GSCI 2025 : eau, énergie, innovation, le triple déficit tunisien
Accélérer la transition énergétique, moderniser la gouvernance, réduire les fractures territoriales : telle est la feuille de route que dessine pour la Tunisie le dernier baromètre mondial de Solability.
Ces préconisations ne surgissent pas du vide. Elles découlent d’un constat chiffré que l’édition 2025 du Global Sustainable Competitiveness Index (GSCI) rend difficilement contestable : avec 45,12 points sur 100, le pays se situe sous le seuil mondial moyen, au 105e rang d’un classement qui embrasse la quasi-totalité des États de la planète, 192 au total. Seule nuance africaine à ce tableau : six nations du continent devancent la Tunisie, ce qui lui vaut néanmoins une sixième position sur la scène régionale.
Que mesure exactement cet instrument ? Depuis sa création en 2012, le GSCI ambitionne de dépasser les approches classiques de la compétitivité en y intégrant une dimension temporelle : non pas la richesse produite aujourd’hui, mais la capacité d’un pays à la reproduire demain, sans consumer les ressources — naturelles, humaines, institutionnelles — qui en conditionnent la pérennité.
Pour y parvenir, le think tank helvético-coréen Solability agrège plus de 250 indicateurs quantitatifs, puisés auprès des grandes institutions internationales, Banque mondiale, FMI, Nations unies, OCDE, en croisant l’état actuel des données avec les trajectoires enregistrées sur dix ans.
C’est précisément cet examen longitudinal qui met en lumière les vulnérabilités tunisiennes les plus profondes. Deux d’entre elles dominent l’analyse. D’abord, une tension structurelle autour des ressources vitales : l’eau et l’énergie, dont la disponibilité s’érode sous l’effet conjugué de la raréfaction naturelle et d’une exploitation qui outrepasse les capacités de régénération, faisant du pays une économie particulièrement exposée aux chocs extérieurs.
Ensuite, un déficit chronique d’investissement dans l’intelligence productive : la faiblesse des budgets alloués à la recherche et au développement, combinée à un système de formation dont l’adéquation avec les réalités du marché du travail demeure insuffisante, bride toute ambition d’ascension technologique.
À ces deux failles s’ajoute un environnement macroéconomique peu propice : croissance atone, chômage persistant, tissu productif insuffisamment diversifié, gouvernance économique perfectible et déséquilibres marqués entre régions et catégories sociales. Autant de facteurs qui s’alimentent mutuellement et freinent l’émergence d’un modèle de développement robuste.
Renforcer l’efficacité dans l’usage des ressources naturelles, amplifier l’effort public en faveur de l’innovation, revoir les mécanismes de gouvernance et corriger les inégalités spatiales : ce sont là, selon Solability, les chantiers prioritaires sur lesquels la Tunisie devra concentrer son énergie pour inverser une trajectoire que les données de 2025 jugent, pour l’heure, insuffisamment ambitieuse.
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