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Heute — 01. April 2026Haupt-Feeds

Tunisie : vague de froid, vents violents et risques de neige sur les hauteurs

01. April 2026 um 07:43

La Tunisie connaîtra ce mercredi des conditions météorologiques hivernales marquées, selon les prévisions de l’Institut national de la météorologie. Le temps sera froid et souvent très nuageux, avec des pluies éparses, parfois orageuses, attendues sur le nord et localement le centre. Ces précipitations pourraient être temporairement intenses, notamment sur les zones côtières septentrionales et particulièrement […]

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Agriculture : Kaïs Saïed appelle à soutenir les petits agriculteurs et à préserver la récolte

01. April 2026 um 07:15

Le président de la République, Kaïs Saïed, a reçu, mardi après-midi au palais de Carthage, le ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzedine Bencheikh, ainsi que le secrétaire d’État chargé de l’Eau, Hammadi Habib. Selon un communiqué de la présidence, le chef de l’État a donné des instructions en vue de […]

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TN Live – guerre au Moyen-Orient | Jour 33 de la guerre : escalade et signaux contradictoires

Von: balkis T
01. April 2026 um 07:32

Lire plus tardAu 33ᵉ jour de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, l’escalade militaire s’intensifie sur plusieurs fronts dès les premières heures de la journée. L’Iran a lancé plusieurs salves de missiles en un temps record vers Israël, faisant des blessés dans le centre du pays, tandis que des tirs simultanés ont été […]

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Agenda fiscal pour le mois d’avril: Sept dates clés à retenir

01. April 2026 um 08:29

Lire plus tardLa Direction Générale des Impôts relevant du ministère des Finances vient de publier l’agenda fiscal pour le mois d’avril 2026. Voici sept dates clés à retenir :  06 avril : Dernier délai pour le paiement des vignettes par les personnes physiques (Numéros impaires). 15 avril : Dernier délai du dépôt de la déclaration […]

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BCT: En mars, le TMM s’établit à 6,99%

01. April 2026 um 08:08

Lire plus tardSelon les données de la Banque centrale de Tunisie (BCT), le taux moyen du marché monétaire (TMM) a atteint en mars 2026 un taux de 6,99000 % pour le deuxième mois consécutif. En glissement annuel,  le TMM a enregistré une tendance baissière, passant de 7,99000% en février 2025, et 6,99000%, actuellement. Notons que  […]

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Kais Fekih élu Président de la Chambre de Commerce Tuniso-Belgo-Luxembourgeoise

01. April 2026 um 08:06

La Chambre de Commerce Tuniso-Belgo-Luxembourgeoise (CCTBL) s’est dotée d’un nouveau Conseil d’Administration, issu d’une Assemblée générale tenue le 31 mars dernier au siège de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) à Tunis.

Les membres élus exerceront leur mandat pour une durée de trois ans

Kais Fekih a été porté à la présidence de la chambre, entouré d’une équipe plurielle alliant profils tunisiens et européens. Samir Ben Abdallah assurera la vice-présidence, tandis que Mahmoud Ben Salah prend en charge la trésorerie. Rym Jaouchi occupera le poste de Secrétaire générale. Complètent ce conseil d’administration: Nadine Muys, Tony Vanwijnsberghe, Hedi Bahri, Slim Kechaou, Hassen Sellami et Yassine Maazoun, en qualité d’administrateurs.

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TAYP Retreat 2026 | Les talents tunisiens se réunissent dans le Maryland

01. April 2026 um 08:07

Les Tunisian American Young Professionals (TAYP) organiseront leur retraite nationale annuelle du 24 au 26 avril 2026 au Turf Valley Resort à Ellicott City, Maryland, réunissant des professionnels, entrepreneurs, étudiants et leaders communautaires tuniso-américains venus des États-Unis, du Canada et de Tunisie.

Cette édition, positionnée comme la déclinaison américaine du Tunisia Global Forum (TGF), est présidée par Asma Ben Sedrine, chef de projet infrastructure chez Softtek, inspirée par le succès de l’édition précédente à Atlanta pour accueillir l’événement dans le Maryland, au cœur du Grand Washington.

La région de Washington, D.C. abrite l’une des plus importantes communautés tunisiennes aux États-Unis et constitue un pôle majeur du développement international, avec des institutions telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), où de nombreux Tunisiens évoluent.

Le programme comprendra des conférences, cinq sessions interactives et des opportunités de réseautage dans des secteurs tels que la technologie, la santé, la finance et l’entrepreneuriat.

Les participants représentent des institutions et entreprises de premier plan, notamment le FMI, la Banque mondiale, Microsoft, Amazon, Goldman Sachs, JPMorgan Chase, Tesla et Moderna.

Parmi les intervenants figurent des personnalités tunisiennes de premier plan, dont le Dr Nour Rawafi, astrophysicien et Project Scientist pour la mission Parker Solar Probe de la Naza, ainsi que Nizar Yaiche, ancien ministre des Finances de Tunisie, et Samia Msadek, directrice et chief financial management officer à la Banque mondiale, apportant leurs expertises en politiques publiques, finance et développement international.

La retraite met un accent particulier sur le mentorat intergénérationnel, facilitant des connexions concrètes entre étudiants, jeunes professionnels et leaders confirmés, générant des opportunités d’emploi, d’investissement et de collaboration durable.

Elle constitue également une opportunité importante pour les médecins tunisiens souhaitant s’intégrer au système américain, en leur offrant accompagnement, mentorat et meilleures chances d’obtenir une résidence médicale («match»).

TAYP envisage également de sponsoriser la participation d’étudiants, grâce au soutien de ses partenaires et de la communauté, afin de favoriser l’accès à ces opportunités.

«Cette retraite vise à créer un véritable écosystème où les connexions se traduisent en opportunités concrètes», a déclaré Dr Zied Mhirsi, président de TAYP.

Le programme inclut également un marketplace tunisien, permettant aux entrepreneurs, artistes et associations de présenter leurs projets, vendre leurs produits et mobiliser des financements.

Le week-end débute vendredi avec des visites guidées dans la région de Washington, suivies d’un accueil convivial. Il se conclut dimanche par des activités sportives, de bien-être et des visites optionnelles de Washington, D.C. Une projection du film tunisien ‘‘Les Bâtisseurs’’, en collaboration avec l’Atuge, est également prévue.

La soirée de gala mettra à l’honneur la musique tunisienne classique, folklore et alternative, incluant des moments de chant collectif autour de la musique tunisienne, Les DJ tunisiens Sahara Club, ainsi qu’une performance live du pianiste Yahya Mhirsi et de la violoniste Fatma Souf.

L’événement est rendu possible grâce au soutien de la GIZ, SwissContact, Whiteford, Taylor & Preston, UGFS, Poulina et l’ATB, et en partenariat avec Express FM et Iway Technologies.

«Cette initiative illustre la force de notre communauté et sa capacité à créer des opportunités durables», a déclaré Mohamed Malouche, managing partner chez Deloitte et président du conseil d’administration.

TAYP fait partie du réseau Watt (Worldwide Alliance of Tunisian Talents), qui regroupe plusieurs associations de la diaspora afin de connecter les talents tunisiens à l’échelle mondiale.Fondée en 2011, TAYP est une organisation à but non lucratif disposant de chapitres à New York, Boston et Atlanta. C’est un réseau de professionnels tuniso-américains engagé à renforcer les liens économiques, sociaux et culturels entre la Tunisie et les États-Unis afin de promouvoir la croissance et le développement.

À travers des projets ciblés, des opportunités de réseautage et des forums et événements dynamiques, TAYP permet aux entreprises et aux individus de nouer de nouveaux partenariats et de générer un impact concret.

Communiqué.

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Choc pétrolier | Quelle réponse des pays du Sud Global ?

01. April 2026 um 07:41

Par-delà le fracas des armes, la guerre en cours des États-Unis et Israël contre l’Iran constitue déjà un puissant choc macroéconomique. Elle bouleverse l’équilibre géopolitique du Moyen-Orient et redessine les vulnérabilités économiques mondiales, en exposant les fragilités structurelles du Sud global. Elle impose une interrogation non seulement sur les mécanismes du choc, mais sur la capacité des États à y résister. Le véritable risque n’est plus un ralentissement économique, mais une désorganisation durable des conditions mêmes de la croissance mondiale. (Photo : Ras Laffan, le plus grand gisement de gaz au monde, géré par Qatar Energy, bombardé par l’Iran).

Yahya Ould Amar *

Ce conflit a déclenché un choc d’offre global à haute intensité. La perturbation du détroit d’Ormuz – et celle probable de Bab El Mendeb (Mer Rouge) – par lequel transite environ 20% des flux mondiaux d’hydrocarbures, combinée à des frappes sur des infrastructures énergétiques régionales, constitue un choc d’une ampleur exceptionnelle. La hausse rapide des prix de l’énergie, la volatilité des marchés et la désorganisation des chaînes logistiques témoignent d’une rupture systémique. Mais l’élément le plus inquiétant réside dans la possibilité d’attaques simultanées sur les infrastructures énergétiques en Iran et dans les pays du Golfe, ce qui transformerait un choc de prix en un choc de quantités, bien plus difficile à absorber.

Au-delà du choc immédiat, une mutation profonde est à l’œuvre, celle de la fonction même de l’énergie dans le système économique mondial. Nous entrons dans une phase où le prix du baril, au-delà de l’équilibre entre offre et demande, reflète en priorité une prime géopolitique structurelle, durable et potentiellement auto-entretenue.

La destruction répétée d’infrastructures critiques — champs, terminaux, installations de liquéfaction — introduit une contrainte temporelle liée aux délais de reconstruction, souvent pluriannuels, transformant des chocs conjoncturels en pénuries persistantes.

Dans ce contexte, les anticipations des marchés se désancrent, et les investissements énergétiques deviennent eux-mêmes procycliques (amplification des fluctuations économiques), aggravant la volatilité (nervosité) des marchés au lieu de l’amortir.

La double peine du Sud : énergie chère, monnaies faibles

Les pays du Sud global se trouvent en première ligne, confrontés à une réactivation de la contrainte extérieure. L’augmentation de la facture énergétique dégrade immédiatement les balances des paiements, accentue la demande de devises fortes et exerce une pression intense sur les monnaies locales.

Dans plusieurs économies émergentes, la dépréciation monétaire alimente un cercle vicieux, ainsi plus la monnaie se déprécie, plus le coût des importations augmente, aggravant encore les déséquilibres externes.

Dans les cas les plus fragiles, cette dynamique peut conduire à des crises de balance des paiements, avec rationnement des importations et restrictions sur les changes.

Cette vulnérabilité est particulièrement aiguë dans les économies dont la monnaie est arrimée au dollar ou fortement dollarisée. Pour ces pays, l’appréciation du dollar agit comme un multiplicateur de choc, elle renchérit simultanément le coût de l’énergie, le service de la dette externe et le prix des importations essentielles.

Les pays importateurs nets d’hydrocarbures — notamment en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et dans certaines économies d’Amérique latine — se trouvent ainsi enfermés dans une trappe macroéconomique où toute tentative de stabilisation monétaire accélère la contraction de l’activité économique.

Le dilemme des politiques économiques

À cette contrainte externe s’ajoute un choc inflationniste d’une intensité particulière. L’énergie étant un intrant universel, son renchérissement se diffuse rapidement à l’ensemble de l’économie. Les coûts de transport augmentent, les prix des engrais s’envolent, et la production agricole est affectée. Le choc se transmet ainsi des marchés énergétiques aux marchés alimentaires, transformant une inflation importée en inflation généralisée. Pour des populations déjà vulnérables, notamment dans les pays à faible revenu, cette dynamique constitue une menace directe pour la sécurité alimentaire et la stabilité sociale.

Dans ce contexte, les finances publiques sont soumises à une pression extrême. Les gouvernements doivent simultanément protéger les ménages contre la hausse des prix et absorber l’augmentation de leurs propres dépenses énergétiques. Cela conduit à une expansion rapide des déficits budgétaires et à une accumulation de dette publique. Or, cette détérioration intervient dans un environnement financier mondial plus contraint, caractérisé par des taux d’intérêt élevés et une aversion accrue pour le risque. Le coût du financement externe augmente, les flux de capitaux se raréfient, et les marges de manœuvre budgétaires se réduisent.

Dans ce contexte, le rôle du Fonds monétaire international (FMI) apparaît à la fois central et profondément contraint. Les capacités d’intervention — de l’ordre de 1 000 milliards de dollars au maximum — apparaissent significatives à l’échelle d’une crise isolée, mais demeurent faibles face à un choc systémique global, où les besoins cumulés des économies fragiles pourraient rapidement excéder plusieurs milliers de milliards de dollars.

Aussi, les conditionnalités traditionnelles — consolidation budgétaire, ajustement structurel — se heurtent à une réalité nouvelle, l’impossibilité politique et économique d’imposer des ajustements procycliques dans des sociétés déjà fragilisées par des chocs inflationnistes et alimentaires.

Le FMI se trouve ainsi confronté à un dilemme soit maintenir une orthodoxie financière au risque d’amplifier les crises sociales soit assouplir ses exigences au prix d’un risque accru de désancrage macroéconomique global.

Nouveau régime d’instabilité

Le résultat combiné de ces dynamiques est une configuration de stagflation difficile à gérer pour de nombreux gouvernements. La croissance ralentit sous l’effet de la hausse des coûts et de l’incertitude, tandis que l’inflation demeure élevée. Les entreprises réduisent leurs investissements, les ménages voient leur pouvoir d’achat diminuer, et les États perdent leur capacité à stabiliser le cycle économique. Cette combinaison — inflation élevée et croissance faible — est historiquement associée à des périodes de forte instabilité économique et politique.

La soutenabilité même de la récession dans les pays fragiles devient alors incertaine. Contrairement aux économies avancées, ces pays ne disposent ni de stabilisateurs automatiques efficaces ni de marges budgétaires suffisantes pour amortir le choc. Le délai d’absorption du choc — c’est-à-dire le temps nécessaire pour rétablir un nouvel équilibre macroéconomique — s’allonge considérablement, transformant une récession cyclique en dépression prolongée. Cette temporalité étendue accroît le risque de ruptures politiques, de défauts souverains et, dans certains cas, d’effondrement institutionnel.

Du choc conjoncturel au basculement structurel

Le scénario le plus préoccupant reste toutefois celui d’une destruction durable des infrastructures énergétiques en Iran et dans le Golfe. Une telle situation produirait un choc d’offre permanent, en réduisant significativement la production mondiale d’hydrocarbures. Elle entraînerait également une désorganisation profonde des circuits logistiques, les ports, pipelines et terminaux devenant vulnérables ou inutilisables.

Les primes de risque sur le transport maritime et le financement augmenteraient fortement, tandis que les effets de second tour — hausse des taux, tensions sur la dette, contraction du commerce mondial — amplifieraient encore le choc initial. Dans ce cas, la crise ne serait plus conjoncturelle mais structurelle, avec des conséquences durables sur l’économie mondiale.

Dans cette séquence, les monarchies du Golfe pourraient supporter un coût triplement cumulatif : celui d’une protection militaire américaine monétisée, celui du financement d’un conflit dont elles ne sont pas à l’origine — dans un moment où même le Congrès américain hésite à en assumer le coût du premier mois de conflit (200 milliards) —, et, enfin, celui d’un alignement politique et financier accru dans l’après-guerre, consacrant une forme de soumission renforcée à l’égard du couple États-Unis–Israël.

L’hypothèse d’une dislocation partielle de l’Iran — sous l’effet combiné de frappes extérieures, de tensions internes et d’interventions indirectes d’acteurs régionaux — introduit un risque systémique supplémentaire. Une fragmentation territoriale, impliquant potentiellement des zones kurdes, azéries ou sous influence étrangère, transformerait le pays en espace de conflictualité permanente, à proximité immédiate des principales routes énergétiques mondiales, tout en ravivant, à la frontière turque, la question kurde et les fragilités qu’elle induit pour Ankara.

Dans un tel scénario, la fermeture intermittente ou le contrôle discrétionnaire du détroit d’Ormuz — voire sa monétisation sous forme de «péage» — deviendrait un instrument durable de pouvoir économique, redéfinissant les termes de l’échange énergétique mondial.

Fin de l’abondance financière et retour du risque de dette souveraine

Cette situation accélère une transformation déjà en cours du système financier international. Le régime d’abondance financière qui caractérisait les années 2010 — marqué par des taux bas et des flux de capitaux vers les économies émergentes — est en train de disparaître. Les investisseurs se replient vers les actifs considérés comme sûrs, renforçant la domination du dollar et accentuant la vulnérabilité des pays dépendants du financement externe.

Parallèlement, le système monétaire international se fragmente, avec l’émergence de tentatives de diversification, notamment autour du yuan ou d’accords bilatéraux. Toutefois, en période de crise, la centralité du dollar reste intacte, ce qui limite les marges de manœuvre des économies émergentes.

Les grandes économies avancées, elles-mêmes fortement endettées, voient leur capacité à jouer un rôle de prêteur se réduire. La remontée des taux d’intérêt réels et la montée des primes de risque limitent l’appétit pour les actifs émergents, accentuant la segmentation financière du monde.

Dans ce contexte, l’investissement global — en particulier dans les infrastructures et la transition énergétique — ralentit précisément au moment où il serait le plus nécessaire.

Dans ce contexte, le risque de crises de dette souveraine augmente fortement. La combinaison d’une dépréciation des monnaies, d’une hausse des taux d’intérêt et d’une détérioration des balances des paiements crée des conditions propices à des défauts en chaîne. Plusieurs pays pourraient se retrouver confrontés à des arbitrages impossibles entre le service de la dette, le financement des importations essentielles et la stabilité sociale.

Que faire ?

Face à ce choc, les pays du Sud global doivent repenser leurs priorités, pour éviter qu’il ne redéfinisse durablement les trajectoires économiques. L’objectif ne peut plus être la poursuite d’une croissance maximale à court terme. Il s’agit désormais de construire une stratégie de résilience. Cela implique, en premier lieu, de sécuriser la liquidité externe, en renforçant les réserves de change et en garantissant l’accès aux devises nécessaires pour financer les importations critiques.

Il est également essentiel d’adopter une approche réaliste en matière de politique monétaire, en acceptant une certaine dépréciation plutôt que de tenter de défendre des niveaux de change insoutenables.

Sur le plan budgétaire, une hiérarchisation rigoureuse des instruments s’impose. À court terme, la priorité doit aller aux transferts monétaires ciblés, aux subventions limitées aux biens essentiels et aux mécanismes temporaires de tarification sociale.

Les États doivent renoncer aux soutiens généralisés, coûteux et régressifs, au profit d’une protection concentrée sur les ménages, les agriculteurs et les secteurs les plus exposés.

Cette réorientation suppose aussi une gestion active de la dépense publique. Il faut protéger les postes à fort rendement social — santé, nutrition, éducation de base, énergie critique, maintenance des infrastructures vitales — et différer les investissements publics non prioritaires, en particulier ceux fortement importateurs en devises ou à faible effet de stabilisation immédiat. Une revue des dépenses de fonctionnement, des subventions aux entreprises publiques et des niches budgétaires devient indispensable.

Du côté des recettes, l’enjeu est moins d’augmenter les taux d’imposition que d’élargir l’assiette : réduction des exonérations inefficaces, meilleure collecte douanière et fiscale, taxation temporaire de certaines rentes ou surprofits, fiscalité accrue sur les biens de luxe et produits pouvant avoir un impact sanitaire (tabac, sucre, …), amélioration du recouvrement auprès des grands contribuables.

Pour les pays disposant de recettes exceptionnelles, des fonds de stabilisation ou de lissage doivent être mobilisés — ou créés — afin d’amortir les chocs sans désorganiser durablement le budget.

Parallèlement, la gestion de la dette doit devenir plus préventive : recours aux marchés boursiers locaux, aux financements concessionnels, allongement des maturités, réduction des risques de refinancement, transparence accrue et, si nécessaire, restructurations ordonnées.

Dans un monde de capital rare, la crédibilité budgétaire ne se mesure plus à la rigidité doctrinale, mais à la capacité de l’État à arbitrer entre protection sociale, soutenabilité financière et sécurité économique.

La dimension énergétique devient également centrale. La diversification des sources d’approvisionnement, la conclusion d’accords bilatéraux de long terme et l’investissement dans des alternatives énergétiques sont des impératifs stratégiques.

Enfin, la coopération internationale, notamment entre pays du Sud, peut jouer un rôle clé, à travers la mutualisation des réserves, l’utilisation des instruments multilatéraux et le renforcement des institutions financières régionales.

Organiser la rareté sans basculer dans la fragmentation

Face à cette configuration, les politiques économiques doivent évoluer au-delà des cadres traditionnels. Trois axes apparaissent déterminants.

Premièrement, une redéfinition des politiques budgétaires vers des dépenses de résilience — sécurité énergétique et alimentaire, infrastructures critiques, stocks stratégiques — au détriment des logiques d’optimisation de court terme.

Deuxièmement, une coordination monétaire et financière accrue entre pays du Sud, visant à réduire la dépendance au dollar par des mécanismes de compensation régionaux et des accords de swap entre banques centrales.

Troisièmement, une accélération des investissements dans les énergies alternatives — renouvelables, technologies de stockage et autres — comme réponse à l’instabilité géopolitique de l’offre fossile.

Car au fond, ce qui se joue n’est autre que la capacité du système international à organiser la rareté sans basculer dans la fragmentation.

En définitive, cette guerre annonce l’entrée dans un monde où l’énergie redevient une arme, les détroits des instruments de souveraineté coercitive, la dette un accélérateur de fragilité, et la résilience la première des politiques économiques. Pour le Sud global, l’enjeu est d’éviter qu’un choc externe ne se transforme en désordre intérieur ou explosion sociale. La leçon à retenir lorsque les infrastructures vitales deviennent des cibles et les routes maritimes des leviers de guerre, est que la géopolitique a cessé d’encadrer l’économie — elle la commande. Et c’est alors l’ordre mondial lui-même qui entre en zone de turbulence durable.

* Economiste, banquier et financier.

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Mondial 2026 : Les Aigles de Carthage concèdent le nul vierge avec les « Canucks » du Canada

01. April 2026 um 06:25

Pour son deuxième test nord-américain, la sélection tunisienne a concédé le match nul (0-0) face au Canada, ce soir à Toronto. Une répétition générale sans éclat mais riche d’enseignements pour Sabri Lammouchi, qui poursuit sa revue d’effectif à la tête des Aigles de Carthage. Après la courte victoire inaugurale face à Haïti (1-0) dimanche dernier […]

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DÉCRYPTAGE – Gouverner la pénurie ou organiser le recul ?

01. April 2026 um 06:00

Il est des décisions économiques qui, sous couvert de prudence, trahissent en réalité une forme d’impuissance. La circulaire n°2026-04 de la Banque centrale de Tunisie, en imposant une couverture intégrale des importations dites non prioritaires, appartient à cette catégorie de politiques qui donnent l’illusion de l’action tout en révélant la profondeur des déséquilibres. Car lorsque l’on en vient à administrer la rareté plutôt qu’à produire l’abondance, c’est moins une stratégie qu’un aveu.

Dans une économie fragilisée par des années de déséquilibres structurels, la tentation du contrôle réapparaît comme un réflexe presque mécanique. La guerre au Moyen-Orient, la volatilité des prix de l’énergie et la pression sur les réserves de change offrent un prétexte commode. Mais derrière l’urgence conjoncturelle se profile une question autrement plus dérangeante : la Tunisie est-elle encore en mesure de piloter son économie autrement que par la contrainte ?

 

Le crédit confisqué : quand la liquidité remplace la confiance

La mesure phare de la Banque centrale repose sur un principe simple en apparence : toute importation de produits non prioritaires doit désormais être financée à 100 % sur fonds propres. Ce glissement technique dissimule en réalité une transformation profonde du fonctionnement économique.

Car le crédit n’est pas un simple outil de financement. Il est, comme l’avait théorisé Joseph Schumpeter (1), le moteur même de la dynamique capitaliste, permettant aux acteurs économiques d’anticiper, d’investir et de créer de la valeur au-delà de leurs ressources immédiates. En le neutralisant, la Banque centrale de Tunisie (BCT) ne se contente pas de restreindre les importations : elle modifie la nature même de l’activité économique.

Le passage d’une économie fondée sur la solvabilité à une économie fondée sur la liquidité constitue une rupture silencieuse. Il consacre une hiérarchie implicite entre les acteurs : ceux qui disposent de trésoreries abondantes peuvent continuer à opérer, les autres sont relégués à la périphérie. Ce n’est plus la viabilité économique qui détermine l’accès au marché, mais la capacité à immobiliser du capital.

Dans un pays où les PME constituent l’ossature du tissu productif, une telle mutation revient à déplacer le centre de gravité de l’économie vers les acteurs les plus concentrés, au risque d’étouffer toute dynamique entrepreneuriale.

 

L’énigme des réserves : une justification qui ne tient pas

Officiellement, la mesure vise à préserver les réserves en devises. L’argument, à première vue, semble relever du bon sens. Pourtant, il se fissure dès que l’on en examine les ressorts.

Un dinar converti en devise reste un dinar sorti du pays, qu’il provienne d’un crédit bancaire ou d’une trésorerie privée. La nature du financement n’altère en rien l’impact sur les réserves. En ce sens, la logique économique de la mesure apparaît pour le moins fragile.

Cette contradiction fait écho aux critiques de Milton Friedman (2), bien connues de nos banquiers centraux, à l’égard des politiques monétaires qui s’attaquent aux symptômes plutôt qu’aux causes profondes. En tentant de maîtriser les modalités de financement sans intervenir sur le volume même des importations, la Banque centrale agit sur une variable périphérique, au risque de passer à côté de son objectif.

Derrière cette incohérence apparente se cache une réalité plus complexe : la tension sur la liquidité en dinars. L’État, en mobilisant massivement les ressources bancaires pour financer son déficit, réduit l’espace disponible pour le secteur privé (effets d’éviction, bête noire de nos étudiants de 2ème année). La restriction du crédit aux importations non prioritaires apparaît alors comme un mécanisme indirect de rationnement du financement, bien plus que comme un outil de gestion des réserves.

 

Une économie triée sur le volet : la fin de l’égalité d’accès

Ce que la circulaire introduit, en filigrane, c’est une sélection implicite des acteurs économiques. Elle ne dit pas qui peut importer, mais elle détermine qui en a les moyens.

Les grandes entreprises, les groupes structurés, les acteurs disposant d’une trésorerie solide peuvent absorber la contrainte sans difficulté. Pour eux, la mesure n’est qu’un ajustement. Pour les autres, elle devient un obstacle insurmontable.

Cette dynamique s’inscrit dans les analyses de Joseph Stiglitz (3) sur les asymétries d’information et les imperfections des marchés du crédit. Lorsque l’accès au financement devient inégal, les écarts entre les acteurs se creusent, et la concurrence s’érode.

Le résultat est prévisible : une concentration accrue des marchés, une réduction de la diversité des opérateurs et, à terme, une hausse des prix. La régulation, censée corriger les déséquilibres, finit par les amplifier.

 

Le mythe du « non essentiel » : quand l’État décide des besoins

La catégorisation des produits en « prioritaires » et « non prioritaires » soulève une question fondamentale : qui décide de ce qui est nécessaire ?

Dans une économie moderne, cette distinction est loin d’être évidente. Les chaînes de production sont complexes, les usages multiples, et les préférences des consommateurs évolutives. Ce qui apparaît comme un luxe pour l’un peut constituer un besoin pour l’autre.

Les critiques de Friedrich Hayek (4) trouvent ici une résonance particulière. L’idée qu’une autorité centrale puisse disposer de l’ensemble des informations nécessaires pour arbitrer efficacement entre les besoins relève d’une illusion. La connaissance est dispersée, fragmentée, et souvent tacite.

En figeant une liste de produits « non prioritaires », la BCT impose une vision statique de l’économie, déconnectée de ses dynamiques réelles. Elle risque ainsi de pénaliser non seulement la consommation, mais aussi la production, en restreignant l’accès à des intrants essentiels pour certaines activités.

 

Inflation et pénurie : le retour des mécanismes classiques

L’un des paradoxes les plus frappants de cette politique réside dans ses effets potentiellement inflationnistes. En limitant l’accès à certains produits, elle crée une rareté artificielle, propice à la hausse des prix.

Ce mécanisme est bien connu : lorsque l’offre se contracte dans un contexte de demande relativement rigide, les prix s’ajustent à la hausse. La réduction de la concurrence, induite par l’exclusion des petits importateurs, renforce cette dynamique.

Mais le phénomène ne s’arrête pas là. L’histoire économique tunisienne a montré à maintes reprises que les restrictions sur les circuits formels alimentent le développement du marché parallèle. La contrebande et son développement deviennent alors un canal alternatif, souvent plus coûteux, moins contrôlé et fiscalement inefficace.

Ce basculement vers l’informel ne constitue pas une simple dérive marginale. Il fragilise l’ensemble de l’économie, en réduisant les recettes de l’État, en dégradant la qualité des produits et en accentuant les inégalités.

 

La mémoire courte des politiques économiques

Ce qui rend cette décision particulièrement troublante, c’est son caractère de déjà vu. Une mesure similaire avait été adoptée en 2017, avant d’être abandonnée par notre estimé confrère Marouane Abassi ex Gouverneur de la BCT, en raison de ses effets négatifs.

La répétition de cette politique pose une question essentielle : pourquoi persister dans une voie dont les limites ont déjà été démontrées ? Comme le rappelait John Maynard Keynes, le véritable défi ne réside pas dans la découverte de nouvelles idées, mais dans la capacité à se libérer des anciennes.

Cette récurrence traduit une forme d’inertie institutionnelle, mais aussi une difficulté à élaborer des alternatives crédibles. Face à des contraintes structurelles profondes, les autorités semblent prisonnières d’un répertoire limité d’outils, qu’elles réactivent au gré des crises.

 

Une politique de court terme face à un défi de long terme

Au fond, la circulaire de la Banque centrale illustre un décalage entre la nature des problèmes et celle des réponses apportées. Le déficit commercial, la dépendance énergétique et la faiblesse de l’appareil productif sont des enjeux structurels, qui nécessitent des réformes profondes.

Or, la restriction des importations constitue une réponse conjoncturelle, qui agit sur les flux sans transformer les structures. Elle permet, au mieux, de gagner du temps. Mais ce temps n’est utile que s’il est mis à profit pour engager des transformations.

En l’absence de telles réformes, la politique actuelle risque de produire un effet de compression économique : moins d’importations, mais aussi moins de production, moins d’investissement et, in fine, moins de croissance.

Les conséquences sociales ne sauraient être sous-estimées. La hausse des prix, la raréfaction de certains biens et les difficultés des entreprises peuvent alimenter un sentiment de frustration et d’injustice, dans un contexte déjà marqué par une érosion du pouvoir d’achat.

 

Entre rigueur et asphyxie : l’équilibre introuvable

La BCT se trouve confrontée à un dilemme classique : préserver les équilibres macroéconomiques sans étouffer l’activité. Mais la solution adoptée semble pencher dangereusement vers la restriction.

La discipline financière est nécessaire. Mais elle ne peut se substituer à une stratégie de développement. Sans vision claire, elle risque de devenir une fin en soi, au détriment de l’économie réelle.

Trouver l’équilibre suppose une approche plus nuancée, fondée sur une meilleure compréhension des chaînes de valeur, une coordination renforcée avec les politiques budgétaires et industrielles, et une transparence accrue dans la définition des objectifs.

 

Réguler la crise ou répéter l’histoire

Au terme de cette analyse, une impression persistante s’impose : celle d’une politique qui, faute de s’attaquer aux causes profondes, se contente de gérer les symptômes.

La circulaire n°2026-04 ne constitue ni une rupture, ni une innovation. Elle s’inscrit dans une continuité, celle des politiques de contrôle adoptées en période de tension, souvent avec des résultats mitigés.

La véritable question est ailleurs. Elle réside dans la capacité de la Tunisie à sortir de cette logique défensive pour construire une stratégie offensive, fondée sur la production, l’innovation et l’intégration dans les chaînes de valeur internationales.

À défaut, le risque est grand de voir se répéter un cycle désormais bien connu : restriction, contournement, inefficacité… puis abandon.

Et, entre-temps, une économie qui s’essouffle, lentement mais sûrement.

 

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(1) Joseph Schumpeter : Joseph Schumpeter (1883-1950) était un économiste et sociologue autrichien, naturalisé américain, considéré comme l’un des penseurs les plus influents du XXe siècle pour ses travaux sur l’innovation et la dynamique du capitalisme.

(2) Milton Friedman : né le 31 juillet 1912 à Brooklyn (New York) et mort le 16 novembre 2006 à San Francisco, est un économiste américain, considéré comme l’un des plus influents du XXe siècle[1]

Ardent défenseur du libéralisme, il obtient le prix dit Nobel d’économie en 1976. Il travaille sur des domaines de recherche aussi bien théorique qu’appliquée, étant à l’origine du courant monétariste, ainsi que le fondateur de l’École de Chicago. Il est également un commentateur politique et essayiste à succès.

Ses deux œuvres majeures sont d’abord son livre Capitalisme et liberté en 1962 puis sa série d’interventions télévisées en 1980 intitulée Free to Choose (en français La Liberté du choix).

Milton Friedman a inauguré une pensée économique d’inspiration libérale dont les prescriptions s’opposent de front à celle du keynésianisme. Ses idées ont eu une influence considérable dans le monde de la politique et de l’économie dans les années 1980.

 

(3) Joseph Stiglitz : né le 9 février 1943 à Gary (Indiana), est un économiste américain reconnu pour ses contributions à l’économie. 

Il a reçu le prix Nobel d’économie en 2001 pour ses travaux sur l’information asymétrique, en collaboration avec George Akerlof et Michael Spence. 

Stiglitz est actuellement professeur à la Columbia University et a été économiste en chef à la Banque mondiale de 1997 à 2000.

 

(4)  Friedrich Hayek : est un économiste et philosophe austro-britannique majeur du XXe siècle, figure centrale du courant libéral et de l’école autrichienne. Né en 1899 à Vienne et marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, il a consacré sa carrière à comprendre les crises économiques et à prévenir les déséquilibres systémiques.

Ses travaux portent notamment sur le rôle de l’information dans l’économie, les cycles économiques, les institutions et les limites de l’intervention étatique. Il soutient que les crises trouvent souvent leur origine dans des déséquilibres internes, notamment liés aux excès du système bancaire et aux distorsions monétaires.

Opposé à une vision trop mathématisée de l’économie, Hayek insiste sur la complexité des phénomènes économiques et sur l’incapacité des autorités centrales à disposer de toute l’information nécessaire pour piloter efficacement l’économie. Cette idée est au cœur de ses ouvrages majeurs, tels que La Route de la servitude (1944), La Constitution de la liberté (1960) et Droit, législation et liberté (1973).

Lauréat du prix Nobel d’économie en 1974 (partagé avec Gunnar Myrdal), il a profondément marqué la pensée économique en défendant un libéralisme fondé sur le rôle des institutions, la liberté individuelle et la méfiance à l’égard des interventions centralisées.

 

 

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* Dr. Tahar EL ALMI,

Economiste-Economètre.

Ancien Enseignant-Chercheur à l’ISG-TUNIS,

Psd-Fondateur de l’Institut Africain

D’Economie Financière (IAEF-ONG)

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Afif Hendaoui, ou la rigueur comme héritage

01. April 2026 um 07:10

En la personne de Afif Hendaoui **, la Tunisie a perdu, lundi 30 mars 2026, l’un de ses esprits les plus solides, les plus exigeants, les plus profondément engagés dans la compréhension de ses fragilités économiques. Avec lui disparaît une voix rare, celle d’un économiste qui n’a jamais cédé ni à la facilité des slogans, ni à la complaisance des diagnostics convenus.

Moktar Lamari *

Formé en Belgique, dans une tradition académique rigoureuse où l’économie n’est pas un simple outil de gestion mais une grille d’analyse du réel, Afif Hendaoui avait très tôt acquis ce qui distingue les grands économistes des techniciens : une capacité à articuler théorie et terrain, chiffres et société, modèles et vécu. Cette double culture, européenne par la formation et profondément tunisienne par l’engagement, a irrigué toute son œuvre.

Professeur respecté, puis recteur, il n’a jamais réduit l’université à une machine à diplômes. Il en défendait une vision autrement plus ambitieuse : celle d’un lieu de production de savoir, d’esprit critique, de confrontation intellectuelle. À une époque où l’enseignement supérieur tunisien commençait déjà à subir les premières tensions de massification, il plaidait pour la qualité, pour la recherche, pour l’exigence méthodologique. Il savait, mieux que beaucoup, que sans une université forte, aucune économie ne peut prétendre à la transformation.

Rationalité économique et décision publique

Son passage comme ministre dans les années 1990 n’a pas entamé cette exigence. Au contraire, il a tenté, dans un contexte politique contraint, d’introduire une rationalité économique dans la décision publique. Ceux qui ont travaillé à ses côtés se souviennent d’un homme peu enclin aux compromis faciles, attaché aux faits, aux équilibres macroéconomiques, et surtout à la soutenabilité des politiques publiques. Il n’était pas de ceux qui promettent sans compter ; il était de ceux qui calculent, anticipent, alertent.

Mais c’est sans doute dans ses écrits que son héritage est le plus précieux. Afif Hendaoui a beaucoup publié, dans des revues, des tribunes, des contributions académiques où il disséquait, avec une précision chirurgicale, les contradictions de l’économie tunisienne. Il écrivait sur la croissance sans emploi, sur les déséquilibres régionaux, sur la dépendance extérieure, sur les illusions de réforme. Il dénonçait les politiques conjoncturelles déguisées en stratégies, les rustines budgétaires présentées comme des visions.

Sa plume était claire, directe, sans fioritures. Il n’écrivait pas pour plaire, mais pour éclairer. Et souvent pour déranger. Car Afif Hendaoui faisait partie de cette catégorie trop rare d’économistes qui refusent de servir d’alibi intellectuel. Il n’était ni un économiste de cour, ni un commentateur de plateau. Il était un analyste. Et un analyste libre. Dans un pays où la parole économique est souvent instrumentalisée, cela relevait presque de l’exception.

Sans recherche, l’économie navigue à vue

Son engagement pour la recherche en sciences économiques en Tunisie mérite, à lui seul, un chapitre. Il n’a cessé de plaider pour des institutions de recherche solides, pour des financements pérennes, pour une reconnaissance du travail scientifique. Il alertait sur le décrochage progressif de la Tunisie en matière de production académique, sur la fuite des cerveaux, sur la marginalisation des chercheurs. Pour lui, une économie sans recherche est une économie qui navigue à vue.

Et c’est précisément ce qu’il redoutait : une Tunisie sans cap, sans diagnostic partagé, sans capacité à produire sa propre lecture de ses défis.

Aujourd’hui, au moment de sa disparition, une question s’impose avec une certaine brutalité : qui pour reprendre ce flambeau ? Qui pour porter cette exigence intellectuelle, cette indépendance, cette rigueur ? Les économistes ne manquent pas en Tunisie. Mais les économistes de cette trempe, capables de conjuguer savoir académique, expérience institutionnelle et liberté de ton, sont rares. Très rares.

Afif Hendaoui laisse derrière lui bien plus qu’une carrière. Il laisse une méthode. Une manière de penser l’économie comme une discipline exigeante, indissociable du réel, et profondément ancrée dans les enjeux de la société. Il laisse aussi une forme d’éthique : celle de ne jamais céder à la facilité, de ne jamais travestir les chiffres, de ne jamais simplifier à outrance des réalités complexes.

Dans un pays en quête de repères économiques, son absence se fera sentir. Non pas comme une nostalgie, mais comme un manque. Un vide. Et peut-être, aussi, comme une injonction : celle de retrouver, dans le tumulte des discours, un peu de cette rigueur qu’il incarnait.

Car au fond, la meilleure manière de lui rendre hommage n’est pas seulement de saluer l’homme. C’est de continuer à penser, à écrire, à analyser – avec la même exigence que lui. Sans concession.  

* Economiste universitaire.

** Décédé à l’âge de 77 ans, Afif Hendaoui était président de l’Université de Tunis. Homme politique,  il avait été tour-à-tour ambassadeur en Suède, en Finlande et en Islande, avec résidence à Stockholm (1996-2000), ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des droits de l’homme, de la communication et des relations avec la Chambre des députés (2000 -2001), ambassadeur en Autriche, en Hongrie et en Slovaquie, représentant permanent de la Tunisie auprès des organisations internationales à Vienne (2001- 2004), et ambassadeur auprès de la Confédération suisse et auprès du Vatican (2004 -2006). De retour à Tunis, il a été directeur de l’Ecole nationale d’administration

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