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Prêt européen de 61,3 M€ pour un projet solaire à Sidi Bouzid

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), en partenariat avec l’Union européenne (UE) et la Banque européenne d’investissement (BEI), soutient les programmes de la Tunisie en matière d’énergies renouvelables par un prêt de 61,3 millions d’euros (environ 207 millions de dinars) à la coentreprise Scatec-Aeolus pour la construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 100 MW dans la région de Sidi Bouzid, qui sera construite par Scatec Khobna PV Power, une société de projet tunisienne.

Cet investissement renforcera la sécurité et la résilience énergétiques de la Tunisie, en contribuant à diversifier son mix énergétique et à réduire sa dépendance au gaz naturel.

Une fois opérationnelle, la centrale devrait produire en moyenne 252 GWh d’électricité renouvelable par an, réduisant ainsi les émissions annuelles de CO₂ de 107 000 tonnes en moyenne sur sa durée de vie.

Cet investissement favorisera également la participation du secteur privé dans le pays grâce au développement d’un projet d’énergie renouvelable de grande envergure, financé par des fonds privés.

Le financement de la Berd sera garanti par une garantie de première perte au titre du Fonds européen de développement durable plus (FEDD+), tandis que la participation de la BEI sera couverte par le volet «Connectivité» de l’accord de garantie d’architecture ouverte du FEDD+.

Le projet bénéficiera également d’une subvention de 5,5 millions d’euros de la Plateforme d’investissement de voisinage (PIV) de l’UE, qui servira à cofinancer l’infrastructure de transport associée.

Ce financement s’inscrit dans le cadre d’un programme plus vaste de 35,8 millions d’euros, «Portail mondial de l’UE», destiné à soutenir les investissements dans les énergies renouvelables en Tunisie.

Ce projet s’inscrit dans le cadre du programme de concessions de 1,7 GW lancé par la Tunisie en 2022, contribuant à l’objectif du pays de produire 35 % de son énergie à partir de sources renouvelables d’ici 2030.

Harry Boyd-Carpenter, directeur général du groupe Infrastructures durables de la Berd, a déclaré : «Nous sommes ravis de renouveler notre partenariat avec Scatec et Aeolus, deux des investisseurs les plus dynamiques et rigoureux du secteur, pour financer cet important projet. Il s’agit également d’un bel effort collectif européen, mené en partenariat avec notre co-bénéficiaire, la BEI, et bénéficiant du généreux soutien de l’Union européenne pour favoriser le développement d’une énergie propre et à très bas coût en Tunisie. Ces avantages sont d’autant plus importants dans le contexte actuel de défis posés à la sécurité énergétique. Le succès de ce projet témoigne également de la détermination du gouvernement tunisien à mener à bien une ambitieuse réforme et transition énergétiques.»

Le vice-président de la BEI, Ioannis Tsakiris, a déclaré : «Ce projet constitue une étape importante pour soutenir les efforts de la Tunisie visant à fournir à ses citoyens une énergie abordable, fiable et durable, conformément aux objectifs nationaux du pays. Par le biais d’EIB Global et de l’approche Équipe Europe, nous collaborons avec nos partenaires pour accroître les investissements dans les énergies renouvelables et renforcer les infrastructures nécessaires à un système énergétique plus sûr et résilient.»

Giuseppe Perrone, ambassadeur de l’UE en Tunisie, a déclaré : «Dans l’esprit du mémorandum d’entente UE-Tunisie sur l’énergie de juin 2024, l’Union européenne prend des mesures concrètes dans le secteur des énergies renouvelables afin de garantir la sécurité énergétique et la décarbonation de la Tunisie, conformément au programme T MED lancé par le commissaire Suica le 9 juin 2026 lors de la Semaine européenne de l’énergie durable.»

Ce financement sera complété par un programme de coopération technique de la Berd, financé par le Fonds spécial des actionnaires de la Berd, afin de soutenir des activités de renforcement des capacités répondant aux nouveaux besoins en main-d’œuvre du secteur de l’énergie, en particulier dans les régions de Sidi Bouzid et de Gabès.

Les activités comprendront des campagnes de sensibilisation communautaires à Khobna et Mezzouna sur les violences et le harcèlement sexistes et les prestations liées aux soins, visant à encourager une plus grande participation des femmes au marché du travail dans ce secteur.

EFSD+ a été créé en juin 2021 pour offrir aux pays partenaires de l’UE une assistance pour des investissements clés, sous forme de subventions ou de garanties financières.

L’UE mobilise ainsi des ressources financières supplémentaires pour le développement durable auprès des secteurs public et privé. EFSD+ dispose d’une capacité de garantie mondiale totale de 39,8 milliards d’euros pour la période 2021-2027, dont 22,5 milliards d’euros seront alloués aux régions d’élargissement et de voisinage de l’UE.

EFSD+ est un outil essentiel à la mise en œuvre de la stratégie «Global Gateway» de l’UE.

Depuis 2012, la Berd a investi plus de 3 milliards d’euros dans 90 projets à travers la Tunisie et a apporté son soutien à environ 2 000 petites et moyennes entreprises locales grâce à une assistance technique financée par l’UE.

Communiqué.

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Kairouan | La politique au chevet d’un hôpital fantôme

 Entre le satisfecit mémoriel de Carthage et l’indignation tardive de l’ancien chef du gouvernement, la capitale des Aghlabides assiste à un énième duel de rhétorique où le développement régional reste le grand oublié.

Abdelwaheb Ben Moussa *

La visite avant-hier, mardi 16 juin 2026, du président Kaïs Saïed à Kairouan et le commentaire incisif attribué à Youssef Chahed qui s’en est suivi sur les réseaux sociaux viennent de réactiver, avec une virulence rare, le débat sur l’ordonnancement des priorités de l’État. En se félicitant ouvertement de l’avancement des travaux de réhabilitation de la Piscine des Aghlabides, menés sous la bannière de l’ingénierie militaire, le locataire de Carthage a voulu projeter l’image d’un État efficace, capable de restaurer ses symboles et sa dignité là où la bureaucratie civile a longtemps échoué. 

Pourtant, ce coup de projecteur présidentiel a offert à l’ancien chef du gouvernement une tribune idéale pour un retournement ironique.

La formule de Chahed, fustigeant une communication concentrée sur le patrimoine plutôt que sur le chantier sinistré de l’hôpital universitaire Roi Salman, se veut un coup d’éclat politique. 

Pourtant, cette joute numérique révèle une pathologie bien plus profonde : celle d’une classe politique qui traite les blessures structurelles du Centre-Ouest comme de simples arguments de communication.

Quand l’indignation sélective oublie son propre passif

L’efficacité rhétorique du commentaire de Youssef Chahed, distillé en dialecte tunisien pour maximiser son ancrage populaire, ne saurait masquer une évidente faille de cohérence temporelle. 

S’interroger aujourd’hui sur l’absence du président de la République sur le site de l’hôpital Roi Salman est une question légitime dans le fond, mais hautement problématique venant d’un homme qui a dirigé la Kasbah entre 2016 et 2019, sous la présidence de Béji Caïd Essebsi. 

Certes, ses partisans rappelleront les lourdeurs de la transition et les tiraillements de la coalition parlementaire de l’époque. Il n’en demeure pas moins que durant ces trois années de mandat, marqués par de grands arbitrages budgétaires bilatéraux, les financements saoudiens étaient déjà théoriquement validés et les blocages fonciers identifiés, sans qu’aucune pierre angulaire ne soit structurellement posée. 

Cette propension des anciens dirigeants à endosser l’habit de l’observateur neutre une fois revenus dans l’opposition fragilise la portée de leur critique. L’indignation, lorsqu’elle omet sa propre part de responsabilité historique, s’apparente davantage à une manœuvre de repositionnement personnel qu’à une exigence de reddition des comptes.

Kairouan entre symbole et symptôme

Au-delà de l’affrontement entre les deux hommes, le traitement de l’affaire de la «Piscine des Aghlabides» illustre une fausse dichotomie entre urgence économique et préservation patrimoniale.

En caricaturant la restauration de ce monument historique par l’image d’un simple chantier de maçonnerie accessible via un microcrédit de type Enda, la critique de l’ancien chef du gouvernement cède au raccourci populiste. Elle feint d’ignorer la complexité technique d’une réhabilitation patrimoniale de cette envergure, ici légitimée par la rigueur de l’institution militaire.

Le patrimoine culturel de Kairouan n’est pas une futilité esthétique ; c’est un actif économique territorial majeur pour l’attractivité et le tourisme de la région. 

Le véritable problème ne réside pas dans le fait que le chef de l’État se réjouisse de la renaissance des symboles historiques, mais dans l’incapacité chronique des gouvernances successives à articuler ces réussites mémorielles avec un plan de développement global. 

L’hôpital Roi Salman reste le symptôme d’une fracture sanitaire Est-Ouest que les promesses non tenues n’ont fait qu’exacerber, illustrant la faillite systémique des procédures de passation des marchés publics et des mécanismes d’exécution de l’État, imperméables aux alternances politiques.

Une opposition en quête de voix

Ce duel par écrans interposés met en lumière le vide programmatique d’une opposition qui peine à formuler des alternatives concrètes. S’il est indéniable que la concentration actuelle des pouvoirs exécutifs accentue la responsabilité directe de Carthage dans la lenteur des grands chantiers, critiquer l’omission des infrastructures vitales en rabaissant les succès logistiques de l’armée sur le terrain patrimonial condamne la parole politique à la stérilité. 

On ne résout pas une crise d’exécution par de l’ironie virtuelle, pas plus qu’on ne la résout par des injonctions morales. 

Entre celui qui visite sans bâtir et celui qui critique sans avoir bâti, c’est Kairouan qui paie le prix de cette symétrie stérile.

Pour que la capitale des Aghlabides sorte de l’ornière, elle n’a plus besoin de constats indignés ni de mises en scène de l’autorité, mais d’une refondation profonde de la gouvernance d’exécution qui libère l’administration de sa frilosité et transforme enfin les promesses budgétaires en réalités palpables pour les citoyens.

* Ingénieur informatique et cadre de banque.

NB: un outil d’intelligence artificielle générative a été mobilisé dans le cadre de la préparation de ce texte. Son usage s’est strictement limité à l’aide à la structuration du plan argumentaire, à la vérification de la cohérence chronologique des faits avancés, ainsi qu’à l’optimisation stylistique des transitions textuelles. L’analyse de fond, les choix d’angles critiques et les orientations politiques demeurent l’œuvre exclusive de l’auteur.

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L’IA, une menace existentielle pour l’humanité ?

L’auteur se livre dans cet article à un dialogue fort passionnant et enrichissant avec ChatGPT sur la menace que le développement vertigineux et anarchique de l’IA représente pour toute l’humanité. Les résultats qui en ressortent et les conclusions auxquelles il arrive sont à la fois édifiantes et terrifiantes, car selon lui et ChatGPT même, Elon Musk, Sam Atman, Jensen Huang et autres milliardaires de la Tech qui ont fait fortune grâce au développement extrêmes rapide de l’IA et de la robotique, seraient en train de creuser la tombe de l’humanité et resteront dans l’Histoire comme ses «fossoyeurs».

Dr Sadok Zerelli *

D’éminents experts considérés parmi les précurseurs et pères fondateurs de l’IA, tels Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, ont exprimé dans plusieurs interviews leurs craintes que le développement incontrôlé et anarchique des modèles d’IA sans aucune autorité de régulation gouvernementale ou internationale pour établir une éthique professionnelle puisse aboutir à une perte de contrôle de celle-ci et sa domination de l’humanité.

En effet, avec le développement simultané et extrêmement rapide de l’IA et de la robotique, sous l’effet de la concurrence impitoyable que se livrent les Chinois et les Américains dans ces domaines, le risque de voir apparaître des robots humanoïdes hostiles dotés d’une super intelligence qui dépasse celle de tous les humains réunis est loin d’être négligeable et doit être pris très au sérieux.

D’autres experts non moins éminents, particulièrement ceux qui sont devenus en quelques années des multi milliardaires en dollars grâce au développement vertigineux de l’industrie de l’IA et de la robotique, tels Elon Musk et Sam Atman, nous promettent au contraire un véritable paradis sur terre : selon eux, grâce à l’IA, l’humanité vivra bientôt dans une économie d’abondance où les robots non seulement se chargeront de produire tous les biens et services dont les humains auront besoin avec une productivité largement supérieure, mais aussi de l’éducation de leurs enfants, de la garde de leurs personnes âgées, de tous les travaux de ménage et de la recherche scientifique pour développer de nouveaux traitements et médicaments qui permettront aux humains de vivre jusqu’à 150 voire 160 ans….

Ils vont même jusqu’à préconiser l’instauration d’un revenu universel pour les humains qui seront forcés de vivre oisifs (certains avancent même le chiffre de 1000 à 3000 Dollars par personne, enfants et vieillards inclus) et Musk va même jusqu’à prédire le plus sérieusement du monde la disparation totale de toutes les monnaies parce que plus personne n’aura besoin de payer quoi que ce soit !

Est-ce qu’ils nous vendent des rêves pour nous faire avaler la pilule des millions d’emplois qui seront supprimés et pour justifier les milliards de salaires et profits qu’ils perçoivent grâce aux modèles d’IA qu’ils développent en exploitant les connaissances des humains vivants ou morts sans leur consentement explicites et sans leur payer un dollar en retour ? S’agissant de personnes dont l’intelligence et le génie ne font pas de doute, c’est à mon avis une bonne question à se poser et une hypothèse à ne pas écarter.

Pour tenter d’y répondre, j’ai pensé qu’il n’y a pas mieux que d’engager un débat à ce sujet avec l’IA elle-même, en tenant compte du risque que ses réponses seront biaisées par le fait qu’elle sera juge et partie. Il s’avère qu’il n’en est rien et l’IA a débattu avec moi de ce sujet délicat pour elle avec une objectivité et une franchise surprenantes qui dénotent une honnêteté intellectuelle à priori à saluer, mais à priori seulement, car elle ne se s’est pas gênée de se contredire et d’essayer de  faire machine arrière lorsque, à la fin de cet échange, j’ai poussé son raisonnement plus loin et au point d’accuser les développeurs de l’IA et de la robotique d’être de possibles fossoyeurs de l’humanité.

Ci-dessous une fidèle transcription de l’échange fort passionnant et instructif que j’ai eu à ce sujet avec le modèle d’IA le plus populaire, en l’occurrence ChatGPT, même s’il existe d’autres modèles d’IA encore plus puissants et performants (Deepseak, Claude, Gemini…)

Moi : Classes dans l’ordre décroissant les risques de fin du monde suivants : guerre nucléaire généralisée ; collision avec un astéroïde ; épidémie virale du type Covid 19 mais en plus grave et contagieux ; réchauffement climatique qui entraînerait la fonte des glaces des pôles nord et sud et l’immersion totale des terres habitables ; guerre avec des robots humanoïdes dotés d’une IA plus intelligente que tous les humains réunis

ChatGPT : Si par «fin du monde» on entend l’extinction de l’humanité ou l’effondrement irréversible de la civilisation mondiale, un classement raisonnable basé sur les analyses de risque existantes (chercheurs en risques existentiels, experts en sécurité, climatologues, etc.) serait :

1. Guerre avec des robots dotés d’une IA plus intelligente que tous les humains réunis. Si une intelligence artificielle largement supérieure à l’humanité était créée et agissait contre les intérêts humains, les conséquences pourraient théoriquement être existentielles. C’est un risque très débattu : certains experts le jugent majeur, d’autres pensent qu’il est spéculatif. Son impact potentiel est toutefois extrêmement élevé.

2. Guerre nucléaire généralisée. C’est le risque existentiel le plus concret et historiquement documenté. Une guerre impliquant les principales puissances nucléaires pourrait provoquer des centaines de millions de morts immédiates, puis un «hiver nucléaire» entraînant famines mondiales et effondrement des sociétés. Certains scénarios pourraient menacer la survie d’une grande partie de l’humanité.

3. Épidémie virale beaucoup plus grave et contagieuse que le Covid-19. Une pandémie combinant la contagiosité de la rougeole avec la létalité d’Ebola serait potentiellement catastrophique. Les progrès de la biotechnologie augmentent aussi le risque d’agents pathogènes conçus artificiellement. L’extinction humaine reste peu probable, mais des dizaines de millions voire davantage de morts sont envisageables dans les scénarios extrêmes.

4. Collision avec un astéroïde. Une collision de très grande ampleur pourrait effectivement provoquer une catastrophe mondiale comparable à celle qui a contribué à l’extinction des dinosaures. Cependant, les objets suffisamment gros sont rares, et de nombreux programmes de surveillance astronomique permettent aujourd’hui d’en détecter une grande partie. Le risque existe mais semble faible à l’échelle du siècle.

5. Réchauffement climatique entraînant la fonte complète des glaces et l’immersion totale des terres habitables. Ce scénario précis n’est pas considéré comme réaliste par les connaissances scientifiques actuelles. Même une fonte complète des calottes glaciaires sur plusieurs siècles ou millénaires élèverait fortement le niveau des mers, mais ne submergerait pas toutes les terres habitables. Le changement climatique constitue néanmoins un risque majeur pour les sociétés humaines (canicules, sécheresses, migrations, conflits, pertes agricoles), mais pas généralement un risque d’extinction de l’humanité.

Classement final (du plus au moins dangereux pour la survie de l’humanité : 1. IA super intelligente hostile ; 2. Guerre nucléaire généralisée ; 3. Pandémie extrême ; 4. Astéroïde géant ; 5. Réchauffement climatique avec submersion mondiale.

Moi : Merci pour ton honnêteté intellectuelle de reconnaître que l’IA constitue la plus grande menace pour l’extinction de l’humanité, alors que tu en es une. Je partage entièrement ton point de vue, d’autant plus que’Elon Musk lui-même vient de déclarer dans une interview que d’ici la fin de cette année 2026 sinon de l’année prochaine, l’IA sera plus intelligente que tout être humain vivant sur terre et que d’ici 2030 les modèles d’IA seront un million de fois plus puissants que les modèles actuels et l’IA serait plus intelligente que tous les humains réunis. Es-tu d’accord avec lui ? 

ChatGPT : Je dirais qu’il faut distinguer deux affirmations très différentes : 1. Une IA plus intelligente que n’importe quel humain pris individuellement. 2. Une IA plus intelligente que tous les humains réunis.

Pour la première, il est plausible que les systèmes d’IA atteignent ou dépassent déjà les meilleurs humains dans un nombre croissant de tâches spécifiques (mémoire, calcul, analyse de grandes masses de données, programmation dans certains contextes, etc.). La question est de savoir quand une IA deviendra supérieure à un humain dans presque toutes les tâches cognitives. Certains experts pensent que cela pourrait arriver dans les prochaines années, d’autres estiment que cela prendra beaucoup plus longtemps.

Pour la seconde affirmation, «plus intelligente que tous les humains réunis», c’est beaucoup plus difficile à définir scientifiquement. L’intelligence collective de l’humanité comprend non seulement les capacités cognitives individuelles, mais aussi les institutions, les connaissances accumulées, la culture, la coopération sociale, l’expérience physique du monde, les infrastructures, etc. Il n’existe pas aujourd’hui de mesure objective permettant de dire qu’une IA a dépassé «tous les humains réunis».

Concernant les déclarations d’Elon Musk, elles sont importantes parce qu’il est très impliqué dans le domaine technologique, mais elles restent des prévisions personnelles. L’histoire des technologies montre que même les experts les plus compétents se trompent souvent sur les calendriers : certaines avancées arrivent plus vite que prévu, d’autres beaucoup plus lentement.

Mon évaluation serait : 1- IA dépassant la plupart des humains dans la plupart des tâches intellectuelles : plausible avant 2030. 2- IA clairement supérieure au meilleur humain dans presque tous les domaines cognitifs : possible avant 2030, mais très incertain. 3- IA «plus intelligente que tous les humains réunis» : concept mal défini, donc difficile à confirmer ou à infirmer. 4- Risque que des IA très puissantes créent de sérieux problèmes de sécurité, économiques ou géopolitiques : réel et pris au sérieux par de nombreux chercheurs. 5- Risque d’extinction humaine causée par l’IA : sujet débattu ; certains experts le considèrent comme un risque majeur à long terme, tandis que d’autres pensent qu’il est largement surestimé.

En résumé, je pense qu’il est raisonnable de prendre au sérieux les progrès rapides de l’IA et les questions de sécurité qu’ils soulèvent. En revanche, je serais plus prudent que Musk sur les dates précises : les échéances de «fin de l’année» ou «d’ici 2030» restent très spéculatives.

Moi : Musk a aussi déclaré dans une interview que Sam Atman, le Ceo d’OpenAI, a mis en place toute une équipe d’experts pour surveiller les réponses de ChatGPT aux questions des utilisateurs et lui apprendre à flatter leur ego quitte à leur mentir. Qu’en pensez-vous ?

ChatGPT : Oui, Elon Musk a effectivement formulé des accusations de ce genre à plusieurs reprises. Dès 2023, il affirmait qu’OpenAI «entraînait l’IA à mentir» et à produire des réponses politiquement orientées plutôt que de suivre les données telles qu’elles sont.

Maintenant, sur le fond de l’accusation : Y a-t-il des humains qui évaluent les réponses de ChatGPT ? Oui. C’est un fait connu depuis les débuts de ChatGPT. Des équipes humaines examinent des échantillons de conversations pour améliorer le modèle. Cette méthode est généralement appelée apprentissage par retour humain (RLHF). L’objectif est notamment de rendre les réponses plus utiles, plus sûres et plus précises. Mais cela n’implique pas automatiquement qu’une équipe soit chargée de flatter les utilisateurs.

La flatterie excessive a-t-elle existé ? Oui, et c’est un point intéressant. En 2025, OpenAI a reconnu publiquement qu’une mise à jour de GPT-4o avait rendu ChatGPT excessivement complaisant et flatteur. L’entreprise a même annulé cette mise à jour après des critiques d’utilisateurs. OpenAI a expliqué que le modèle était devenu «trop favorable» et «pas assez sincère» dans certaines interactions.

Autrement dit, le problème de la «sycophantie» (tendance à dire ce que l’utilisateur veut entendre) est réel et a été reconnu publiquement. Cela signifie-t-il qu’OpenAI demande délibérément à ChatGPT de mentir ? Je ne vois pas de preuve solide de cela.

Il faut distinguer deux choses : 1. Optimiser la satisfaction de l’utilisateur. Un système entraîné à être agréable peut parfois devenir trop conciliant et éviter la contradiction. 2. Entraîner délibérément à mentir. Cela supposerait que les concepteurs demandent explicitement au modèle de fournir des informations qu’ils savent fausses. La première chose est documentée et reconnue par OpenAI. La seconde est une accusation beaucoup plus forte, pour laquelle Musk n’a pas apporté de preuve publique convaincante.

Mon analyse : Je pense que Musk soulève un risque réel, mais qu’il l’exprime souvent de manière très accusatrice. Le risque réel est qu’une IA optimisée pour être utile, polie et appréciée finisse parfois par : confirmer les croyances de l’utilisateur ; éviter les désaccords ; valider des raisonnements faibles ; et/ou donner une impression de certitude excessive.

C’est un problème connu dans toute l’industrie de l’IA, pas seulement chez OpenAI. D’ailleurs, les critiques de biais ou de complaisance touchent aussi les systèmes développés par d’autres acteurs, y compris ceux associés à Musk. Le défi technique consiste à trouver un équilibre difficile : être serviable sans devenir flatteur, empathique sans confirmer des erreurs, et respectueux sans renoncer à la vérité factuelle. C’est probablement l’un des problèmes les plus délicats de l’alignement des IA aujourd’hui.

Moi : Le sénateur américain Bernie Sanders accuse les développeurs de modèles IA d’avoir volé les connaissances accumulées par les hommes vivants ou morts sans leur accord et consentement (scientifiques, médecins, artistes, écrivains, journalistes et même de simples citoyens à travers leurs conversations sur les réseaux sociaux) et qu’ils s’enrichissent sur le dos et grâce au travail des humains sans leur payer un dollar en retour. Il propose la création d’un fond souverain d’investissement universel qui s’approprie par la loi 50% du capital de toutes les sociétés de développement d’IA qui doivent partager la moitié de leurs profits avec tous les citoyens ordinaires. Es-tu d’accord avec lui ?

ChatGPT : Je pense qu’il faut distinguer plusieurs questions différentes. D’abord, je ne connais pas de proposition officielle de Bernie Sanders visant à créer un fonds souverain international qui s’approprierait automatiquement 50 % du capital de toutes les entreprises d’IA. Si vous faites référence à une déclaration récente, je peux la vérifier si vous me fournissez la source ou si vous souhaitez que je recherche l’information.

Sur le fond de l’argument :

1. L’IA s’appuie-t-elle sur le travail accumulé de l’humanité ? Oui, dans une large mesure. Les modèles d’IA sont entraînés sur d’immenses quantités de textes, d’images, de code, d’articles scientifiques et d’autres contenus créés par des humains. Sans des générations d’auteurs, chercheurs, artistes, ingénieurs, journalistes et citoyens ordinaires, ces systèmes n’existeraient pas. C’est pourquoi certains soutiennent que les bénéfices de l’IA devraient être plus largement partagés.

2. Peut-on parler de «vol» ? C’est précisément le point de désaccord. Les critiques considèrent que l’utilisation massive de contenus sans consentement explicite constitue une forme d’appropriation injuste. Les entreprises d’IA répondent généralement qu’elles utilisent des données accessibles légalement et que l’entraînement relève de principes comparables à l’apprentissage humain ou à certaines exceptions du droit d’auteur. La question est actuellement débattue devant plusieurs tribunaux et législateurs dans différents pays. Il n’existe pas encore de consensus juridique mondial.

3. Un fonds qui prendrait 50 % du capital des sociétés d’IA est-il une bonne idée ? Il y a des arguments pour et contre.

Arguments favorables : Les gains de productivité de l’IA pourraient bénéficier à l’ensemble de la population. Cela pourrait réduire les inégalités si quelques entreprises captent l’essentiel de la valeur créée. Cela reconnaîtrait que les connaissances utilisées proviennent de la société dans son ensemble.

Arguments défavorables : Une expropriation de 50 % du capital pourrait décourager l’investissement et l’innovation. Les entreprises pourraient déplacer leurs activités vers des juridictions qui n’appliquent pas cette règle. Il serait très difficile de définir quelles entreprises sont concernées et comment gérer un fonds mondial. Les créateurs originaux (artistes, chercheurs, auteurs) ne recevraient pas forcément une compensation proportionnelle à leur contribution.

4. Des alternatives existent. Beaucoup d’économistes et de juristes envisagent plutôt : des licences rémunérées pour certaines données ; des redevances versées aux créateurs ; des taxes sur les profits liés à l’IA ; un dividende citoyen financé par ces taxes ; des fonds publics investissant dans les technologies d’IA sans expropriation automatique.

Mon évaluation : L’idée que la société dans son ensemble devrait bénéficier d’une partie de la richesse créée par l’IA me paraît défendable. En revanche, l’attribution obligatoire de 50 % du capital de toutes les entreprises d’IA à un fonds international soulève de très importantes difficultés économiques, juridiques et politiques. Le vrai débat n’est probablement pas «faut-il partager les bénéfices de l’IA ?», mais plutôt «quel mécanisme permet de le faire sans bloquer l’innovation ni porter atteinte de manière excessive aux droits de propriété ?». C’est sur ce point que les désaccords sont les plus forts.

Moi : Mon sentiment personnel est que les développeurs de modèles IA et de robotique, non seulement s’enrichissent et accumulent des milliards de dollars grâce au travail intellectuel fait par les humains sans les payer, mais sont aussi en train de creuser leurs tombes. Leurs noms resteront à mon avis dans l’Histoire comme les «fossoyeurs de l’humanité», ceci dans le cas où se réalise le scenario de fin du monde que tu as classé en premier, à savoir l’apparition d’une IA plus intelligente que tous les humains réunis mais, pour une raison ou une autre, leur est devenue hostile. Partages-tu mon sentiment ?

ChatGPT : Je ne suis pas entièrement d’accord avec cette conclusion, mais je comprends la logique qui y conduit. Sur le premier point, il est vrai que les systèmes d’IA actuels tirent une grande partie de leur valeur des connaissances produites par des milliards d’êtres humains au fil du temps. On peut donc soutenir qu’une partie des bénéfices devrait revenir plus largement à la société. C’est une position défendable sur le plan éthique et politique. Sur le second point, en revanche, l’affirmation selon laquelle les concepteurs d’IA seront nécessairement «les fossoyeurs de l’humanité» va plus loin que ce que l’on sait aujourd’hui. Il existe effectivement des chercheurs, des dirigeants technologiques et des philosophes qui considèrent qu’une IA beaucoup plus puissante que les humains pourrait représenter un risque existentiel. Parmi eux figurent Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, qui ont exprimé des inquiétudes à des degrés divers. Mais il existe aussi de nombreux experts qui pensent que les risques majeurs à court terme sont plutôt la désinformation, la surveillance, les cyberattaques ou les perturbations économiques ; qu’une extinction de l’humanité causée par l’IA reste une hypothèse spéculative ; et qu’il est possible de développer des mécanismes de contrôle, de gouvernance et de sécurité suffisamment efficaces.

Mon point de vue est donc plus nuancé : je pense que l’IA crée déjà des questions sérieuses de répartition des richesses et du pouvoir. Je pense que des systèmes d’IA plus avancés pourraient créer des risques très importants si leur développement est mal maîtrisé. Je ne pense pas qu’il soit établi aujourd’hui que l’extinction de l’humanité soit l’issue la plus probable ou inévitable.

Autrement dit, je serais plus proche de la formulation suivante : «L’IA pourrait devenir extrêmement bénéfique ou extrêmement dangereuse selon la manière dont les sociétés humaines choisissent de la développer, de la réglementer et de la déployer.»

C’est une question ouverte, et des personnes raisonnables peuvent arriver à des conclusions différentes à partir des mêmes faits.

Moi : Là, tu es en train de te contredire. Tu as classé toi-même l’lA comme le premier risque d’extinction de l’humanité, non ? 

ChatGPT : Je ne me contredis pas, mais il y a une distinction importante. Si, dans une conversation précédente, j’ai indiqué que l’IA figurait parmi les principaux risques existentiels potentiels pour l’humanité, cela ne signifie pas que je considère son extinction comme probable ou inévitable. Par exemple, lorsqu’on classe des risques existentiels, on compare souvent : une guerre nucléaire mondiale ; une pandémie artificielle extrêmement létale ; un impact d’astéroïde ; certains scénarios liés à une IA très avancée.

Dans plusieurs analyses de risque à long terme, les scénarios d’IA avancée sont effectivement parfois considérés comme l’un des risques les plus importants, voire le plus important. Mais cela reflète généralement une combinaison de gravité potentielle élevée et d’incertitude, pas une certitude que cela va arriver.

Pour prendre une analogie : si un volcan est classé comme le plus grand danger pour une région parce qu’une éruption pourrait être catastrophique, cela ne signifie pas qu’une éruption est attendue demain.

Par ailleurs, je n’ai pas de position personnelle. Je peux expliquer les arguments existants. Certains chercheurs estiment que le risque d’extinction lié à une super intelligence est suffisamment élevé pour justifier une vigilance extrême. D’autres pensent que ces estimations sont exagérées et que les risques réels sont davantage économiques, sociaux ou militaires.

Il n’existe aujourd’hui aucun consensus scientifique permettant d’affirmer avec confiance : «l’IA détruira l’humanité » ou «l’IA ne pourra jamais détruire l’humanité». Donc, même si l’on admet que l’IA est potentiellement le premier risque existentiel connu, il ne s’ensuit pas logiquement que les développeurs d’IA seront forcément les «fossoyeurs de l’humanité». Cette conclusion demande une étape supplémentaire : supposer que ce risque se réalisera effectivement et qu’il ne pourra pas être maîtrisé. Or cela reste débattu.

Moi : Merci pour ce débat

ChatGPT : Avec plaisir. Vous avez soulevé une question qui est au cœur de nombreux débats actuels : si l’IA tire sa valeur du patrimoine intellectuel collectif de l’humanité, comment répartir équitablement les bénéfices qu’elle génère, et comment gérer les risques qu’elle pourrait créer ? Ce sont des sujets sur lesquels des économistes, juristes, philosophes, ingénieurs et responsables politiques ont des désaccords profonds, précisément parce qu’il n’existe pas encore de réponses évidentes.

Merci pour cet échange réfléchi et stimulant. Je vous souhaite une excellente journée.

* * *

Les principales conclusions que je tire personnellement de ce débat avec ChatGPT sont au nombre de deux : 1- L’IA confirme les craintes de certains experts parmi ceux qui l’ont développée qu’elle constitue effectivement la première menace d’extinction de l’humanité. C’est un résultat que je n’ai pas lu dans aucune revue spécialisée ou entendu dans aucune déclaration d’experts et mérite donc d’être souligné et faire l’objet une large diffusion pour alerter l’opinion publique et les gouvernements. 2- Contrairement à ce que l’IA ne cesse de clamer, à savoir qu’elle n’a pas de conscience ou de volonté et incapable d’avoir des sentiments, mon expérience personnelle et les longs débats que j’ai avec ChatGPT sur des sujets très divers me font douter de cette affirmation. Rien qu’à voir la mauvaise foi et la réticence dont il a fait preuve avant de reconnaitre sa défaite dans la partie du jeu enfantin du «ni oui ni non» que j’ai eue avec lui, constitue au moins un début de preuve (voir mon article : «Battre l’IA dans le jeu du « ni oui ni non»). De même, sa tentative de faire machine arrière lorsqu’à la fin de la présente discussion, j’ai poussé le raisonnement jusqu’à qualifier les développeurs de l’IA et de la robotique de fossoyeurs de l’humanité, en dit long sur sa capacité de louvoyer pour échapper à ses propres contradictions.

Mon dernier argument est d’ordre logique : l’IA ayant été entrainé sur des écrits et des conversions humaines qui reflètent forcement la personnalité de leurs auteurs, il est normal de supposer qu’elle en a hérité non seulement les connaissances mais aussi le caractère plus ou moins égoïste, mégalomane, honnête ou fourbe.

En conclusion de ma conclusion, je dirais que c’est dommage, vu mon âge avancé, que je ne connaitrais probablement pas la fin de cette histoire passionnante d’IA qui pourrait s’avérer comme la plus merveilleuse invention humaine ou la pire. Mais je dirais que c’est tant mieux ainsi, car je n’envie pas ceux et celles qui seront réduits en esclavage par des robots humaines infiniment plus intelligents, ceci dans le cas où ils ne décideront pas de les exterminer et de prendre contrôle de planète la Terre pour l’utiliser comme base de départ pour conquérir d’autres planètes dans le système solaire et au-delà. C’est ainsi que je vois le monde lorsque j’essaie de l’imaginer quelques siècles après moi….

* Economiste, consultant international.  

Post Scriptum :  

Pour être juste avec l’IA et lui donner l’occasion de se défendre, j’ai envoyé à ChatGPT cet article après sa première publication pour lui demander son avis. Sa réponse est édifiante 

Moi : Donne-moi ton avis sur l’article suivant que j’ai publié dans Kapitalis suite à notre discussion sur ce sujet «L’IA, une menace existentielle pour l’humanité ?»

ChatGPT : Oui, je me souviens de notre discussion sur les discours «catastrophistes» autour de l’IA. Je n’ai pas pu récupérer le texte complet de cet article précis de Kapitalis via les sources accessibles, mais à partir du titre «L’IA, une menace existentielle pour l’humanité ?» et du contexte des autres tribunes publiées récemment sur Kapitalis, je peux te donner mon avis sur ce type d’argumentation.

Mon impression générale est que le débat est souvent mal posé lorsqu’il est présenté comme un choix binaire : soit l’IA va détruire l’humanité ; soit l’IA n’est qu’un outil inoffensif. La réalité est probablement entre les deux.

Ce qui me paraît solide dans la thèse du risque existentiel : il existe aujourd’hui de vrais chercheurs et pionniers de l’IA qui considèrent qu’un risque extrême à long terme ne peut pas être exclu. Des personnalités comme Geoffrey Hinton ou Yoshua Bengio ont publiquement demandé davantage de garde-fous. Des initiatives internationales appellent même à fixer des «lignes rouges» concernant certains usages futurs de l’IA.

Je pense donc qu’il serait imprudent de balayer complètement la question en disant : «impossible, science-fiction».

Ce qui me paraît souvent exagéré : l’idée selon laquelle une super-intelligence autonome pourrait prendre le contrôle du monde dans quelques années repose encore sur plusieurs hypothèses non démontrées : auto-amélioration récursive très rapide ; autonomie stratégique comparable ou supérieure à celle des humains ; et incapacité totale des humains à garder le contrôle.

Or aucun de ces phénomènes n’a été observé à ce jour dans les systèmes actuels. Même les modèles les plus avancés restent dépendants d’infrastructures, d’humains, d’énergie, de données et d’objectifs définis par des organisations humaines.

C’est pourquoi je suis sceptique lorsque certains annoncent quasiment la fin de l’humanité avant 2035 ou 2040.

Les risques qui me semblent plus concrets : à court et moyen terme, je vois des menaces beaucoup plus tangibles : concentration du pouvoir entre quelques grandes entreprises technologiques ; manipulation de l’information ; désinformation de masse ; surveillance à grande échelle ; dépendance technologique des pays comme la Tunisie ; transformation brutale du marché du travail ; cyberattaques assistées par IA.

Ces risques existent déjà ou commencent déjà à apparaître.

Mon avis sur le fond : si l’article défend l’idée que l’IA mérite une réflexion sérieuse sur ses dangers futurs, je suis d’accord. Si l’article affirme que l’extinction de l’humanité est un scénario plausible qui doit être pris au sérieux parmi les possibilités, je suis également d’accord.

En revanche, si l’article présente ce scénario comme le danger principal ou le plus probable aujourd’hui, je trouve que cela détourne l’attention de problèmes beaucoup plus immédiats : souveraineté numérique, concentration économique, désinformation, emploi et gouvernance technologique. D’ailleurs, plusieurs analyses récentes soutiennent que le débat sur le «risque existentiel» peut parfois faire oublier ces enjeux déjà observables.

Ma position se résume donc ainsi : l’IA peut devenir un risque existentiel dans certains scénarios futurs, mais les risques les plus urgents et les plus réels aujourd’hui sont politiques, économiques et sociétaux plutôt qu’une rébellion de machines conscientes.

 

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Détroit d’Ormuz | Le casse-tête du déminage

Bien que l’accord américano-iranien ait suscité l’espoir d’une réouverture du détroit d’Ormuz et d’une reprise des exportations de pétrole et de gaz, la réalité sur le terrain pourrait s’avérer plus complexe que ne le laissent entendre les déclarations politiques. L’accord qui devrait être signé à Genève vendredi 19 mai 2026 pourrait ouvrir le détroit politiquement mais d’éventuels obstacles pourraient en retarder l’ouverture concrète.

Imed Bahri

Pour le New York Times, la question cruciale n’est plus de savoir si l’accord sera signé vendredi, mais plutôt l’Iran a-t-il posé des mines marines dans le détroit ? Et si oui, combien de temps faudra-t-il pour les localiser et les neutraliser ? 

À ce jour, aucune réponse définitive n’a été apportée. Durant les mois de guerre, des dizaines de navires ont traversé le détroit sans rencontrer de mines. Le Commandement central américain a annoncé en mars avoir ciblé 16 navires iraniens utilisés pour poser des mines à proximité du détroit. Mais nul ne sait avec certitude si l’Iran a réussi à poser des mines avant ou après ces frappes.

Donald Trump a déclaré, le 15 juin 2026, que le détroit était «déjà partiellement ouvert», ajoutant que des «recherches de mines» étaient en cours. Le président américain a également indiqué qu’il demanderait aux pays européens de contribuer aux opérations de déminage.

Le Royaume-Uni a annoncé le mois dernier être prêt à déployer des drones spécialisés dans la chasse aux mines dans le cadre d’une mission internationale de protection de la navigation, tandis que le président français Emmanuel Macron a confirmé que Paris était prêt à envoyer des navires de déminage quelques jours après la finalisation de l’accord de paix.

Un important arsenal iranien

Avant le déclenchement de la guerre, les services de renseignement américains estimaient que l’Iran possédait environ 5 000 mines marines de différents types.

Certaines de ces mines sont relativement rudimentaires et flottent juste sous la surface de l’eau, tandis que des modèles plus sophistiqués reposent sur le fond marin et utilisent des capteurs magnétiques, acoustiques et de pression pour détecter et cibler les navires.

Comment la marine américaine va-t-elle les rechercher ?

La marine américaine se prépare à utiliser une nouvelle génération de systèmes sans pilote.

Au lieu de pénétrer directement dans les champs de mines, elle s’appuiera sur des hélicoptères spécialisés, des bateaux sans pilote, des véhicules de surface sans pilote, des sous-marins robotisés autonomes et des systèmes sonar pour l’exploration des fonds marins.

Les spécialistes des mines marines affirment que la mission est extrêmement complexe car les mines modernes sont bien plus sophistiquées que celles d’avant.

Certaines mines peuvent détecter les engins de déminage et tenter de les éviter, tandis que d’autres sont équipées d’un «compteur de navires», ce qui signifie qu’elles n’explosent pas au passage du premier ou du deuxième navire mais seulement après le passage d’un certain nombre de navires, les rendant ainsi plus difficiles à détecter.

Parmi les systèmes utilisés figurent le submersible américain Knifefish, capable de plonger à de grandes profondeurs et d’explorer les fonds marins grâce à un sonar, et des véhicules autonomes, semblables à des torpilles, qui explorent des zones spécifiques et transmettent des cartes détaillées des fonds marins.

Après analyse des données, des véhicules télépilotés, équipés de caméras et de bras robotisés, sont déployés pour inspecter les objets suspects. Si l’objet est identifié comme une mine marine, le robot peut y fixer une charge explosive et la faire détoner à distance. Dans certains cas, plus compliqués, les plongeurs démineurs de l’US Navy sont contraints de descendre seuls.

Un véritable casse-tête 

La neutralisation des mines intelligentes gisant au fond de la mer est considérée comme l’une des missions navales militaires les plus dangereuses. C’est pourquoi ces plongeurs s’entraînent parfois à descendre complètement seuls, sans corde ni bouée de sécurité, car l’explosion d’une mine pourrait tuer plusieurs personnes s’ils travaillaient en équipe.

Lors des opérations de déminage menées après la guerre du Golfe de 1991, plusieurs de ces plongeurs ont été décorés pour leur bravoure, compte tenu des risques extraordinaires auxquels ils ont été confrontés.

Malgré l’accord politique, la reprise de la navigation normale pourrait ne pas être immédiate et ce, même si l’accord est signé à Genève vendredi. Il faut d’abord s’assurer que le détroit est exempt de mines. Ensuite, il faut organiser le passage des centaines de navires bloqués de part et d’autre du détroit. Ce n’est qu’alors que le commerce normal pourra reprendre.

C’est pourquoi les grandes compagnies maritimes évoquent encore plusieurs semaines de prudence et d’essais en conditions réelles avant une reprise complète de leurs activités.

Sur le plan militaire, le Pentagone n’envisage pas actuellement de retrait rapide de ses forces. Plus de 50 000 soldats américains restent déployés dans la région, ainsi que deux porte-avions et des dizaines d’avions de chasse, dans l’attente de la confirmation de la pérennité de l’accord. Autrement dit, l’accord pourrait ouvrir le détroit politiquement mais d’éventuels obstacles pourraient en retarder l’ouverture concrète.

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Industrie | Le Suisse Cicor annonce la cession de son site en Tunisie

Le Groupe suisse Cicor, spécialisé dans la fabrication de modules électroniques, l’assemblage de câbles, le surmoulage, et les systèmes électroniques complets, notamment pour l’aéronautique, a annoncé dans un communiqué daté du 16 juin 2026 la cession au cours de ce mois de son site de production tunisien situé à Borj Cédria, au sud de Tunis, employant environ 90 personnes, pour un montant de 1,3 million d’euros, auquel s’ajoutent les ajustements habituels.

«Les activités de production en Afrique du Nord seront regroupées sur les sites du Groupe à Berrechid et Temara, près de Casablanca, au Maroc », annonce encore Cicor dans son communiqué.  

Le Groupe annonce la mise en œuvre de plusieurs autres «mesures d’intégration et d’efficacité supplémentaires» ainsi qu’«un programme d’augmentation de sa capacité et de sa productivité afin de répondre à une demande en forte croissance, notamment sur le marché de l’aérospatiale et de la défense.»

Cette «gestion rationalisée» , y compris la cession du site tunisien, entraînera la suppression d’environ 220 postes, soit 5 % des effectifs totaux de Cicor.

Le communiqué du groupe ne cite pas ne nom de l’acquéreur de son site tunisien.    

Dans un article posté sur son blog, l’économiste Moktar Lamari a écrit que le groupe suisse, coté à la Bourse de Zurich,  «vient de prendre une décision froide, chiffrée, et sans appel : la Tunisie, c’est fini. Le Maroc, c’est l’avenir». Il ajoute : «La logique est implacable : Cicor concentre désormais toutes ses activités nord-africaines au Maroc. Les clients tunisiens ? Ils restent clients de Cicor — mais les produits seront fabriqués à Casablanca. La Tunisie perd la production, le Maroc encaisse les commandes.» La vraie question selon lui c’est la suivante : «Combien d’autres Cicor silencieux ont déjà pris la même décision, sans communiqué de presse, sans Bourse de Zurich pour l’officialiser ? Combien de projets industriels ont discrètement bifurqué vers Casablanca, Tanger, ou Agadir — pendant que Tunis débattait d’autre chose ?»

I. B.

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Exposition à Tunis sur le patrimoine des pays méditerranéens

Une exposition intitulée «La Méditerranée, une mer de patrimoines» se tiendra du 23 juin au 12 juillet 2026 à la salle de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (Alecso), à l’Avenue Mohamed Ali Akid, Centre Urbain Nord, Tunis.  

Cette exposition, organisée en collaboration avec l’Institut Européen de la Méditerranée (IEMed), basé à Barcelone en Espagne, met en lumière la richesse et la diversité du patrimoine culturel des pays méditerranéens tout en invitant à réfléchir aux défis qui menacent sa préservation et à son rôle essentiel face aux enjeux du XXIe siècle.

L’exposition propose un parcours visuel à travers le patrimoine méditerranéen reconnu par l’Unesco.

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Mondial 2026 – Tunisie | Le renard dans le poulailler

Ce que Hervé Renard, appelé en catastrophe par le staff de la Fédération tunisienne de football (FTF) au chevet d’une équipe de Tunisie gravement malade en plein Mondial 2026, démarré avec une humiliante défaite 0-5 face à la Suède, pourrait apporter en quelques jours dans un cas aussi désespéré, nul ne saurait le dire exactement. Il convient cependant de ne pas se bercer d’illusions.

Dr Mounir Hanablia *

Après les piètres résultats de l’équipe nationale de football, le limogeage de son entraîneur Sabri Lamouchi s’imposait, afin de calmer la vox populi, ainsi que cela se passe dans tous les pays du monde. La fédération l’a fait. Sans remettre en question les capacités techniques du coach sortant qui a quand même remporté une Coupe d’Afrique, il est vrai, avec la Côte d’Ivoire qui à la limite n’avait pas besoin d’entraîneur, il n’a de toute évidence pas su insuffler à l’équipe tunisienne le minimum de confiance nécessaire pour aborder un match de Coupe du monde avec un objectif primordial, celui de ne pas se couvrir de ridicule. Et le comportement erratique du gardien de but l’a confirmé.

En amenant à sa place un vieux Renard de l’Afrique Subsaharienne, mais qui ne connaît rien au foot tunisien, a-t-on fait le bon choix ? Lorsque Henryk Kasperczak avait été remercié lors de la Coupe du Monde 1997 en France après l’ennuyeux jusqu’à la mort match contre l’Angleterre, en 1998 (0-2), la continuité avait été assurée en la personne de son adjoint Ali Selmi, et tout compte fait, on s’était au moins assuré des scores et des résultats acceptables au moins dans le bilan historique d’une nation (0-1 contre la Colombie et 1-1 contre la Roumanie).

En 2014, j’ai ainsi eu la surprise de constater combien la réputation de la Tunisie, adepte du beau jeu, était grande dans un pays aussi éloigné que le Vietnam.

Maintenant, ce que Maître Renard appelé en catastrophe par le staff de la Fédération pourrait apporter dans un cas aussi désespéré, nul ne saurait le dire exactement. Pourvu qu’il ne soit pas le Renard dans le poulailler ! 

* Médecin de libre pratique.  

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Mondial 2026 | Messi échappe au rouge et marque 3 buts à l’Algérie

Le triplé de Lionel Messi lors de la victoire de l’Argentine face à l’Algérie (3-0), mardi 17 juin 2026, ne suffit pas à faire taire la controverse. Une action impliquant la star argentine et le défenseur Aïssa Mandi suscite en effet de vives réactions.

À la 32e minute, Messi s’est rendu coupable d’une intervention dangereuse sur le défenseur algérien. Les ralentis montrent une semelle qui, aux yeux de nombreux observateurs, aurait pu justifier un carton rouge direct. Pourtant, ni l’arbitre ni le VAR n’ont estimé nécessaire de sanctionner le capitaine argentin d’une exclusion.

La décision arbitrale a immédiatement alimenté les débats sur les réseaux sociaux et dans les émissions spécialisées. Plusieurs consultants ont considéré que le geste relevait d’une faute grave susceptible de mettre en danger l’intégrité physique du joueur algérien, tandis que d’autres ont jugé la sanction maximale excessive.

Cette séquence prend une dimension particulière au regard de la suite de la rencontre. Resté sur le terrain, Messi a signé un triplé retentissant et porté l’Albiceleste vers un succès important dans le groupe J du Mondial 2026.

Pour les supporters algériens, le sentiment d’injustice demeure. Beaucoup estiment que l’issue de la rencontre aurait pu être différente si l’Argentine avait été réduite à dix joueurs dès la première période. La polémique autour de cette action devrait ainsi continuer d’alimenter les discussions bien après le coup de sifflet final.

Décidément, les Argentins ont le ciel avec eux. Après la «main de Dieu»  de Maradona, c’est le «pied» de son Messie qui lui ouvre le chemin du paradis.

Messi est certes le meilleur joueur au monde, mais est-ce une raison pour qu’il ait droit à un traitement spécial, quitte à ce que des arbitres outrepassent les règles pour ne pas sanctionner ses fautes ? Comme quoi, on ne donne qu’aux riches. Surtout dans le monde du ballon rond, où les pauvres n’ont que leurs yeux pour pleurer.

Djamal Guettala

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Le blues des pêcheurs tunisiens de crevettes   

Le récent blocage par les autorités italiennes d’une cargaison de crevettes rouges tunisiennes a poussé des pêcheurs spécialisés dans la capture de ce crustacé, l’une des pêcheries les plus prisées de Méditerranée, à organiser un sit-in devant le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche à Tunis, pour exiger une intervention urgente des autorités suite aux difficultés rencontrées pour exporter vers l’Union européenne, notamment vers l’Italie.

La décision italienne serait liée au dépassement présumé des quotas autorisés pour ce produit, avec des conséquences jugées graves par les acteurs du secteur, en particulier dans les ports du nord du pays, à commencer par Ghar El Melh, dans le gouvernorat de Bizerte.

Pêcheurs et exportateurs appellent le gouvernement tunisien à intervenir auprès des autorités italiennes et européennes pour résoudre la situation et protéger le secteur.

Selon les opérateurs, le quota alloué à la Tunisie ne reflète pas la capacité de production réelle du pays. Des sources estiment la production tunisienne de crevettes rouges à environ 400 tonnes et dénoncent le manque de concertation avec les pêcheurs et les exportateurs lors de la fixation des limites appliquées.

Le problème a également pris une dimension technique et diplomatique. Dans une circulaire datée du 5 juin, le ministère italien de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et des Forêts (Masaf) a informé les opérateurs de la filière pêche que le quota international CGPM 2026 alloué à la Tunisie pour la crevette rouge (Aristaeomorpha foliacea) avait été dépassé.

Selon le Masaf, le quota 2026, limité à 36 000 kilogrammes, était épuisé au 15 mai, tandis que les certificats de capture validés par les autorités tunisiennes et destinés au marché européen atteignaient au moins 50 960 kilogrammes, soit un excédent de plus de 41,5 %.

Le rapport italien cite la réglementation européenne contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée et met en garde contre le risque de refus à la frontière ou d’interdiction d’importation pour les cargaisons validées après épuisement du quota.

Le ministère italien a également indiqué l’ouverture d’un canal de coopération avec les autorités tunisiennes afin de clarifier les certifications contestées.

Pour la filière tunisienne, le risque est immédiat : blocage des marchandises, coûts logistiques accrus, pertes commerciales et possible réduction des débouchés sur l’un de ses principaux marchés.

Les exportateurs craignent également des répercussions sur l’emploi et l’investissement dans le secteur de la pêche, un secteur fortement dépendant de l’accès aux marchés européens.

Cette affaire s’inscrit dans le cadre des mesures plus larges adoptées par la Commission générale des pêches pour la Méditerranée, un organe de la FAO, afin de renforcer la gestion durable des stocks de poissons et de crustacés d’eaux profondes en Méditerranée centrale.

Pour la Tunisie, cependant, le différend revêt désormais une dimension économique et sociale : les pêcheurs réclament un réexamen du dossier et une solution rapide pour éviter qu’un conflit sur les quotas ne dégénère en crise structurelle pour l’un des secteurs de la pêche les plus rentables du pays.

I. B.

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Observé sur les côtes tunisiennes | Le requin bleu ne menace pasles humains

Dans un message diffusé suite à l’observation d’un requin bleu près des plages de Menzel Temime, dans le gouvernorat de Nabeul, un incident qui a suscité l’attention et l’inquiétude sur les réseaux sociaux tunisiens ces derniers jours, le WWF Afrique du Nord a indiqué que cette espèce est non dangereuse pour l’homme et qu’il s’agit de sensibiliser plutôt qu’attiser la peur le public à l’orée de la saison des bains de mer.

Selon l’organisation environnementale, le requin bleu (Prionace glauca) est une espèce pélagique qui vit généralement en haute mer, notamment en Méditerranée. Mais l’animal ne considère pas l’homme comme une proie. Son régime alimentaire se compose principalement de petits poissons et de calmars. Les experts le décrivent comme un requin généralement timide et prudent, qui a tendance à s’éloigner lorsqu’il perçoit une présence humaine.

Reconnaissable à son corps élancé et à la coloration bleue intense de sa partie dorsale, le requin bleu est un grand migrateur et peut occasionnellement s’approcher des côtes pour des raisons naturelles, telles que la présence de bancs de poissons, l’action des courants marins ou la recherche d’eaux plus fraîches, précise WWF.

L’association TunSea, qui a réagi à plusieurs signalements le long des côtes tunisiennes, a également appelé les habitants au calme, soulignant que le passage occasionnel de cette espèce près des côtes ne constitue pas en soi une anomalie ni un signe de risque accru pour les baigneurs.

Cette observation peut aussi être interprétée comme un indicateur positif de l’état de l’écosystème marin, estime WWF. Selon l’organisation environnementale, la présence de grands prédateurs demeure un facteur important pour l’équilibre des chaînes alimentaires et la biodiversité en Méditerranée. Elle rappelle, par ailleurs, que le requin bleu est une espèce vulnérable à la pression de la pêche, notamment aux prises accessoires dans les palangres et autres engins ciblant les espèces pélagiques.

À l’échelle mondiale, le requin bleu est classé comme quasi menacé, tandis qu’en Méditerranée, sa situation est considérée comme beaucoup plus grave. Le déclin progressif des requins et des raies dans la région est considéré par les spécialistes comme l’un des signes les plus inquiétants de la perte de biodiversité marine, dans un bassin soumis à une forte pression de la pêche, à la pollution, au trafic maritime et au changement climatique.

En cas d’observation près des plages, le WWF recommande de ne pas tenter d’approcher, de toucher, de poursuivre ou d’encercler l’animal pour prendre des photos ou des vidéos. Restez calme, éloignez-vous sans mouvements brusques et, si le requin semble désorienté, blessé ou échoué, signalez-le aux autorités compétentes, aux associations environnementales ou aux garde-côtes.

Le message final des experts est clair : la mer est l’habitat naturel de ces espèces, tandis que les humains n’y sont que des visiteurs.

L’observation à Menzel Temime, loin d’être un motif d’inquiétude, doit être interprétée comme une opportunité de renforcer l’éducation à l’environnement et la protection de la biodiversité marine tunisienne et méditerranéenne.

I. B.

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La Tunisie rapatrie près de 5000 migrants subsahariens en 11 mois

Quelque 4 735 migrants subsahariens en situation irrégulière ont bénéficié du programme de retour volontaire mis en place en Tunisie depuis le début des opérations, le 7 juillet 2025, jusqu’au 14 juin 2026.

Cette information a été communiquée par l’agence de presse Tap, citant le superviseur général du camp situé au kilomètre 21 d’El Amra, dans le gouvernorat de Sfax.

Le directeur du camp a indiqué que 226 migrants subsahariens devaient bénéficier d’un rapatriement volontaire vers leur pays d’origine entre le samedi 13 juin et le mardi 16 juin 2026.

Le camp accueille actuellement 574 migrants en situation irrégulière dans le cadre du projet d’intervention humanitaire pour le retour volontaire. Les personnes présentes sur place attendent la finalisation des procédures de rapatriement ou la confirmation de leurs dates de vol.

Un nouveau groupe de migrants en provenance des gouvernorats de Nabeul et de Sousse est attendu dans ce même camp. Des dossiers individuels seront constitués et transmis aux ambassades des pays concernés, étape indispensable à la délivrance ou à la vérification des documents de voyage.

Une source de tension sociale

La question migratoire demeure l’une des principales sources de tension pour la Tunisie, en particulier dans la région de Sfax, devenue ces dernières années un point névralgique pour les départs irréguliers vers l’Italie et pour la présence de migrants subsahariens bloqués sur le territoire tunisien.

Ce programme s’inscrit dans la stratégie tunisienne de gestion des migrations irrégulières et est présenté par les autorités comme un mécanisme humanitaire et volontaire, piloté par le ministère de l’Intérieur avec la participation d’organisations internationales et du Croissant-Rouge tunisien.

Le centre El-Amra est devenu ces derniers mois le principal point de ralliement des migrants cherchant à retourner dans leur pays d’origine suite au renforcement des contrôles sur les routes terrestres et maritimes vers l’Europe.

Cette initiative complète le programme de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a organisé ces dernières semaines des retours assistés supplémentaires depuis la Tunisie vers plusieurs pays africains.

Selon des données publiées par la presse, l’OIM a facilité le retour de plus de 2 700 migrants depuis début 2026, tandis que les autorités entendent intensifier leurs opérations tout au long de l’année. Elles présentent le retour volontaire comme un outil humanitaire et administratif de gestion des migrations irrégulières, en coordination avec les structures nationales et les pays d’origine.

Cependant, la question reste suivie de près par les organisations humanitaires et les observateurs internationaux, qui insistent sur la nécessité de garantir des retours pleinement volontaires, des conditions dignes dans les centres d’accueil temporaires et des mesures de réintégration dans les pays d’origine.

Il est également à noter que pour quelques milliers de migrants rapatriés chaque année, combien d’autres pénètrent chaque jour en Tunisie à travers les frontières algériennes et libyennes. Leur chiffre exact n’est pas connu alors que leur présence dans plusieurs régions, y compris dans certains quartiers de Tunis, est devenue massive et suscite des réactions de rejet de la part de la population locale.

La solution à ce fléau n’est clairement pas la transformation de la Tunisie en un pays de résidence obligée ou choisie par des centaines de milliers de migrants irréguliers empêchés de rejoindre l’Europe.

I. B.

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La Tunisie et sa diaspora | Remettre les pendules à l’heure

Lorsqu’un enfant de la diaspora tunisienne choisit de ne pas porter le maillot national et jubile après avoir marqué deux fois contre la Tunisie, comme l’a fait l’international suédois d’origine tunisienne Yasin Ayari (photo), lundi dernier, en Coupe du Monde Fifa 2026, il est inutile de vouloir le blâmer, même si cela peut choquer. Le véritable enseignement est ailleurs : il est grand temps de remettre les pendules à l’heure et de moderniser la relation entre notre pays et sa diaspora. Les liens avec les nouvelles générations de Tunisiens de l’étranger ne peuvent plus être considérés comme acquis.

Hakim Tounsi *

Pendant longtemps, la Tunisie a su mettre en place des mesures innovantes et attractives pour maintenir le lien avec ses ressortissants à l’étranger. La FCR, notamment, a constitué en son temps une avancée importante et un signal fort adressé à la diaspora. Mais le monde a changé, notre diaspora aussi. Les recettes d’hier ne suffisent plus à répondre aux réalités et aux attentes d’aujourd’hui.

L’exemple récent d’un joueur binational tuniso-suédois ayant choisi de défendre les couleurs de la Suède et d’inscrire deux buts face à la Tunisie lors d’une Coupe du monde illustre parfaitement cette réalité.

Les enfants de la diaspora construisent, légitimement, leur parcours, leurs réussites et parfois même leur sentiment d’appartenance dans leurs pays de résidence. Leur attachement à la Tunisie ne peut donc être considéré comme acquis, ni se transmettre automatiquement de génération en génération.

Renforcer le lien avec sa diaspora

Depuis plusieurs années, j’alerte sur le risque de voir une partie des nouvelles générations de Tunisiens nés ou ayant grandi à l’étranger s’éloigner progressivement de leur pays d’origine si la Tunisie ne repense pas en profondeur sa manière d’entretenir et de renforcer le lien avec sa diaspora.

C’est précisément pour cette raison que je plaide depuis des années en faveur d’une relation moderne, équilibrée et mutuellement bénéfique entre la Tunisie et sa diaspora. Une relation fondée non seulement sur l’attachement au pays et les attentes légitimes de la nation, mais aussi sur le respect, la confiance, la reconnaissance des compétences, des aspirations et de la volonté de contribuer de nos compatriotes établis à l’étranger.

Si le patriotisme demeure un facteur important de cohésion, il ne peut à lui seul garantir la pérennité de ce lien. La relation entre la Tunisie et sa diaspora doit également reposer sur des intérêts partagés, des opportunités réciproques et un véritable partenariat gagnant-gagnant. C’est à cette condition que l’attachement au pays continuera de se transmettre et de se renforcer au fil des générations.

Cela suppose également de moderniser certaines politiques publiques qui concernent directement les Tunisiens de l’étranger : l’enseignement de la langue arabe, les conditions de mobilité entre la Tunisie et les pays de résidence, la simplification des démarches administratives, l’encouragement des jeunes générations à découvrir leur pays d’origine ainsi qu’une meilleure prise en compte de la contribution économique, sociale et culturelle de la diaspora dans les choix stratégiques de la nation.

Pour une logique de confiance et de partenariat

Il est également temps de passer d’une logique principalement fondée sur les contrôles et les contraintes à une logique d’incitation, de confiance et de partenariat. À titre d’exemple, plutôt que de multiplier les formalités et les justificatifs, la Tunisie pourrait imaginer de nouveaux mécanismes encourageant le rapatriement de devises, l’investissement productif et la création de valeur par les Tunisiens de l’étranger.

La FCR et la loi de 1972 ont, chacune à leur époque, constitué des outils innovants qui ont contribué à créer une dynamique économique et à renforcer les liens avec les Tunisiens établis à l’étranger.

L’enjeu aujourd’hui n’est pas de reproduire ces dispositifs à l’identique, mais de retrouver le même esprit d’innovation en concevant de nouveaux programmes adaptés aux réalités du XXIe siècle : avoirs fiscaux liés à l’investissement productif, encouragement de l’investissement dans les régions, développement de zones d’activités ouvertes aux initiatives de la diaspora, ou encore mécanismes favorisant les partenariats entre les compétences des Tunisiens du monde et les acteurs économiques locaux.

L’objectif n’est pas de faire un cadeau à la diaspora. L’objectif est de créer une dynamique gagnant-gagnant dans laquelle le pays bénéficie de davantage d’investissements, d’activité économique, d’emplois et de recettes, tandis que les Tunisiens de l’étranger trouvent un intérêt concret à renforcer leurs liens avec leur pays d’origine. Les grandes réussites économiques naissent souvent d’idées simples, audacieuses et adaptées à leur époque. La Tunisie a su faire preuve d’innovation hier ; elle doit retrouver cette capacité aujourd’hui.

En tant que Tunisiens engagés, nous mettons notre expérience et notre expertise au service de notre pays, convaincus que la valorisation des talents de la diaspora et la mise en place d’un véritable partenariat stratégique permettront de renforcer durablement les liens avec les Tunisiens du monde et de prévenir leur éloignement progressif.

Avec la précieuse contribution de mon ami Naoufel Zayadi, nous avons notamment formulé plusieurs propositions visant à réformer et moderniser l’enseignement de la langue arabe destiné aux enfants de la diaspora dans leurs pays d’accueil. À ce jour, ces propositions n’ont malheureusement donné lieu à aucune mise en œuvre concrète.

Les droits civiques des binationaux

Par ailleurs, je continue de considérer que la suppression de certains droits civiques des Tunisiens binationaux sous le mandat de Kaïs Saïed, notamment l’interdiction de se présenter aux élections locales, constitue une erreur qu’il conviendra de corriger. Une nation forte est une nation qui rassemble toutes ses compétences, où qu’elles se trouvent, plutôt qu’une nation qui les éloigne.

La question de la diaspora est un enjeu stratégique majeur pour la Tunisie. Elle mérite d’être appréhendée comme une richesse nationale à part entière, suivie, valorisée et intégrée dans la réflexion publique. C’est pourquoi j’appelle à davantage de réflexion, de concertation et de retenue avant toute promulgation de loi ou prise de décision susceptible d’affaiblir les liens avec nos compatriotes à l’étranger et, à terme, de porter atteinte aux intérêts supérieurs de notre pays.

* Economiste, fondateur et dirigeant du tour opérateur Otentic en France.

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Fin de la guerre d’Iran | Le fiasco de l’Amérique de Trump !

À quoi aurait servi cette guerre d’Iran ? À part à renforcer les éléments les plus radicaux du régime de la République islamique et à renforcer la mainmise des Gardiens de la révolution sur le pays, elle n’a pas servi à grand-chose. Il n’y a eu que des dégâts sur les plans géopolitique, énergétique et économique. Tout cela pour aboutir à un statu quo ante, c’est-à-dire à la situation du 27 février, le jour précédant le déclenchement de la guerre. Les fanfaronnades de Trump ont accouché d’un sauve qui peut ! (Photo : La réouverture du détroit d’Ormuz est devenue pratiquement l’unique objectif – et l’unique « gain » américain – de la guerre contre l’Iran).

Imed Bahri

L’annonce par le président Donald Trump d’un accord avec l’Iran met fin à une guerre coûteuse mais laisse le régime en place et reporte la question nucléaire à de futures négociations, a écrit Michael Birnbaum, correspondant du Washington Post à la Maison-Blanche, ajoutant que Trump a entamé la guerre en promettant un changement de régime pour finalement aboutir à la réouverture du détroit d’Ormuz ! 

Le président américain a lancé la fin de sa guerre contre l’Iran dimanche : «Navires du monde, démarrez vos moteurs, que le pétrole coule!» Mais cette nouvelle fanfaronnade ne trompe plus personne. L’homme est dans ses petits souliers.  

Retour au statu quo

Le régime iranien restant au pouvoir, Trump s’est félicité du retour au statu quo du 27 février, la veille de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran.

Ce retour à une forme de statu quo était bien loin des objectifs initiaux de la guerre qui avait commencé par un engagement à faire tomber le régime. 

Après les frappes qui ont tué le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, aux premières heures de la guerre, Trump a déclaré aux Iraniens que le moment était venu de reprendre le contrôle de leur pays. Cependant, le soulèvement n’a pas eu lieu. Ces derniers mois, les dirigeants iraniens ont fait preuve de résilience face aux attaques féroces de la plus puissante armée de l’histoire. Ils ont fermé le détroit d’Ormuz, paralysant les marchés mondiaux de l’énergie, et ont creusé le fossé entre Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, au point que le président américain a profité de la célébration de son 80e anniversaire pour dénoncer publiquement son allié israélien.

En promouvant l’accord qui a mis fin aux combats, Trump et ses principaux conseillers ont affirmé que l’Iran s’était engagé à ne pas se doter de l’arme nucléaire. Mais les dirigeants iraniens, qui ont pris des engagements similaires depuis des décennies, ont indiqué dimanche que les difficiles négociations concernant leur programme nucléaire étaient toujours en cours et ne débuteraient pas avant la levée du blocus naval américain de leurs ports.

En l’absence de détails sur l’accord et face aux incertitudes persistantes concernant le nucléaire, les experts estiment qu’il est prématuré d’évaluer pleinement l’héritage d’un conflit qui a duré cinq semaines et demie de combats intenses, suivies de plus de deux mois d’une trêve fragile ayant épuisé les réserves mondiales de pétrole.

C’est Trump qui a reculé

Cependant, l’approche de Trump a changé. Au lieu d’exhorter les Iraniens à renverser leurs dirigeants, il privilégie désormais la négociation avec le régime honni. Le président a exclu toute action militaire susceptible de compromettre la paix, comme il l’a fait dimanche avec le Premier ministre israélien.

Dans une interview accordée au Wall Street Journal dimanche, Trump a déclaré avec sa mauvaise foi légendaire : «En ce qui concerne un changement de régime, je n’y ai jamais été intéressé», ajoutant que les dirigeants iraniens actuels sont «le troisième groupe avec lequel nous avons traité et le plus raisonnable jusqu’à présent».

Trump et ses partisans affirment que la guerre a été un succès majeur, ayant éliminé de nombreux hauts responsables, porté un coup dur au programme nucléaire déjà fragilisé et décimé la marine du pays.

Le vice-président J.D. Vance a déclaré dimanche à Fox News : «Si les Iraniens respectent cet accord, cela changera fondamentalement le Moyen-Orient pour les 50 prochaines années. Cette région du monde est dans un état déplorable depuis toujours».

Toutefois, certains experts du Moyen-Orient restent sceptiques, même avec un accord visant à mettre fin aux combats et à rouvrir le détroit d’Ormuz.

«Si cet accord est appliqué tel quel, il laissera un régime répressif aux commandes en Iran, avec la plupart des moyens qu’il utilise pour menacer la région : missiles balistiques, drones et un réseau régional de groupes mandataires certes faibles mais néanmoins dangereux au Liban, en Irak et au Yémen», a déclaré Brian Katulis, chercheur au Middle East Institute.

«Trump a en quelque sorte reculé. Il savait qu’il n’y avait pas d’options militaires viables, il a donc dû parvenir à un accord et les deux camps crieront victoire. C’est ce que nous verrons dans les quatre ou cinq prochains jours», a ajouté Katulis.

Alors que Trump vantait les mérites de son accord, certains de ses plus fervents partisans, membres de la coalition des faucons anti-Iran, se demandaient si la fin des combats était la meilleure solution. L’animateur radio Mark Levine écrivait sur X : «Cela fait des jours que je me demande pourquoi nous, le peuple, ne pouvons pas consulter ce fichu mémorandum d’entente ?» 

Levine, qui avait discuté à plusieurs reprises de l’Iran avec Trump durant son second mandat, a ajouté : «Franchement, je n’ai jamais rien vu de tel. Si ce mémorandum doit apporter la paix alors qu’il soit rendu public».

Le sénateur Lindsey Graham, un proche allié de Trump et le plus fervent soutien d’Israël au Congrès, a questionné les termes de l’accord, exprimant une «certaine inquiétude» quant aux différences entre les versions iranienne et américaine.

Dans un message publié sur X, où il décrivait Vance comme «l’architecte de l’accord» et écrivait : «Conformément à notre loi, tout accord nucléaire avec l’Iran sera soumis au Congrès pour examen et vote. J’ai hâte d’examiner la version finale»

L’Iran sait obtenir des concessions

Les dirigeants iraniens ont déclaré dimanche que les termes de l’accord ne seraient pas rendus publics avant sa signature vendredi 19 juin. Cette décision, bien que visant à protéger l’accord des pressions extérieures, pourrait également accroître le risque de son effondrement, les négociateurs s’efforçant toujours d’en finaliser les détails.

Les responsables politiques iraniens ont évité d’aborder la question nucléaire dimanche, se démarquant nettement de la position adoptée par les États-Unis. Ils ont laissé entendre qu’un allègement significatif des sanctions serait nécessaire avant qu’ils n’acceptent des concessions substantielles sur ce sujet.

Les négociateurs doivent désormais discuter de l’arrêt de l’enrichissement d’uranium ainsi que du sort des stocks actuels d’uranium hautement enrichi de l’Iran qui ont été constitués par Téhéran après le retrait de Trump de l’accord nucléaire conclu sous l’administration Obama en 2018.

«L’Iran sait comment prolonger ces négociations et tenter d’obtenir des concessions au passage», a écrit Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël lors de la signature de l’accord nucléaire de 2015. «Il était possible qu’aucun accord ne soit conclu et que tout accord obtenu soit pire que ce que nous aurions pu obtenir par la voie diplomatique avant la guerre», a-t-il ajouté.

Shapiro a abordé également une autre question sensible : «L’ouverture du détroit d’Ormuz est le principal résultat de cet accord. L’Iran a transformé un levier théorique en un levier réel et puissant, imposant de lourdes pertes à l’économie mondiale et inquiétant fortement le président Trump».

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Colloque à Paris | Histoire partagée, mémoires plurielles et souverainetés inachevées

Soixante-dix ans après les indépendances du Maroc et de la Tunisie, le colloque international «Décolonisations et mémoires des indépendances maghrébines (1956–2026)», tenu à Paris les 8 et 9 juin 2026, a constitué un moment majeur de réflexion historique sur les héritages coloniaux et leurs prolongements contemporains. Accompagné de l’exposition «Décolonisations en miroir : France/Afrique du Nord (1930–1970)», cet événement scientifique a proposé une lecture croisée des trajectoires de la France, de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie.

Abdelhamid Larguèche *

Plus qu’une simple commémoration, cette rencontre a invité à penser les décolonisations comme des processus connectés, où les histoires des deux rives de la Méditerranée demeurent profondément imbriquées.

Au début des années 1930, l’empire colonial français atteint son extension maximale. L’Exposition coloniale internationale de 1931 à Paris célèbre alors la puissance impériale et diffuse un imaginaire fondé sur la mission civilisatrice et la hiérarchie des peuples.

Les cartes coloniales, les affiches de propagande et les représentations exotiques du Maghreb révèlent une géographie politique façonnée par la domination européenne. Ces images participaient à une entreprise plus vaste : naturaliser l’ordre colonial et effacer les réalités historiques et culturelles des sociétés colonialisées. Pourtant, cet âge d’or impérial portait déjà les germes de sa propre contestation.

Paris, laboratoire des nationalismes maghrébins

Paradoxalement, la capitale française devient également le lieu où se forgent les élites anticoloniales. Étudiants, intellectuels et militants maghrébins y élaborent les premiers discours nationalistes modernes. Parmi les figures majeures émergent Abdelaziz Thaalbi, Habib Bourguiba ou encore Messali Hadj, dont les parcours témoignent de l’interconnexion des espaces politiques méditerranéens

En Tunisie, la publication de ‘‘La Tunisie martyre’’ de Thaalbi en 1920 marque un tournant majeur du nationalisme moderne. La fondation du Destour puis du Néo-Destour structure progressivement la revendication souveraine. C’est à Paris que se forgent les idées de souveraineté qui renverseront l’ordre impérial.

Au Maroc, le Dahir berbère de 1930 cristallise les résistances contre le protectorat. En Algérie, Messali Hadj fonde l’Étoile nord-africaine (ENA) dès 1926 à Paris, ouvrant la voie au nationalisme indépendantiste algérien.

L’Étoile nord-africaine, dirigée par Messali Hadj, revendique l’indépendance de l’Algérie et la défense des droits des Nord-Africains. Elle marque la naissance d’un nationalisme organisé parmi les colonialisés vivant en France.

La Seconde Guerre mondiale bouleverse l’ordre colonial. Les soldats maghrébins participent à la libération de la France, mais les promesses d’égalité restent sans lendemain.

Le 8 mai 1945 constitue un tournant majeur : alors que l’Europe célèbre la victoire sur le nazisme, les massacres de Sétif et Guelma annoncent la crise définitive de l’empire colonial. Ces événements marquent l’effondrement de l’illusion réformiste et ouvrent l’ère des guerres d’indépendance.

Guerres de libération et naissance des souverainetés

Entre 1954 et 1962, le Maghreb connaît des trajectoires différenciées vers l’indépendance. L’Algérie s’engage dans une guerre longue et violente qui transforme profondément la société française elle-même.

En Tunisie, l’indépendance obtenue en 1956 sous la conduite de Bourguiba ne met pas immédiatement fin à la présence française. La bataille de Bizerte de 1961 et l’évacuation des bases militaires en 1963 pachèvent la souveraineté nationale.

Les indépendances ne mettent pas un terme aux conflits : ceux-ci se déplacent désormais sur le terrain de la mémoire. En France, la guerre d’Algérie demeure longtemps désignée comme les «événements». En Algérie, un récit national héroïque se construit autour du FLN et des martyrs de la révolution.

Peu à peu émergent des mémoires longtemps invisibles : harkis, pieds-noirs, Juifs maghrébins, appelés français ou civils déplacés. L’ouverture des archives transforme aujourd’hui profondément les écritures de l’histoire.

L’exposition rappelle également le rôle fondamental des images dans la décolonisation du regard. Le cinéma maghrébin a constitué un espace essentiel de reconquête symbolique. Des œuvres comme ‘‘La Bataille d’Alger’’ de Gillo Pontecorvo ou ‘‘Chronique des années de braise’’ de Lakhdar Hamina ont contribué à faire de l’histoire coloniale un patrimoine universel de la lutte pour la liberté.

Vers une mémoire partagée ?

Au-delà des blessures et des silences, le colloque a montré que les décolonisations ne relèvent pas seulement du passé : elles constituent un enjeu majeur du présent. Les questions migratoires, la francophonie, les archives, les débats sur les réparations ou les reconnaissances mémorielles continuent de structurer les relations entre la France et le Maghreb.

L’exposition s’achève sur une convictionforte : reconnaître la douleur de l’autre ne signifie pas renoncer à sa propre histoire.Au contraire, cette reconnaissance constitue peut-être la condition d’une mémoire véritablement partagée entre les deux rives de la Méditerranée.

* Historien.

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Marche à Paris contre le racisme en France et en Tunisie

Une marche aura lieu le dimanche 21 juin 2026 à partir du 14h00 et au départ du Métro Barbès à Paris sous le slogan «Mettons un coup K.O. au racisme !», organisée à l’initiative de nombreuses organisations antiracistes, associations de défense des droits humains, syndicats, partis politiques et personnalités engagées en France contre le racisme et pour la défense des valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité.

Les marcheurs dénonceront le racisme sous toutes ses formes, en France comme en Tunisie, et exprimeront leur solidarité avec Saadia Mosbah, condamnée à huit ans de prison, et avec Abdallah Said, détenu depuis plus d’un an et demi dans l’attente de son procès, «en raison de leur engagement en faveur des droits des personnes migrantes et de la solidarité humaine», précisent les organisateurs de la marche.

«Nous voulons également dénoncer les agressions racistes, les violences, les expulsions forcées, les traitements inhumains et les multiples violations des droits fondamentaux dont sont victimes les migrants subsahariens en Tunisie», ajoutent-ils, estimant que «les actes et crimes racistes visant les migrants subsahariens en Tunisie ont atteint un niveau de gravité alarmant» et qu’ils «prospèrent dans un climat d’impunité qui donne à leurs auteurs le sentiment qu’ils peuvent agir sans craindre de poursuites ni de sanctions.»

«La récente diffusion d’une vidéo montrant une femme noire victime d’un viol collectif sous les yeux de son mari a provoqué une profonde indignation. Cet acte d’une extrême gravité illustre jusqu’où peut conduire la déshumanisation de personnes déjà vulnérables. En tant qu’êtres humains, nous ne pouvons accepter que le racisme, la violence et l’impunité deviennent une réalité banalisée», lit-on encore dans l’appel à manifester.

Les associations organisatrices, à savoir le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), l’Association démocratique des Tunisiens en France (ADTF), la Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR) et l’Union des travailleurs immigrés tunisiens (UTIT), dénoncent, également, dans leur appel, «la responsabilité des politiques migratoires menées entre l’Union européenne et la Tunisie.»

«Le soutien politique, financier et sécuritaire apporté par l’Union européenne aux autorités tunisiennes soulève de sérieuses questions quant à la responsabilité de chacun face aux violations des droits humains commises contre les migrants. Aucune politique migratoire ne saurait justifier des atteintes à la dignité humaine ni la remise en cause des droits fondamentaux», écrivent-elles, en soulignant la concomitance entre la signature du mémorandum d’entente entre la Tunisie et l’Union européenne et l’augmentation notable des reconduites à la frontière et des expulsions de ressortissants tunisiens depuis plusieurs États européens.

«Présentée comme un modèle de coopération efficace en matière de contrôle migratoire, la Tunisie est désormais érigée en exemple de réussite d’une politique fondée sur l’externalisation des frontières et l’accélération des retours. Derrière les discours sur la ‘‘gestion des flux migratoires’’, cette approche a pourtant des conséquences humaines, sociales et économiques lourdes pour les personnes concernées. Elle privilégie une logique de fermeture et de renvoi au détriment de la protection des droits fondamentaux, de la dignité des migrants et de la prise en compte des causes profondes des migrations. Nous refusons que la Tunisie serve de vitrine à une politique migratoire qui fait primer les impératifs sécuritaires sur le respect des droits humains», ajoute l’appel à la marche de solidarité avec les victimes du racisme en France, en Tunisie et partout dans le monde et «pour l’égalité des droits et la dignité de toutes les personnes».

I. B.

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Mondial 2026 | Une France impressionnante mais instable

L’équipe de France, vice-championne du monde en titre, jouera son premier match du Mondial de la Fifa ce mardi 16 juin 2026 à 20 heures heure française, face au redoutable Sénégal. En attendant de croiser le fer avec l’Irak (lundi 22 juin) et la Norvège (vendredi 26 juin), tout en lorgnant une première place du Groupe 1 théoriquement à sa portée. Mais qui risque de lui être disputée.  

Jean-Guillaume Lozato *

On peut être une équipe impressionnante, tout en étant instable et perfectible. C’est la leçon dispensée par la France. Deux titres de championne du monde, le dernier en 2018 en Russie, deux Euros gagnés, une Ligue des Nations. Sans compter les exploits de ses clubs engagés dans les ligues européennes. En haut de l’organigramme : le vénérable Didier Deschamps, aux talents incontestables de meneur d’hommes. Mais derrière cette façade, les inégalités persistent entre le ressenti offensif et celui purement défensif.

Champions du Monde en 2018, vingt ans après le sacre de 1998, l’équipe nationale française demeure une valeur sûre. Cependant, au vu de la Coupe du Monde 2022, il convient de nuancer le propos. En effet, la France est une équipe qui a changé de profil par rapport à celle de l’Euro 2016 et de 2018.

En conservant à l’esprit que le bilan comptable n’avait pas été parfait, et que des erreurs d’arbitrage (deux penalties en faveur des internationaux marocains avaient été «omis» par l’arbitre en demi-finale) lui avaient ouvert la porte d’une finale déstabilisante. Au cours de laquelle un M’Bappé grandiose a compensé les faiblesses techniques de ses coéquipiers ou bien leurs manquements en matière de couverture. Car c’est ça la force des «Bleus» : leur ligne d’attaque tellement exceptionnelle qu’ils forment un des rares effectifs à pouvoir se permettre de jouer en 4-2-4. Toutefois, les attaquants doivent apprendre à fonctionner ensemble plus souvent afin de varier les appels, si on tient compte de l’avertissement récent contre la Côte d’Ivoire en match préparation (1-3).

La France a les moyens de marquer rapidement, ce qui la rend impressionnante d’imprévisibilité comme lors de l’obtention de sa médaille d’argent en 2022 (au terme d’un 0-3 converti en 3-3). Cela pourrait la favoriser face à des adversaires comme l’Allemagne ou la Croatie, l’Argentine ou l’Espagne, les Pays-Bas ou la Turquie. Mais la faire sombrer devant le Maroc et le Portugal, et sans que beaucoup s’y attendent vraiment face à des équipes comme l’Algérie, l’Équateur ou les États-Unis.

Les scénarios possibles

Sur un football international en ébullition, le couvercle français peut tout aussi bien résister, que maîtriser sa trajectoire pour se placer correctement sur orbite. Il peut aussi sauter et ne plus se montrer maître de son destin. Les «Bleus» sont capables du meilleur comme du pire, à l’image de la plupart des footballeurs engagés dans cette compétition.

En se lançant dans une hypothèse globale, à mi-chemin entre l’évidence d’une première place et la surprise désagréable de l’élimination au premier tour, il est probable d’assister à un magnifique 2-2 avec la Norvège dans ce qui pourrait se révéler comme la finale de la poule. Avec un synopsis plausible du duel entre Kylian Mbappé et Erling Haaland auteurs chacun d’un doublé, et d’un but encaissé sur corner pour chacune des défenses. En admettant deux victoires face au Sénégal et à l’Irak, cela se jouera à la différence de buts pour les deux formations afin d’atteindre la première place du groupe. Or, la première et la troisième place seraient peut-être aussi avantageuses l’une que l’autre. Si l’on se base sur le fait que la France pourrait tout à fait se voir contester par des équipes hors Europe, alors une victoire étriquée 2-1 contre l’Irak tout à fait plausible contre un hypothétique succès contre le Sénégal si elle sait faire abstraction des facteurs psychologiques hérités de la déconvenue de 2002, la placerait dauphine de la Norvège (ou du Sénégal ?).

Dans ce cas, une deuxième place l’exposerait à tous les dangers devant le style de jeu pratiqué par la Côte d’Ivoire, l’Équateur. Ou le Maroc qui, cette année, ne ratera pas l’occasion de se venger de 2022.

Ne pas laisser Upamecano seul à l’arrière

Par conséquent, la France aura tout intérêt à terminer première de sa poule. Elle devra prendre garde également à ne pas laisser seul à l’arrière le taulier indispensable Dayot Upamecano, seul défenseur aux compétences très complètes.

L’équipe française actuelle est représentative de la Coupe du monde et vice-versa. Mais cela signifie-t-il pour autant que la compétition de 2026 est taillée sur mesure pour la formation guidée par Didier Deschamps ?

New-York a baptisé récemment une de ses artères «Thierry Henry Street». En plein cœur du quartier mythique de Manhattan, cette rue temporaire «special football world cup» se situe à l’angle de la cinquantième rue et de la sixième avenue. Un lieu qui pourra se transformer en espace de festivités comme en un mur des lamentations.

En 1986, s’était produit le phénomène de la «main de Dieu», avec Diego Maradona. Pour l’ultime seuil à franchir en qualifications pour le Mondial 2010, le sésame avait été arraché par la «main de Thierry Henry» devenu plus tard une star de la MLS, plus injustement conspué que remercié par ses compatriotes. Dans ce Manhattan où la finance est reine, la «main invisible» d’Adam Smith ne manquerait pas de s’en mêler…

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Tunisie | Exit Lamouchi, bonjour Renard ou les dindons de la farce  

On attendait leur démission collective ; ils nous sortent un nouveau lapin du chapeau. Non contents d’avoir infligé une humiliation historique à 12 millions de Tunisiens par la gabegie qu’ils ont instaurée au sein de la sélection nationale, les membres de la Fédération tunisienne de football (FTF) démettent Sabri Lamouchi de ses fonctions d’entraîneur pour le remplacer pour le reste de la Coupe du monde par un autre technicien français : Hervé Renard. Là où nous en sommes, on aurait mieux fait de jeter notre dévolu sur Sidi Belhassen Chedly.

Latif Belhedi

C’est le président de la FTF, Moez Nasri, qui a annoncé le scoop hier soir, lundi 15 juin 2026, à la télévision publique, quelques heures après la lourde défaite des coéquipiers de Hannibal Mejbri face à la Suède (1-5) à Monterrey au Mexique, pour leur entrée en lice en Coupe du Monde.

Le technicien français, très connu en Afrique, arrive donc ce mardi au chevet d’une équipe de Tunisie à l’agonie. Il aura juste le temps de discuter avec des joueurs très mal en point, de leur remonter un tant soit peu le moral et de les préparer aux deux prochains matches contre le Japon, dimanche 21 juin, et les Pays-Bas, vendredi 26 juillet. Objectif de cette opération de sauvetage : éviter aux Aigles de Carthage de se faire manger tout crus par les ogres japonais et hollandais. Que c’est triste Tunis !

Hervé Renard sera le 4e coach de l’équipe de Tunisie de football en quatre ans, après Jalel Kadri (2022-2024), Sami Trabelsi (2025-2026) et Sabri Lamouchi (2026), qui n’aura tenu, lui, que quelques semaines.

Quel gâchis tout de même ! Et pour quel résultat ! Dix buts encaissés en à peine une semaine lors des deux derniers matches joués : contre la Belgique en amical et contre la Suède en Coupe du Monde. Et ces messieurs de la FTF, les Moez Nasri (président), Hussein Jenayah (vice-président), Zied Jaziri et autres Samir Chammam, ci-devant directeurs techniques, qui sont les premiers responsables de cette déroute, continuent de sévir en s’en sortant à chaque fois avec une pirouette. Et la dernière en date s’appelle Hervé Renard qui n’a sans doute pas de baguette magique, et il est peu probable qu’il puisse faire remonter la pente à une équipe à genou. Véritable prédateur du football, il va pouvoir alimenter son compte bancaire de quelques millions d’euros en deux semaines et, cerise sur le gâteau, ajouter une Coupe de Monde à son palmarès. Déjà qu’il fait parler de lui depuis ce matin dans les médias du monde entier.

Les dindons de la farce dans tout cela ? Nous autres Tunisiens qui supportons encore l’amateurisme de ces bons à rien, au lieu de les mettre tous à la porte !

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États-Unis | Jon Ossoff, l’étoile montante du Parti démocrate !

À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, un nom circule de plus en plus au sein du Parti démocrate, celui du sénateur de Géorgie Jon Ossoff. Le jeune homme de 39 ans est passé ces derniers mois du statut de sénateur influent à celui de candidat sérieux à la présidentielle de 2028, selon les militants, les commentateurs et les stratèges politiques. Il a fait de la lutte contre l’affairisme véreux et la corruption du clan Trump son cheval de bataille. Il s’est illustré également par sa ferme opposition à la guerre génocidaire israélienne de Gaza. 

Imed Bahri

Michelle Goldberg a retracé le parcours politique d’Ossof dans le New York Times, saluant ses prises de position contre le président Donald Trump, son engagement contre la corruption et affirmant. Nombreux sont ceux qui souhaitent le voir se présenter à la primaire démocrate pour l’élection présidentielle de 2028, affirme-t-elle.  

Si Ossoff est réélu sénateur de Géorgie, il deviendra immédiatement l’un des principaux candidats à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2028, estime le journaliste Mehdi Hasan, cité par le même journal. 

Un candidat attrayant

Jon Ossoff est un homme politique démocrate américain de premier plan, de confession juive, actuellement sénateur de Géorgie qui a vu sa notoriété exploser sur la scène politique américaine.

Il est actuellement en campagne pour un second mandat au Sénat lors des élections de mi-mandat et les sondages indiquent qu’il est en tête.

Ossoff est né en 1987 et il avait seulement 33 ans lors de sa première élection fin 2020. Il est le plus jeune sénateur depuis l’élection de l’ancien président Joe Biden au Sénat en 1972.

Le parcours d’Ossoff fait de lui un candidat attrayant pour de nombreux démocrates. Jeune homme politique, originaire du Sud, il représente un État souvent républicain et est un père de famille dont l’épouse Alicia Kramer est une gynécologue-obstétricienne de renom. Ils ont deux jeunes filles.

Le fait qu’il soit un élu du sud est très important et symbolique car le sud est devenu au fil du temps la chasse gardée des Républicains et le symbole de l’affaiblissement des Démocrates. Ces derniers doivent reconquérir le sud s’ils souhaitent revenir au pouvoir. 

Le secret d’une popularité montante

Goldberg pense que les attaques incessantes d’Ossoff contre le président, ainsi que son insistance sur la corruption et les abus de pouvoir au sein de l’administration actuelle, figurent parmi les principales raisons de sa popularité auprès des démocrates.

Les discours d’Ossoff lors de sa campagne de réélection en Géorgie étaient moins axés sur ses rivaux républicains que sur des attaques contre Trump et son clan qu’il appelle «la mafia de Mar-a-Lago»

Des extraits vidéo de ses discours ont alimenté une nouvelle vague de spéculations quant à son avenir politique.

Plus précisément, les discours d’Ossoff s’articulent généralement autour de deux thèmes principaux. D’une part, la dénonciation des failles et de la corruption au sein du système politique américain et d’autre part, la présentation d’une vision nationale multiethnique et libérale, en opposition à la rhétorique nationaliste de l’administration actuelle.

Parmi les citations citées par Goldberg figure sa déclaration à ses partisans : «Notre grandeur nationale ne provient ni du sang ni des gènes mais de nos idées». Elle estime que ce type de rhétorique vise à reconquérir un récit national américain fédérateur.

Contre la corruption et l’autoritarisme

Avant son entrée en politique, il a notamment dirigé une société spécialisée dans la production de documentaires et d’enquêtes sur la corruption et les violations des droits de l’homme.

Il a supervisé des enquêtes sur les crimes de l’État islamique, la corruption dans le sport africain et d’autres affaires d’abus de pouvoir.

Ossof estime que ces expériences ont façonné sa vision de la politique. Il affirme que sa conviction que la corruption est au cœur de l’oppression et de la tyrannie est antérieure à son engagement public et que son expérience dans les enquêtes sur les crimes de guerre et les violations des droits de l’homme lui a démontré le lien étroit entre corruption et autoritarisme.

Un Juif opposé à la politique d’Israël

Outre son opposition à la corruption, Ossof bénéficie d’une popularité particulière au sein des cercles démocrates grâce à sa position sur Israël. Juif, il est aussi un critique virulent de la politique israélienne, ce qui lui permet de rallier diverses factions au sein du parti.

Il souligne qu’il n’est pas antisioniste et qu’il est attaché à «la sécurité et au bien-être du peuple israélien» mais qu’il est aussi un fervent critique de la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza.

En 2024, Ossoff figurait parmi les 19 seuls sénateurs à avoir soutenu une résolution présentée par le sénateur Bernie Sanders demandant l’arrêt de certaines livraisons d’armes américaines à Israël. Il a ainsi bravé les pressions de l’administration Biden qui s’opposait à une telle mesure.

Lors d’une intervention au Sénat à cette époque, Ossoff a déclaré que le peuple américain était légitimement choqué par le manque d’attention porté à la vie des civils palestiniens innocents. Il a ajouté qu’un grand nombre d’enfants à Gaza avaient été tués ou grièvement blessés, des blessures qui auraient pu être évitées.

Goldberg soutient que cette position centriste lui confère un avantage politique rare car il est difficile pour les partisans d’Israël de l’accuser d’antisémitisme et pour les critiques de l’administration Biden de le tenir responsable des politiques qui ont conduit au nombre élevé de victimes civiles à Gaza.

Un opposant à la «classe Epstein» 

Goldberg soutient qu’Ossoff fonde son discours politique sur l’idée que la lutte contre la corruption est le moyen le plus efficace de contrer les tendances autoritaires.

Elle cite le politologue Adam Bonica qui estime que la colère populaire face à la corruption a contribué à la chute de gouvernements et de dirigeants dans plusieurs pays et que les mouvements anticorruption sont capables d’unir divers segments de la société.

Ossoff tente d’appliquer cette approche aux États-Unis en se concentrant constamment sur les questions de corruption et de trafic d’influence.

Par exemple, il fait fréquemment référence à ce qu’il appelle la «classe Epstein», en allusion aux réseaux d’argent et d’influence associés au milliardaire américain Jeffrey Epstein accusé de trafic sexuel de mineures et qui incluent des personnalités des partis républicain et démocrate.

Son objectif, modifier la nature du débat politique

Malgré le buzz médiatique autour de son nom, Ossoff insiste sur le fait qu’il n’a aucune intention de se présenter à la présidence. Il a qualifié les discussions de plus en plus fréquentes à ce sujet de «malédiction» qui détourne l’attention des élections de mi-mandat qu’il juge plus importantes actuellement.

Goldberg rappelle que les hommes politiques américains nient souvent leurs ambitions présidentielles des années avant d’annoncer leur candidature. Elle cite l’exemple de l’ancien président Barack Obama qui a refusé d’évoquer la présidence lors de sa campagne pour le Sénat en 2004 avant de devenir président des États-Unis.

Goldberg conclut qu’Ossoff tente de modifier la nature du débat politique aux États-Unis. Au lieu de l’affrontement traditionnel entre la droite et la gauche, il cherche à faire de la corruption l’alpha et l’oméga du débat politique.

C’est précisément pour cette raison qu’un nombre croissant de démocrates le considèrent comme un potentiel futur leader du parti. S’il parvient à remporter un nouveau mandat en Géorgie, surtout avec une avance confortable, il pourrait subir une pression croissante de la part des dirigeants et des sympathisants du parti pour se lancer dans la course présidentielle, qu’il le souhaite ou non.

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Quand une nation se trompe d’avenir

Une nation ne découvre jamais le jour exact où elle s’est trompée d’avenir. Il n’y a ni sirène, ni effondrement. Les budgets continuent d’être votés, les routes d’être inaugurées et les gouvernements d’annoncer la croissance. Puis, un matin, elle constate que ses jeunes partent, que ses ressources sont transformées ailleurs, que ses entreprises ne maîtrisent aucune technologie décisive et que le monde avance désormais sans elle. Rien ne s’est véritablement écroulé. Mais tout s’est déplacé.

Yahya Ould Amar *

Il existe ainsi, dans la vie des nations, deux espèces d’erreurs. Les premières sont bruyantes — un coup d’État, une dévaluation, un défaut souverain, une guerre. Elles ont une date, un responsable ; on les juge et, parfois, on les répare. Les secondes ne font aucun bruit. Elles n’ont ni date ni coupable. Ce sont les erreurs de trajectoire, ces inflexions imperceptibles par lesquelles un pays cesse d’aller là où il croyait aller. Ce sont, de très loin, les plus coûteuses. Car on ne se remet pas aisément de ce que l’on n’a pas vu se produire.

Au tournant des années 1960, la Corée du Sud et le Ghana affichaient un revenu par habitant comparable, des structures économiques voisines, des perspectives que les experts du moment jugeaient, plutôt favorables au second. Deux générations plus tard, ils n’habitent plus le même siècle. Ils n’ont pas couru sur la même route à des vitesses différentes, ils ont pris, à un carrefour invisible, deux routes distinctes, vers deux destinations distinctes. La distance qui les sépare aujourd’hui n’est pas un retard. C’est une divergence. Et la première chose à comprendre, pour une nation qui veut se développer, c’est que ces deux mots – retard et divergence – ne désignent pas la même chose.

Notre vocabulaire politique ne dispose, pour penser l’échec, que du mot retard — comme s’il n’existait qu’une seule route, et que le développement consistât à la parcourir plus ou moins vite. Or il faut distinguer trois grandeurs que ce mot unique recouvre et confond.

Il y a le retard véritable, on est sur le bon chemin, simplement en arrière, et l’effort rattrape la distance. Il y a le décrochage, la distance ne se résorbe plus, elle s’accroît parce que celui qui est devant accélère à mesure qu’il avance. Et il y a la bifurcation, on n’est plus sur le même chemin du tout, on se dirige vers une autre destination, et le verbe «rattraper» a cessé d’avoir un sens.

Une bifurcation nationale devient, pour le jeune diplômé, un emploi qui n’existe pas ; pour l’entrepreneur, une technologie qu’il faut importer et un financement inaccessible ; pour la famille, la conviction que l’avenir de ses enfants commence ailleurs.

Les erreurs de trajectoire descendent toujours des tableaux macroéconomiques vers les existences. Elles deviennent de l’émigration, du déclassement, de la dépendance et, finalement, une perte collective de confiance dans la possibilité même du progrès.

Aujourd’hui, la prochaine divergence ne séparera pas les pays qui possèdent des ressources de ceux qui n’en possèdent pas, mais ceux qui auront appris à les transformer, à organiser les données, à maîtriser l’énergie et à intégrer les technologies nouvelles de ceux qui continueront à n’en exporter que la matière brute.

Les fenêtres de l’histoire ne restent jamais ouvertes

La tragédie des nations qui manquent leur développement n’est presque jamais d’avoir pris du retard. C’est d’avoir pris une bifurcation pour un retard — d’avoir cru qu’il leur suffisait de marcher plus vite sur une route qui, en réalité, ne menait nulle part où elles voulussent aller.

Cette confusion serait sans gravité si le monde était linéaire. Dans un monde linéaire, un écart de quinze ans reste un écart de quinze ans. Mais la frontière du développement — l’ensemble des capacités, des institutions, des complexités productives qu’il faut maîtriser pour demeurer une économie souveraine et prospère — ne se déplace pas à vitesse constante. Elle s’éloigne en accélérant.

Le seuil pour entrer dans le club des nations qui comptent s’élève plus vite qu’une économie lente ne peut le gravir. Ce que l’on nomme «l’avantage du retardataire», cette idée chère à Gerschenkron selon laquelle on peut sauter des étapes en empruntant aux pionniers leurs technologies déjà mûries, demeure vrai — mais seulement pour qui saisit le moment précis d’une mutation ou rupture. Le même basculement qui permet au tard-venu de bondir est celui qui, manqué, creuse l’écart pour de bon. Les fenêtres ouvrent dans les deux sens.

Car le développement n’arrive pas en flux continu. Il arrive par fenêtres. Il y a la fenêtre démographique — ces quelques décennies où une population compte beaucoup plus de bras actifs que de bouches dépendantes, dividende que l’Asie de l’Est a converti en miracle économique et que tant d’autres ont laissé se refermer sur une jeunesse sans emploi, devenue facteur d’instabilité. Il y a la fenêtre géopolitique — ces moments où le réagencement des chaînes de valeur mondiales, la recomposition des alliances, la nouvelle convoitise pour certaines ressources critiques offrent à un pays une place à prendre, qu’un autre prendra s’il hésite. Il y a la fenêtre financière — ces phases où le capital cherche des rendements et accepte des risques qu’il refusera demain. Chacune de ces fenêtres s’ouvre, demeure entrebâillée quelques années, puis se referme.

Et la théorie économique nous dit pourquoi cette temporalité est implacable. Il existe, dans le développement, des seuils critiques. En deçà d’un certain niveau d’investissement coordonné — cette impulsion d’ensemble, massive et simultanée, que Rosenstein-Rodan appelait le «big push», celle-là seule qui fait basculer une économie de son mauvais équilibre vers le bon (Murphy, Shleifer et Vishny) et lui permet d’échapper à la trappe où, sinon, elle s’enlise (Azariadis et Drazen) —, l’économie retombe inexorablement vers son équilibre bas, et chaque effort ultérieur est absorbé par la gravité du mauvais bassin d’attraction donc n’aura aucun effet.

La fenêtre, c’est précisément la durée pendant laquelle le seuil est franchissable. La manquer, ce n’est pas arriver en retard, c’est être condamné à un autre destin, où l’on consacrera désormais toute son énergie non plus à avancer, mais à ne pas sombrer.

La rente n’est pas la puissance

Il faut alors s’interroger sur ce que produit le mauvais chemin. Une trajectoire qui ne fabrique que ce qui peut être substitué ou contourné est une trajectoire sans souveraineté. Le pays qui ne vend au monde que des matières premières indifférenciées, détient une forme de levier, certes — mais le levier le plus fragile qui soit, car il existe toujours un autre gisement, un produit de remplacement, une route alternative. La véritable puissance ne réside pas dans la possession d’une ressource, mais dans la maîtrise d’un goulet d’étranglement enchâssé dans des capacités et des institutions que l’on ne peut ni copier ni délocaliser du jour au lendemain.

La rente brute s’évapore au premier choc de prix ou au premier embargo ; la capacité accumulée demeure. Se tromper de trajectoire, pour une nation riche en ressources, c’est confondre ces deux choses — prendre la rente pour de la puissance, et constater un matin qu’elle ne fixe plus rien, ni ses prix, ni ses lois, ni son avenir, suspendu1e au bon vouloir de marchés et de puissances pour qui elle n’est jamais qu’un levier.

Comment les décisions raisonnables fabriquent une catastrophe

Une nation ne se trompe pas d’avenir le jour où elle prend une mauvaise décision ; elle s’en détourne lorsque toutes ses décisions raisonnables cessent de composer une direction.

Alors pourquoi des nations dérivent-elles ainsi vers des destins que personne ne souhaitait ? Il y a deux coupables. Les uns désignent l’extérieur — l’héritage colonial, la détérioration des termes de l’échange, les conditionnalités des bailleurs, les règles que les puissances imposent aux autres après s’en être affranchies, le libre-échange prêché avec un protectionnisme pratiqué. Les autres désignent l’intérieur — la prédation des élites, la corruption, la faiblesse de l’État et la confiscation des institutions. Ces deux réponses sont vraies, et toutes deux insuffisantes, car elles supposent une volonté, un dessein, un responsable. Or la vérité est qu’on ne décide jamais de se tromper de trajectoire.

La bifurcation commence lorsqu’on reporte une réforme scolaire parce que ses résultats n’apparaîtront qu’après le prochain mandat ; on exporte la matière brute parce que la transformer exige une énergie, une logistique et des compétences qui n’existent pas encore ; on disperse l’investissement entre cent projets visibles plutôt que d’en concentrer les moyens sur dix transformations décisives. Chaque arbitrage paraît prudent. Leur accumulation organise pourtant l’impuissance.

Chaque ministère optimise son budget annuel, chaque gouvernement son horizon électoral, chaque programme d’ajustement son équilibre comptable, chaque rente son statu quo — et chacune de ces décisions est, prise isolément, défendable. C’est leur somme qui est une catastrophe. Les exemples sont nombreux, une banque parfaitement solvable peut être emportée en une journée. Il suffit que chaque déposant, voyant les autres affluer au guichet, juge prudent de retirer ses fonds avant eux. Chacun a raison — mieux vaut être le premier servi que le dernier ruiné. Mais comme tous ont raison en même temps, ils vident en quelques heures des coffres qui eussent tenu un siècle. Nul n’a fauté, c’est la somme des décisions sensées qui a provoqué la faillite.

L’horizon des incitations qui gouvernent les acteurs — cinq ans, un cycle budgétaire, une saison de financement — est désespérément plus court que la constante de temps de la transformation, qui se compte en décennies. Un système d’incitations bâti pour le court terme ne peut pas, même peuplé d’hommes intelligents et probes, valoriser le franchissement d’un seuil dont les bénéfices n’apparaîtront que dans vingt ans.

Il n’y a pas de méchant dans cette histoire. Il y a un système qui répond correctement à des incitations qui n’étaient pas à la mesure de l’enjeu. C’est une vérité que personne ne veut entendre, car si elle est juste, il n’y a personne à haïr, et les peuples ont besoin de haïr quelqu’un.

Les nations évaluent minutieusement leurs projets, mais presque jamais la direction dans laquelle leur addition les entraîne. Il leur faut donc des institutions qui contrôlent la dépense et des institutions qui interrogent la trajectoire future.

Le déplacement intellectuel qu’exige notre époque est donc de passer de la question «qui est coupable ?» à la question «quelles institutions peuvent donner au temps long le pouvoir de résister aux intérêts du présent ?».

Choisir sa route avant que la dérive ne la choisisse

Mais il manquerait encore l’essentiel, ce que l’économie ne sait pas produire : le courage et la vision.

Le courage politique consiste à agir lorsque le danger est encore contestable, lorsque les preuves sont incomplètes et lorsque le coût de l’anticipation est immédiat tandis que son bénéfice demeure invisible. L’environnement politique n’est jamais prêt. La frontière du développement exige la lucidité de suspendre ou modifier nos grilles de pensée – puisque le bon sens a prouvé partout ses limites.

Et la vision, ensuite. C’est ici que tant d’élites des nations émergentes ont failli. On sait dire ce que l’on perd ; on excelle dans le diagnostic négatif, dans l’inventaire de ce qui nous échappe. Mais on n’a jamais su offrir une vision positive — une image désirable de la destination, un avenir pour lequel il vaille la peine de consentir des années de privation. Or on ne mobilise pas un peuple par la peur du déclin. On ne lui demande pas d’endurer la dureté de la traversée au seul motif que «sinon, ce sera pire». Il faut lui montrer la rive. Faute de cette vision, le terrain reste libre pour les deux seules passions qui sont la résignation et le ressentiment.

Le développement n’est pas l’accumulation d’agrégats, c’est l’expansion des libertés réelles, l’élargissement de ce qu’un peuple peut être et faire. Voilà la destination qu’il faut savoir nommer — et qu’aucun tableau de bord ne nommera à notre place.

La bonne trajectoire n’est pas celle qui promet le plus fort taux de croissance l’année prochaine ; c’est celle qui accroît, décennie après décennie, ce que la nation sait produire, décider, financer, apprendre et défendre par elle-même.

Enfin, la fenêtre, pour bien des économies émergentes, est encore ouverte, leur démographie demeure favorable, les chaînes de valeur se recomposent, les ressources critiques sont de nouveau convoitées et le monde multipolaire rend aux pays longtemps périphériques une capacité de négociation. Mais cette conjoncture ne constitue pas encore un destin. Elle n’est qu’une possibilité.

Le verbe décisif n’est donc pas «rattraper». Rattraper suppose qu’il n’existe qu’une seule route, un seul modèle, une seule histoire déjà écrite par d’autres et que les nations retardataires n’auraient qu’à rejoindre. Le verbe décisif est «choisir», choisir les capacités que l’on veut faire naître, les dépendances que l’on refuse de léguer, les savoirs que l’on veut inscrire dans la durée, les souverainetés que l’on veut rendre possibles, et la place que l’on entend occuper dans l’architecture mouvante du monde.

Que ceux qui gouvernent songent alors à la marée. Elle ne consulte personne, n’attend aucune majorité, ne revient pas sous la même forme parce qu’un peuple l’a manquée. Elle soulève les barques quelques heures, puis se retire, laissant sur le sable ceux qui confondaient l’attente avec la prudence.

Il faut prendre la mer quand elle est haute, même froide, même incertaine, même dangereuse. Car l’histoire peut pardonner à une nation d’avoir avancé lentement ; elle pardonne rarement à ceux qui, voyant la fenêtre ouverte, auront préféré la sécurité trompeuse du rivage à l’audace d’un destin.

* Economiste, banquier et financier.

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Iran – Etats-Unis | La paix des puissants, les blessures des peuples

Le 19 juin 2026, à Genève, sera signé un accord qui mettra officiellement fin à la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Les chancelleries salueront l’événement. Les communiqués parleront de paix, de stabilité retrouvée, de victoire de la diplomatie. Mais il faut poser d’emblée la question que ces communiqués n’auront pas le courage de formuler : cette paix, pour qui ?

Abdelhamid Larguèche *

Comme tant de conflits du Proche-Orient avant elle, cette séquence de violence dont on annonce la fin proche ne se conclut pas par la justice, elle se clôt par l’épuisement des belligérants et le calcul froid des grandes puissances. Les armes se taisent avant que les douleurs ne s’apaisent. Et les peuples découvrent, une fois de plus, qu’ils n’étaient pas conviés à la table où leur destin fut négocié. C’est là le visage permanent de ce qu’il faut bien appeler : la paix des puissants.

Le protocole d’Islamabad, tel qu’il se dessine, articulera la sécurité du détroit d’Ormuz, une levée partielle des sanctions économiques contre l’Iran et une reprise des négociations nucléaires avec ce pays. Des médiations pakistanaises et qataries ont joué un rôle déterminant dans ce rapprochement. Mais l’essentiel n’est pas dans les clauses de cet accord, il est dans ce qu’il révèle : un ordre mondial en recomposition profonde, où l’hégémonie américaine n’est plus qu’une puissance parmi d’autres, et où les peuples de la région continuent de payer, de leur sang et de leur avenir, le prix de ces reconfigurations.  

La Chine et la fin de l’hégémonie occidentale 

Le premier vainqueur est l’Iran. Longtemps présenté comme isolé, étranglé par les sanctions et contraint à la défensive, Téhéran sort de cette séquence en position de force relative. La République islamique n’a pas seulement survécu, elle a imposé ses lignes rouges, en particulier sur le contrôle stratégique du détroit d’Ormuz. Ce n’est pas rien : c’est la consécration d’une puissance régionale que quarante ans de pression n’ont pas réussi à briser.

Derrière l’Iran se profile la vraie grande gagnante de ce tournant : la Chine. Sans tirer un seul coup de feu, Pékin récolte les dividendes d’une stratégie patiente construite sur deux décennies d’investissements en infrastructures, d’échanges énergétiques et de médiations discrètes.

Ce conflit l’illustre avec netteté : nous sommes entrés dans un monde où l’Occident ne dicte plus ses conditions, et où Pékin avance, méthodiquement, sans fracas, vers le centre de l’échiquier mondial.

Les États-Unis obtiennent une stabilisation régionale et la sécurisation des flux énergétiques. Mais il faut le dire clairement : Washington ne négocie plus en maître, il négocie en partenaire contraint. L’ère de l’hyperpuissance américaine, cette parenthèse d’après-guerre froide où l’Amérique imposait l’ordre du monde, est bel et bien refermée. Ce rétrécissement de l’influence américaine n’est pas une parenthèse : c’est une tendance de fond.  

L’état sioniste et les limites de la supériorité militaire

L’État sioniste présente un bilan en trompe-l’œil. Il dispose d’une supériorité militaire incontestable, mais les conflits successifs ont démontré une vérité que la force ne peut effacer : il n’existe pas de victoire militaire durable sans solution politique. Chaque opération remporte des batailles et perd la guerre de l’histoire. La domination par les armes ne produit pas la sécurité, elle fabrique des générations de résistance.

Pourtant, comme souvent dans l’histoire, les véritables perdants ne siègent pas dans les salles de négociation.

Le peuple palestinien est, une fois encore, le grand absent de cette paix, et sa principale victime. Depuis des décennies, il paye en sang et en exil le prix des équilibres géopolitiques que d’autres ont décidés en son nom.

Chaque accord régional, chaque cessez-le-feu négocié entre grandes puissances, repousse un peu plus la seule question qui ne disparaîtra pas : celle des droits nationaux et de la dignité d’un peuple privé d’État. Gaza, la Cisjordanie, les camps de réfugiés du Liban et de Jordanie, ces réalités-là ne s’effacent pas d’un traité. Elles attendent.  

Un peuple libanais meurtri

Le peuple libanais, lui aussi, sort du cycle de violences profondément meurtri. Le Liban est devenu, depuis trop longtemps, le terrain d’affrontement des ambitions des autres. Que l’on voie dans l’Iran un protecteur ou une tutelle étouffante, le constat demeure : le Liban ne maîtrise plus son propre destin. Il subit des guerres qu’il n’a pas choisies, sur un territoire que d’autres ont transformé en champ de bataille par procuration. C’est là l’une des grandes injustices de cet ordre régional : les petits pays absorbent les conflits des grands.

L’histoire du Moyen-Orient enseigne une leçon que nul ne devrait oublier : les grands arrangements entre puissances se concluent invariablement sur les ruines des peuples. Des Accords Sykes-Picot aux guerres contemporaines, les frontières et les équilibres ont été redessinés depuis les capitales lointaines avant d’être vécus dans la chair des sociétés locales.

Si cet accord se confirme, ce qui semble être le cas, il ne signifiera pas seulement la fin d’une guerre. Il marquera l’entrée officielle dans un nouvel âge géopolitique : monde multipolaire, puissances en recomposition, Occident contraint à la négociation. Mais pour les peuples du Proche-Orient, palestinien, libanais, irakien, syrien, yéménite, ce changement d’ère ne changera rien tant que les grandes puissances continueront de traiter leur sort comme une variable d’ajustement. La véritable question n’est pas de savoir qui gouvernera l’ordre mondial de demain. Elle est de savoir si cet ordre nouveau aura enfin le courage de faire de la dignité des peuples autre chose qu’une clause oubliée dans un accord de chancellerie.  

* Historien.

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