Le trafic reprend en mer Rouge et redistribue les cartes du marché des pétroliers
La réactivation de la route maritime de la mer Rouge constituera un tournant pour le marché des pétroliers, car elle neutralisera le principal facteur géopolitique qui alimente actuellement la hausse cyclique des pétroliers transportant du pétrole brut et intensifie la pression sur les pétroliers transportant des produits raffinés.
Depuis deux ans, le trafic maritime mondial contourne le détroit de Bab el-Mandeb et le canal de Suez, en raison de la crise provoquée par les attaques des Houthis.
Le contournement du cap de Bonne-Espérance a considérablement allongé les distances et les temps de navigation, créant une demande artificielle de tonnage et faisant grimper les taux de fret, notamment pour les navires transportant du pétrole brut. Cette situation ne reflète pas une croissance organique du marché, mais résulte temporairement d’une déviation du trafic maritime.
Selon un rapport de BIMCO, publié vendredi 28 novembre, le retour potentiel des navires en mer Rouge « semble plus proche que jamais ». Si ce retour se traduit par la restauration d’un transit normal via Suez, la demande de pétroliers devrait chuter en territoire négatif.
En clair, le marché perdra l’avantage exceptionnel que conférait l’allongement nécessaire de la durée du voyage. Les taux de fret actuels ne reflètent pas une augmentation constante du volume de marchandises, mais un allongement de la durée d’utilisation des navires dû à l’instabilité géopolitique. Si cette instabilité se résorbe, le marché reviendra à son niveau d’avant la crise, privant ainsi le secteur de l’avantage temporaire qui sous-tend les prévisions optimistes.
L’évaluation de Niels Rasmussen, analyste en chef de BIMCO, concernant le renforcement des pétroliers transportant du pétrole brut et la faiblesse des pétroliers transportant des produits raffinés, n’est valable que si les flux commerciaux actuels restent inchangés.
Cette formulation n’est plus considérée comme sûre. Le secteur du transport maritime de produits pétroliers est déjà sous pression en raison d’un carnet de commandes bien rempli et d’une faible demande.
Si le transit via l’Érythrée est rétabli, la réduction des distances pèsera davantage sur le bilan, limitant les besoins en flotte disponible et renforçant la tendance négative.
BIMCO n’a pas officiellement révisé ses prévisions, mais la reconnaissance qu’un retour en mer Rouge est possible annule de fait toute perspective de rentabilité durable pour les pétroliers.
Le marché repose actuellement sur un modèle de transport façonné par la crise et non par des paramètres commerciaux ou énergétiques stables. Une fois le transit rétabli, les temps de navigation seront réduits, la flotte retrouvera son rythme d’exploitation normal et la demande sera limitée.
L’évolution de la situation en mer Rouge, initialement perçue comme un facteur de perturbation, pourrait devenir un catalyseur de normalisation du marché. L’ampleur de cette correction dépendra de la confiance des entreprises dans la stabilité de la région, du coût des assurances et de la rapidité avec laquelle les compagnies maritimes rétabliront les liaisons via Suez.
D’ici là, le marché dans son ensemble demeure en phase de transition, les perspectives pour les transporteurs de pétrole brut étant jugées fragiles et celles pour les transporteurs de produits raffinés restant négatives. L’ampleur réelle des bouleversements apparaîtra lorsque les circonstances géopolitiques cesseront de dicter le marché du fret et que la dynamique reviendra à ses fondamentaux, l’offre et la demande.
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