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Détroit d’Ormuz : la crise fait flamber énergie, transport et risques alimentaires

La crise autour du détroit d’Ormuz provoque une onde de choc sur l’économie mondiale. Dans un récent rapport, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) alerte sur les effets en cascade d’un blocage du détroit sur les marchés de l’énergie, le transport maritime, les prix alimentaires et les finances publiques, en particulier dans les pays les plus vulnérables.

Dans ce document, l’organisme onusien rappelle que le détroit d’Ormuz constitue l’un des points névralgiques du commerce maritime mondial : près d’un quart du pétrole transporté par mer y transite habituellement. Avant la crise, environ 141 navires par jour franchissaient ce passage stratégique, transportant près de 20 millions de barils de pétrole, soit 25 % du commerce maritime mondial d’hydrocarbures, ainsi que du gaz naturel liquéfié, des engrais et divers produits chimiques.

Depuis fin février dernier, la situation s’est fortement dégradée, regrette la CNUCED, indiquant que les transits maritimes ont chuté de 97 %, tombant à seulement 4 à 6 navires par jour, entraînant une quasi-paralysie du trafic dans cette zone stratégique.

Cette perturbation a immédiatement affecté les marchés de l’énergie. Ainsi, le prix du pétrole Brent a dépassé ce jeudi 12 mars 100 dollars le baril, et ce malgré le déblocage de 400 millions de barils par l’AIE, soit une hausse de près de 28 % en dix jours, tandis que le prix du gaz naturel européen TTF a progressé de 74 %. Les coûts de transport maritime ont également explosé : le carburant maritime à Singapour a doublé, tandis que les indices de fret pétrolier Dirty Tanker Index et Clean Tanker Index ont atteint des niveaux record avec des hausses respectives de 54 % et 72 %. Les primes d’assurance de guerre pour les navires ont, quant à elles, été multipliées par quatre, ajoutant jusqu’à un million de dollars par voyage, selon la CNUCED.

Au-delà de l’énergie, le commerce des engrais apparaît particulièrement menacé. Le rapport souligne qu’environ un tiers du commerce mondial d’engrais, soit 16 millions de tonnes en 2024, transite par le détroit d’Ormuz. Les principaux produits concernés sont l’urée (67 %), le phosphate (20 %) et le monoammonium phosphate (9 %).

Plusieurs pays en développement dépendent fortement de ces importations. C’est notamment le cas du Soudan (54 % de ses importations d’engrais transitent par cette route), de la Tanzanie (31 %), de la Somalie (30 %) et du Mozambique (22 %), mais aussi du Sri Lanka (36 %), du Pakistan et de la Thaïlande (27 %). La CNUCED avertit qu’un blocage prolongé pourrait provoquer une crise agricole majeure dans ces États, en perturbant la fertilisation des cultures.

La hausse du prix du gaz naturel renchérit en parallèle la production d’engrais azotés, aggravant la pression sur les pays importateurs. L’organisation rappelle également qu’historiquement, chaque flambée du pétrole s’accompagne d’une augmentation des prix alimentaires mondiaux.

La crise exerce aussi une pression croissante sur les finances publiques des pays en développement, déjà fragilisés par l’endettement. La CNUCED cite notamment l’Irak, dont le rendement obligataire est passé de 6,4 % à 7,1 %, ainsi que le Bahreïn (+0,41 point à 7 %) et la Jordanie (+0,24 point à 6,4 %).

L’organisation ne fournit pas de projections détaillées par pays, mais esquisse plusieurs scénarios. Si la crise se résout rapidement, les prix pourraient rester élevés pendant quelques mois avant de se stabiliser. En revanche, une paralysie durable du détroit d’Ormuz risquerait de déclencher une crise énergétique mondiale, une flambée des prix alimentaires et une aggravation de la dette dans les économies les plus vulnérables, conclut le rapport.

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Après le pétrole, la guerre au Moyen-Orient menace la nourriture mondiale

Alors que le conflit en Iran continue d’alimenter les tensions au Moyen-Orient, les analystes mettent en garde contre des répercussions économiques bien plus larges que la seule flambée des prix du pétrole. La crise pourrait provoquer une hausse des prix alimentaires à l’échelle mondiale.

Selon un rapport du site spécialisé OilPrice basé à Londres, publié vendredi 6 mars, la forte augmentation des prix du gaz naturel pourrait entraîner une hausse importante du coût des engrais azotés, un élément essentiel de l’agriculture moderne. Une telle évolution risquerait d’exercer une pression supplémentaire sur les prix des denrées alimentaires dans de nombreux pays.

Les experts soulignent que si le trafic maritime venait à être fortement perturbé dans le détroit d’Ormuz, les conséquences dépasseraient largement le secteur énergétique. La région du Golfe n’est pas seulement un grand exportateur de pétrole et de gaz : elle figure aussi parmi les principaux fournisseurs mondiaux d’engrais azotés.

La production de ces engrais repose directement sur le gaz naturel. Aujourd’hui, près de la moitié de la production alimentaire mondiale dépend de l’azote artificiel. Sans cet apport, les rendements agricoles chuteraient fortement.

La consommation mondiale d’engrais azotés atteint environ 180 millions de tonnes par an. Sur ce volume, entre 55 et 60 millions de tonnes d’urée sont transportées chaque année par voie maritime. Le Moyen-Orient représente à lui seul entre 40 et 50 % de ce commerce, la quasi-totalité des exportations transitant par le détroit d’Ormuz…

Contrairement au pétrole, le marché des engrais ne dispose pas de réserves stratégiques capables d’amortir un choc d’approvisionnement. Les États-Unis, par exemple, possèdent une réserve stratégique de pétrole brut de plusieurs centaines de millions de barils, mais aucun stock équivalent n’existe pour les engrais azotés.

Certaines grandes puissances agricoles pourraient être particulièrement touchées. L’Inde dépend largement des importations de gaz naturel liquéfié en provenance du Qatar pour alimenter sa production d’urée. Toute interruption de ces approvisionnements risquerait de réduire sa production d’engrais à l’approche de la saison des semis.

 

Lire aussi: Guerre au Moyen-Orient : le Qatar suspend la liquéfaction de son gaz 

 

De son côté, le Brésil – l’un des principaux exportateurs agricoles mondiaux – importe d’importantes quantités d’urée du Moyen-Orient. Dans des régions agricoles majeures comme le Mato Grosso, la production de soja et de maïs dépend d’un approvisionnement régulier en fertilisants. Une perturbation prolongée pourrait rapidement déstabiliser les marchés mondiaux des céréales.

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