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Cinéma | L’ATPCC organise le cycle « Sur la route, quêtes dans le documentaire tunisien »

L’Association tunisienne pour la promotion de la critique cinématographique (ATPCC) invite au cycle « Sur la route, quêtes dans le documentaire tunisien » organisé en partenariat avec la Maison de la culture Ibn Rachiq.

Les débats en présence des réalisateurs seront modérées par les critiques Mr. Kamel Ben Ouanès et Mr. Hedi Khelil.

Ce cycle est proposé par Mme. Meriem Mejri, membre de l’ATPCC et jeune chercheure travaillant sur l’esthétique du déplacement dans le documentaire tunisien, dans le cadre d’un Master de recherche en Sciences et techniques de l’audiovisuel et du cinéma à Gammarth.

« Sur la route, quêtes dans le documentaire tunisien » se tiendra les 22 et 23 mai 2026 à la Maison de la culture Ibn rashiq

Au programme :

  • Vendredi 22.05.2026 à 15H : 𝐋𝐨𝐨𝐤𝐢𝐧𝐠 𝐟𝐨𝐫 𝐌𝐮𝐡𝐲𝐢𝐝𝐝𝐢𝐧 de Nacer Khémir (2014), 180′
    Modérateur : Mr. Kamel Ben Ouanès, en présence du réalisateur
  • Samedi 23.05.2026 à 16H : 𝐓𝐫𝐚𝐯𝐞𝐥𝐥𝐢𝐧𝐠 de Ons Kamoun (2017), 77′
    Modérateur : Mr. Hedi Khelil, en présence de la réalisatrice

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Le cinéma sauve ce que le patrimoine officiel oublie

Sous la houlette de l’Association tunisienne pour la promotion de la critique cinématographique (ATPCC), présidée par la talentueuse Ons Kamoun, entourée d’une jeune équipe dynamique et passionnée, le mini-festival «Cinéma-Mémoire : Filmer ce qui tient (encore)», organisé les15 au 16mai 2026 à la Maison de la Culture Ibn Rachiq, s’est imposé comme l’une des expériences culturelles les plus stimulantes du Mois du patrimoine (18 mai-18 juin).

Abdelhamid Larguèche *

En proposant une réflexion profondément novatrice sur les mémoires invisibles, les lieux oubliés et les patrimoines fragiles, cette manifestation a réussi à déplacer le regard hors du monumental et à faire du cinéma documentaire un véritable outil critique de sauvegarde et de transmission.

Sortir le patrimoine de la pierre et des cérémonies officielles

Il arrive parfois qu’un événement culturel, par sa simple existence, révèle les limites d’un modèle devenu incapable de se renouveler. Le mini-festival «Cinéma-Mémoire : Filmer ce qui tient (encore)» appartient incontestablement à cette catégorie rare d’initiatives qui ne se contentent pas d’accompagner une programmation institutionnelle, mais qui en déplacent profondément les cadres.

Depuis plusieurs années, le Mois du patrimoine en Tunisie semble enfermé dans une représentation largement monumentale de la mémoire : célébration des sites classés, restauration des pierres anciennes, cérémonial patrimonial convenu et discours officiels répétitifs. Or, à mesure que cette vision s’institutionnalise, elle laisse de côté une autre réalité patrimoniale, plus fragile, plus mouvante et souvent plus urgente : les gestes menacés, les lieux abandonnés, les mémoires marginalisées, les espaces populaires et les traces invisibles du vécu collectif.

Une programmation qui donne une voix aux patrimoines oubliés

C’est précisément contre cet enfermement du patrimoine dans le monumental que le festival «Cinéma-Mémoire» a construit sa proposition. Dès son intitulé, «Filmer ce qui tient (encore)»,  le projet affirmait une autre conception de la mémoire : non plus une mémoire figée dans la pierre, mais une mémoire précaire, vivante et vulnérable.

Et cette orientation n’est pas restée théorique. Elle s’est incarnée dans une programmation particulièrement forte, où plusieurs films du projet «10 Sites, 10 Docs, Ciné-Patrimoine», présentés auparavant aux Journées Cinématographiques de Carthage, ont trouvé une résonance nouvelle. Ces courts-métrages documentaires réalisés par de jeunes cinéastes tunisiens sur des sites patrimoniaux en péril ont constitué l’un des moments les plus marquants du mini-festival.

Leur présence dans cette programmation était tout sauf anecdotique. En filmant des lieux oubliés, menacés d’effondrement ou rongés par l’abandon, comme la synagogue de Nabeul ou le fort espagnol de La Goulette, ces œuvres déplaçaient radicalement la définition même du patrimoine. Elles rappelaient que la disparition ne concerne pas seulement les monuments spectaculaires, mais aussi des espaces périphériques, des mémoires silencieuses et des héritages sans protection symbolique.

L’un des grands mérites du festival a été d’avoir compris que ces films ne relevaient pas seulement du documentaire patrimonial classique, mais d’une véritable politique du regard. Car filmer un site en ruine avant son effacement définitif n’est pas un simple geste d’archivage : c’est un acte de résistance contre l’oubli.

Les débats qui ont accompagné les projections ont donné une profondeur supplémentaire à cette expérience. Plusieurs discussions ont porté sur les obstacles rencontrés lors du tournage de ces documentaires : conflits juridiques autour des sites, lenteurs administratives, absence d’autorisations claires, situations complexes entre héritiers privés et institutions publiques. En mettant ces questions au centre de la réflexion, le festival a eu l’intelligence de montrer que le patrimoine n’est jamais un objet neutre : il est traversé par des rapports de pouvoir, des choix politiques et des mécanismes d’exclusion.

Une nouvelle génération réconcilie cinéma et mémoire

Mais la réussite du festival tient aussi à autre chose : sa capacité à réhabiliter le documentaire comme forme majeure de création contemporaine. Beaucoup de jeunes cinéastes tunisiens, comme l’a rappelé Ons Kamoun, abordaient initialement le documentaire avec distance, le considérant souvent moins prestigieux que la fiction. Or, les films projetés ont précisément démontré l’inverse : le documentaire est aujourd’hui l’un des rares espaces capables de saisir les fractures du réel, les transformations sociales et les mémoires en train de disparaître.

À travers cette manifestation, l’ATPCC confirme ainsi l’importance de son rôle dans le renouvellement du paysage cinématographique tunisien. Grâce à l’énergie de sa présidente Ons Kamoun et à l’engagement d’une équipe jeune, inventive et ouverte aux formes critiques du cinéma, l’association réussit à faire émerger de nouveaux espaces de réflexion, loin des logiques culturelles figées et des approches patrimoniales conventionnelles.

Un festival qui a fait bouger les lignes

Cette force critique traversait également «L’Atelier des monuments invisibles», autre moment essentiel du festival. En invitant de jeunes participants à documenter eux-mêmes des lieux, des gestes ou des paroles menacés, le projet dépassait la logique habituelle des festivals patrimoniaux. Il ne s’agissait plus seulement de montrer des œuvres, mais de produire collectivement des archives du présent.

Le succès public de cette édition zéro a confirmé qu’il existait une attente réelle pour des formes culturelles capables de renouveler profondément le rapport au patrimoine. Étudiants, chercheurs, cinéphiles et jeunes réalisateurs ont trouvé dans ce festival un espace rare de dialogue et de réflexion, loin du folklore patrimonial et des célébrations convenues.

Au fond, «Cinéma-Mémoire : Filmer ce qui tient (encore)» aura accompli quelque chose d’essentiel : rappeler que le patrimoine le plus important n’est pas toujours celui qui domine les cartes postales ou les discours officiels. Il réside aussi dans les traces fragiles d’un monde qui disparaît en silence. Et face à cette disparition, le cinéma peut encore devenir un geste de sauvegarde, de transmission et de résistance.

* Historien.

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Tunis Tout Court fête ses 20 ans : le court-métrage tunisien à l’honneur

Du 3 au 5 octobre 2025, la Maison de la Culture Ibn Rachiq accueillera la 13e édition de Tunis Tout Court, unique festival national exclusivement consacré au court-métrage professionnel. Une édition anniversaire qui marquera les vingt ans de cette manifestation initiée en 2005 par l’Association Tunisienne pour la Promotion de la Critique Cinématographique (ATPCC). Après quelques années d’interruption dues à la pandémie, le festival revient avec la volonté affirmée de réinscrire le format court au cœur du paysage cinématographique tunisien, tout en célébrant un parcours déjà riche et significatif.

Né d’une conviction forte – celle que le court-métrage est un terrain d’expérimentation et de renouvellement artistique – Tunis Tout Court s’est imposé au fil des années comme un espace de reconnaissance, de diffusion et de réflexion. Depuis sa première édition en 2005, il a offert aux jeunes cinéastes une vitrine privilégiée et permis aux critiques de nourrir un dialogue fécond avec les créateurs. Aujourd’hui, alors que l’ATPCC s’apprête à fêter ses quarante ans, cette édition anniversaire du festival s’annonce comme un moment double : retour sur un héritage et ouverture vers de nouvelles perspectives.

Cette 13e édition s’articulera autour d’un programme dense : projections des meilleurs courts-métrages tunisiens récents, séminaire et atelier de formation autour de la thématique de l’adaptation, compétition d’articles critiques, débats et rencontres conviviales. Fidèle à sa vocation, Tunis Tout Court ne se contente pas de présenter des films : il stimule aussi la réflexion, interroge les enjeux esthétiques et industriels, et ouvre des pistes pour l’avenir.

Le cœur du festival battra au rythme de la compétition officielle des films, qui réunit cette année seize courts-métrages sélectionnés parmi les œuvres les plus marquantes des saisons 2023 et 2024. Fiction, documentaire et animation se côtoient, témoignant de la vitalité et de la diversité des écritures cinématographiques émergentes. Ces films concourront pour quatre prix attribués par un jury composé de critiques et d’universitaires : meilleure réalisation, meilleur scénario, meilleure contribution technique et meilleur jeu d’acteur.

Les seize films en compétition sont :
Leni Africo de Marouene Labib,
373, Pasteur Street de Mohamed Ismail Louati,
Where is Diana de Samy Chaffai,
Makun de Fares Naanaa,
Le sentier de Isha de Selma Hobbi,
Loading de Anis Lassoued,
In Three Layers of Darkness de Houcem Slouli,
Aucun Numéro de Hiba Dhaouadi,
Kamikaze de Hassen Marzougui,
Le chemin de l’oubli de Ali Marwen Chekki,
To Be de Ghassen Gacem,
The Carob Tree de Imed Methneni,
Between Two Worlds de Hedia Ben Aicha,
Flesh and Blood de Inès Arsi,
Le monde est petit de Bilel Bali
Fragments of Life de Anis Ben Dali.

ATPCC Tunis Tout court films

À côté de la compétition de films, Tunis Tout Court met également la critique cinématographique à l’honneur. Une compétition d’articles récompensera deux prix : celui du meilleur article critique de l’année 2023-2024 et celui du meilleur article écrit pendant le festival. Avec cette initiative, l’ATPCC affirme son rôle de passeur, convaincue que la critique reste un maillon essentiel de la vie culturelle, permettant de nourrir le débat et de donner aux œuvres une profondeur supplémentaire.

Les dix articles en lice pour le prix 2023-2024 sont :
RSIFF 2024 – « Les Enfants Rouges », un cri contre l’oubli de Neila Driss (Webdo.tn),
Les Enfants rouges : interroger le silence des victimes de Houssem Laachi (Yawmiyat al-Ayyam, Journées de Carthage 2024),
Mé El Aïn de Mariem Joobeur : maternité et identité face à l’extrémisme de Lassaad Mahmoudi (TAP),
Agora d’Ala Eddine Slim : où le corbeau et le chien racontent les maux de l’homme et de la patrie de Yosra Chikhawi (Réalités Online),
La Pietà et ses revenants de Meysem Marrouki (La Presse),
« Là d’où l’on vient », la sublime beauté de l’horreur de Rihab Boukhayatia (Nawaat),
Seuils interdits : entre fantasme et fracture sociale de Fadoua Medallel,
L’union d’un œil-oignon et d’un écran au-delà du noir et du blanc de Mohamed Ismail Louati (A Ticket to),
L’intervention de l’État dans le financement de la production cinématographique de Fathi Kharrat (Al Hayat Athakafiya)
Lorsque Hedi Khélil explore la photographie (Gouvernants et gouvernés) de Abeljelil Bouguerra (Al Hayat Athakafiya).

ATPCC Tunis Tout Court Critiques

La réflexion théorique et historique trouvera sa place dans un séminaire consacré à l’adaptation littéraire. Intitulé « Aux origines du court-métrage tunisien : l’adaptation littéraire comme geste premier », ce rendez-vous analysera comment les premiers courts tunisiens, dès les années 1960-1970, ont trouvé dans les nouvelles et récits littéraires une matière fondatrice. L’adaptation sera ainsi explorée comme geste culturel, esthétique et identitaire, en interrogeant sa pertinence actuelle à l’heure des hybridations intermédiatiques et des mutations globales de l’image.

Dans le prolongement du séminaire, un atelier de formation rassemblera une dizaine de participants pour réfléchir au rôle de la critique dans l’analyse de l’adaptation et pour écrire sur un corpus de courts-métrages. Cette initiative confirme la volonté pédagogique du festival, qui souhaite transmettre des outils d’analyse et former de nouvelles voix critiques capables d’accompagner le cinéma tunisien avec exigence et indépendance.

L’édition 2025 de Tunis Tout Court ne se limite pas aux projections et débats. Elle s’accompagne également d’une production livresque portée par l’ATPCC, fidèle à sa tradition éditoriale. Les publications récentes consacrées à Khemaies Khayati, Jilani Saadi ou encore au cinéma amateur tunisien en témoignent : la critique tunisienne écrit son histoire et enrichit le patrimoine cinématographique par la mémoire et l’analyse.

En investissant la Maison de la Culture Ibn Rachiq, lieu emblématique de la vie culturelle tunisienne, le festival renoue avec un ancrage urbain et populaire, accessible au grand public comme aux professionnels. Étudiants en cinéma, chercheurs, critiques, réalisateurs, producteurs et simples passionnés d’images y trouveront un espace de rencontre et de dialogue.

À travers Tunis Tout Court, l’ATPCC poursuit une mission claire : valoriser le court-métrage comme laboratoire de formes et d’idées, soutenir les jeunes talents, représenter la diversité culturelle du pays, encourager les politiques publiques en faveur du court, et offrir une vitrine internationale à ces films trop souvent invisibilisés. Vingt ans après sa création, ce festival confirme que le court-métrage n’est pas une étape secondaire, mais un langage artistique à part entière, essentiel à l’écosystème cinématographique. En réunissant films, critiques, publications, séminaires et ateliers, Tunis Tout Court 2025 se présente comme un carrefour unique, où la célébration du passé se double d’une réflexion sur l’avenir. Une édition qui promet d’honorer vingt ans d’existence tout en ouvrant de nouvelles voies pour les générations à venir.

Neïla Driss

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