
Nous vivons dans une époque qui supporte mal l’idée même de limite. Le mot paraît presque insultant. Il heurte l’imaginaire moderne, nourri de vitesse, de conquête, de rendement et d’innovation continue. Tout se passe comme si l’être humain s’était convaincu qu’il pourrait, à force de science, de technologie et d’organisation, corriger toutes ses insuffisances, repousser toutes ses fragilités et, à terme, redessiner sa propre condition. Le progrès médical promet de prolonger la vie, l’intelligence artificielle prétend augmenter l’intelligence, l’ingénierie biologique laisse espérer la correction d’imperfections anciennes, et le discours dominant suggère ...