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Le tabac cause 13 000 morts par an en Tunisie

Le tabagisme est responsable de plus de 13 200 décès par an en Tunisie, soit près d’un décès sur cinq au niveau national. Environ la moitié des décès liés au tabac surviennent chez les moins de 70 ans.

Ce constat alarmant a été dressé à Tunis par des médecins et des experts tunisiens, algériens et libyens, réunis pour la première édition du forum «Tabagisme au Maghreb : débats sur un défi commun», organisé par la plateforme tunisienne Med.tn. Au cœur des discussions : la nécessité d’élaborer une réponse régionale à cette addiction qui, selon les spécialistes, reste très répandue dans les pays du Maghreb, touchant particulièrement la population masculine et de plus en plus les adolescents et les jeunes adultes dès leur plus jeune âge.

En Tunisie, le cardiologue Dhaker Lahidheb a souligné, dans une déclaration à Diwan FM, que près d’un homme adulte sur deux fume, soulignant que plus de la moitié des patients souffrant d’infarctus aigus dans le pays sont des fumeurs, insistant sur l’impact du tabac sur les maladies cardiovasculaires et la nécessité d’élargir l’accès aux programmes de sevrage tabagique, notamment aux substituts nicotiniques tels que les patchs et les gommes à mâcher.

Les données présentées lors du forum sont conformes au modèle d’investissement pour la lutte antitabac élaboré par le ministère tunisien de la Santé en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) et le Secrétariat de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac.

Selon une étude publiée en 2021 à partir des données disponibles, le tabac est responsable de plus de 13 200 décès par an en Tunisie, dont 49 % surviennent avant l’âge de 70 ans, tandis que 18 % des décès sont liés au tabagisme passif.

Un coût économique important

Le coût économique estimé pour la seule année 2019 s’élevait à environ deux milliards de dinars tunisiens (600 millions d’euros), soit 1,8 % du produit intérieur brut : 146 millions de dinars pour les dépenses de santé et environ 1,9 milliard de dinars pour les pertes de productivité dues aux décès prématurés, aux maladies et aux arrêts de travail.

Au cours du forum, l’épidémiologiste algérienne Souad Bouaoud a insisté sur la prévention, soulignant la priorité d’empêcher les mineurs de fumer leur première cigarette. Parmi les outils suggérés figuraient un renforcement de l’application des réglementations existantes, une taxation plus dissuasive et des contrôles plus efficaces sur la vente de produits contenant de la nicotine aux jeunes.

Le pneumologue libyen Hachem Belkhir a proposé la création d’une association maghrébine spécialisée dans la lutte contre le tabagisme, chargée d’élaborer des stratégies communes entre les pays de la région et de promouvoir la coordination en matière de collecte de données, de prévention et de recherche.

Selon Diwan FM, M. Belkhir a également évoqué la possibilité d’utiliser des outils d’analyse avancés, notamment l’intelligence artificielle, pour élaborer des politiques plus ciblées.

La discussion a également abordé la question des produits alternatifs aux cigarettes traditionnelles, notamment les cigarettes électroniques. Certains intervenants ont préconisé d’explorer des approches de réduction des risques pour les fumeurs adultes incapables d’arrêter de fumer. D’autres ont appelé à la prudence, soulignant que les données sur les effets à long terme des nouveaux produits restent incomplètes. L’OMS considère les cigarettes électroniques et les dispositifs à base de nicotine comme nocifs pour la santé et non sans risques, notamment pour les adolescents et les jeunes adultes.

Les experts ont enfin mis en avant la coopération entre la Tunisie, l’Algérie et la Libye comme un outil indispensable pour lutter contre ce phénomène qui dépasse les frontières nationales : campagnes coordonnées, échange de données sanitaires, renforcement du soutien aux services d’aide à l’arrêt du tabac et politiques fiscales permettant de limiter le recours aux circuits parallèles et à la contrefaçon.

Selon le modèle OMS-Pnud, une mise en œuvre renforcée des mesures prévues par la Convention-cadre pour la lutte antitabac pourrait prévenir plus de 55 500 décès en Tunisie au cours des quinze prochaines années et générer des bénéfices économiques estimés à 5,7 milliards de dinars (1,7 million d’euros).

I. B.

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Cigarette à 10 ans, chicha en famille : le Maghreb face à son « tsunami » tabagique

« Si un patient arrive jusqu’à nous, c’est que la prévention a déjà échoué. » Ce constat cinglant, signé d’un cardiologue tunisien, résume l’état de sidération des médecins réunis le 2 juin à Tunis par la   plateforme de santé numérique et le premier réseau médical professionnel en ligne en Tunisie med.tn.

Face à des données qui donnent le vertige – jeunes fumeurs toujours plus précoces, tabagisme passif banalisé, trafic transfrontalier explosif – des médecins  algériens, tunisiens et libyens ont acté une vérité crue. Mais au cœur du désastre, ils ont aussi posé les premières pierres d’une feuille de route commune. Et si le Maghreb relevait enfin le défi ? Les chiffres présentés sont sans équivoque. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le tabac est responsable de plus de trente maladies distinctes. Le Maghreb se trouve en première ligne d’une épidémie qui progresse là où les systèmes de santé sont les plus fragiles.

Dix ans, une cigarette, et déjà prisonnier

En Algérie, les données de la Professeure Souad Bouaoud, épidémiologiste, révèlent qu’un quart des élèves âgés de 11 à 19 ans sont fumeurs. L’âge de la première cigarette est souvent inférieur à dix ans en milieu scolaire. Dans l’enseignement supérieur, la proportion de fumeurs atteint 9 %, avec une forte surreprésentation masculine. En milieu industriel, 26 % des travailleurs sont concernés. Dans le secteur de la santé lui-même, 18 % du personnel soignant fume, un signal préoccupant pour la crédibilité des messages de prévention.

Un biais de déclaration significatif complique l’image réelle de la situation : dans des sociétés où le tabagisme féminin reste socialement stigmatisé, de nombreuses femmes ne déclarent pas leur consommation. La prévalence réelle est donc probablement sous-estimée dans les trois pays. En Libye, le docteur Hssan Mosrati, pneumologue, a précisé que les données disponibles font défaut en raison de l’instabilité politique, mais que la situation y est vraisemblablement comparable à celle de la Tunisie et de l’Algérie, d’autant que la dispersion des responsabilités et l’absence de coordination aggravent la lutte.

Le docteur Dhaker Lahidheb, cardiologue tunisien, a replacé ces statistiques dans une perspective systémique. « Si un patient arrive jusqu’au cardiologue ou au pneumologue, c’est que la prévention a déjà échoué. C’est un échec de tout le système », a-t-il rappelé en citant l’exemple des pays australien, néo-zélandais et scandinaves, qui ont réussi, grâce à des politiques volontaristes, à amorcer une transition épidémiologique que le Maghreb tarde à engager.

L’un des constats les plus frappants porte sur l’asymétrie croissante entre l’industrie tabatière et les systèmes de prévention car les compagnies tabatières ont déjà intégré l’intelligence artificielle dans leurs campagnes de marketing, avant même que les programmes de santé publique n’aient commencé à en explorer les possibilités. Cette avance stratégique impose une réaction urgente.

Enjeux scientifiques, sanitaires et sociétaux : dépasser le « copier-coller » occidental

La professeure Meriem Abdoun, épidémiologiste algérienne, a mis en garde contre la transposition mécanique de modèles étrangers : les cultures, les structures sociales et les situations économiques du Maghreb sont trop spécifiques. L’objectif n’est pas de copier, mais de construire une stratégie adaptée à la réalité locale. Sur le plan clinique, le docteur Hachem Bilkhir, pneumologue libyen, a introduit un changement de paradigme : « Notre ennemi principal n’est pas la nicotine. Nous ne combattons pas le fumeur, mais la combustion. » Ce déplacement conceptuel a des implications pratiques considérables : ce qui cause cancers, pathologies respiratoires et maladies cardiovasculaires, ce sont les quelque 7 000 substances toxiques produites par la combustion à haute température, et non la nicotine elle-même. Abaisser la température de combustion réduit mécaniquement le nombre de substances nocives. Bien que l’arrêt complet reste l’objectif, le docteur Bilkhir a plaidé pour un continuum de soins à trois niveaux : interdiction totale aux mineurs, aide au sevrage complet, et accès contrôlé à des produits à combustion réduite pour les patients qui, malgré l’accompagnement, continuent de fumer. Il a cependant rappelé avec fermeté qu’il n’existe pas de produit « zéro risque ».

Le docteur Habib Jaafoura, médecin ORL tunisien, a apporté une nuance importante : si, théoriquement, les cigarettes chauffées ou électroniques apparaissent moins nocives, leur évaluation clinique réelle nécessitera encore vingt à trente ans d’observation. Ce débat illustre la difficulté centrale des politiques publiques : arbitrer entre la rigueur scientifique, qui impose des temporalités longues, et l’urgence clinique, qui confronte les médecins à l’absence de solutions intermédiaires.

Une personne exposée à la fumée d’un voisin fumeur inhale l’équivalent de quatre à cinq cigarettes par paquet. Pour la chicha, le volume atteint celui de dix à quinze cigarettes par séance. Dans les sociétés maghrébines, où il n’est pas rare de fumer en présence d’enfants, les femmes et les enfants se trouvent exposés sans avoir jamais choisi de consommer du tabac. Comme l’a déploré le docteur Bilkhir, la culture a partiellement évolué, mais insuffisamment, et les interdictions légales dans les lieux publics sont rarement appliquées.

La bataille est aussi celle du sens et de l’image. Dans ce contexte,  le docteur Jaafoura a proposé un levier original : le travail sur l’image sociale du fumeur. Les pays qui ont le mieux réussi à réduire le tabagisme ont transformé la représentation culturelle de la cigarette. Une courte vidéo virale sur TikTok ou Instagram, où un jeune écrase sa cigarette avec mépris, peut toucher des centaines de milliers  d’adolescents en une journée et modifier durablement les normes sociales. Cette approche, qui consiste à mobiliser les influenceurs numériques, représente une voie rapide et peu coûteuse que le Maghreb n’a pas encore exploitée.

 Même prix, mêmes lois, même combat

La question fiscale a occupé une place centrale. Les disparités de prix entre pays alimentent un trafic transfrontalier qui annule les effets des hausses de prix nationales. Le docteur Lahidheb a posé le diagnostic avec précision : « Si on augmente les prix dans une zone et pas dans les autres, on n’a rien fait. La stratégie doit être unifiée. » Une harmonisation fiscale maghrébine, accompagnée d’une affectation d’une partie des recettes à la prévention et aux soins du cancer, constitue donc une priorité. La professeure Bouaoud a indiqué qu’en Algérie, des taxes spécifiques ont été instaurées, mais que leur impact reste limité tant qu’elles ne s’inscrivent pas dans une logique régionale coordonnée.

L’application effective des lois existantes représente un deuxième chantier urgent. En Algérie, la convention-cadre de l’OMS a été signée et ratifiée, et la législation nationale interdit explicitement la vente de tabac aux mineurs ainsi que le tabagisme dans les lieux publics. Pourtant, comme l’a relevé la professeure Bouaoud, la loi n’est pas appliquée : des enfants de 12 ans peuvent acheter des cigarettes à l’unité, et les interdictions de fumer restent lettre morte faute de mécanismes de contrôle et de sanction effectifs.

La prévention en milieu scolaire dès l’âge de dix à onze ans a fait l’objet d’un consensus fort. Le docteur Lahidheb a formulé une stratégie provocatrice mais lucide : comprendre les méthodes de ciblage des jeunes utilisées par l’industrie tabatière pour les retourner au service de la prévention. Cette approche suppose de recruter des professionnels du marketing, de mobiliser les réseaux sociaux et de construire des messages adaptés aux adolescents de 13 à 15 ans, là même où se joue la fenêtre d’initiation au tabac. Le développement de centres d’aide à l’arrêt du tabac constitue un troisième axe indispensable. La professeure Bouaoud a rappelé que plus de 95 % des fumeurs savent que le tabac est nocif, mais plus de 90 % déclarent ne pas savoir comment arrêter. La prévention ne consiste donc plus à répéter que le tabac tue, mais à donner aux fumeurs les moyens concrets de cesser. En Algérie, 53 unités d’aide à l’arrêt ont été créées, mais seules trois fonctionnent réellement. Parallèlement, le docteur Lahidheb a insisté sur la gratuité des substituts nicotiniques dans ces unités.

 

 

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Tabagisme en Tunisie : plus de la moitié des infarctus et 20 % des décès liés à la cigarette

Plus de la moitié des infarctus du myocarde en Tunisie sont causés par le tabagisme. C’est ce qu’a déclaré le Dr Dhaker Lahidheb, spécialiste en cardiologie et médecine vasculaire. Il s’exprimait ainsi  lors d’une conférence de presse organisée par la plateforme médicale med.tn, sur le thème : « Le tabagisme au Maghreb : débats autour d’un défi commun ».

Le médecin a ajouté que 20 % des décès en Tunisie sont liés au tabac. Il a également mis en garde contre le ciblage des jeunes âgés de 13 à 15 ans, ainsi que contre les alternatives au tabac traditionnel, qu’il a affirmé n’être pas sûres.

Par ailleurs, le Dr Lahidheb a expliqué que 90 % des fumeurs tunisiens connaissent très bien la gravité de ce fléau et souhaitent arrêter de fumer. Il a appelé, dans ce cadre, à généraliser les centres gratuits d’aide à l’arrêt du tabac et à interdire l’importation des alternatives au tabac non sécurisées. Enfin, il a rappelé qu’en Tunisie, un homme sur deux fume. Tandis que la proportion de femmes fumeuses s’élève à environ 2 %.

Nous reviendrons sur cet événement pour une couverture plus générale.

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