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Cisjordanie : Londres, Paris, Rome et Berlin haussent le ton face à Tel-Aviv

La situation en Cisjordanie connaît, depuis plusieurs mois, une dégradation préoccupante. Les violences commises par des colons atteignent, aujourd’hui, un niveau sans précédent, tandis que les politiques menées par le gouvernement israélien – notamment l’extension continue du contrôle israélien sur le territoire – compromettent gravement la stabilité régionale ainsi que les perspectives d’une solution à deux États.

C’est ce qui ressort d’une déclaration commune de la France, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de l’Italie, qui vient d’être publiée par l’Elysée.

Les quatre signataires assurent que «… la situation en Cisjordanie s’est significativement détériorée. La violence des colons a atteint des niveaux sans précédent. Les politiques et les pratiques du gouvernement israélien, notamment la poursuite du renforcement du contrôle israélien, compromettent la stabilité et les perspectives d’une solution à deux États ».

Paris, Berlin, Rome et Londres ajoutent que « le droit international est clair : les colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales. Les projets de construction dans la zone E1 ne feraient pas exception ». Et que « le projet de colonie E1 diviserait la Cisjordanie en deux et constituerait une grave violation du droit international », craignent les dirigeants européens.

Ils appellent dans ces conditions les entreprises à ne pas candidater à des marchés de construction sur E1 ou sur d’autres projets de colonies. « Elles doivent être conscientes des conséquences juridiques et réputationnelles liées à leur participation à la construction de colonies, y compris au risque de s’engager elles-mêmes dans de graves violations du droit international ».

Un autre appel s’adresse directement au gouvernement israélien auquel Rome, Berlin, Londres et Paris demandent de «… mettre fin à l’expansion des colonies et de ses pouvoirs administratifs, à veiller à ce que les colons auteurs d’actes de violence répondent de leurs actes et à enquêter sur les allégations visant les forces israéliennes, à respecter la tutelle hachémite sur les lieux saints de Jérusalem et les accords historiques relatifs au statu quo sur ces derniers, ainsi qu’à lever les restrictions financières imposées à l’Autorité palestinienne et à l’économie palestinienne. Nous nous opposons fermement à ceux, y compris des membres du gouvernement israélien, qui prônent l’annexion et le déplacement forcé de la population palestinienne ».

Pour finir, « nous réaffirmons notre engagement indéfectible en faveur d’une paix globale, juste et durable, fondée sur une solution négociée à deux États, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, dans laquelle deux États démocratiques, Israël et la Palestine, coexistent dans la paix et la sécurité à l’intérieur de frontières sûres et reconnues ».

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Israël | La doctrine Smotrich pour étrangler l’Autorité Palestinienne

La stratégie de Bezalel Smotrich, véritable chef du gouvernement israélien actuel, pour faire s’effondrer l’Autorité palestinienne (AP), combine l’étranglement économique avec l’expansion du contrôle des colonies sur les terres palestiniennes en Cisjordanie.

Amira Hass

Un média israélien de droite religieuse célèbre le gel des fonds palestiniens et la propagation du chaos en Cisjordanie comme des succès politiques.

Avec la franchise qui caractérise son sujet, Hagit Rosenbaum, écrivant pour le site d’information religieux de droite Besheva, décrit la politique du ministre Bezalel Smotrich envers les Palestiniens comme un «mouvement en tenaille» visant à «faire s’effondrer l’Autorité palestinienne». La stratégie combine l’étranglement économique avec l’expansion du contrôle des colonies sur les terres palestiniennes.

L’étranglement économique de l’Autorité palestinienne

L’article du 14 mai, intitulé «Oslo, la fin : le plan qui sauvera Israël du prochain 7 octobre», démontre une fois de plus qu’au sein du gouvernement Netanyahou, le ministre des Finances, qui est également ministre de la Défense, est l’opérateur le plus efficace du gouvernement.

L’étranglement économique est mis en œuvre par la retenue des revenus de l’AP provenant des droits de douane qu’Israël perçoit pour le compte de l’AP – même si j’évite la formulation exacte de Rosenbaum concernant la nature de ces fonds, de peur de publier par inadvertance une fausse déclaration – ainsi que par le maintien de l’interdiction pour les travailleurs palestiniens d’entrer en Israël et dans de nombreuses colonies pour y travailler.

Il s’agit d’un sévère coup économique porté à l’AP, précise Rosenbaum, tout en créditant à la fois Smotrich et la ministre des Colonies et des Missions nationales, Orit Strock, de sa mise en œuvre.

«Tout cela contribue à briser l’AP, ce qui conduira au démantèlement de facto des accords d’Oslo», explique-t-elle. «La mesure critique, et peut-être moins discutée, pour l’annulation de facto [des accords d’Oslo] est précisément la mesure économique», écrit Rosenbaum.

Le contexte immédiat de l’article est l’annonce faite la semaine dernière par Smotrich qu’il avait préparé un plan pour transférer des zones stratégiques des zones A et B vers la zone C en réponse aux sanctions imposées par l’Union européenne contre des individus et organisations israéliennes de colons.

Il est bon de se souvenir que Smotrich, et plus généralement le camp idéologique qu’il représente, excellent dans la planification à long terme et la mise en œuvre disciplinée. Je suppose qu’un tel plan était déjà dans un tiroir, attendant le moment opportun.

Pousser à l’émigration de Cisjordanie vers l’étranger

Rosenbaum détaille les succès de Smotrich. Il «gèle le transfert de fonds à l’AP à hauteur de sommes astronomiques, étranglant ainsi lentement sa capacité à exister». Parmi les résultats : les écoles palestiniennes ne fonctionnent plus correctement en raison de pénuries budgétaires, les ingénieurs employés par l’État se sont mis en grève, et, plus généralement, «l’érosion économique de l’AP, provoquée par Smotrich… crée le chaos dans la rue palestinienne et paralyse d’autres initiatives», y compris les projets de construction.

Ignorant l’appauvrissement de millions de personnes et les dommages causés à leur santé (un autre succès !), Rosenbaum note «un autre effet important» des mesures d’étranglement : les gouverneurs locaux sont désormais «plus préoccupés par leur survie et moins attentifs à la lutte contre les mécanismes terroristes».

Selon elle, tout cela pourrait évoluer dans «deux directions positives : soit le chaos dans la rue palestinienne et la rébellion contre la direction de Mahmoud Abbas et ses successeurs, soit un mécontentement populaire généralisé et une tendance à l’émigration de Cisjordanie vers l’étranger».

On ne saurait le dire plus ouvertement. L’étranglement économique est la méthode, le chaos est le stade intermédiaire, et le résultat final souhaité est le vidage de la Cisjordanie de ses Palestiniens. Tout s’aligne parfaitement avec le «Plan décisif» de Smotrich de 2017. Je suppose que Rosenbaum est en contact direct avec le ministre des Finances, ce qui suggère qu’il ne s’agit pas d’une interprétation mais d’un compte rendu factuel des plans et objectifs.

Ceux qui sont décrits comme «proches du ministre» lui ont dit, écrit-elle, qu’«appuyer sur le bouton et accomplir un acte politique d’annulation des accords d’Oslo est plus compliqué. Mais le démantèlement économique, associé à l’érosion des zones A et B, permettra de démanteler l’accord de facto lorsque les circonstances le permettront – par exemple, au lendemain de la disparition de Mahmoud Abbas.»

Des fonds palestiniens pour financer le Conseil de la paix de Trump

Pendant ce temps, l’argent qu’Israël retient aux Palestiniens a peut-être déjà trouvé un nouveau but. Reuters a rapporté ce week-end que les USA envisagent de demander à Israël de transférer une partie de ces fonds, estimés à environ 4,7 milliards de dollars début mai, au Conseil de la paix (Board of Peace), qui est en difficulté et n’a pas réussi à lever le budget qu’il s’était initialement fixé : 17 milliards de dollars. Les estimations actuelles placent les coûts de reconstruction à 70 milliards de dollars, et ce chiffre ne fera certainement qu’augmenter.

Plusieurs sources diplomatiques m’ont également dit au début de la semaine dernière que ce qui a commencé comme une proposition israélienne en début d’année, selon un rapport du Times of Israel, semble maintenant avoir été adopté par le Conseil de la paix lui-même : utiliser une partie des fonds palestiniens retenus pour financer ses activités.

Il est bon de rappeler qu’une partie de l’argent confisqué par le ministère israélien des Finances correspond aux sommes décroissantes que l’AP transfère comme allocations, pensions et salaires aux résidents de Gaza qui lui sont affiliés plutôt qu’au Hamas, ainsi que pour des traitements médicaux hors de la bande de Gaza.

J’ai également envoyé des questions au Conseil de la paix. Parmi elles : Le transfert de fonds a-t-il été discuté lors des réunions de Benjamin Netanyahou avec le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Nickolay Mladenov ? Un montant spécifique a-t-il été déterminé ? Et combien de hauts fonctionnaires reçoivent actuellement des salaires du Conseil ?

Je n’ai reçu aucune réponse, à part une réponse générique, également donnée à d’autres médias : toutes les parties sont invitées à contribuer à l’effort, y compris Israël et l’Autorité palestinienne, et «l’argent déposé dans une banque ne fait rien pour faire avancer le plan en 20 points du président».

Cela ne me semble pas être une critique d’Israël, mais plutôt une indication que l’intention est bien d’utiliser une partie de l’argent volé, effectivement dévalisé par Israël, à des fins pour lesquelles il n’a jamais été destiné. L’AP va s’effondrer et le chaos va se propager dans la société palestinienne, mais le Conseil, affichant «la paix» et la bénédiction du Conseil de sécurité de l’Onu, pourra ainsi remplir une de ses missions.

Source : Haaretz. Traduit par Tlaxcala

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Pour un musée virtuel du patrimoine palestinien

La Journée internationale des musées (JIM) 2026, célébrée ce 18 mai, a pour thème «Les musées unissent un monde divisé». Dans les territoires palestiniens occupés, les musées, vivant dans la précarité quand ils ne sont pas carrément menacés dans leur existence, sont d’abord soucieux de pourvoir à leur salut.  Loin d’être en mesure d’accomplir convenablement leur mission ordinaire, ils sont encore moins capables de répondre pleinement à l’appel lancé, cette année-ci, par le Conseil international des musées (Icom) qui fête son 80e anniversaire. (Photo : Israël continue de détruire le patrimoine archéologique et historique de la Palestine).

Houcine Jaïdi *

Face aux destructions et aux restrictions générées par la machine de guerre israélienne relayée par la colonisation sauvage, et compte tenu du désengagement quasi général de la communauté internationale face à la question palestinienne, la préservation et la médiatisation des collections muséales de la Palestine pourraient être assurées, efficacement, par un musée virtuel du patrimoine palestinien.

Palestine : des collections précieuses sous menace continue

Jusqu’au déclenchement de la dernière guerre de Gaza, la Palestine comptait une trentaine de musées situés, pour l’essentiel, en Cisjordanie. Créés, dans leur grande majorité, depuis l’installation de l’Autorité palestinienne à Ramallah, il y a près de 30 ans, ils reflètent la solidité du lien entre le dynamisme culturel et la lutte pour l’indépendance.

Rapportée à l’exiguïté des territoires palestiniens, la densité des musées est remarquable. Les établissements muséaux se distinguent aussi par la grande variété de leurs collections et des parties qui les ont initiés et développés.

Le fait que la majorité des musées soit constituée d’établissements consacrés entièrement ou en grande partie aux arts et aux traditions populaires s’explique d’abord par le souci de préserver le patrimoine immatériel chargé de mémoire encore vive et de le transmettre aux jeunes d’aujourd’hui et de demain. On retrouve, dans cette démarche, un grand attachement à faire connaître le passé plus ou moins lointain avec tout ce qui l’a meublé comme savoir-faire, arts et mode de vie.

En filigrane, il y a l’attachement à la terre spoliée ou menacée d’annexion. Cet objectif fait naturellement place aux pièces archéologiques qui, comme les sites et les monuments, apportent la preuve matérielle de l’ancrage géographique et de la contribution au développent de la civilisation universelle. Mais le volet archéologique du patrimoine palestinien est soumis à des entraves et à des restrictions qui expliquent le fait qu’il soit relativement peu représenté dans les musées.

Aux musées dédiés aux arts et traditions populaires ainsi qu’à l’archéologie s’ajoutent les musées dédiés à des personnalités nationales, à des communautés particulières, aux sciences ou à l’histoire naturelle.

Si plusieurs musées sont sous la tutelle du ministère palestinien du Tourisme et des Antiquités, un bon nombre d’établissements sont gérés par d’autres parties : municipalités, universités, associations, particuliers, fondations, groupes ethniques, ordres religieux…

Cette diversité en matière de gestion, génératrice d’une grande créativité, n’a pas d’équivalent dans le monde arabe où domine la centralisation étatique avec une autorité déléguée à un organisme exclusif qui gère le patrimoine culturel en ne tolérant aucun partage des prérogatives.

Le grand dynamisme palestinien en matière de musée s’explique autant par le pragmatisme des parties prenantes animées par une grande émulation que par l’épaisseur historique des territoires occupés qui ont appartenu, jusqu’au début du XXe siècle, à la Palestine historique d’avant le mandat britannique.

Cette terre, pétrie d’histoire, a été, depuis la haute Antiquité, au carrefour des grandes voies de communication terrestres et maritimes et a été marquée par l’accumulation des réalisations matérielles, des communautés, des spiritualités et des mémoires.

Certains musées palestiniens sont particulièrement remarquables à un titre ou à un autre, comme le laissent voir leur dénomination : le Musée des prisonniers, le Musée des sciences et le Musée des mathématiques hébergés tous les trois par l’Université Al-Qods ; le Musée arménien à Jérusalem-Est ; le Musée Al-Badd de Bethléhem, dédié à l’huile d’olive ; le Musée de Yasser Arafat et le Musée Mahmoud Darwich à Ramallah ; le Musée russe à Ariha et le Musée archéologique de Gaza, créé par un particulier (Jawdat Al-Khoudhary) qui l’a installé dans le hall d’un hôtel lui appartenant.  

Les fragilités des musées palestiniens sont, pour l’essentiel, dues directement ou indirectement à la colonisation. Un fait majeur remonte à plus d’un demi-siècle.

Au lendemain de la Guerre des Six Jours et de l’annexion de la Cisjordanie, Israël a fait main basse sur le Musée archéologique de Palestine (appelé aussi Musée Rockefeller) situé à Jérusalem-Est. L’établissement inauguré en 1938, sous le mandat britannique, a été géré par la Jordanie à partir de 1948. Depuis son accaparement par l’État hébreu, en 1967, il a été rattaché au Musée israélien, fondé en 1965, à Jérusalem-Ouest, avec tous les attributs d’un musée «national».

Tout récemment, la Bande de Gaza, qui a été le théâtre d’un génocide, a vu ses quatre musées complètement détruits, pour la plupart, au tout début de la guerre commencée en octobre 2023. Ainsi, il ne reste plus rien du Musée archéologique de Gaza, du Musée culturel d’Al-Qarara, du Musée du Palais du Pacha et du Musée de Rafah.

Ce nettoyage culturel a aussi affecté des sites archéologiques majeurs dont le port antique d’Anthédon qui a été anéanti et le site du monastère de saint Hilarion, endommagé puis sauvé de justesse par son inscription précipitée sur la Liste patrimoine mondial, en juillet 2024.

Au cours du demi-siècle qui sépare la confiscation du Musée archéologique de Palestine de la pulvérisation des musées de la Bande de Gaza, les établissements muséaux palestiniens ont souffert, à maintes reprises, des brimades, des restrictions et des isolements décidés par les autorités israéliennes. Depuis plusieurs décennies, l’accès au Musée de l’Université de Bir Zeit a pâti des nombreux raids effectués par l’armée israélienne contre l’établissement universitaire. Le matériel offert par le Japon pour la mise en valeur du site du Palais de Hichem à Ariha a été longtemps bloqué par les autorités israéliennes.

Musée archéologique de Jérusalem ou Musée Rockfeller / Musée d’art islamique à Al-Qods / Musée de l’Université d’Al-Khalil en Cisjordanie.

Cette difficulté d’accès au matériel et les entraves administratives ainsi que les menaces des colons empêchent les Palestiniens de Cisjordanie de pratiquer des fouilles qui pourraient alimenter les collections de leurs musées. Pire que tout, les velléités d’annexion de la Cisjordanie, exprimées par plus d’un parti israélien, fait sérieusement craindre, pour les musées de ce territoire, un sort comparable à celui des établissements de Gaza.

L’attachement des Palestiniens à leur patrimoine ne doit pas faire oublier tout ce qu’ils endurent, quotidiennement, comme perte de temps et vexations à l’occasion de leurs déplacements d’une localité à une autre. A cela s’ajoute l’impossibilité de la circulation entre la Cisjordanie et la Bande de Gaza depuis que cette dernière a été soumise au blocus israélien, en 2007.

Ces entraves, qui réduisent l’accessibilité aux musées pour les Palestiniens des territoires occupés (notamment dans les zones de Cisjordanie qui sont sous contrôle israélien exclusif) et ceux de la diaspora, concernent aussi les touristes étrangers dont beaucoup s’intéressent particulièrement aux monuments et aux musées en rapport avec l’histoire des religions. En Cisjordanie, le tourisme religieux, très important pour l’économie locale, a toujours pâti de la recrudescence des offensives israéliennes contre les différentes villes et villages palestiniens.

Dans la Bande de Gaza, les collectionneurs privés de pièces archéologiques ont certes sauvé des biens patrimoniaux en les conservant. Mais cela ne fait pas oublier qu’il s’agit souvent de découvertes fortuites et parfois de fouilles clandestines qui ne fournissent aucune contextualisation pour les trouvailles. Celles-ci sont, alors, au mieux des objets d’art et ne peuvent jamais prétendre au statut de document qui illustre une séquence historique.

Malgré toutes les bonnes intentions, il y a aussi à craindre les sorties clandestines d’objets archéologiques. L’exemple tout récent des objets égyptiens, retrouvés au Metropolitan Museum of Art de New York et au Musée du Louvre-Abou-Dhabi, montre que les réseaux de trafiquants sont d’autant plus redoutables qu’ils peuvent offrir des fortunes à leurs fournisseurs et bénéficier de couvertures officielles en très haut lieu.

Musée du patrimoine palestinien à Jérusalem Est / Musée Dura.

Un musée virtuel scientifique, accessible au grand public

Un musée en ligne aurait le mérite de consigner et diffuser la documentation relative à des collections difficilement accessibles pour les Palestiniens d’abord et pour tous ceux qui, de par le monde, veulent connaître un patrimoine piégé par la colonisation et exposé aux pires malheurs y compris la destruction complète comme cela vient d’arriver dans la Bande de Gaza.

En 2022, l’Unesco a lancé l’idée du Musée virtuel Unesco des biens culturels volés. Ce projet, qui a été inauguré en septembre 2025, était, en fait, adossé à plusieurs initiatives, nées après l’invasion de l’Irak en 2003 et renforcées, depuis 2011, suite au chaos qui s’est installé en Libye et en Syrie.

Dans ces trois pays arabes, la chute des régimes ou les attaques auxquelles ils ont eu à faire face, ont été accompagnées de pillages plus ou moins systématiques des musées et des sites archéologiques. L’effort de l’Unesco, qui continue en se diversifiant, a déjà donné de bons résultats.

Les acquis et l’espoir générés par l’initiative de l’Unesco font de cet organisation la partie toute désignée pour lancer un musée virtuel dédié au patrimoine muséal palestinien qui vit sous menace depuis la création de l’État d’Israël. Pour un tel projet, l’ Unesco dispose déjà d’une assise solide constituée récemment par le travail d’une l’équipe de chercheuses et chercheurs appartenant à plusieurs disciplines, qui a lancé, récemment un site web intitulé ‘‘Gaza Histoire, inventaire d’un patrimoine bombardé’’. Ce site a pour objectif l’inventaire des sites patrimoniaux endommagés ou détruits pendant l’offensive israélienne contre Gaza, entamée il y a plus de deux ans et demi. Consignée dans un blog hébergé par Open Edition, le portail français de ressources électroniques en sciences humaines et sociales, la documentation des pertes subies par le patrimoine dans la Bande de Gaza est déjà importante.

Un musée virtuel est une œuvre scientifique et technique de haut niveau. L’ICOM pourrait piloter l’œuvre, sous l’égide de l’Unesco, en la faisant superviser par un Conseil scientifique international qui réunirait aux côtés des experts palestiniens, des spécialistes volontaires du monde entier.

Le grand élan de solidarité suscité dans le monde universitaire des cinq continents, depuis plus de deux ans, par la destruction des biens culturels de la Bande de Gaza devrait garantir le succès du projet.

Pour l’architecture du site qui hébergerait le musée, les promoteurs pourraient s’inspirer des banques de données similaires qui, tout en étant à contenu scientifique, sont conçues de manière à être attrayantes pour les non-spécialistes.

L’un des meilleurs exemples de cette orientation est la banque de données «achemenet» dont le site Web a été lancé en 2000 par Pierre Briant, alors Professeur au Collège de France. La réalisation est dédiée à la civilisation de l’empire perse achéménide (vers 550-330 av. J.-C.) qui a rayonné sur une très vaste zone du Moyen-Orient, englobant la Palestine. Conçue pour favoriser la recherche dans une démarche interdisciplinaire, la banque de données offre une centaine de milliers d’images en 3 D de pièces archéologiques conservées dans une multitude de pays, de très nombreux textes rédigés en différentes langues et une riche documentation sur les sites archéologiques qui ont révélé des traces de la civilisation achéménide. A ces données s’ajoutent une bibliothèque et une revue numériques.

Musée du Vieil Al-Khalil / Musée russe de Ariha.

Depuis une décennie, l’Institut du Monde Arabe (IMA) s’est distingué par l’attention qu’il a portée au patrimoine culturel palestinien. A l’initiative de l’universitaire, écrivain et diplomate palestinien, Elias Sanbar (ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO, de 2006 à 2021), l’IMA abrite, depuis 2016, la collection du futur Musée national d’art moderne et contemporain de la Palestine, constituée à partir de dons d’artistes.

Dans la seconde moitié de l’année 2023, l’établissement parisien a organisé un cycle de manifestations, intitulé «Ce que la Palestine apporte au monde». Centré sur trois grandes expositions d’artistes palestiniens modernes et contemporains auxquels ont été associés d’autres artistes du monde arabe et d’ailleurs, le cycle a accueilli diverses rencontres littéraires, cinématographiques et scientifiques.

Alors que la guerre faisait encore rage dans la Bande de Gaza, l’IMA a organisé, à partir du 3 avril 2025, une exposition intitulée ‘‘Trésors sauvés de Gaza – 5000 ans d’histoire’’. L’exposition, qui a duré jusqu’au 7 décembre dernier, a été organisée en collaboration avec le Musée d’art et d’archéologie de Genève et le ministère du Tourisme et des Antiquités de la Palestine. Elle a donné à voir 130 pièces datant de l’Âge du bronze à l’époque ottomane et qui provenaient soit des fouilles franco-palestiniennes entreprise à Gaza depuis une trentaine d’années, soit de la très riche collection privée ayant appartenu à l’entrepreneur en BTP Jawdat Al-Khoudhary.

Les objets exposés dernièrement à l’IMA avaient été prêtés par l’Autorité palestinienne au Musée de Genève pour une exposition, organisée en 2007. Depuis, ils sont restés, bloqués dans la ville helvétique suite au blocage imposé par Israël à la Bande de Gaza, en juin 2007.

Cette mésaventure s’est révélée salutaire pour les objets provenant de Gaza car le reste de la collection du Musée de Jawdat Al-Khoudary a été complètement détruit par les bombardements israéliens en décembre2023.

Nul doute qu’avec tout ce qu’il a montré, au cours de la dernière décennie, comme savoir-faire et détermination à faire connaître l’actualité et le passé palestiniens, l’IMA serait un partenaire de choix pour un musée virtuel du patrimoine palestinien. Outre son savoir-faire propre, l’établissement saurait, le moment venu, mobiliser son vaste réseau en Europe et ailleurs.

Dédié dans un premier temps, aux biens culturels matériels et immatériels regroupés dans les musées palestiniens actuels ainsi que ceux qui ont été accaparés ou détruits, le musée virtuel palestinien pourrait par la suite se développer dans plusieurs directions : faire connaître les sites et monuments classés sur la Liste du patrimoine mondial ou sur la Liste indicative de l’Unesco, documenter les sites archéologiques, constituer des collections dédiées à la production artistique, créer une bibliothèque numérique … Ce grand portail du patrimoine culturel palestinien, qui gagnerait à être multilingue, ne serait pas un simple conservatoire ; il offrirait aussi une matière précieuse pour la recherche.

Le financement du musée virtuel ne devrait pas poser de problème majeur si un appel solennel est lancé par l’Unesco. De nombreux pays devraient s’y intéresser comme cela a déjà été attesté surtout depuis une quinzaine d’années. Rappelons, l’exemple de la Suède qui a signé, en 2012, l’année qui a suivi celle de l’adhésion de la Palestine à l’Unesco, un partenariat avec l’organisation internationale, en vue de financer la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine palestinien. A ce jour, le pays nordique a financé 75 actions pour un montant avoisinant les 20 millions de dollars américains.

Musée Mahmoud Darwish.

Un musée virtuel dédié au patrimoine palestinien serait, de par ses objectifs multiples, un acte fort contre le nettoyage cultuel déjà entamé par Israël. Ne cherchant ni à victimiser ni à héroïser les Palestiniens, il serait, pour le monde entier, une grande galerie qui expose les différentes composantes du patrimoine culturel des territoires occupés. Ses documents en tous genres montreraient la vraie histoire d’un pays colonisé qui a à lutter sans relâche pour la sauvegarde d’un patrimoine particulièrement fragilisé et la transmission d’une mémoire sapée par l’occultation systématique. Sa réalisation honorerait l’Unesco et ceux qui s’y associeraient car il s’agirait, au final, d’un acte de justice qui, à sa manière, pourrait aider les Palestiniens à asseoir l’État souverain auquel ils ont droit d’abord pour des raisons historiques dont le patrimoine culturel est un reflet éloquent. 

* Historien.

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Israël peut-il vraiment annexer la Cisjordanie malgré le non américain ?

Israël veut aller plus loin que le droit. Le Parlement a voté deux projets de loi pour annexer la Cisjordanie, défiant les États-Unis, pourtant garants de son soutien militaire et diplomatique. Donald Trump a répliqué : « Israël ne fera rien avec la Cisjordanie ». Derrière ce veto, une vérité s’impose : Israël ne peut pas tout. Entre idéologie religieuse, calcul politique et dépendance stratégique, cette confrontation révèle une impasse vieille de cinquante ans — celle d’un État qui colonise sans jamais pouvoir annexer officiellement.

L’Amérique trace la ligne rouge

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a inversé les rôles : après avoir reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël en 2018, il devient aujourd’hui le gardien du statu quo.
Son vice-président, JD Vance, présent à Jérusalem pour surveiller le fragile cessez-le-feu à Gaza, a qualifié le vote de la Knesset de « très mauvaise idée ».
Désormais, l’armée israélienne doit obtenir l’aval américain avant toute frappe dans l’enclave.

Cette situation inédite illustre la dépendance stratégique d’Israël : sans le feu vert de Washington, ni l’aide militaire ni la légitimité diplomatique ne peuvent être assurées.
Un paradoxe cruel pour un État qui revendique sa souveraineté, mais dont les frontières réelles se dessinent à Washington plus qu’à Jérusalem.

Entre promesse biblique et calcul politique

Pour les députés religieux, l’annexion est un devoir spirituel.
Le député Avi Maoz, auteur de la proposition, a invoqué « la terre que Dieu a donnée à Israël ».
Mais pour Netanyahu et son parti, ce zèle idéologique est un danger. En boycottant le vote, le Likoud a choisi la prudence : l’isolement diplomatique serait un prix trop lourd à payer alors que les États-Unis demeurent l’allié vital du pays.

Dans ce duel interne, Israël se regarde dans le miroir de sa propre contradiction : l’État biblique et l’État pragmatique se font face.

L’annexion rampante, elle, continue

Depuis 1967, la Cisjordanie vit sous une occupation progressive.
Près de 700 000 colons se sont installés dans plus de 250 implantations illégales, modifiant la carte du territoire palestinien.
Routes séparées, murs, checkpoints : chaque pierre posée renforce une annexion silencieuse.
Même sans loi, le fait accompli prévaut.

Ces nouvelles propositions de loi ne font qu’entériner une réalité déjà sur le terrain : la colonisation est devenue un mode de gouvernement.
Et chaque avancée parlementaire, même symbolique, prépare une prochaine normalisation de l’occupation.

Derrière les calculs diplomatiques, le peuple palestinien paie le prix du silence.
À Gaza, les trêves s’enchaînent sans reconstruire la paix.
En Cisjordanie, des familles entières sont expulsées, des terres confisquées, des maisons rasées au bulldozer.
Chaque checkpoint rappelle que la liberté de mouvement est un privilège, pas un droit.

Pour les Palestiniens, le veto américain n’est pas une victoire : c’est une pause dans la dépossession, un sursis avant la prochaine expansion.

Lire aussi:

Erdogan dénonce les violations israéliennes du cessez-le-feu à Gaza

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