenté l’ouverture des marchés comme un horizon indiscutable de l’histoire.

Dans ce contexte marqué par l’incertitude, la volatilité et l’imprévisibilité, la question centrale n’est plus seulement celle de l’intégration au monde, mais celle de la capacité des sociétés à maîtriser les effets de cette intégration.

Gouvernance dans un monde incertain

L’expérience récente a montré que la dépendance excessive à des chaînes de valeur mondialisées, à des technologies externes ou à des ressources stratégiques importées peut rapidement se transformer en facteur de vulnérabilité. La souveraineté ne disparaît donc pas sous l’effet de la mondialisation, elle se redéfinit à travers la capacité d’anticiper, d’adapter et de résister aux chocs systémiques.

C’est précisément dans cette perspective que l’État stratégique retrouve une centralité que plusieurs décennies de gouvernance néolibérale avaient cherché à relativiser. La planification ne réapparaît pas comme une nostalgie administrative ou comme le vestige d’une économie dirigée, elle s’impose comme une réponse rationnelle à un monde caractérisé par la complexité croissante des interactions, l’accélération des transformations et l’érosion des capacités traditionnelles de prévision. Là où le marché réagit aux signaux du présent, la planification cherche à construire des capacités d’action orientées vers le futur.

La célèbre affirmation selon laquelle gouverner consiste à prévoir acquiert ainsi une signification renouvelée. Dans un environnement marqué par des ruptures technologiques permanentes, des mutations écologiques profondes et des recompositions géopolitiques rapides, l’action publique ne peut plus se limiter à la gestion de l’urgence. L’absence de vision stratégique condamne les institutions à une logique réactive, où chaque crise en appelle une autre sans que soient traitées les causes structurelles des déséquilibres. À l’inverse, l’intégration de la prospective stratégique dans les processus de décision permet de dépasser l’horizon du court terme et de réintroduire le temps long dans la gouvernance.

Dès lors, l’anticipation n’est plus un exercice intellectuel périphérique réservé aux experts, elle devient une nécessité politique, économique et sociétale. Dans un monde où l’incertitude constitue désormais la norme plutôt que l’exception, la capacité à explorer les futurs possibles, à détecter les signaux faibles, à identifier les ruptures émergentes et à évaluer les conséquences à long terme des décisions présentes représente une ressource stratégique majeure. L’enjeu n’est plus de prédire l’avenir avec certitude, mais de construire les conditions permettant aux sociétés d’affronter l’imprévisible, de réduire leur vulnérabilité et de préserver leur capacité de choix. Ainsi, la prospective et la planification cessent d’être des instruments complémentaires de l’action publique pour devenir les fondements mêmes d’une gouvernance capable d’agir dans un monde de plus en plus complexe, interdépendant et incertain.

La planification comme instrument de cohérence collective

Depuis plusieurs décennies, les économistes du développement soulignent que la croissance économique ne résulte pas uniquement de l’accumulation du capital ou de l’ouverture des marchés, mais qu’elle dépend également de la capacité des institutions à coordonner les investissements, les infrastructures, l’éducation, la recherche et les politiques territoriales.

Dans cette perspective, le Plan de Développement 2026-2030 peut être interprété comme une tentative de réarticuler les différentes dimensions de l’action publique autour d’objectifs communs.

L’économiste français François Perroux affirmait que «le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux qui rendent une population apte à faire croître durablement son produit réel». Cette définition rappelle que le développement ne se réduit jamais à la seule croissance du PIB. Il implique une transformation globale des structures sociales, économiques et institutionnelles.

L’intérêt majeur du plan réside ainsi dans sa volonté affichée de relier les enjeux économiques aux questions sociales, territoriales et environnementales.

L’approche ascendante : une rupture méthodologique significative

L’un des apports les plus significatifs de la démarche proposée réside dans l’adoption d’une approche ascendante fondée sur la remontée des besoins, des propositions et des priorités depuis les territoires. Cette orientation marque une rupture avec les modèles traditionnels de planification centralisée en reconnaissant que le développement ne peut être durable que lorsqu’il est construit avec les populations et non uniquement pour elles. Dans cette perspective, les territoires ne sont plus considérés comme de simples espaces d’exécution des politiques publiques, mais comme des acteurs à part entière de leur conception. Cette vision rejoint les travaux d’Amartya Sen, pour qui le développement consiste avant tout à renforcer les capacités réelles des individus et des collectivités à agir sur leur propre destin. Elle s’inscrit également dans les analyses de Pierre Veltz, qui montre que la création de richesse repose de plus en plus sur les interactions entre acteurs locaux, institutions, infrastructures et réseaux de connaissances. Toutefois, une telle ambition exige des capacités administratives solides, une gouvernance efficace et une coordination permanente entre les différents niveaux de décision.

Cette logique conduit naturellement à placer la question des inégalités territoriales au cœur de la réflexion stratégique. Les disparités régionales ne constituent pas seulement un problème d’équité sociale, elles représentent également une contrainte majeure pour la compétitivité et la cohésion nationale. Comme le soulignait Yves Lacoste, l’espace est toujours le produit de rapports économiques, sociaux et politiques. Les écarts persistants entre les régions côtières et les régions de l’intérieur traduisent ainsi des trajectoires historiques inégales en matière d’investissements, d’infrastructures et d’accès aux services publics. Leur réduction constitue donc autant un impératif économique qu’un objectif de justice territoriale.

Dans ce contexte, la sécurité hydrique apparaît comme l’un des défis stratégiques majeurs de la Tunisie. Plus que la quantité d’eau disponible, c’est désormais la qualité de sa gouvernance qui déterminera les perspectives de développement. L’avenir dépendra de la capacité à articuler interconnexions hydrauliques, retenues collinaires, dessalement, réutilisation des eaux traitées, recharge des nappes et irrigation intelligente. La gestion de l’eau devient ainsi un enjeu transversal reliant agriculture, énergie, environnement et aménagement du territoire, au cœur même des conditions de la souveraineté et du développement durable.

Sécurité alimentaire et souveraineté productive

La question alimentaire occupe désormais une place centrale dans les stratégies nationales de développement.Les crises internationales récentes ont montré que l’intégration aux marchés mondiaux ne garantit pas nécessairement la sécurité d’approvisionnement. L’économiste Karl Polanyi soulignait déjà que les sociétés cherchent toujours à se protéger lorsque les mécanismes du marché deviennent insuffisants pour assurer leur stabilité.

Dans cette perspective, la sécurité alimentaire doit être comprise non comme une autarcie économique, mais comme une capacité nationale à réduire les vulnérabilités externes.

Cela suppose une meilleure articulation entre :

la politique céréalière,

la production fourragère,

la gestion de l’eau,

l’organisation des filières agricoles,

la recherche agronomique.

Modernisation institutionnelle et efficacité de l’action publique

Aucun projet de développement ne peut réussir durablement sans institutions performantes. Douglass North, prix Nobel d’économie, considérait les institutions comme «les règles du jeu» qui structurent les comportements économiques et sociaux.

La qualité des infrastructures, des investissements ou des politiques publiques dépend largement de la qualité des institutions chargées de les concevoir et de les mettre en œuvre. La modernisation administrative, la simplification réglementaire, l’évaluation des politiques publiques et la transparence constituent ainsi des facteurs décisifs de réussite. L’expérience internationale montre que les pays ayant connu les trajectoires de développement les plus durables sont ceux qui ont réussi à construire des administrations compétentes, stables et capables d’apprendre de leurs propres expériences. L’examen du Plan de Développement 2026-2030, présenté lors du Conseil des ministres du 15 juin 2026 et réuni sur décision du Président de la République, témoigne d’une volonté de penser le développement dans sa globalité. Cependant, comme le rappelait le philosophe Paul Ricœur, «entre la vision et l’action se trouve l’épreuve du réel». L’enjeu fondamental ne réside donc pas dans la seule cohérence des orientations stratégiques affichées, mais dans leur aptitude à résister à l’épreuve des faits et à produire des transformations réelles, vérifiables et durables. La valeur d’un plan de développement ne se juge ni à l’ambition de son discours ni à la richesse de ses formulations, mais à sa capacité effective à améliorer les conditions de vie, à réduire les fractures territoriales et sociales et à préserver les ressources collectives.

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Mohamed Ali Nafti met l’accent sur une réforme partagée de l’Union africaine

« La Tunisie est pleinement engagée en faveur du processus de réforme institutionnelle de l’Union africaine, plaidant pour une nouvelle approche participative, transparente et respectueuse de la souveraineté nationale », a déclaré vendredi le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, lors d’un entretien avec la vice-présidente de la Commission de l’Union africaine, Selma Malika Haddadi, en visite officielle en Tunisie du 18 au 21 juin 2026.

Selon un communiqué du département des Affaires étrangères, les discussions ont porté sur les relations entre la Tunisie et l’organisation panafricaine, les perspectives de renforcement de leur coopération ainsi que les principaux défis auxquels fait face le continent africain, notamment la migration irrégulière.

Le chef de la diplomatie tunisienne a réaffirmé la volonté de la Tunisie de participer à la réforme institutionnelle de l’Union africaine, en s’appuyant sur une approche inclusive garantissant une participation effective de l’ensemble des États membres.

Le ministre a, par ailleurs, mis en avant la place de la Tunisie en tant que pays hôte de plusieurs institutions africaines de premier plan, dont l’Institut de statistique de l’Union africaine (STATAFRIC), le Centre africain d’excellence pour les marchés inclusifs (AIMEC) et l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Il a appelé à mobiliser les ressources humaines et financières nécessaires afin d’assurer le bon fonctionnement de ces structures et de renforcer leur contribution à la réalisation des objectifs de développement du continent.

Il a également plaidé pour une présence plus importante des compétences tunisiennes au sein des différentes instances de la Commission de l’Union africaine, mettant en avant l’expertise reconnue des cadres tunisiens dans plusieurs domaines stratégiques.

Sur la migration irrégulière, qualifiée de défi commun pour le continent, le chef de la diplomatie tunisienne a souligné la nécessité d’une coordination accrue entre les pays africains pour lutter contre les réseaux de traite des êtres humains. Il a appelé à l’adoption d’une approche globale conciliant les impératifs humanitaires, sécuritaires et de développement, tout en promouvant un partage équitable des responsabilités avec les partenaires régionaux et internationaux.

De son côté, Selma Malika Haddadi a salué le rôle actif et constructif de la Tunisie au sein de l’Union africaine ainsi que son attachement aux principes et aux objectifs de l’organisation continentale. Elle a réaffirmé la volonté du président de la Commission de l’Union africaine de renforcer la coopération avec les institutions de l’Union, tout en exprimant sa reconnaissance pour les efforts déployés par la Tunisie afin d’offrir un environnement favorable au fonctionnement des organismes africains établis sur son territoire.

 

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Météo : prévisions du samedi 20 juin 2026

Ciel partiellement nuageux sur la plupart des régions à progressivement nuageux, l’après-midi, sur les régions ouest du nord et du centre avec apparition de cellules orageuses accompagnées de pluies parfois intenses et de chutes locales de grêles. Les pluies concerneront les régions est en fin de journée et au cours de la nuit.

Vent de secteur sud virant progressivement vers le secteur est, relativement fort près des côtes, dépassant 70 km/h sous orages et faible à modéré à l’intérieur du pays. Mer peu agitée à agitée.

Températures en baisse dans le nord et les hauteurs et en hausse ailleurs avec des maximales comprises entre 28 et 32 degrés dans les régions côtières et les hauteurs, entre 33 et 38 degrés dans le reste des régions et atteignant 41 degrés dans le sud-ouest.

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