À l’occasion de la Journée nationale et internationale de l’environnement, célébrée cette année sous le thème « Green Waves : Small Actions, Big Impacts », le directeur général de l’Agence nationale de protection de l’environnement (ANPE), Mohamed Naceur Jeljeli, a plaidé pour un changement profond des comportements afin d’accompagner les investissements engagés dans la transition écologique.
Un chiffre a particulièrement retenu l’attention : la Tunisie a mobilisé près de 5,6 milliards de dinars d’investissements dans les secteurs liés à l’environnement en une seule année. Un montant qui englobe notamment les énergies renouvelables, l’agriculture durable, le tourisme écologique, les stations d’épuration, les décharges contrôlées et l’ensemble des activités relevant de l’économie verte.
« C’est un chiffre important », a souligné Mohamed Naceur Jeljeli, rappelant que l’environnement constitue aujourd’hui un véritable levier de développement économique et non plus seulement une question de protection des ressources naturelles.
Sur le plan international, la Tunisie occupe également une position « honorable » dans le classement relatif à la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD), se situant autour de la 66e place sur 167 pays.
Pour autant, le responsable estime que ces performances demeurent insuffisamment perceptibles pour les citoyens. Selon lui, un décalage persiste entre les indicateurs et la réalité vécue au quotidien. « Lorsque le citoyen voit des déchets dans la rue ou sur les plages, il lui est difficile de percevoir les progrès reflétés par les rapports internationaux », a-t-il expliqué.
Face à ce constat, l’ANPE entend placer l’être humain au cœur de son action. Si les infrastructures et les réglementations demeurent indispensables, elles ne sauraient à elles seules garantir le succès de la transition écologique.
« On peut investir des centaines de millions de dinars dans les stations de traitement et de valorisation des déchets. Mais si les déchets ne sont pas triés à la source, les coûts augmentent et les projets risquent d’échouer », a averti le directeur général.
L’Agence mise ainsi sur l’éducation, la culture environnementale et la sensibilisation comme leviers prioritaires. Plusieurs initiatives citoyennes, portées par des élèves, des associations, des maisons de jeunes, des établissements éducatifs et des collectivités locales, ont été mises à l’honneur lors de cette manifestation.
En conclusion, Mohamed Naceur Jeljeli a résumé sa vision en une formule : « Il est impossible de construire une économie verte avec des mentalités qui ne le sont pas. Les équipements peuvent nettoyer les plages, mais seule la conscience citoyenne peut empêcher qu’elles soient polluées. »
Les perspectives économiques mondiales dépendent de la durée de la guerre au Moyen-Orient. Une récession dans certains pays et une forte hausse de l’inflation étant possibles si le conflit se poursuit l’année prochaine. C’est l’avertissement lancé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Si le conflit s’avère de courte durée, la production de pétrole et de gaz du Golfe pourrait progressivement revenir à ses niveaux d’avant-guerre d’ici le troisième trimestre. Les pénuries étant limitées à l’Asie et atténuées par les réserves stratégiques et les livraisons d’autres producteurs, estime l’OCDE.
Dans ce scénario de référence, la croissance mondiale devrait ralentir, passant de 3,4 % en 2025 à 2,8 % en 2026. Et ce, avant de remonter à 3,1 % en 2027. Ce qui correspond globalement aux prévisions de l’OCDE. Toutefois, si la crise énergétique se prolongeait l’année prochaine, la croissance mondiale pourrait ralentir fortement pour atteindre 2,1 % en 2026 et 1,8 % en 2027. Soit des taux rarement observés en dehors de crises majeures telles que la crise financière de 2008-2009 et la pandémie de COVID-19.
Certaines économies pourraient alors sombrer dans une récession complète. Les pays asiatiques dépendants des approvisionnements énergétiques du Moyen-Orient étant susceptibles d’être les plus durement touchés.
En outre, la hausse des prix de l’énergie pourrait ajouter 0,4 point de pourcentage à l’inflation mondiale en 2026 et 1,3 point de pourcentage en 2027. Ce qui inciterait les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt de 0,5 à 0,75 point de pourcentage à court terme.
De plus, la croissance du commerce mondial devrait se modérer après une année 2025 dynamique. Même si une forte demande de biens et d’investissements liés à l’IA, notamment en Asie, devrait apporter un certain soutien.
Dans le scénario de référence, la hausse des exportations d’énergie devrait soutenir la croissance américaine. Ce qui compensera partiellement l’impact négatif de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat des ménages. La croissance devrait ralentir, passant de 2,1 % en 2025 à 2,0 % en 2026 et à 1,8 % en 2027.
Pour sa part, la croissance de la zone euro devrait ralentir, passant de 1,4 % à 0,8 % cette année; avant de repartir à 1,2 % l’année prochaine. Et ce, grâce à la résilience du marché du travail et à l’augmentation des dépenses de défense qui atténuent quelque peu l’impact de la crise.
En Grande-Bretagne, la croissance devrait ralentir à 0,9 % cette année, avant de rebondir à 1,1 % en 2027, à mesure que le commerce mondial se stabilise et que les conditions financières s’améliorent.
En Chine, la croissance devrait ralentir, passant de 5,0 % en 2025 à 4,5 % en 2026 et 4,3 % en 2027, grâce à d’importantes réserves énergétiques qui limitent son exposition aux fluctuations du prix du pétrole. Les exportations devraient bénéficier de la baisse des droits de douane américains et d’un secteur technologique compétitif. Même si la crise immobilière continue de peser sur les résultats.
Au final, le Japon devrait figurer parmi les pays les plus durement touchés par les perturbations commerciales liées au conflit du Golfe. Et ce, avec une croissance qui ralentirait de 1,1 % en 2025 à 0,6 % en 2026; avant de se redresser à 0,8 % en 2027.
En marge des Réunions de printemps du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, tenues du 13 au 18 avril à Washington, le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fethi Zouhaier Nouri, a enchaîné les réunions avec des responsables financiers, des homologues régionaux et des investisseurs internationaux. Objectif affiché : renforcer la coopération, valoriser les fondamentaux économiques du pays et attirer de nouveaux financements.
Coopération régionale et défis économiques partagés
Au cœur de ces échanges figure une rencontre avec Fahad Al-Turki, à la tête du Fonds monétaire arabe. Les discussions ont porté sur les perspectives économiques régionales, notamment pour les pays arabes non producteurs d’énergie, confrontés à des vulnérabilités accrues face aux chocs extérieurs.
Le gouverneur de la BCT a insisté sur la nécessité de développer des instruments innovants capables de renforcer la résilience économique et d’accompagner les transformations en cours. Une approche jugée essentielle dans un environnement international instable.
Rapprochement avec la Libye et l’Algérie
Sur le plan régional, Fethi Zouhaier Nouri s’est entretenu avec ses homologues de la Banque centrale de Libye et de la Banque d’Algérie, dont Mohamed Lamine Lebbou.
Avec la partie libyenne, les discussions ont porté sur le renforcement du partenariat technique et financier, notamment à travers la modernisation des systèmes de paiement et des infrastructures numériques. Les deux institutions ont exprimé leur volonté de faciliter les échanges commerciaux et de consolider l’intégration économique bilatérale.
Les échanges avec la Banque d’Algérie ont, quant à eux, permis de réaffirmer une volonté commune d’intensifier la coopération, à travers des visites mutuelles et l’identification de nouveaux axes de collaboration.
Séduire les investisseurs et promouvoir les atouts tunisiens
Le gouverneur de la BCT a également rencontré plusieurs investisseurs institutionnels internationaux. Ces échanges ont servi de vitrine pour présenter les perspectives de l’économie tunisienne et ses fondamentaux macroéconomiques.
Face aux inquiétudes liées au contexte économique, il a mis en avant la résilience du pays et les efforts engagés pour préserver la stabilité financière. Il a également souligné les opportunités d’investissement, notamment via les instruments de financement souverains sur les marchés internationaux.
Selon la BCT, ces investisseurs ont manifesté un intérêt pour la Tunisie, se disant prêts à accompagner le financement de l’économie nationale.
Des relations prudentes avec le FMI
Cette participation intervient dans un contexte particulier, marqué par des relations prudentes entre la Tunisie et le FMI. Depuis 2022, les discussions autour d’un nouveau programme de financement restent bloquées, en raison de divergences sur plusieurs réformes sensibles, notamment celles liées aux entreprises publiques, à la masse salariale et aux subventions.
Dans ce cadre, la présence tunisienne à Washington s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenariats et de recherche de solutions alternatives pour soutenir l’économie nationale, dans un environnement financier international de plus en plus exigeant.
La Tunisie sera représentée à haut niveau aux réunions de printemps 2026 du FMI et de la Banque mondiale, prévues du 13 au 18 avril à Washington. Le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Fathi Zouhair Nouri, et le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, y sont attendus à partir du 14 avril, dans un contexte où Tunis cherche à préserver ses marges avec le FMI tout en consolidant son partenariat actif avec la Banque mondiale.
Une séquence diplomatique et financière très observée
La participation du gouverneur de la BCT s’inscrit dans son rôle de membre du Conseil des gouverneurs du FMI, avec à l’agenda plusieurs consultations bilatérales avec la direction du Fonds, des gouverneurs de banques centrales de la région MENA ainsi que des bailleurs internationaux.
De son côté, le ministre de l’Économie représentera l’État tunisien au sein du Conseil des gouverneurs de la Banque mondiale, avec une série de rencontres destinées à présenter l’état d’avancement des réformes économiques, sociales et de développement engagées par le pays.
Au-delà du protocole, cette visite constitue une fenêtre stratégique pour rassurer les partenaires financiers internationaux sur la trajectoire tunisienne, notamment dans les dossiers liés à l’investissement, à l’emploi et à la résilience économique.
FMI : un dialogue gelé, mais un canal politique maintenu
Cette présence à Washington intervient alors que les relations entre Tunis et le FMI restent suspendues depuis 2022, après le refus tunisien de certaines conditions liées à la réforme des subventions énergétiques et des entreprises publiques, malgré l’accord technique conclu à l’époque sur un prêt de 1,9 milliard de dollars.
Le déplacement ne signifie pas automatiquement une relance formelle du programme, mais il permet à la Tunisie de maintenir un canal de discussion politique et institutionnel, dans un contexte mondial marqué par des tensions financières persistantes et un accès plus coûteux aux financements.
Banque mondiale : l’eau et l’emploi rural au cœur des échanges
Le véritable levier tunisien à Washington pourrait toutefois venir du partenariat avec la Banque mondiale, qui reste dynamique.
Quelques jours avant ces réunions, l’institution a validé deux financements totalisant 332,5 millions de dollars, soit près de 971 millions de dinars, consacrés à l’eau potable, à la modernisation de l’irrigation et à la création d’emplois dans les zones rurales.
Ces projets constituent la première étape du programme de sécurité hydrique et de résilience, un thème qui sera justement au centre des Spring Meetings 2026, organisées sous le slogan « Créer de la prospérité grâce aux politiques publiques ».
La Tunisie franchit une nouvelle étape dans la lutte contre le stress hydrique. Le Conseil des administrateurs du Banque mondiale a approuvé un financement de 332,5 millions de dollars, soit près de 971 millions de dinars, destiné à deux projets structurants pour l’eau potable et l’irrigation.
Cette enveloppe constitue la première phase d’un programme global de 700 millions de dollars sur dix ans, pensé pour renforcer durablement la résilience du pays face à la raréfaction de la ressource et aux effets du changement climatique.
Irrigation : quatre gouvernorats ciblés pour relancer la productivité agricole
Le premier volet, doté de 124 millions de dollars, est consacré à la résilience et à la valorisation de l’eau d’irrigation. Il vise la réhabilitation d’infrastructures stratégiques dans les gouvernorats de Jendouba, Béja, Bizerte et Siliana, avec pour objectif d’améliorer les performances des réseaux publics irrigués et d’augmenter les rendements agricoles.
Le projet prévoit également le renforcement des capacités de gestion des structures régionales agricoles et des groupements d’usagers de l’eau, ainsi qu’un accompagnement des agriculteurs vers des technologies climato-intelligentes et des filières à plus forte valeur ajoutée.
Au total, près de 13.000 agriculteurs devraient bénéficier directement ou indirectement de ce programme, tandis que le chantier devrait générer 3400 emplois permanents et environ 7000 postes temporaires, notamment dans la construction.
Eau potable : Zarat, compteurs intelligents et réseaux modernisés
Le second projet, plus important avec 208,5 millions de dollars, cible la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable et le renforcement des performances de la SONEDE.
Au cœur du dispositif figure l’extension de l’usine de dessalement de Zarat à Gabès, dont la capacité passera de 50.000 à 100.000 m³ par jour. Cette montée en puissance doit garantir une desserte plus fiable pour les populations de Gabès, Médenine et Tataouine.
Le projet comprend aussi le déploiement de 100.000 compteurs intelligents, la réhabilitation des réseaux à Sfax, Tozeur et Kébili, ainsi qu’une modernisation organisationnelle de la société nationale afin de réduire les pertes d’eau et améliorer la qualité du service.
Selon les estimations, 2,3 millions de personnes profiteront d’une distribution plus stable et durable, dont 224.000 habitants bénéficiant d’une alimentation continue et 440.000 autres d’une meilleure qualité d’eau. Ce chantier devrait également créer 600 emplois permanents et près de 6000 emplois temporaires.
Un programme sur dix ans avec l’assainissement comme prochaine étape
Pensé sous forme de programme multi-phases, ce partenariat entre la Tunisie et la Banque mondiale repose sur une stratégie progressive : diversification des ressources, modernisation des opérateurs et généralisation des solutions éprouvées.
Après cette première étape centrée sur l’eau potable et l’agriculture irriguée, la prochaine phase devrait placer l’ONAS au premier plan, avec un accent particulier sur l’assainissement, le traitement et la réutilisation des eaux usées.
Pour Alexandre Arrobbio, responsable des opérations de la Banque mondiale en Tunisie, cet engagement traduit la volonté du Groupe – y compris Société financière internationale et Agence multilatérale de garantie des investissements – d’accompagner le secteur de l’eau tunisien sur le long terme, dans une logique de sécurité hydrique globale et durable.
La Tunisie va bénéficier d’un financement supplémentaire de 90 millions de dollars de la Banque mondiale pour renforcer ses aides sociales. Cette enveloppe pourrait concerner près de 900 000 familles, dans un contexte marqué par une pression persistante sur le pouvoir d’achat.
Concrètement, ce financement devrait permettre d’élargir le nombre de bénéficiaires des aides sociales et de renforcer les montants versés aux familles les plus vulnérables. Pour près de 900 000 ménages, cela pourrait se traduire par un soutien plus régulier face à la hausse des prix et aux dépenses essentielles.
Ce nouvel appui s’inscrit dans la continuité d’un programme plus large, estimé à près de 700 millions de dollars sur cinq ans, qui a permis d’étendre significativement les aides sociales dans le pays.
Ce financement intervient après une séquence marquée, début février, par une multiplication des réunions entre la Banque mondiale et plusieurs ministères tunisiens, sans annonces chiffrées à l’époque.
Selon la Banque mondiale, ce dispositif a déjà bénéficié à plus de 895 000 familles à travers des transferts monétaires exceptionnels, tout en élargissant le programme « Amen Social » à plus de 386 000 ménages. Des allocations familiales ont également été accordées à plus de 150 000 enfants de moins de cinq ans.
Un élargissement ciblé vers les jeunes et les personnes vulnérables
Le nouveau financement vise à prolonger cette dynamique, avec une extension des allocations familiales à environ 450 000 enfants âgés de 6 à 18 ans issus de familles à faibles revenus. L’objectif affiché est de limiter le décrochage scolaire et d’améliorer l’accès à l’éducation.
Le programme prévoit également la création d’un fonds national dédié aux personnes en situation de handicap, destiné à soutenir leur inclusion sociale et économique.
Parallèlement, des initiatives d’insertion économique seront mises en place afin de favoriser l’autonomie des bénéficiaires, en combinant activités indépendantes et intégration progressive dans le marché du travail.
Une réforme structurelle du système social en toile de fond
Au-delà de l’aide directe, ce financement s’inscrit dans une transformation plus profonde du système de protection sociale tunisien. Les réformes engagées portent notamment sur la mise en place d’un registre social unifié, la digitalisation des paiements et l’amélioration du ciblage des bénéficiaires.
L’objectif est de passer d’un système fragmenté à un dispositif plus cohérent, fondé sur des données fiables et une meilleure coordination entre les différents programmes.
Si l’élargissement des aides marque une étape importante, des défis persistent, notamment en matière de ciblage, d’inclusion des populations les plus isolées et de soutenabilité financière.
Derrière cette nouvelle enveloppe de 90 millions de dollars se dessine ainsi une évolution plus large : celle d’un modèle social en mutation, appelé à gagner en efficacité mais encore confronté à des équilibres fragiles.
Quand une IA se trompe en identifiant un ravageur chez un petit exploitant, il n’existe pas de « bouton annuler ». Une recommandation erronée, si elle n’est pas validée selon les conditions locales ou corrigée à temps, peut priver l’agriculteur de la totalité des revenus saisonniers et, dans certains cas, mettre en péril les réserves alimentaires d’une famille. C’est ce qui ressort de l’etude faite par la Banque mondiale.
Toujours selon cette étude, l’IA réduit fortement le coût de l’expertise agronomique. Diagnostiquer une infestation, estimer des rendements ou évaluer la qualité des récoltes sont des tâches autrefois réservées à des spécialistes coûteux que l’IA rend plus accessibles. Mais une intelligence moins chère ne signifie pas une adoption plus aisée : elle augmente la valeur du facteur humain, les personnes qui valident, adaptent et expliquent les recommandations de l’IA tout au long du cycle culturale.
Le fossé entre solutions technologiques et adoption est immense. Une étude de PwC et de la Fédération des chambres de commerce et d’industrie indiennes montre que, malgré 3 000 entreprises d’AgriTech en Inde, leurs services ne touchent que 15 millions des 146 millions d’agriculteurs ; le secteur capte à peine 1% d’un marché potentiel de 24 milliards de dollars. Le frein principal n’est pas la technologie elle‑même, mais la capacité de distribution, autrement dit, les emplois et compétences nécessaires pour transformer ces outils en services réels.
Ces solutions créent des métiers souvent méconnus, situés entre la plateforme et l’exploitation : intermédiaires de confiance pour le dernier kilomètre ; techniciens pour maintenir les équipements ; agronomes « bilingues » qui interprètent et corrigent les conseils numériques ; responsables de la gouvernance des données veillant à qualité, consentement et traçabilité. Il ne s’agit pas de compétences numériques génériques, mais de fonctions précises assorties d’indicateurs mesurables (fiabilité du service, nombre de transactions, disponibilité des équipements). C’est cette précision qui rend l’investissement rentable.
Avant d’adopter une technologie, les agriculteurs posent cinq questions essentielles : fonctionnera‑t‑elle cette semaine sur ma culture ? Qui interviendra en cas de problème et qui paiera ? Que faire aujourd’hui ? Est‑elle adaptée à mon microclimat et à mes pratiques ? Quelqu’un peut‑il me l’expliquer dans ma langue ? Ces préoccupations soulignent que la confiance dépend principalement des compétences humaines.
La priorité n’est donc pas seulement la formation, mais d’abord l’identification du vrai blocage dans le système : manque d’un métier clef, problème de coordination, ou lacune institutionnelle qu’aucune formation ne résoudra seule. Quand toutes les fonctions sont en place et soutenues par une architecture institutionnelle adéquate, la technologie peut tenir ses promesses ; sinon, elle restera expérimentale.
Un cercle vertueux est possible : l’AgriTech crée des métiers et des revenus qui rendent rentables les formations, tandis que les plateformes fournissent aux systèmes de formation des signaux de demande concrets (profils, employeurs, indicateurs de performance). Deux exemples indiens illustrent ce mécanisme : le programme Namo Drone Didi, qui lie drones, formation et maintenance au sein de groupes féminins pour créer des services communautaires de pulvérisation, et le projet NAHEP, qui modernise les universités agricoles et aligne les cursus sur les besoins du secteur (IA, agriculture de précision, analyse de données).
En conclusion, à l’ère de l’IA, le succès se mesure aux gains réels en productivité, sécurité et rentabilité pour l’agriculture, et à la création d’emplois qualifiés en milieu rural. Des initiatives ambitieuses comme AgriConnect (Groupe de la Banque mondiale), qui vise à aider 300 millions de petits exploitants d’ici 2030, soulignent que le déploiement à grande échelle dépendra de notre capacité à considérer les compétences professionnelles comme une infrastructure fondamentale, et non comme une simple question accessoire.
La guerre pourrait se terminer avec un Iran plus confiant, plus radical et disposant de nouvelles ressources pour reconstruire son programme nucléaire
Gideon Rachman *
«La pire chose que vous puissiez faire dans une négociation est d’avoir l’air désespéré de la conclure. Ça donne à l’autre l’impression de sentir le sang, et alors vous êtes mort. La meilleure chose à faire est de négocier en position de force, et la capacité de pression est la plus grande force que vous puissiez avoir.»
Tel était le principe énoncé par Donald Trump (ou son prête-plume) dans «The Art of the Deal», publié en 1987 [en français Le plaisir des affaires, puis Trump par Trump].
Trump aurait peut-être dû relire son propre livre avant de poster le 5 avril : «Ouvrez ce putain de détroit, bande de fous furieux, sinon vous vivrez en enfer.» Aux yeux d’un observateur non averti, cette exigence semblait un tantinet désespérée – d’autant que Trump n’a pas donné suite à ses menaces de déchaîner une violence infernale contre l’Iran.
L’Iran dans une position plus forte qu’avant la guerre.
La triste réalité est que, dans les pourparlers pour mettre fin à la guerre, c’est Téhéran qui a eu la haute main. La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran a exercé une pression intense sur l’économie mondiale. Alors que les prix de l’essence augmentaient aux USA, la cote de popularité de Trump dans les sondages s’effondrait. Le résultat est qu’au moment où j’écris ces lignes, les USA semblent prêts à accepter un accord qui – à long terme – menace de laisser l’Iran dans une position plus forte qu’avant le début de cette guerre.
L’essence de l’accord qui se dessine est que l’Iran accepte d’ouvrir le détroit sans percevoir de péage. En échange, il bénéficie d’un allègement progressif des sanctions – y compris le dégel de milliards de dollars d’avoirs. L’Iran fera des promesses de restreindre son programme nucléaire. Mais les détails feront l’objet de négociations futures – cette question reste donc essentiellement non résolue.
Trump a insisté sur le fait qu’il n’était pas pressé et n’accepterait jamais un mauvais accord. Mais la réaction des Républicains faucons à l’accord émergent était révélatrice.
Le sénateur Ted Cruz a suggéré qu’il pourrait s’agir d’une «erreur désastreuse» car elle laisserait l’Iran «capable d’enrichir de l’uranium et de développer des armes nucléaires, et d’avoir un contrôle effectif sur le détroit d’Ormuz».
Le sénateur Roger Wicker, président de la commission des forces armées du Sénat, a averti que l’accord émergent «ne vaudrait pas le papier sur lequel il est écrit».
Le gouvernement israélien, qui a joué un rôle crucial en persuadant Trump d’entrer en guerre en premier lieu, sera poli en public à propos de tout accord – non seulement parce que Benjamin Netanyahou doit bientôt affronter les électeurs. Mais la réalité est que le leader israélien a présenté la guerre comme une opportunité unique de provoquer un changement de régime en Iran.
Le régime iranien toujours en place – plus confiant, plus radical
Il voit maintenant le conflit se terminer alors que le régime iranien est toujours en place – plus confiant, plus radical et avec de nouvelles ressources financières pour reconstruire son programme nucléaire et son réseau de mandataires dans tout le Moyen-Orient.
Eli Groner, ancien directeur général du cabinet de Netanyahou, affirme que le fait que l’Iran puisse désormais fermer le détroit d’Ormuz à tout moment à l’avenir «est une victoire bien plus profonde et plus stratégique que n’importe quelle réussite militaire marquant des points». Son résumé tenait en un mot : «Désastre.»
Tout en atténuant potentiellement la situation financière et économique désastreuse de la république islamique, l’accord est susceptible de faire pencher l’équilibre régional des forces en faveur de l’Iran. Comme l’a observé Dan Shapiro, ancien ambassadeur usaméricain en Israël, sur X : «L’Iran a acquis une capacité de pression significative pour l’avenir en démontrant qu’il peut contrôler le détroit, en attaquant ses voisins et les bases américaines dans la région et en causant des dégâts importants, et en encaissant les coups les plus durs des USA et d’Israël et en survivant. »
Shapiro estime néanmoins que Trump est dans une telle impasse qu’accepter un mauvais accord qui ouvre le détroit serait une meilleure option que de continuer la guerre.
Compte tenu des risques croissants d’une crise énergétique et d’une récession mondiales, ce calcul est compréhensible. Les Etats-Unis ont également des souvenirs récents de guerres – y compris le Vietnam et l’Afghanistan – qui ont duré beaucoup trop longtemps, alors que les Etats-Unis luttaient en vain pour améliorer une position perdante.
Si et quand Trump acceptera un mauvais accord, ce sera parce qu’il n’a pas d’alternative viable. La proposition du sénateur Wicker était «de permettre aux forces armées qualifiées de l’Amérique de finir de détruire les capacités militaires conventionnelles de l’Iran, puis de rouvrir le détroit». Mais une tentative de sécuriser le détroit par des moyens militaires aurait probablement nécessité le déploiement de troupes au sol et l’acceptation de lourdes pertes états-uniennes. Même alors, les Iraniens auraient pu menacer le transport maritime avec des drones ou des missiles.
Les menaces occasionnelles de Trump de déchaîner «l’Enfer» sur le régime iranien manquaient de crédibilité – en raison de son évidente réticence à s’engager dans une guerre terrestre et du danger de représailles iraniennes contre les États du Golfe et leurs infrastructures énergétiques.
Dans le jargon des analystes militaires, la vulnérabilité du Golfe a donné à l’Iran une «dominance de l’escalade». Le président américain – qui se compare obsessionnellement à l’ancien président Barack Obama – aimait railler l’accord nucléaire que l’administration Obama a conclu avec l’Iran en 2015. Trump l’a qualifié de «l’une des pires et des plus unilatérales transactions que les USA aient jamais conclues» et a affirmé : «Jamais, jamais, jamais de ma vie je n’ai vu une transaction aussi incompétente que notre accord avec l’Iran.» Mais Trump lui-même négocie désormais un accord qui ressemble, à bien des égards, à pire que celui négocié par Obama – en partie à cause du savoir latent que l’Iran peut toujours fermer le détroit d’Ormuz, quand bon lui semble. Sacré exploit de la part du maître de l’art du deal.